Nouvel horizon
« Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande.
« Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ignore ce que veut faire son maître ; maintenant, je vous appelle mes amis, car tout ce que j'ai appris de mon Père, je vous l'ai fait connaître. Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous partiez, que vous donniez du fruit, et que votre fruit demeure. Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous l'accordera.
« Ce que je vous commande, c'est de vous aimer les uns les autres. »
voir aussi : Amour de raison, Amour toujours, Le commandement
Jean passe sans transition du Jésus le plus élevé qui soit possible, usurpant la place du Père pour les hommes, au Jésus le plus horizontal, qui considère les disciples sur le même plan que lui, comme ses amis, capables d'avoir la même connaissance du Père que lui. Cela ne semble pas lui effleurer l'esprit que les deux concepts sont plutôt incompatibles. C'est un effet de la construction de cet évangile par plusieurs auteurs, ou groupes d'auteurs, successifs. Nous avons aujourd'hui une strate plus ancienne, qui nous a conservé la trace du Jésus réel, qui ne se considérait pas fondamentalement différent des autres hommes. La strate d'hierest plutôt dans les dernières couches, lorsque Jésus est progressivement dépouillé de son humanité et travesti en ce Dieu qui n'a plus guère de point commun avec notre condition commune.
Il y a ce "ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi" qui vient quand même déjà tempérer les ardeurs égalitaires ! Jésus n'est pas fondamentalement différent de nous, mais il faut bien lui octroyer un avantage, et, de fait, c'est bien lui qui a initié les disciples. Mais de là à dire qu'il les ait 'choisis' : il semble bien qu'il ait plutôt eu à 'faire avec' ceux qui venaient à lui. Curieusement, c'est l'évangile de Jean qui nous le montre clairement, avec André et le "disciple que Jésus aimait" qui veulent, les premiers, savoir qui il est, puis qui ramènent leurs frères et leurs amis. Jésus s'est efforçé de répondre à chacun, de communiquer ce qu'ils pouvaient entendre. Cette affirmation que Jésus ait choisi ses disciples est plutôt la marque de l'esprit initiatique et élitiste de la tendance gnostique de la communauté johannique.
Mise à part cette incise, la tonalité générale de ce passage reflète assez bien les intentions de Jésus. Remarque-t-on suffisamment le "afin que vous partiez" ? Bien sûr on a tendance à le comprendre dans le sens de la mission chrétienne qui va prendre plus tard son essort. Mais justement la communauté johannique ne s'est pas révélée très encline à ce genre d'initiatives, ce n'était pas dans ses objectifs prioritaires. Non, ici, dans ce contexte de Jean, ce départ ne signifie pas un 'départ vers' mais plus surement un 'départ de'. Il s'agit du départ du disciple qui a fini son initiation auprès du maître, qui a reçu tout ce que le maître avait à transmettre, qui en est arrivé au point où c'est à lui de mener désormais sa vie, de tracer sa propre route : sa fleur s'est éclose, à lui de la mener à fructification.


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