Partage d'évangile quotidien
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Qui est le plus grand

Jeu. 12 Décembre 2013

Matthieu 11, 11-15 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Amen, je vous dis : il ne s'est pas éveillé parmi ceux qui sont nés de femmes de plus grand que Jean le baptiseur. Mais il est un plus petit, dans le royaume des cieux, qui est plus grand que lui ! 

« Depuis les jours de Jean le baptiseur jusqu'à présent, le royaume des cieux se force, et des forts le ravissent. 

« Car tous les prophètes et la loi jusqu'à Jean ont prophétisé. Et si vous voulez accueillir ceci : lui-même, c'est Elie qui doit venir. Qui a des oreilles, entende ! » 

 

 

Moïse bénit Israël, par He-Qi

 

 

voir aussi : Jean sous toutes les coutures, Entrée dérobée, Le règne des violents, Elie, le retour

Ça se précise, cette nativité, et nous allons maintenant cheminer en compagnie de Jean le baptiste pendant quelques jours, avant de finir par les annonces explicites de la naissance de Jésus. Les premiers chrétiens ont eu à gérer une situation délicate vis-à-vis de Jean. Jésus a, presque sûrement, été disciple de Jean, avant de se lancer dans son propre ministère. C'est au cours de cette période qu'il a reçu la révélation du Père, sans doute lors d'un exercice d'ascèse très poussé, qui nous est relaté comme la tentation au désert. Cela ne veut pas dire qu'il ait immédiatement pris des distances avec l'enseignement de Jean. L'expérience de l'éveil est une chose, la compréhension de ses implications en est une autre. Il est donc encore resté un certain temps un disciple de Jean parmi les autres disciples de Jean, et c'est, sans doute aussi, l'arrestation de Jean qui l'a plus ou moins amené à se "mettre à son compte", en quelque sorte. Mais même là encore, on voit dans les évangiles que son message, dans les débuts, ne se différenciait pas de celui de Jean. C'est plus tard seulement, sûrement en lien avec l'apparition des premiers 'signes' (guérison ou exorcismes 'miraculeux'), que sa compréhension du Père a fait évoluer sa prédication et tout son ministère.

C'est du groupe de ces disciples de Jean que venaient les premiers disciples de Jésus. C'étaient des galiléens qui, lors de l'arrestation de Jean, ont décidé de rentrer chez eux avec Jésus et sont restés en contact avec lui. Mais tous les disciples de Jean n'ont pas suivi la même voie. On voit bien aussi dans les évangiles cette contestation de l'évolution de Jésus par la suite, avec ces émissaires envoyés par Jean à Jésus pour lui demander "s'il est bien celui qu'ils attendaient", et Jean lui-même ne semble pas avoir été le dernier à émettre pour le moins des réserves sur ce que Jésus était devenu. Nous ne pouvons même pas être sûrs que Jean ait jamais cru que Jésus était le messie, en tout cas il ne l'a certainement pas affirmé assez clairement, sinon tous ses disciples auraient été plus ou moins obligés de suivre. Or, même à l'époque où les évangiles sont écrits, plusieurs dizaines d'années après la mort de Jésus, les héritiers de Jean le baptiste qui n'ont pas suivi Jésus sont encore nombreux et organisés en communautés, et la bataille pour savoir si Jésus est un héritier légitime ou pas n'a jamais été tranchée.

La difficulté pour les premiers chrétiens se situe là : d'une part, ils ont besoin de cet héritage pour justifier que Jésus se situe bien dans l'histoire de son peuple, mais d'autre part l'icône d'un homme-dieu qu'ils sont en train de construire aimerait bien décrire un Jésus qui surgit d'un seul coup avec toutes ses capacités. L'homme-dieu s'accommode mal d'un cheminement humain, d'une progression dans son histoire, comme nous en avons tous. Il est effectivement très difficile dans les évangiles, si ce n'est grâce aux immenses recherches scientifiques qui on été menées ces dernières décades, de comprendre et définir quelles ont pu être les évolutions de Jésus au cours de son ministère. On trouve du début à la fin un mélange d'expressions qui peuvent autant remonter à la fin qu'aux débuts de son action publique. C'est en tenant compte de ce contexte qu'on doit lire, notamment, tout ce qu'ils nous disent de Jean le baptiste. La reconnaissance par Jean de Jésus comme Messie est une nécessité pour les chrétiens, mais peu de chances qu'il l'ait affirmée aussi nettement. De même, faire de Jean le plus grand des prophètes, jusqu'à, comme ici, l'assimiler à Élie revenu du ciel, concourt aussi, par ricochet, à renforcer la légitimité de Jésus comme messie, mais... etc. Ce qui est certain, c'est que Jean a bénéficié d'une très grande renommée dans son peuple, et toute la problématique des premiers chrétiens est de récupérer ce capital de sympathie sans pour autant dire que Jésus lui serait redevable de quoi que ce soit !

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