Même pas peur
« C'est la paix que je vous laisse, c'est ma paix que je vous donne ; ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne. Ne soyez donc pas bouleversés et effrayés. Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m'en vais, et je reviens vers vous. Si vous m'aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi.
« Je vous ai dit toutes ces choses maintenant, avant qu'elles n'arrivent ; ainsi, lorsqu'elles arriveront, vous croirez.
« Désormais, je ne parlerai plus beaucoup avec vous, car le prince du monde va venir. Certes, il n'y a rien en moi qui puisse lui donner prise, mais il faut que le monde sache que j'aime mon Père, et que je fais tout ce que mon Père m'a commandé.Levez-vous, partons d'ici.
voir aussi : Paix sans faille
"il n'y a rien en moi qui puisse lui donner prise" : il faut être vraiment très fort, très sûr de soi, pour affirmer ça. Jésus était en tout cas un homme, à défaut de nous prononcer sur sa nature divine, et pleinement homme. Dans peu de temps, sur la croix, il semble bien qu'il ait eu un passage à vide, un moment de doute ou au moins d'incompréhension. Dans quel état d'esprit aurait-il donc pu prononcer cette phrase, sinon sous l'emprise de l'Esprit ?
Si on suit Jean à la lettre, tout au long de son évangile, on suit en fait le portrait d'un homme presque constamment sous la motion de l'Esprit. C'est d'ailleurs revendiqué par les paroles qu'il lui attribue : le Père est en moi et je suis dans le Père, etc... L'ennui de cette vision, c'est qu'on a finalement l'impression de n'avoir à faire qu'à la nature divine de Jésus, sa nature humaine n'apparaît pratiquement plus. Ceci n'étant d'ailleurs pas l'apanage du seul Jean, tous les évangélistes, tous les écrits de la seconde alliance, sont marqués de cette caractéristique, mais Jean est celui chez lequel c'est le plus flagrant, c'est sa signature en quelque sorte.
Evidemment, l'objectif de tous ces écrits est de parler de cette nature divine de Jésus. S'il n'en était pas ainsi, il n'y aurait pas eu vraiment de raison de parler de lui, il n'y aurait eu que quelques gens à se rappeler de lui, à la rigueur une mention ici ou là de son existence et de sa vie, et c'est tout. Le problème, c'est que la spécificité du christianisme n'est pas de croire en un dieu, mais réside en ce rapport particulier entre l'humanité et la divinité qui s'est révélé par Jésus. Pour ceux qui ont vécu avec lui, ils l'ont eue chaque jour sous les yeux, son humanité. Mais pour nous qui venons deux mille ans plus tard, nous sommes obligés de postuler que derrière cette icône qui nous est transmise, résidait bien un vrai homme, semblable à nous et tous les hommes. L'humanité de Jésus n'est plus pour nous qu'une espèce d'absence, une ombre chinoise, que nous devons combler par la foi.
Curieux renversement des choses, qui explique la fièvre de notre siècle à rechercher le Jésus historique derrière l'encombrante image du dieu vivant.


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