N'ayez pas peur...
« Voici : moi, je vous envoie comme brebis au milieu de loups. Devenez donc avisés comme les serpents et simples comme les colombes.
« Défiez-vous des hommes : ils vous livreront à des sanhédrins, dans leurs synagogues, ils vous fouetteront. Devant gouverneurs et rois, vous serez amenés à cause de moi, en témoignage, pour eux et pour les nations. Quand ils vous livreront, ne vous inquiétez pas : “que dire ? et comment ?” Car cela vous sera donné à cette heure-là, que dire : ce n'est pas vous qui direz, mais l'Esprit de votre père qui dira en vous.
« Un frère livrera un frère à la mort, un père, un enfant. Se lèveront enfants contre parents, et les feront mourir. Vous serez haïs par tous en raison de mon nom. Mais qui durera jusqu'à la fin, lui, sera sauvé. Quand ils vous persécuteront dans cette ville, fuyez dans l'autre ! Amen, je vous dis : vous n'aurez pas fini les villes d'Israël que vienne le fils de l'homme. »
voir aussi : Serpent à plumes, Course d'obstacles, Champ de bataille
Nous sommes dans la persécution ! Comme je le disais hier, ce n'est évidemment pas pendant la période galiléenne du ministère de Jésus que de telles conditions ont pu se produire. Les arrestations, les mauvais traitements, la délation de ceux qui croient "au nom de Jésus", tout ceci ne surviendra qu'après la mort de Jésus, et ce passage est entièrement une construction de Matthieu. Nous n'avons donc à priori pas grand chose à apprendre sur Jésus lui-même, ici, seulement sur les premiers chrétiens. Nous pouvons cependant noter ce qu'ils nous disent sur l'Esprit. Ce sera une occasion de revenir sur ces deux langages qu'ils ont forgé pour nous parler de ce qu'ils ont vécu après la mort de Jésus : la Résurrection et la venue de l'Esprit. Je dis 'forgé' parce que, bien que ces mots existaient déjà, ils ont pris pour eux un sens tout nouveau et qui dépasse largement ce qu'ils signifiaient auparavant.
Après la mort de Jésus, les disciples ont découvert le tombeau vide, mais cela n'a pas signifié grand chose pour eux. Ils ont pensé que c'était le sanhédrin qui avait fait enlever le corps, pour éviter qu'un culte puisse un jour se développer autour de la dépouille de Jésus. Ce fait, ajouté à la conviction qu'ils avaient déjà d'être dans le collimateur, les a fait se cacher : les galiléens sont repartis le jour-même chez eux, les judéens se sont fait tout petits. C'est plus tard que s'est passé ce qu'ils ont nommé la résurrection et la venue de l'Esprit. C'est une compréhension nouvelle de Jésus, qui leur est venue. Nous ne pouvons pas savoir si cela s'est passé soudainement ou progressivement, toujours est-il que cette compréhension a fini par être telle qu'ils se sont rendus compte qu'ils ne l'avaient pas du tout connu, ou si peu, auparavant. Ils se sont sentis habités, envahis : Jésus était devenu plus vivant que de son vivant. C'est ça, la résurrection, c'est ça, la venue de l'Esprit.
Dans un premier temps, donc, la venue de l'Esprit désigne à peu près la même chose que la résurrection. C'est ce qui les a amenés à cette compréhension nouvelle de Jésus. Mais cette compréhension ne s'arrête pas là, elle les transforme eux aussi ! Ils se rendent compte que, non content de comprendre Jésus tout autrement, ils deviennent eux aussi comme lui par bien des aspects : ils entrent eux aussi dans une relation au Père, dans cette confiance et dans toutes ses conséquences, le lys des champs et les oiseaux du ciel, par exemple, et beaucoup d'autres choses, bien sûr. Et c'est ce que nous voyons ici : ils ont découvert qu'ils n'ont pas besoin d'affûter à l'avance des arguments, pour quand ils auront à rendre compte de leur foi. Être dans la vérité, vivre dans le Père, donne tous les points d'appui, toutes les justifications voulues, bien plus fondées que tout le discours de leurs adversaires.
Et en dernier, et ce n'est sans doute pas le moins important, ils découvrent même des aspects de Jésus dont il n'ont pourtant pas été témoins. Il n'y avait aucun d'eux aux interrogatoires de Jésus par Hanne et par Pilate, mais ce qu'ils vivent lors de leurs propres interrogatoires leur permet de supposer comment Jésus a pu se comporter pendant les siens. Bien sûr, c'est leur interpolation à eux, bien sûr, ils sont encore hommes et sujets à l'erreur, mais c'est ce qui explique que, malgré tout, les évangiles nous transmettent une connaissance vivante, c'est ce qui leur donne toute leur valeur par rapport à l'hypothétique ouvrage historique et biographique que beaucoup auraient aimé qu'ils soient et qu'ils ne sont pas. Oui, les évangiles ne nous parlent 'que' de ce que certains ont compris ou cru comprendre, mais ce faisant ils nous en disent bien plus que n'aurait pu le faire n'importe quel ouvrage scientifique au sens où nous l'entendons de nos jours.
Et puis, ce rôle de l'Esprit, c'est aussi ce qui nous permet, aujourd'hui encore, de comprendre, nous aussi, quelque chose à tout ça. D'un côté, sans l'Esprit, nous ne pouvons pas comprendre ce que les évangiles et la tradition nous disent de Jésus. D'un autre côté, avec l'Esprit, nous pouvons même comprendre plus que ce qu'ils nous disent ! jusqu'à la "vérité toute entière"...


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