Intérêt supérieur
« Je m'en vais maintenant auprès de celui qui m'a envoyé, et aucun de vous ne me demande : 'Où vas-tu ?' Mais, parce que je vous ai parlé ainsi, votre coeur est plein de tristesse. Pourtant, je vous dis la vérité : c'est votre intérêt que je m'en aille, car, si je ne m'en vais pas, le Défenseur ne viendra pas à vous ; mais si je pars, je vous l'enverrai.
« Quand il viendra, il dénoncera l'erreur du monde sur le péché, sur le bon droit, et sur la condamnation. Il montrera où est le péché, car l'on ne croit pas en moi. Il montrera où est le bon droit, car je m'en vais auprès du Père, et vous ne me verrez plus. Il montrera où est la condamnation, car le prince de ce monde est déjà condamné. »
voir aussi : Un jour un autre viendra, Fidei commis, Coup de théâtre dans le procès : le procureur est arrêté
Il est intéressant, dans la suite de ce que nous disions hier, de noter que Jean et Luc, les évangiles les plus tardifs, sont ceux qui parlent le plus de l'Esprit saint. Matthieu le mentionne tout juste, dans la formule toute faite 'au nom du Père et du Fils et du saint Esprit", qui est certainement un ajoût très tardif. Quant à Marc, il n'en parle pas du tout. Luc, en fait, n'en parle pas tant dans son évangile, mais c'est parce qu'il l'a réservé pour son second ouvrage, les Actes des apôtres, dont il est presque le personnage principal. C'est d'ailleurs Luc qui a inventé l'Ascension, justement comme événement marquant la séparation entre le temps des apparitions de Jésus et le temps de la venue de l'Esprit. Mais on ne retrouve pas chez Jean cette distinction nette, comme si pour lui Jésus n'était jamais vraiment parti, contrairement au schéma promu par Luc.
Effectivement, Jean parle de l'Esprit surtout avant la mort de Jésus, sous la forme d'annonce anticipée de l'événement. Pour Jean, l'Esprit est celui qui prendra en quelque sorte la suite de Jésus après sa mort. Comme il le dit aujourd'hui, c'est même une condition nécessaire. Et comme nous le verrons demain, il en parle en des termes absolument similaires à ce qu'il nous a seriné sur Jésus tout au long de son évangile : "ce qu'il dira ne viendra pas de lui-même : il redira tout ce qu'il aura entendu" d'auprès du Père, ou d'auprès de Jésus qui le tient lui-même du Père... Dans le fond il n'y a guère de différence entre le rôle de l'Esprit et celui de Jésus, l'Esprit, c'est Jésus après sa mort. On comprend, alors, pourquoi Jean ne distingue pas non plus entre apparition de Jésus et venue de l'Esprit : dès sa première rencontre avec les disciples réunis, il "répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l'Esprit Saint»". Tout est dit. La scène avec Thomas la semaine suivante est anecdotique, de même que le chapitre en Galilée qui n'a été ajouté que lorsque la communauté johannique a été obligée de se rapprocher des autres communautés.
Voyons donc maintenant comment Jean parle de l'Esprit. Il utilise principalement deux expressions qui lui sont propres : l'Esprit de vérité et le 'Paraclet', parfois seules, parfois associées, comme si la réalité qu'il essaie de transmettre ne pouvait être exprimée par une seule formule et se situait quelque part entre les deux ou dans leur conjugaison. Le Paraclet a très tôt été traduit, comme dans notre texte d'aujourd'hui, par le 'défenseur', l'avocat : on est plutôt dans un domaine juridique. Mais on trouvera aussi le 'consolateur', le dispensateur, l'assistant : on est alors plus dans un domaine médical, de soins. Il est sans doute dommage d'avoir ainsi voulu trop préciser. Le grec παράκλητος peut avoir tous ces sens, parce qu'étymologiquement il désigne plus largement quelqu'un appelé auprès d'un autre : c'est une notion générale de soutien, de force d'appui, d'aide, de service. Ce terme décrit donc plutôt les conséquences, les effets, produits par l'Esprit sur ceux qui le reçoivent.
La seconde expression, elle, nous parle plus du pourquoi cet Esprit peut produire de tels fruits. Ce n'est pas comme avec les divinités protectrices, que l'on peut amadouer, avec lesquelles on marchande, pour obtenir quelque avantage et bénéfice ! L'Esprit dont nous parle Jean n'agit pas sur les hommes, extérieurement à eux, mais il agit de l'intérieur des hommes. Il est la révélation de la vérité, qui surgit en eux, qui les envahit, et qui, une fois manifestée, ne peut ni se renier elle-même ni être répudiée. C'est ainsi qu'il peut être considéré comme le 'défenseur' qui leur souffle les arguments à opposer à ceux qui les dénigreraient, ou le 'consolateur' qui les rassure dans les périodes d'adversité : parce qu'il est en eux et que nul ne peut le leur ravir, ou qu'ils sont en lui et que nul ne peut les en faire sortir ! La Vérité, avec l'article défini et la majuscule du 'v', est effectivement une référence à elle-même, un synonyme de Dieu en somme.


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