Lignes de fracture
Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, s'écrièrent : « Ce qu'il dit là est intolérable, on ne peut pas continuer à l'écouter ! »
Jésus connaissait par lui-même ces récriminations des disciples. Il leur dit : « Cela vous heurte ? Et quand vous verrez le Fils de l'homme monter là où il était auparavant ?... C'est l'esprit qui fait vivre, la chair n'est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie.
Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. » Jésus savait en effet depuis le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient pas, et celui qui le livrerait. Il ajouta : « Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père. »
A partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s'en allèrent et cessèrent de marcher avec lui. Alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, vers qui pourrions-nous aller ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint, le Saint de Dieu. »
Jésus leur dit : « N'est-ce pas moi qui vous ai choisis tous les douze ? Et l'un de vous est un démon ! » Il parlait de Judas, fils de Simon Iscariote, car celui-ci allait le livrer ; et pourtant, c'était l'un des Douze.
voir aussi : Résultats des partielles
Je suis frappé dans ce texte comme Judas est soigneusement défini comme faisant partie de ceux qui croient. Jean nous dit que cet épisode sur le pain de vie aboutit à une sorte d'épreuve de vérité, où beaucoup de ceux qui suivaient Jésus jusqu'à présent se révèlent incapables d'aller plus loin et le quittent. Judas n'en fait pas partie. Il l'aurait pu pourtant.
De même quand Jésus s'adresse alors spécifiquement aux douze, même si Jean relate la seule réponse de Pierre comme porte-parole du groupe, Judas aurait pu là aussi se démarquer. Il ne l'a pas fait. Le message que semble vouloir nous transmettre Jean, ici, est que la trahison future de Judas n'était pas la conséquence de son incroyance. Au contraire, il faut qu'il y ait adhésion, foi, pour ensuite trahir.
Judas semble donc avoir accepté cette étrange doctrine de corps qu'il faut manger et de sang qu'il faut boire. Sans doute n'y a-t-il adhéré, comme les onze autres, qu'en aveugle, comme un saut dans l'inconnu parce que Jésus le demandait. Que pouvaient-ils tous y comprendre si ce n'est, vaguement, qu'il s'agit justement de faire confiance à Jésus ? N'est-ce pas d'ailleurs ce que nous faisons deux mille ans encore après ? A chacune de nos eucharistie, n'est-ce pas un saut dans l'inconnu que nous faisons ?
En nous nourrissant de son corps et de son sang, n'acceptons-nous pas qu'il vienne nous transformer de l'intérieur en un sens que nous ignorons à l'avance, puisque, si nous connaissions ce sens à l'avance, nous n'aurions pas besoin de lui pour nous décentrer de nous-même et nous transformer ?


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