Plus dure sera la chute
« Et celui qui vous donnera un verre d'eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense.
« Celui qui entraînera la chute d'un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu'on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu'on le jette à la mer.
« Et si ta main t'entraîne au péché, coupe-la. Il vaut mieux entrer manchot dans la vie éternelle que d'être jeté avec tes deux mains dans la géhenne, là où le feu ne s'éteint pas. Si ton pied t'entraîne au péché, coupe-le. Il vaut mieux entrer estropié dans la vie éternelle que d'être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne. Si ton oeil t'entraîne au péché, arrache-le. Il vaut mieux entrer borgne dans le royaume de Dieu que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne, là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s'éteint pas. Car tout homme sera salé au feu.
« C'est une bonne chose que le sel ; mais si le sel cesse d'être du sel, avec quoi allez-vous lui rendre sa force ? Ayez du sel en vous-mêmes, et vivez en paix entre vous. »
On a plutôt l'impression, ici, d'une collection de phrases que l'évangélistes ne voulait pas laisser perdre, mais qu'il a rassemblées dans un ordre presque arbitraire et selon des liens assez vagues. Chercher un sens global unique à cette collection serait plutôt hasardeux.
Le plus gros morceau est celui des membres qu'il vaut mieux couper que de risquer de se laisser entraîner par eux au péché. Marc en donne une version bien balancée de trois propositions parallèles. Matthieu, lui, réduira, en regroupant main et pied dans une seule proposition. C'est dommage, ces trois organes ne sont pas là par hasard, ils symbolisent chacun une dimension importante de l'être humain.
La main, par laquelle on cajôle ou au contraire repousse l'autre, représente le coeur, les sentiments, la dimension psychique de la personne. Le pied, qui nous permet de nous déplacer dans le monde, représente les instincts, les désirs, les besoins, la dimension physiologique de l'être. L'oeil, par lequel on perçoit et analyse ce monde qui nous entoure, représente l'intelligence, la compréhension, la conscience. Ces trois dimensions sont tout ce qui nous constitue. Au-dessous, il n'y a que de la matière absolue, autrement dit du vide, du néant. Au-dessus, il n'y a que la fine pointe de notre âme, autrement dit Dieu lui-même.
Tout ce qui nous constitue, donc, doit être épuré. Tout doit être ordonné à son origine et son but. Il ne nous a pas été donné un corps pour qu'il soit son propre but. Il ne nous a pas été donné des sentiments pour que nous nous y complaisions béatement. Il ne nous a pas été donné une intelligence pour faire de nous-mêmes notre propre Dieu.


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