Partage d'évangile quotidien
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En route !

Mer. 2 Octobre 2013

Luc 9, 57-62 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Ils vont sur le chemin. Quelqu'un lui dit : « Je te suivrai, où que tu t'en ailles ! »  Jésus lui dit : « Les renards ont des tanières, les oiseaux du ciel, des nids. Mais le fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête. » 

Il dit à un autre : « Suis-moi ! » Il dit : « Seigneur, autorise-moi à m'en aller d'abord enterrer mon père. »  Il lui dit : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Pour toi, va-t-en annoncer le royaume de Dieu ! » 

Un autre encore lui dit : « Je te suivrai, Seigneur, mais d'abord autorise-moi à dire adieu à ceux de mon logis. »  Mais Jésus lui dit : « Personne qui mette la main sur la charrue en regardant vers l'arrière n'est apte au royaume de Dieu. » 

 

 

La fuite en Égypte, par He-Qi

 

 

voir aussi : Droit au but, Point de non-retour, Clauses particulières

C'est un groupe de petites maximes sur les modalités de la vie à la suite de Jésus. L'idée générale est celle d'une vie dans l'instant, sans pouvoir rien prévoir dans l'avenir, sans pouvoir non plus se permettre de regarder dans le passé. "Le fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête" : à l'extrême, on pourrait interpréter qu'il ne peut plus dormir, tellement il est préoccupé par l'urgence de la venue du Royaume, mais cela semblerait exagéré. Ceci signifie plutôt qu'il n'emmène rien avec lui, il n'a rien à emmener, que le minimum. Il n'a pas de manteau ou tunique de rechange, qu'il pourrait le soir rouler en boule en guise d'oreiller. Il doit se fier à la providence pour se faire héberger. Nous sommes volontiers impressionnés par cette façon de vivre à la grâce de Dieu, que nous voyons ici, mais qui nous est rapportée aussi dans l'envoi en mission des disciples. Nous avons raison, mais nous devons quand même relativiser un peu : la tradition d'hospitalité orientale, surtout à cette époque, n'est pas la même que dans nos sociétés occidentalisées. Il y avait donc peu de chance qu'ils restent sans gîte ni couvert, même si cela pouvait arriver, comme on l'a vu pas plus tard qu'hier, mais il n'en reste pas moins la dépendance, d'avoir à s'ouvrir et s'adapter à chaque fois à des personnes et situations nouvelles, qui, à elle seule, nous semble hors de portée étant donnée notre culture individualiste forcenée.

"Laisse les morts enterrer leurs morts, on ne met pas la main à la charrue en regardant en arrière" : ces deux maximes nous sont données dans le cadre de la décision initiale. Elles disent que si on s'imagine avoir choisi de suivre Jésus, mais qu'on veut un délai avant de s'y mettre, c'est qu'on n'a pas vraiment choisi de le suivre. C'est une évidence... Aussi ne valent-elles pas seulement pour ce moment, important, mais qui n'est en fait que le début : elles nous parlent de la condition de disciple tout du long du chemin. Il n'est plus question d'avoir sans cesse des doutes et des nostalgies, il faut aller résolument de l'avant, sans cesse, ne pas s'arrêter à tout bout de champ pour raccrocher les wagons. Non, on se met sous la gouvernance de l'Esprit, qui comme on sait souffle où il veut. Mais cette façon de présenter les choses n'est sans doute pas la meilleure qui soit. Il ne s'agit pas de se forcer à ces comportements, on ne ferait que s'y épuiser jusqu'au dégoût. Il faut plutôt les prendre comme des tests : sommes-nous, ou ne sommes-nous pas, dans cet état d'esprit ? La réponse nous indique alors à quelle étape nous en sommes. Et nous trouverons toujours que nous avons encore du chemin à faire : tant mieux, cela signifie que nous ne sommes pas encore morts !

Matthieu a situé ces maximes vers les tout débuts du ministère public de Jésus, après ce qu'il a conservé de la journée inaugurale de Capharnaüm et la guérison du lépreux, autrement dit au début de la période galiléenne. Luc, par contre, les situe donc ici, après le tournant de la multiplication des pains et de la transfiguration. Ces deux choix n'ont pas la même signification. Luc, en procédant ainsi, veut souligner que la rupture opérée par Jésus en mettant fin au "printemps galiléen" et en décidant d'affronter résolument son destin à Jérusalem, oblige les disciples à faire un choix. Ce n'est plus facile comme avant de le suivre, il ne suffit plus de se laisser porter par le flot de l'enthousiasme populaire, de la fièvre bon enfant qui soulevait les foules. Cette période se termine, les soutiens vont se raréfier de plus en plus, les suiveurs vont se réduire progressivement en peau de chagrin. Ce passage chez Luc fait écho à celui chez Jean, à la fin du discours sur le pain de vie, où il dit que "beaucoup de ses disciples ne marchaient plus avec lui" (Jean 6, 66) et Jésus demande alors aux douze ce qu'ils veulent faire, eux.

C'est de ce même choix, au fond, que Luc a voulu parler en déplaçant ces maximes à ce moment du parcours de Jésus et des disciples, tandis que Matthieu les a conservées où il les a trouvées dans la source Q, aux débuts du ministère, simplement parce que la source Q ne s'intéresse pas à la deuxième période, le tournant vers Jérusalem après le printemps galiléen. Les confréries de prédicateurs itinérants, qui semblent à l'origine des documents rassemblés sous le titre générique de source Q, reproduisaient le fonctionnement de Jésus pendant la période galiléenne. Pour elles, c'était là le tout de son message, faire advenir le Royaume par la parole et les signes. Au fond, elles ne comprennent pas pourquoi il a pris à un moment cette décision de monter à Jérusalem, elles n'en tiennent pas compte, ça ne les intéresse pas. Elles savent ce qu'il y a 'vécu', elles connaissent sa fin, mais elles considèrent cet aspect de sa vie plutôt comme une erreur tragique de sa part qu'autre chose. Pour elles, vivre à la suite de Jésus, c'est revivre ce qu'ils ont vécu quand ils étaient avec lui, en Galilée, c'est là leur alpha et leur oméga.

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