Partage d'évangile quotidien
<
Enregistrer le billet en pdf

Discrétion assurée

Sam. 20 Juillet 2013

Matthieu 12, 9-21 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Et s'éloignant de là, il vient dans leur synagogue. Et voici : un homme ayant une main sèche. Ils l'interrogent en disant : « S'il est permis, le sabbat, de guérir ? » Cela pour l'accuser. 

Il leur dit : « Soit parmi vous un homme qui a une seule brebis. Si elle tombe, le sabbat, dans un trou, est-ce qu'il ne la saisira pas pour l'enlever ? Combien donc est plus précieux un homme qu'une brebis ! C'est pourquoi il est permis, le sabbat, de faire une belle action. »  Alors il dit à l'homme : « Tends ta main. » Il la tend, et elle est rétablie, saine comme l'autre. 

Les pharisiens sortent. Ils tiennent conseil contre lui : comment le perdre. Mais Jésus, l'ayant su, se retire de là. Beaucoup le suivent. Il les guérit tous. Puis il les rabroue : qu'ils ne le manifestent pas ! Pour accomplir le mot dit par Isaïe le prophète : “Voici mon serviteur que j'ai choisi, mon aimé en qui mon âme se plait. Je mettrai mon Esprit sur lui. Il annoncera aux païens le jugement. Point ne disputera, point ne criera, null n'entendra sur les places sa voix. Roseau broyé ne brisera, mèche fumante n'éteindra, que le jugement ne soit mené à la victoire. Et païens en son nom mettront leur espérance.” 

 

 

Les dix commandements, par He-Qi

 

 

voir aussi : Petit, c'est beau, L'éternel sabbat, Qui est qui ?

C'est la suite de la scène avec les disciples qui avaient cueilli quelques épis de blé pour tromper leur faim, que nous avons vue hier. Nous avons dit que Jésus y avait tenu un style de raisonnement conforme aux attentes des pharisiens, avec des arguments bien fondés et judicieusement choisis, en sorte que ces derniers ont peut-être accepté ses raisons, et sinon lui ont au moins accordé le droit de penser ainsi. Sauf pour la conclusion finale, que le "fils de l'homme est maître du sabbat", qu'ils ne peuvent approuver telle quelle, dans l'absolu. La Torah ne contient pas le détail de tout ce qui peut être fait et ne pas être fait un jour de sabbat ! Les pharisiens le savent bien, puisque ce sont justement eux les champions de l'établissement de ces extensions de la Loi qui déterminent précisément quelles sont les limites. Ils ont donc besoin de savoir comment Jésus les fixe lui-même, ces limites, pour pouvoir éventuellement y acquiescer, ou non. C'est leur question : par exemple, un jour de sabbat, est-ce qu'il est autorisé de guérir quelqu'un ou non ? Matthieu ajoute qu'ils posent la question "pour pouvoir l'accuser", mais il faut remarquer que chez Marc et Luc, ce n'est pas sur la réponse de Jésus que les pharisiens espèrent pouvoir l'accuser, mais sur l'acte lui-même. On voit donc que Matthieu ramène la scène entièrement dans le cadre d'une discussion pharisienne, dans laquelle effectivement si un des protagonistes sort une proposition excessive, il se fera aussitôt reprendre par les autres. Le "pour l'accuser" de Matthieu, ne signifie donc pas encore clairement une volonté spécifique de nuire à Jésus.

La réponse de Jésus, comme hier, est encore tout-à-fait mesurée et acceptable. Comprenons bien : si par guérir on entend l'activité normale d'un médecin auprès de ses patients, alors effectivement il n'est pas autorisé de 'guérir'. Si le même médecin venait à passer par hasard auprès d'une personne venant de se faire agresser et risquant la mort, dans ce cas il serait au contraire même tenu de porter assistance au malheureux. C'est donc dans cette deuxième catégorie que Jésus se positionne volontairement, en partant de l'exemple accidentel d'une brebis tombée dans un trou : Jésus est ici aujourd'hui, il rencontre cet homme aujourd'hui, demain il sera parti ailleurs, il se considère donc légitimé à guérir cet homme, puisque sinon l'occasion ne se représentera pas. C'est un raisonnement que les pharisiens peuvent parfaitement entendre... Nous en avons une confirmation indirecte par un autre épisode, où un chef de synagogue (donc un pharisien) s'adresse à la foule pour lui demander de n'amener les malades que les autres jours que le sabbat ! S'il formule cette demande, c'est donc qu'il accepte le bien-fondé des guérisons un jour de sabbat, mais en bon fonctionnaire, pour tout concilier, il a eu cette idée de génie, que ce soit la foule elle-même qui se discipline... Bref, comme hier donc, la réponse de Jésus n'a certainement pas déclenché les foudres des pharisiens. Comme en plus il n'est même pas à proprement parler passé à l'acte (il dit à l'homme de tendre la main, la main est alors guérie, mais Jésus n'a pas fait de geste sur la main, ni prononcé de paroles proclamant la guérison : ce n'est strictement qu'une coïncidence), il n'y a toujours là aucune raison que les pharisiens lui soient devenus hostiles.

Toujours la méthode Matthieu : tout en douceur. Bien sûr il y a quand même cette mention du conseil tenu par certains pharisiens pour perdre Jésus. Mais il faut comparer avec les versions de Marc et Luc du même épisode pour voir à quel point Matthieu a gommé toute l'animosité de la scène : "Jésus les regarde à la ronde avec colère, désolé par la dureté de leur cœur" (Marc 3, 5) "Eux sont remplis de fureur" (Luc 6, 11). En réalité, Matthieu ne pouvait pas passer complètement sous silence que certains pharisiens n'ont pas accepté Jésus ! C'est un fait en soi. Mais c'est même du pain béni, pour lui, que d'en parler ici, où il sait bien que son auditoire, pharisien, ne peut que trouver incompréhensible que certains de leurs collègues devanciers ait réagi ainsi. Il n'y a vraiment pas de quoi fouetter un chat. Tel que Matthieu a présenté ici, et hier, les choses, nous pouvons être certains que ce n'est pas ça qui a amené des pharisiens à vouloir monter une cabale contre Jésus. Et il est permis de penser que dans la longue citation qu'il tire d'Isaïe, le "roseau broyé" que Jésus n'a pas écrasé et la "mèche fumante" qu'il n'a pas éteinte, désignent, dans l'esprit de Matthieu, précisément ses anciens congénères pharisiens. Pour Matthieu, et au moins à ce moment-là de son évangile, Jésus a fait tout son possible pour ne pas les froisser.

Commenter cet évangile