Esprit es-tu là ?
« J'aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l'instant vous n'avez pas la force de les porter.
« Quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière. En effet, ce qu'il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu'il aura entendu ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître.
« Il me glorifiera, car il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce qui appartient au Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : Il reprend ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »
voir aussi : Répétition générale, Au suivant, Quand il viendra
De qui donc 'procède' l'Esprit ? Si nous devons nous baser sur ce seul passage, nous serons bien en peine de répondre à cette question ! Certes Jean affirme d'abord qu'il 'procède' de Jésus : "il reprendra ce qui vient de moi". Mais aussitôt il corrige le tir, comme s'il avait peur que l'on se méprenne, et nous précise que cela qui "vient de" Jésus ne vient pas vraiment de lui mais en fait du Père, selon la rhétorique bien huilée que Jésus est dans le Père et le Père dans Jésus. Bref, si ce que dit l'Esprit semble venir de Jésus, ce n'est qu'en apparence, dans le même sens que le train de Paris qui entre en gare de Marseille peut très bien être annoncé comme arrivant de Lyon, Valence ou Avignon... De ce strict point de vue, l'Esprit ne 'procède' donc en fait que du Père. Mais en quoi ceci nous intéresse-t-il concrètement ?
Il nous faut d'abord remonter à l'expérience vécue par les premiers chrétiens, et qui les a amenés à utiliser ce langage de l'Esprit, avant de nous poser éventuellement de telles questions. Comme nous l'avons vu avant-hier ce qui s'est d'abord passé, c'est l'irruption d'une compréhension, une ouverture, une découverte, qui les a tellement surpris, bouleversés et retournés, qu'ils ont été obligés d'inventer des formules pour essayer d'en dire quelque chose, d'en parler pour en transmettre quelque chose. À ce stade-là, si ils parlent de l'Esprit, ce n'est pas encore du tout avec toute la théologie que nous connaissons depuis qui aboutira à la notion de Trinité et toutes ces questions de rapports entre les personnes de cette Trinité ! Il se passe seulement qu'ils se mettent à comprendre ce dont Jésus avait parlé durant tout son ministère sans qu'ils y pigent que dalle. Ce phénomène a une telle force qu'ils le personnifient, ils le vivent comme une présence. Ceux qui avaient connu Jésus avant sa mort ont tendance à la traduire comme etant Jésus revenu de la mort, c'est le langage de la résurrection, des apparitions. Mais comme le phénomène ne s'arrête pas là, que d'autres, qui n'ont pas connu Jésus, en font aussi l'expérience, ceux-là ont plutôt tendance à parler d'un Esprit qui leur a révélé cette relation personnelle de chacun au Père, qui était le cœur du message de Jésus.
On voit donc que le langage de l'Esprit, à l'origine, s'il a bien sûr un rapport avec Jésus, ne signifie pourtant pas exactement la même chose que le langage des apparitions et de la présence du ressuscité. Le langage de l'Esprit nous parle plus du message en lui-même que du messager. Et nous en revenons toujours à cette même question : qu'est-ce qui est le plus important ? Peut-on se prétendre fidèle au messager si on passe son message au second plan ? Tous nos efforts ne devraient-ils pas se porter d'abord à vivre le message, avant de s'interroger à couper les cheveux en quatre si Jésus est Le fils de Dieu, et ensuite si l'Esprit procède aussi de Jésus ou non ? Une chose est certaine, lorsque les premiers chrétiens ont inventé ce langage de l'Esprit, c'était parce que eux s'étaient mis à vivre le message, et c'était bien pour eux l'essentiel. Les questions théologiques ne sont venues que plus tard, très exactement au fur et à mesure que l'expérience elle-même se perdait.


Commenter cet évangile