Milieu protégé
« Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans la bergerie sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit. Celui qui entre par la porte, c'est lui le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a conduit dehors toutes ses brebis, il marche à leur tête, et elles le suivent, car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un inconnu, elles s'enfuiront loin de lui, car elles ne reconnaissent pas la voix des inconnus. »
Jésus employa cette parabole en s'adressant aux pharisiens, mais ils ne comprirent pas ce qu'il voulait leur dire.
C'est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : je suis la porte des brebis. Ceux qui sont intervenus avant moi sont tous des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. Moi, je suis la porte. Si quelqu'un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage. Le voleur ne vient que pour voler, égorger et détruire. Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu'ils l'aient en abondance. »
voir aussi : Le seul authentique, Va-et-vient
Nous avons ici une image de la communauté ecclésiale, qui a pu faire florès pendant assez longtemps, mais qui ne nous parle plus guère. D'abord ce partage tranché des rôles : d'un côté un troupeau qui se laisse guider, de l'autre un berger qui sait. Et puis ce berger est le seul habilité, quiconque d'autre voudrait s'en octroyer le rôle ne pourrait être qu'un faussaire aux intentions inavouables. Ces brebis sont bien cadrées, elles vivent dans un lieu fermé, et lorsqu'elles sortent c'est sous l'attention vigilante du berger. Nous avons bien ici l'image traditionnelle de la chrétienté, telle qu'elle a perduré pendant des siècles, et perdure encore malheureusement au moins dans les têtes de tant de 'bergers' et de tant de 'brebis' aussi. Et si le christianisme n'était pas une religion aussi importante en nombre de fidèles, si elle n'était l'affaire que de quelques marginaux, il nous sauterait aussi aux yeux que nous avons ici la description assez précise d'une secte. Et ce n'est pas un hasard, car justement cette description est en fait celle de la communauté johannique, celle qui a donné naissance à cet évangile, une communauté qui vivait précisément isolée des autres communautés chrétiennes, avec la prétention d'être la seule détentrice de la vérité, la seule héritière authentique de Jésus.
Ainsi s'explique que nous ayons du mal à faire cadrer ce que nous savons par ailleurs de Jésus avec ce qui nous est décrit ici. "Ceux qui sont intervenus avant moi sont tous des voleurs et des bandits" : paroles bien dures à l'égard de Moïse et des prophètes, si le cadre était réellement une discussion entre Jésus et les pharisiens. De même pour ces brebis qui n'écouteraient pas leurs voix mais reconnaîtraient celle de Jésus : le moins que l'on puisse dire est que le troupeau juif n'a pas été unanime pour suivre Jésus. En fait, c'est plutôt Jésus qui leur a souvent semblé être un voleur et un bandit, "escaladant par un autre endroit" avec toutes ses remises en cause du système établi ! Non, ce discours n'est vraiment pas celui de Jésus avec les juifs, mais celui des nouveaux bergers, de ceux qui se disent ses successeurs, avec le nouveau troupeau. Et on est frappé de cette inversion des rôles et des valeurs qui mène à faire le contraire de ce que faisait Jésus ! Là où lui voulait amener chacun à devenir acteur de sa relation à Dieu, eux se sont empressés de recréer le fossé entre ceux qui détiendraient les clés et ceux qui devraient se laisser mener. Ils ne font vraiment que remplacer un système par un autre. Ce n'est ni mieux, ni moins bien, mais toujours aussi nul...
Nous retiendrons cependant une phrase de ce passage : "il les appelle chacune par son nom", à condition de considérer que celui qui appelle n'est pas Jésus lui-même, mais Dieu, éventuellement par son intermédiaire. Ainsi recadrée, cette phrase nous parle effectivement de ce que Jésus voulait transmettre, de ce Dieu qui nous connaît mieux que nous-mêmes, qui nous parle, qui nous nomme, qui nous dit qui nous sommes, parce qu'il est lui-même notre origine, personnellement, pour chacun, en nous, au plus profond de nous, au plus intime, tellement intime que, pour la plupart, nous ne le savons même pas. C'est ce Dieu que Jésus avait découvert et qu'il voulait faire découvrir. Cela lui semblait tellement vital qu'il est allé jusqu'à accepter de mourir plutôt que de devenir le berger de quelque nouvelle église que ce soit, en espérant que cela pourrait aider à comprendre, servir de témoignage, provoquer un déclic. Et loin de lui l'idée de demeurer éternellement le seul témoin, bien au contraire, il ne demandait que ça, lui, que d'autres se lèvent, que d'autres témoignent, par centaines, par milliers, c'était même son vœu le plus cher !


Commenter cet évangile