Partage d'évangile quotidien
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Ça change tout !

Sam. 6 Juillet 2013

Matthieu 9, 14-17 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Alors s'approchent de lui les disciples de Jean. Ils disent : « Nous-mêmes, et les pharisiens, nous jeûnons beaucoup. Et tes disciples ne jeûnent pas ! Pourquoi ? »  Jésus leur dit : « Les compagnons d'épousailles peuvent-ils s'affliger tant qu'ils ont avec eux l'époux ? Mais viendront des jours où leur sera enlevé l'époux. Alors, ils jeûneront. 

« Nul n'ajoute un ajout d'étoffe non foulée à un vêtement vieux. Car la pièce tire sur le vêtement, et la déchirure devient pire ! Point ne mettent vin nouveau en outres vieilles. Sinon, bien sûr, crèvent les outres : le vin se répand et les outres sont perdues. Mais ils mettent vin nouveau en outres neuves ! Et l'un et l'autre se conservent. » 

 

 

Le buisson ardent, par He-Qi

 

 

voir aussi : Dieu avec nous, Mélanges détonnants, Période nuptiale, Autres temps, autres moeurs, Epoux ravi, Temps nouveaux, Mariage d'amour

Autre sujet qui peut fâcher de braves et honnêtes pharisiens : le jeûne. Le jeûne, avec l'aumône et la prière, sont les trois piliers traditionnels de la piété juive. Dans le sermon sur la montagne, nous avions vu les trois sentences rapportées par Matthieu sur ces trois piliers, toutes les trois construites sur le modèle "quand vous..., ne faites pas comme..., mais faites...". Cela ne semblait pas remettre en cause le fait en lui-même de pratiquer ces exercices, seulement la façon de le faire. Mais voilà, il semblerait que Jésus disait mais ne faisait pas ? "Quand vous jeûnez, ne prenez pas des mines déconfites", mais tu ne jeûnes même pas ! car si la question ne parle que des disciples de Jésus, elle sous-entend quand même que Jésus en fait autant. On imagine mal qu'il aurait, lui, jeûné régulièrement, et que ses disciples ne l'auraient pas suivi...

Soyons clairs : personne ne prétend que Jésus n'aurait jamais jeûné de sa vie. On peut penser à sa retraite au désert, et à d'autres occasions aussi sûrement. Mais la question des pharisiens n'est pas là, ils parlent, eux, du jeûne comme exercice une, deux, voire trois fois par semaine. Comme on peut avoir l'habitude de prier le matin, le midi et le soir, par exemple, les juifs pieux considèrent qu'il est bon aussi de jeûner régulièrement. Et ils ont bien observé Jésus et ses disciples et remarqué qu'ils mangeaient tous les jours, à tous les repas, et de bon cœur.

On peut chercher des explications : les disciples ne roulaient pas sur l'or, ils ont eu une vie errante à partir du moment où ils ont suivi Jésus, ils ne mangeaient déjà pas tous les jours à leur faim. On ne peut pas demander à ceux qui souffrent de la faim de jeûner, cela n'a pas de sens. Et il est possible que telle ait été la situation de Jésus et de ses disciples, parfois. Mais cela n'a sûrement pas été le cas tout le long du ministère de Jésus. Nous voyons qu'il y a eu des périodes où ils étaient "à la maison", Luc nous parle aussi de femmes aisées qui soutenaient financièrement le mouvement, et puis il y a l'épisode d'aujourd'hui : ces pharisiens n'ont pas formulé leur question sans raison, et Jésus ne les détrompe d'ailleurs pas.

On peut aussi se raccrocher à l'explication que Matthieu nous donne ici (comme Marc et Luc dans leurs versions parallèles du même épisode) : c'est parce que Jésus est là ! Comme si ça changeait quelque chose pour les disciples : Jésus est là, donc ils n'ont pas à exercer leur piété ! Comme si, à cette époque de son ministère où il pensait que le Royaume est en train de s'établir, où il parle de ceux qui "ne verront pas la mort avant que ce ne soit fait", Jésus avait déjà envisagé qu'il y aurait un avant et un après de sa propre mort. Ce n'était vraiment pas sa façon de voir les choses à ce moment-là de sa vie ! Ils étaient en train d'y entrer, et ils allaient y entrer, et voilà tout. Pas d'après ! Non, cette explication, c'est la communauté chrétienne qui l'a produite.

On doit se rendre à l'évidence : Jésus ne pensait simplement pas qu'il soit bon, intéressant, utile, de pratiquer le jeûne pour le jeûne, d'en faire un exercice qu'on s'impose périodiquement et régulièrement. Il y a toute une relecture qu'on peut faire des trois sentences du sermon sur les trois piliers traditionnels de la piété juive : nous lisons "quand tu fais l'aumône, quand tu jeûnes, quand tu pries" mais nous devrions peut-être plutôt lire "si tu fais l'aumône, si tu jeûnes, si tu pries". Car c'est pareil pour la prière et l'aumône, nous ne voyons pas dans les évangiles que Jésus les pratiquait rituellement. Nous le voyons prier, mais ce n'est pas parce que ce serait l'heure de la prière du matin ou de celle du soir. Jésus prie quand il sent qu'il en a besoin, il a jeûné au début de son ministère parce qu'il sentait qu'il en avait besoin, et il donne à ceux qui lui demandent quand ils le lui demandent...

Il n'y a pas de contradiction ! Pour prier, Jésus se retirait effectivement seul, à l'écart, dans des lieux déserts. Et pour son jeûne aussi, il ne s'est pas composé une mine de renfrogné pour qu'on sache bien qu'il jeûnait, il s'est contenté là aussi de s'isoler. Quand aux guérisons et exorcismes, son aumône à lui, il s'en détachait toujours, disant que ce n'était pas lui mais Dieu qui avait agi, et demandant aux bénéficiaires de se taire eux aussi. Et le sermon ne dit pas qu'il est bien ou mal de prier tous les jours, de jeûner toutes les semaines, et de faire l'aumône régulièrement. Il recommande seulement un état d'esprit qui sera un bon test : si tu t'astreins à de telles pratiques, demande-toi à chaque fois si c'est pour le spectacle, y compris pour cette partie de toi qui est spectateur de tes actions, ou si c'est pour Dieu, c'est-à-dire pour ton véritable moi, le plus profond.

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