Partage d'évangile quotidien
<
Enregistrer le billet en pdf

Dégonflés

Ven. 1 Novembre 2013

Luc 14, 1-6 traduction : Comparer plusieurs traductions sur le site 4evangiles.fr Lire le texte grec et sa traduction (anglaise) mot-à-mot sur le site interlinearbible.org

Or il vient dans le logis d'un des chefs des pharisiens, un sabbat, pour manger du pain. Et eux étaient à l'épier. Et voici un homme, un hydropique, devant lui ! 

Jésus intervient et parle aux hommes de loi et pharisiens. Il dit : « Est-il permis, le sabbat, de guérir, – ou non ? »  Eux se tiennent tranquilles... Il le saisit, le rétablit et le renvoie. 

À eux, il dit : « Qui de vous si son fils, ou son bœuf, tombe dans un puits, ne l'en retirera aussitôt, un jour de sabbat ? » Ils ne sont pas assez forts pour répondre à cela. 

 

 

Le bon samaritain, par He-Qi

 

 

voir aussi : Histoire sans paroles, Sauvés des eaux, Puits de sagesse, Fils de Dieu

Nous sommes dans une petite histoire très similaire à celle que nous avions au début de la semaine. Dans les deux cas, nous sommes le jour du sabbat, et un malade se trouve là. Jésus le guérit, puis justifie son geste par une comparaison avec ce qui est permis ce jour-là dans le soin des animaux. Lundi, c'était une femme maintenue toute courbée, que Jésus déliait de son infirmité, comme on délie ses animaux domestiques pour les emmener à l'abreuvoir, même un jour de sabbat. Aujourd'hui, c'est un homme envahi de l'intérieur par l'eau (l'hydropisie est un gonflement des chairs par épanchement sérique), que Jésus sauve de sa 'noyade', de la même manière qu'on ne laisse pas se noyer ses animaux dans un puits, même un jour de sabbat ! Le contexte et le déroulement des deux histoires varient quand même : pour la femme, on était à la synagogue, sans doute le matin, et Jésus a d'abord guéri et la contestation et la justification sont venues ensuite ; ici, on est le midi, chez un pharisien, et Jésus anticipe la contestation avant de guérir puis de se justifier. Mais ces différences n'ont pas de rapport immédiat avec les deux guérisons et leurs justifications, on pourrait les permuter (avoir l'hydropique à la synagogue et la femme courbée chez le pharisien) que les deux histoires fonctionneraient pareil.

Ces deux histoires sont propres à Luc. Il y en a une autre encore dans la même série, cette fois-ci commune aux trois synoptiques. C'est encore un jour de sabbat, cela se passe à la synagogue, et c'est un homme à la main sèche, et Matthieu (12, 9-14) rapporte comme justification pour avoir 'sorti' l'homme de son infirmité qu'on sortirait aussi ce jour-là une brebis tombée dans un trou. Pas de doute : nous avons affaire à un mode de raisonnement que Jésus devait souvent utiliser. Il nous a été rapporté sous ces trois formes, peut-être les plus marquantes, mais il est vraisemblable qu'il y en eut d'autres dans le même style, et si elles ne nous sont relatées qu'une seule fois chacune, nous pouvons supposer qu'en fait Jésus les a utilisées à plusieurs, voire de nombreuses, occasions. Le fond du raisonnement est à chaque fois que, ce n'est pas parce que ces personnes souffrent de leur infirmité depuis longtemps déjà, qu'il n'y a pas autant d'urgence à les en guérir que si elles venaient juste d'en être affectées ce jour-là ! Il y a là un formidable exemple du refus de Jésus de se résigner au malheur. C'est vrai que nous serions tentés de raisonner comme le chef de synagogue de lundi, qu'après tout depuis le temps qu'elles sont dans cet état, elles s'y sont quand même habituées, et pourraient bien attendre un jour de plus. Mais ça, c'est parce que nous ne sommes pas elles...

Pour Jésus, les choses ne se passent pas comme ça. C'est ce jour-là qu'il les rencontre, c'est ce jour-là qu'il est pris d'empathie pour elles et d'aversion pour le mal dont elles souffrent. C'est à lui-même qu'il se ferait du mal en reportant au lendemain la guérison : il serait obligé de mariner dans ses pensées, de les ressasser, bref de broyer du noir, et pour quelle raison ? De toute façon, il n'a pas vraiment le choix, l'émotion s'empare de lui, et son Père en profite pour guérir : c'est après qu'il doit trouver ces arguments, pour ceux-là qui sont là comme des juges, qui s'imaginent qu'il le fait exprès. Oui, son Père est à l'œuvre tous les jours, et si c'est Lui qui décide d'agir même le jour du sabbat, qui pourra le lui reprocher ? Mais comme ils ne peuvent pas le comprendre, ces images sont là pour les aider, et elles fonctionnent très bien. Cette femme toute courbée, son cou et son dos mis à l'horizontale comme ceux d'un animal, cet homme gonflé comme un noyé, ces comparaisons font mouche et emportaient certainement une large adhésion : "ils n'étaient pas assez forts pour répondre à ça". N'en reste pas moins le malentendu, Jésus qui emporte les suffrages parce qu'on croit qu'il a des pouvoirs. Les images sont pertinentes, mais passent à côté de l'essentiel ! demi-explications n'étaient pas forcément mieux que pas d'explications du tout.

Commenter cet évangile