Partage d'évangile quotidien
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J'ai rien fait !

Lun. 10 Septembre 2012

Luc 6, 6-11 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Un autre jour de sabbat, Jésus était entré dans la synagogue et enseignait. Il y avait là un homme dont la main droite était paralysée. Les scribes et les pharisiens observaient Jésus afin de voir s'il ferait une guérison le jour du sabbat ; ils auraient ainsi un motif pour l'accuser. 

Mais il connaissait leurs pensées, et il dit à l'homme qui avait la main paralysée : « Lève-toi, et reste debout devant tout le monde. » L'homme se leva et se tint debout. Jésus leur dit : « Je vous le demande : Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien, ou de faire le mal ? de sauver une vie, ou de la perdre ? » 

Alors, promenant son regard sur eux tous, il dit à l'homme : « Étends ta main. » Il le fit, et sa main redevint normale. Quant à eux, ils furent remplis de fureur et ils discutaient entre eux sur ce qu'ils allaient faire à Jésus. 

 

 

Élie endormi, par He-Qi

 

 

voir aussi : Sans les mains, A malins, malin et demi

Encore un 'miracle' qui ne suit pas les procédures habituelles. L'homme à la main paralysée ne demande rien à Jésus, ne manifeste aucun signe de foi, et Jésus ne le guérit même pas à strictement parler. La traduction "étends la main" pourrait faire planer un doute, on pourrait comprendre "déploie la main", mais le verbe ἐκτείνω, utilisé à propos de mains, signifie en fait "lever les mains". L'homme lève donc son bras, avec sa main inerte au bout, et, dans ce mouvement, la main retrouve sa mobilité. Mais Jésus ne l'avait pas annoncé, il n'a pas dit "que ta main soit guérie", ni "déplie ta main".

Tout se passe en sous-entendus. En faisant se positionner l'homme devant tout le monde, Jésus laisse entendre qu'il pourrait se passer quelque chose, de même lorsqu'il lui demande de lever sa main. Et ce quelque chose pourrait être de l'ordre de la guérison, étant donné sa question sur la licéité de "sauver une vie". Et personne ne peut douter qu'il y a un rapport entre la guérison qui survient effectivement et les manœuvres auxquelles il s'est livré. Mais personne ne peut non plus l'accuser d'avoir effectué lui-même cette guérison. Tout ce qui s'est passé est parfaitement légal un jour de sabbat, prononcer des paroles, se lever et se déplacer dans la synagogue, y lever un bras.

On doute de l'historicité de cet épisode à cause de l'absence de dialogue entre le malade et Jésus. Ceci dit, par cette construction en forme de ruse pour ne pas donner prise aux pharisiens en embuscade, Luc nous explique très clairement ce qui est valable aussi pour les autres 'signes', à savoir que ce n'est jamais Jésus qui les accomplit, contrairement à ce que veulent lui reprocher ses adversaires. L'auteur des 'miracles', c'est toujours Dieu, lui-même. Jésus n'est là que comme médiateur. Grâce à sa relation exceptionnelle avec 'son' Père, il permet à ses interlocuteurs d'y accéder eux aussi, il les met eux aussi en relation. Il ne joue qu'une sorte de rôle de catalyseur, et ce qu'il en résulte ne provient pas de sa volonté, même s'il faut qu'il y consente évidemment, mais de celle du Père.

Et c'est peut-être ce qui met le plus en fureur les pharisiens. Car c'étaient eux les premiers à n'avoir pas annoncé leurs intentions. Luc dit qu'ils observaient Jésus dans l'espoir de pouvoir le prendre sur le fait, mais c'est Luc qui le dit. Eux ne l'avaient pas claironné, et s'efforçaient sûrement de ne pas montrer leur intérêt, de peur de faire reculer Jésus. Bon, ok, ce n'était pas difficile à deviner. Mais c'est ce non-dit qui entraîne Jésus à procéder lui aussi par non-dit. Et quel contraste entre le résultat des deux non-dits ! Celui de Jésus porte un fruit, et quel fruit, tandis que celui des pharisiens n'entraîne que leur déconfiture et leur nez dans leur caca...

Après ça, normalement, les pharisiens devraient renoncer à leur opposition. Ils ne peuvent plus s'appuyer sur Dieu pour contester la légitimité du ministère de Jésus. Pour le moins devraient-ils adopter la position que prendra l'un d'entre eux, Gamaliel, à l'égard des premiers chrétiens : ne pas s'opposer, à défaut de pouvoir adhérer. Mais c'est le contraire qui se produit. Se sentant humiliés, ils s'enfoncent dans leur ressentiment. En fait, c'est à se demander si Jésus ne manque pas un peu de psychologie. Car, enfin, personne ne lui avait rien demandé. Tout l'épisode sent la provocation en réponse à la provocation. Est-ce bien intelligent ? Il ne faudra pas qu'il vienne se plaindre, si ça finit par tourner au vinaigre du condamné sur sa croix !

D'ailleurs, sur cette croix, il ne prétendra pas non plus être capable de se sauver. Mis là, à cette place, manipulé par d'autres comme aujourd'hui c'est lui qui a manipulé l'infirme, il ne pourra, comme toujours, que s'en remettre au Père. Et s'il fut finalement sauvé de la manière que l'on sait, c'est Dieu seul qui était capable de le faire, pas lui.

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