Partage d'évangile quotidien
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Pouvoirs controversés

Jeu. 4 Juillet 2013

Matthieu 9, 1-8 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Il monte en barque, fait la traversée et vient dans sa propre ville. 

Et voici : ils lui présentaient un paralytique gisant sur un lit. Jésus voit leur foi et dit au paralytique : « Confiance, enfant : tes péchés sont remis. » 

Et voici, certains des scribes disent en eux-mêmes : « Celui-ci blasphème ! » Jésus sait leur propos. Il dit : « Pourquoi ces mauvais propos en vos cœurs ? Au fait, quel est le plus facile ? Dire : “Tes péchés sont remis” ? Ou dire : “Lève-toi et marche” ? Eh bien, pour que vous sachiez que le fils de l'homme a pouvoir sur la terre de remettre les péchés... » Alors, il dit au paralytique : « Lève-toi ! Prends ton lit et va dans ton logis. » Il se lève et s'en va dans son logis. 

Les foules voient, et craignent. Elles glorifient le Dieu qui donne un tel pouvoir aux hommes. 

 

 

Pilate s'en lave les mains, par He-Qi

 

 

voir aussi : Hommes de pouvoir, Chacun chez soi, Trop facile

Après avoir suivi Matthieu de sentences en sentences dans son "sermon sur la montagne", nous l'avons ensuite suivi, depuis maintenant une semaine, de miracle en miracle. Nous l'avions dit, au début du 'sermon', c'est la façon de procéder de Matthieu, de regrouper ses matières par genres. Nous avons donc ainsi eu successivement : le tout premier, la guérison du lépreux, puis celle du 'garçon' du centurion, puis de la belle-mère de Pierre, puis toute la ville de Capharnaüm, puis la tempête apaisée, et enfin hier l'expulsion d'un régiment de démons. En récapitulant ces actions successives, n'avons-nous pas une impression globale de montée en puissance ? Nous sommes passés de guérisons individuelles isolées à des guérisons en masse, puis un miracle sur la nature, selon la terminologie usuelle, et cet exorcisme spectaculaire d'hier. Et voici aujourd'hui le dernier miracle de la série, et nous avons un peu l'impression de retomber. Un seul malade : Jésus aurait-il une petite baisse de régime ? Matthieu ne s'est-il pas rendu compte de la maladresse de son choix, de clore sa série sur ce cas-là ?

En fait, pas du tout. Oui, il s'agit ici de la guérison d'un seul homme, mais il s'agit surtout de quelque chose qui, pour Matthieu, a beaucoup plus d'importance, est beaucoup plus extraordinaire, que tous les miracles accomplis par Jésus jusqu'ici. Plus extraordinaire que la guérison de tous les malades de Capharnaüm, plus extraordinaire que l'apaisement d'une tempête, plus extraordinaire que l'expulsion de toute une troupe de démons : le pardon des péchés d'un seul homme. Nous avons déjà dit à plusieurs reprises l'attachement de Matthieu et de sa communauté à la Loi. Cet attachement ne signifiait pas automatiquement, loin s'en faut, qu'ils considéraient que le système sacrificiel assuré par le Temple était le seul moyen par lequel les hommes pouvaient obtenir le pardon de leurs péchés. Mais que ce pardon ne pouvait venir que de Dieu seul, tel était certainement l'opinion qu'ils avaient, avant la venue de Jésus, et qu'ils n'avaient sans doute pas remise en cause de son vivant. Beaucoup de juifs étaient désabusés de la façon dont les grandes familles sacerdotales géraient le culte officiel, l'ayant transformé en pure machine à sous et instrument de pouvoir sans partage. C'est la raison du succès qu'a eu Jean le Baptiste, avec son baptême "pour le pardon des péchés". Mais pour tous, Jean comme les foules qui venaient à lui, c'était bien Dieu qui donnait ce pardon, pas Jean !

Eh bien ! il faut donc croire que l'Esprit a accompli un super travail. Voici notre Matthieu, là où on aurait plus volontiers attendu Marc ou Luc, qui nous le dit tout nettement, sans ambiguïté : Dieu donne un tel pouvoir aux hommes ! On ne peut pas comprendre autrement cette affirmation, il s'agit nécessairement autant du pouvoir de pardonner les péchés que de celui de guérir des malades, et ce n'est pas au Jésus Dieu que Matthieu l'attribue, mais bien "aux homme". Et Matthieu est le seul à le dire ainsi, ce qui signifie qu'il l'a volontairement formulé de cette façon, par rapport au récit de Marc dont il s'est inspiré, qui, lui, fait dire simplement aux foules "Ça on ne l'avait jamais vu", sans nous dire ce que recouvre ce 'ça'.

À strictement parler, pourtant, et parce qu'il faut être très précis en ces matières, l'histoire ne montre pas exactement que ce soit Jésus qui ait pardonné ses péchés au paralytique, et ce n'est pas ce que lui-même prétend. Ce sont ses contradicteurs qui l'en accusent, mais lui a dit "tes péchés sont pardonnés" et non "je te pardonne tes péchés". Le pouvoir qui nous est montré n'est donc pas d'être la source du pardon. Sur ce point, effectivement, Dieu est la seule source. Exactement, d'ailleurs, comme pour la guérison qui s'accomplit ensuite, ce n'est pas Jésus qui guérit ni qui pardonne, c'est Dieu qui guérit et qui pardonne, par Jésus. On approche ici au plus près de l'enseignement de Jésus, tant en paroles qu'en actions. Autant il s'efface toujours devant Dieu, ne prétendant jamais prendre sa place, autant il affirme fortement que ce même Dieu attend tout de nous pour pouvoir agir. C'est Dieu qui pardonne, c'est Dieu qui guérit, mais il ne peut pas le faire sans nous ! Ce n'est pas nous qui avons le pouvoir lui-même, mais nous avons par contre, ô combien ! hélas, tous pouvoirs pour y faire obstruction et le mettre en échec.

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