Mais c'est quoi, ça ?
« Personne n'allume une lampe pour la couvrir d'un récipient ni pour la mettre en-dessous d'un lit. Mais on la met sur un lampadaire pour que ceux qui pénètrent voient la lumière. Car rien de caché qui ne devienne manifeste, ni rien de secret qui ne doive être connu et venir se manifester.
« Aussi, prenez garde, comment vous entendez ! Car celui qui a, il lui sera donné. Et celui qui n'a point, même ce qu'il croit avoir lui sera pris ! »
voir aussi : Transparence et vérité, Lumière d'intérieur, Pépites
Ces deux péricopes se retrouvent chez Marc, comme ici chez Luc, à la suite de la parabole du semeur (Marc 4, 21-25). L'image de la lampe se retrouve cependant chez Matthieu dans son sermon sur la montagne (Matthieu 5, 15), et aussi chez Luc une seconde fois (Luc 11, 33). La sentence sur le caché qui sera révélé se retrouve aussi chez Matthieu (10, 26). Quant à la sentence sur celui qui a et celui qui n'a pas, on la retrouve à deux reprises chez Matthieu (13, 12 et 25, 29) et aussi une seconde fois chez Luc (19, 26). Le moins qu'on puisse dire est que ces thèmes ressemblent à des refrains, et c'est sans doute ce qu'ils étaient dans l'enseignement de Jésus. Il ne faut pas s'imaginer que Jésus ait prononcé une seule fois dans sa vie ses paraboles ou d'autres éléments de son enseignement. Il est évident que lors de sa prédication en passant par les divers bourgs de la Galilée, il fut amené à reprendre souvent les mêmes éléments, en les adaptant et arrangeant légèrement pour chaque occasion si besoin. Quiconque a une expérience de conférencier itinérant comprend de quoi il s'agit : on ne prononce jamais deux fois la même conférence, mais on ne la réécrit pas non plus de fond en comble à chaque fois, alors que le public est à chaque fois différent. Il en allait de même pour Jésus.
Particulièrement pour les deux péricopes que nous avons aujourd'hui, elles pouvaient servir de conclusion à de nombreuses paraboles, et devaient avoir un rôle de leitmotiv. Car c'est ce qu'elles sont réellement : ce ne sont pas des enseignements en soi. On aurait tort de prendre l'image de la lampe, comme certains le font, comme une invitation faite aux croyants de témoigner haut et fort de leur foi ! On peut la lire comme ça, si on veut, mais ce n'était pas ce qu'elle voulait dire à l'origine. Ces deux péricopes sont en fait des explications sur ce que sont les paraboles, sur leur mode de fonctionnement. Nous sommes ici à la suite de la question des disciples qu'ils ont posée hier : c'est quoi ça, la parabole ? La réponse qui y a été donnée peut en effet se lire comme une explication de la seule parabole du semeur, mais aussi comme une explication de ce qu'est une parabole d'une manière générale : une parabole est comme une graine semée etc... Marc le fait dire d'ailleurs clairement à Jésus au début de sa réponse : "vous ne comprenez pas cette parabole, alors comment pourrez-vous comprendre n'importe quelle parabole ?" (Marc 4, 13). Et les deux péricopes qui suivent, que nous avons aujourd'hui dans leur version selon Luc, sont aussi de telles explications, sur ce que sont les paraboles.
Une parabole est comme une lampe qu'on allume. Nous avons parfois, ou souvent, l'impression que ce n'est pas le cas, que les paraboles sont des images qui nous embrouillent, qui contiennent plus d'ombre que de lumière. Mais ce n'est pas ainsi qu'il faut les prendre, nous dit la sentence : les paraboles sont comme des lampes. Mais une lampe, on ne l'allume pas pour la cacher aussitôt sous un récipient ou sous un lit ! alors c'est pareil avec les paraboles, il faut les porter bien haut dans notre esprit, ne pas les enfouir, les refouler au plus vite sous prétexte qu'on ne les comprend pas. Non, il faut les maintenir allumées, et les laisser faire leur travail jusqu'à ce que tout ce qui est caché ait été révélé. Ce n'est pas à nous de faire la lumière, ça, c'est la parabole qui le fera. Nous, tout ce que nous avons à faire, c'est juste de ne pas masquer cette lumière, ne pas juger ni préjuger de ce qu'elle sera, ne pas l'empêcher d'agir comme elle le doit. Alors, si nous sommes capables de faire ça, nous verrons que la deuxième sentence est vraie aussi. Si nous savons laisser une ouverture se faire en nous, nous verrons que les choses se mettront progressivement à prendre sens. C'est comme un effet boule de neige, plus elle roule, plus elle grossit, et plus elle grossit, plus elle grossit encore plus vite ! À partir de trois fois rien que nous avons tous en nous, deux voies se présentent : accepter que Dieu en fasse quelque chose, et nous aurons de plus en plus, ou refuser, et nous n'aurons plus rien.


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