Partage d'évangile quotidien
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Le monde du spectacle

Sam. 8 Juin 2013

Marc 12, 38-44 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Voici ce qu'il enseignait à tous: «Gardez-vous des maîtres de la loi qui aiment à se promener en longues robes et à recevoir des salutations respectueuses sur les places publiques; ils choisissent les sièges les plus en vue dans les synagogues et les places d'honneur dans les grands repas. Ils prennent aux veuves tout ce qu'elles possèdent et, en même temps, font de longues prières pour se faire remarquer. Ils seront jugés d'autant plus sévèrement!» 

Puis Jésus s'assit en face des troncs à offrandes du temple, et il regardait comment les gens y déposaient de l'argent. De nombreux riches donnaient beaucoup d'argent. Une veuve pauvre arriva et mit deux petites pièces de cuivre, d'une valeur de quelques centimes. Alors Jésus appela ses disciples et leur dit: «Je vous le déclare, c'est la vérité: cette veuve pauvre a mis dans le tronc plus que tous les autres. Car tous les autres ont donné de l'argent dont ils n'avaient pas besoin; mais elle, dans sa pauvreté, a offert tout ce qu'elle possédait, tout ce dont elle avait besoin pour vivre.» 

 

 

Saint François, par He-Qi

 

 

voir aussi : Du bien des veuves, Veuves et veuve

Deux paroles de Jésus, qui n'ont pas vraiment de rapport avec l'ensemble de ce qui a précédé, ni avec ce qui va suivre, ni entre elles. Une tirade un peu construite sur les scribes, d'abord, ce qui donne l'impression d'enchaîner sur l'épisode d'hier. Mais on retrouve à peu près la même tirade chez Matthieu, adressée, chez lui, à la fois contre les scribes et les pharisiens. Quant à Luc, il l'utilises à deux reprises, une fois comme Marc ici, mais une seconde fois contre les pharisiens seuls. Bref, les scribes ici ne sont qu'un prétexte, le reproche s'adresse d'une manière générale à tous ceux qui utilisent la religion comme un moyen d'ascension sociale plutôt que comme véritable recherche intérieur. La fin de la tirade sur les "biens des veuves" fournit le prétexte pour enchaîner sur la scénette qui suit.

Depuis l'arrivée de Jésus à Jérusalem, nous avons eu une sorte de panorama des partis en présence. Ils se sont succédés, les uns après les autres, les sadducéens, les pharisiens, puis les scribes. Il s'agissait de camper Jésus sur la scène publique, par rapport et vis-à-vis de ses concurrents, bref, de décrire la situation initiale avant le début du drame. Viendront ensuite un ensemble de discours prédisant la fin du judaïsme, ainsi que la fin des temps. Là, c'est la situation après, la conséquence et les issues, de l'événement central, du cœur du récit, que sont la Passion, la mort et la résurrection. En procédant ainsi, en décrivant dans cet ordre l'avant, puis l'après, puis l'événement lui-même, l'auteur veut donner comme message que cet événement est comme le centre du temps, le tournant de l'Histoire. C'est donc un effet voulu, mais pour l'instant nous sommes entre l'avant et l'après, et nous avons ces deux fragments qui nous semblent là surtout parce que l'auteur n'a pas voulu les perdre.

On peut quand même leur trouver un point commun : tous deux parlent de l'erreur de se fier aux apparences. Ces scribes qui font tout pour occuper le devant de la scène, sont les frères jumeaux de ces riches qui déposent ostensiblement de grosses sommes dans le tronc, et les uns et les autres contrastent avec la pauvre veuve qui n'y laisse tomber qu'un misérable centime, presque honteuse de cotoyer de si généreux donateurs. Et il est vrai que l'ensemble des discours sur la fin de temps partira encore de cette question des apparences, avec les disciples s'extasiant sur la beauté du Temple, fiers de ce témoignage orgueilleux de la grandeur de leur peuple, et Jésus leur annonçant que tout cela ne serait bientôt plus que ruines. Je ne suis pas sûr, cependant, que la continuité de ce thème ait un sens précis dans le récit, à ce moment-là. Cela me semble plutôt ressortir de ce que tel est, dans le fond, l'essentiel de l'enseignement de Jésus, un trait caractéristique de l'originalité de son message.

La révolution Jésus, c'est bien, en effet, de rompre avec l'extériorité. Le dieu de Jésus n'est plus celui qui trône très haut et très loin dans le ciel, qu'on ne peut voir ni entendre sans en mourir aussitôt, mais un père qui vit au plus profond de nous-mêmes et parle directement au cœur de chacun. La religion de Jésus n'est plus une Loi unique pour tous, et à l'aune de laquelle chacun voudra, bien sûr, prouver qu'il en est le champion toutes catégories. Non, la religion de Jésus est un dialogue dans le secret des consciences, sur lequel personne ne peut porter de jugement à priori, pas même vraiment celui qui le vit... ce qui ne veut pas dire que nous ne puissions pas nous y aider les uns les autres, mais sûrement pas y comparer nos mérites ou nos défaillances respectifs !

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