Tout simplement
Une discussion s'éleva entre les disciples pour savoir qui était le plus grand parmi eux. Mais Jésus, connaissant la discussion qui occupait leur pensée, prit un enfant, le plaça à côté de lui
et leur dit : « Celui qui accueille en mon nom cet enfant, c'est moi qu'il accueille. Et celui qui m'accueille accueille aussi celui qui m'a envoyé. Et celui d'entre vous tous qui est le plus petit, c'est celui-là qui est grand. »
Jean, l'un des Douze, dit à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu'un chasser les esprits mauvais en ton nom, et nous avons voulu l'en empêcher, car il n'est pas avec nous pour te suivre. »
Jésus lui répondit : « Ne l'empêchez pas : celui qui n'est pas contre vous est pour vous. »
voir aussi : Profiteurs et accapareurs, Fondement de l'autorité
Trop, c'est trop ! Ils sont déjà douze en concurrence effrénée pour le poste de bras droit, premier ministre, vice-roi, du futur royaume. Alors si en plus il y en a qui ne sont même pas avec eux qui s'y mettent aussi ! Sans compter qu'ils leur bouffent des parts de marché... C'est le même Jean, qui s'inquiète ici du respect de la marque déposée 'Jésus', et qui, avec son frère Jacques, selon les récits de Marc et Matthieu, tentera le coup de se faire directement nommer aux premiers postes. On voit l'état d'esprit du personnage, mais il n'était sans doute, en ce domaine, qu'un peu plus vindicatif que ses collègues, ou dit autrement, un peu plus à côté de la plaque.
Jésus a raison de se faire du souci. Il s'est lancé, ou peut-être on l'a lancé, comme ça, dans cette aventure, et il n'avait pas mesuré à quel point ce pourrait être difficile de faire valoir son point de vue, la réalité d'un royaume tout intérieur, sur les archétypes qui régissent la mentalité de ses compatriotes. Et ce n'est pas que ces douze-là soient nécessairement les pires ! Ils sont vraisemblablement assez représentatifs de leur classe sociale, plutôt située au bas de l'échelle. De toute façon, avec les classes plus élevées, c'est dans l'ensemble beaucoup plus compliqué encore. Non seulement elles ne sont pas plus sensibles au concept d'intériorité, mais de plus elles le prennent pour une menace pour leurs intérêts de dirigeants en place !
On sait que Jésus ne renoncera pas. Il va aller au charbon, même si c'est dans un désert de plus en plus profond que son message résonnera désormais. Jusqu'à présent, il s'adressait principalement aux petites gens de sa région, la Galilée. Il ira donc à Jérusalem, là où ont fief les grands prêtres, comme les nomment les évangiles, c'est-à-dire les sadducéens, ainsi que les pharisiens. Certes les pharisiens sont établis sur tout le territoire d'Israël, maillant tout le peuple dans le quadrillage de leurs synagogues. Mais les plus brillants de leurs penseurs, leur intelligentsia, demeure dans la capitale ou ses environs, à Jérusalem donc aussi.
Il va y aller, en se doutant bien qu'il n'y fera pas plus recette sur le fond, sur l'essentiel de ce qu'il a à dire. Mais il est convaincu que c'est pour ça "qu'il est sorti", que c'est pour ça qu'il est sur terre, que c'est là sa vocation. Tout simplement parce que ce Dieu Père n'est pas une idée, aussi belle puisse-t-elle être, mais bien la réalité qui le fait vivre, et qu'il sait que cette réalité vaut pour tous, et que rien ne pourrait être plus important que de le faire découvrir à chacun, à tous. Alors voilà, tout ce qu'il a à faire, lui, c'est d'essayer. Après, qu'il réussisse ou pas, ça ne dépend plus de lui, ça ne le regarde même pas, finalement. Ce sera dommage, mais que pourrait-il faire de plus que d'aller jusqu'à la mort acceptée, pour témoigner de la force viscérale de ce qu'il vit ?


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