Partage d'évangile quotidien
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Histoire de gros sou

Lun. 12 Août 2013

Matthieu 17, 22-27 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Comme ils se retrouvent dans la Galilée, Jésus leur dit : « Le fils de l'homme va être livré à des mains d'hommes. Ils le tueront et, le troisième jour, il se réveillera. » Ils s'attristent fort. 

Ils reviennent à Capharnaüm. Les receveur du didrachme s'approchent de Pierre et disent : « Votre maître ne paie pas la taxe du didrachme ? »  Il dit : « Si ! » Comme il vient à la maison, Jésus le devance en disant : « Quel est ton avis, Simon ? Les rois de la terre, de qui prennent-ils taxes ou impôt ? De leurs fils, ou des autres ? » Il dit : « Des autres ! » Jésus lui dit : « Ainsi donc les fils en sont libres. Cependant, pour ne pas les choquer, va à la mer, jette l'hameçon. Le premier poisson qui monte, saisis-le ! Ouvre-lui la bouche, tu trouveras un statère. Prends-le, donne-leur, pour moi et toi. » 

 

 

Le lavement des pieds, par He-Qi

 

 

voir aussi : Passe-droit, Choqués, Liberté surveillée

Deuxième annonce de la Passion : les trois synoptiques ont chacun ce qu'on appelle les trois annonces de la Passion. Cette répétition à trois reprises nous parle déjà plus d'une intention des auteurs que d'événements réels. C'est un peu comme les trois coups au théâtre : on prévient les lecteurs, ou les auditeurs, qu'on va arriver à l'événement central. Autre caractéristique qui ne nous permet pas de considérer les annonces de la Passion comme des paroles authentiques de Jésus : les prédictions trop précises des événements, ainsi que la prédiction de la résurrection. On peut croire ou ne pas croire à cet événement, en tout cas il est impossible que Jésus ait pu le prévoir. La résurrection à laquelle croyaient une partie des juifs était un événement collectif, pas individuel. Les trois annonces font donc partie de la dramaturgie du récit, elles sont l'œuvre des évangélistes ou de ceux dont ils se sont inspirés. Ceci dit, elles nous parlent quand même d'une des préoccupations principales de Jésus dans cette période qui va de la multiplication des pains à la montée à Jérusalem : leur ôter de la tête leur vision matérialiste du Royaume.

Et puis on enchaîne sur une petite scène unique en son genre. Matthieu est déjà le seul à la rapporter. C'est une scène très typique de la vie concrète de l'époque. Le didrachme est un impôt, initialement prévu pour financer la reconstruction du Temple, dont tout juif est censé s'acquitter une fois par an. "Censé", car il n'y a aucune contrainte juridique, et que, le Temple étant reconstruit, on peut se demander à quoi ou à qui il sert encore. C'est donc un impôt religieux, les collecteurs sont des juifs mandatés par les autorités religieuses, et il est levé plutôt dans les temps qui précèdent les grandes fêtes. C'est peut-être pour cette raison que Matthieu nous en parle maintenant, pour nous mettre dans l'ambiance de l'approche de la Pâque. La scène est tout-à-fait vraisemblable, les collecteurs qui ont préféré s'adresser à un des disciples plutôt qu'à Jésus lui-même, par respect ou par crainte d'être mêlés à des complications, Pierre qui n'ose pas les envoyer promener et qui se demande ensuite comment il va annoncer ça à Jésus, sachant tout le bien qu'il pense de l'institution du Temple !

Jusqu'ici, donc, nous étions dans le plausible, et c'est maintenant que ça se gâte. Nous aurions un Jésus qui se plierait à ce qui, il faut dire les choses comme elles sont, est devenu du racket pur et simple, juste pour éviter de choquer ses adversaires ? On va le voir prochainement se poser beaucoup moins de scrupules pour manifester tout le mal qu'il pense d'une autre de ces arnaques inventées récemment par les sadducéens, l'autorisation pour les marchands d'animaux destinés aux sacrifice de s'installer jusque dans l'enceinte du Temple, moyennant évidemment quelque droit de place ...le fameux esclandre avec les "marchands du Temple". Ici donc, au lieu d'expliquer clairement à un de ses plus proches, dans un espace privé, pourquoi il refuse d'engraisser encore plus les grandes familles sacerdotales, Jésus serait allé chercher cette histoire alambiquée de fils de rois ? On trouve, classiquement, deux explications différentes à cet argument. Pour certains, le fils de roi fait allusion à la nature divine de Jésus, fils de Dieu, lequel n'aurait donc pas à payer d'impôt pour le Temple. C'est une explication qui supposerait déjà que Jésus considère le Temple comme la demeure effective de Dieu, et qui de plus ne serait pas valable pour Pierre... Pour d'autres, c'est une allusion au fait que les romains faisaient payer leurs impôts aux peuples qu'ils avaient conquis, tandis que les citoyens romains ne les payaient pas. C'est vrai que, d'une manière générale et de tous temps, les vainqueurs pillent les vaincus ...mais c'est complètement en-dehors du contexte de cet impôt-ci dont il est question !

Je crois que nous pourrons chercher longtemps ce que Matthieu a voulu dire : cela ne nous expliquera jamais pourquoi Jésus aurait répondu à côté de la question de fond. Mais il y a encore pire, c'est la solution qui nous est décrite : et hop ! un petit miracle pour sortir Jésus, et Pierre, de ce faux pas. Là, nous sommes vraiment dans le grand n'importe quoi ! Le même Jésus qui, après quarante jours de jeûne, refuse de se fabriquer de la nourriture, accepte de produire de la monnaie ? et de plus, seulement pour lui et Pierre, pas pour les onze autres ? À moins, bien sûr, d'imaginer que les "pouvoirs" de Jésus ne lui permettaient pas d'aller au-delà du statère (qui vaut deux didrachmes, donc l'impôt de deux personnes), auquel cas on pourrait continuer en se demandant si cette limite vient du poids de métal à produire ou de l'effigie à faire figurer :-) Bref, nous sommes dans ces miracles "caprices" qui signalent de la manière la plus assurée des inventions pures et simples des évangélistes. On se demandera encore le pourquoi de cette histoire. S'agissait-il de montrer une certaine cooptation de Pierre par Jésus, un Pierre que Jésus aurait reconnu comme exempté théoriquement de l'impôt en tant que son futur représentant sur terre, après l'avoir racheté de sa pusillanimité devant les collecteurs ? En tout cas, une histoire d'argent qui, contrairement à ce que dit le proverbe, ne sent pas très bon.

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