Partage d'évangile quotidien
<
Enregistrer le billet en pdf

Choisir son camp

Mer. 10 Avril 2013

Jean 3, 16-22 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

« Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. 

« Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne veut pas croire est déjà jugé, parce qu'il n'a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. 

« Et le Jugement, le voici : quand la lumière est venue dans le monde, les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs oeuvres étaient mauvaises. En effet, tout homme qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses oeuvres ne lui soient reprochées ; mais celui qui agit selon la vérité vient à la lumière, afin que ses oeuvres soient reconnues comme des oeuvres de Dieu. » 

Après cela, Jésus se rendit en Judée, accompagné de ses disciples ; il y séjourna avec eux, et il baptisait. 

 

 

Après la résurrection, par He-Qi

 

 

voir aussi : Les semblables s'attirent, Prédestination ?, Aimant divin

Nous voici dans le Jean qui ne nous dit plus grand chose, avec d'une part cet adjectif 'unique', μονογενής (monogène) en grec, qui, de quelque manière que l'on veuille l'examiner, a pour objet de faire de Jésus un être radicalement différent de nous, d'un autre genre, d'une autre espèce. Ce terme 'monogène' est un terme qui n'apparaît que chez Jean (plus une fois dans la lettre aux hébreux), pour qualifier Jésus. On peut donc le considérer comme une spécificité de la tradition johannique, même si, bien sûr, depuis, il a été adopté comme la norme. Les synoptiques, pour leur part, parlent du fils 'bien-aimé', ce qui, malgré la proximité apparente des expressions, change en fait complètement leurs portées. Pour les synoptiques, si Jésus est le fils 'bien-aimé', cela fait de lui l'objet d'un amour particulier de Dieu, mais cela ne le met pas dans une catégorie unique et propre à lui seul, contrairement au 'monogène' de Jean.

Ce qui est donc important sur cette question, c'est de noter que cette façon de concevoir Jésus comme un être plus vraiment humain n'est pas venue tout de suite après sa mort. Les évangiles synoptiques font de lui une personne exceptionnelle, mais pas surhumaine. Et si l'évangile de Jean nous propose ce terme de 'monogène', ce n'est sûrement pas dans sa couche première et originelle que constitue le témoignage du "disciple que Jésus aimait". Le monogène vient de la réflexion ultérieure de la communauté johannique, et il est même vraisemblable qu'il ne servait pas, dans un premier temps, à qualifier uniquement Jésus, mais qu'il décrivait seulement la présence de Dieu en tout homme, faisant de chacun de nous une personne absolument unique en son genre. Ce thème, que chaque personne humaine est absolument unique, a sa valeur propre et irremplaçable, est pourtant devenu au fil du temps une évidence dans la pensée chrétienne. Pourquoi, alors, avons-nous encore besoin de séparer Jésus de notre condition partagée ?

Dans le passage d'aujourd'hui, nous avons aussi ce thème de la lumière et des ténèbres, qui sépareraient les hommes, et le monde, en deux camps bien tranchés, antagonistes et définitifs. C'est tout le thème du bien et du mal comme entités de même nature mais irréconciliables, s'opposant à armes égales. C'est le manichéisme, le Diable comme alter ego de Dieu, l'enfer et le ciel : toutes ces notions découlent directement de ce genre de langage. Quelle distance entre ces "hommes qui font le mal et détestent la lumière", et le "ils ne savent pas ce qu'ils font" de Jésus sur la croix ! Est-il vraiment possible que ce soit le même homme qui ait prononcé ces deux jugements ? Bien évidemment : non. C'est que, d'un côté nous avons un Jésus héritier du judaïsme, et proche en cela du bouddhisme et de sa notion d'ignorance, pour lequel le péché est une erreur d'appréciation plutôt qu'une volonté de mal faire, et de l'autre côté la gnose, héritière du zoroastrisme, plus ou moins diffuse dans toutes les cultures de la région, dont malheureusement le christianisme s'est beaucoup trop laissé imprégner, et pour laquelle se dresse, face à la volonté du Dieu du bien, une autre volonté à peu près aussi puissante d'une sorte de dieu du mal.

Le mal est certes un grand 'mystère'. Mais ces deux façons de l'envisager ne sont pas du tout équivalentes et difficilement compatibles. C'est là que se situent les vrais camps entre lesquels nous devons choisir. Et il n'est certainement pas innocent que ce soit le même évangile qui promeuve à ce point à la fois la déification de Jésus, dans le sens d'une divinisation qui le fait sortir de notre humanité commune, et à la fois cette personnification du mal, dont est issu notre regrettable Diable chrétien. Ce n'est pas une coïncidence ! les deux vont de pair, et ne nous viennent en tout cas sûrement pas de Jésus. Mais ne croirait-on pas que les idoles, tant celles du bien que celles du mal, sont infiniment plus rusées que nous, hélas ?

Commenter cet évangile