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Evangile de Jean - Traduction et Notes - Claude Tresmontant - Chapitre 1

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1.  1 au commencement était le parler
et le parler était à dieu
et dieu il était le parler
 

Au commencement était le parler... Hébreu probable : bereschit haïa ha-dabar. Nous avions le choix pour traduire le mot grec logos, qui traduit lui-même le mot hébreu dabar, entre 1. la parole, 2. le dire, 3. le parler. Parole présente l'inconvénient d'être au féminin en français. De plus le mot français parole ne contient pas ce que contient l'hébreu dabar et l'araméen memra, à savoir l'acte même de dire, l'acte même de parler. Il nous restait donc le choix entre parler et dire. Notre verset est évidemment un commentaire théologique de Genèse 1 : Et il dit, Dieu : soit lumière ! et fut lumière. Et il dit, Dieu : soit une surface solide... Et il dit, Dieu : Que se rassemblent les eaux de dessous les cieux, en un lieu unique... Et il dit Dieu : Qu'elle verdisse la terre de verdure..., etc. Toute création dans l'Univers et dans la nature est l'œuvre d'une parole créatrice. Rien n'est créé sans cette parole créatrice. C'est l'acte de dire qui est au principe de toute création. Le mot parole en français présente l'inconvénient de désigner ce qui est dit, la chose qui est dite. Dans Genèse 1, c'est l'acte même de dire qui est à l'origine de chaque création nouvelle. La parole de Dieu est créatrice. Ce qui est dit, c'est l'être créé. L'acte de dire, c'est l'acte de créer. Il faut donc distinguer soigneusement entre ce qui est dit, la parole dite, et l'acte même de dire, qui est créateur.

 

Et le parler était à Dieu... La question est de savoir comment il faut traduire le mot grec pros dans la proposition kai ho logos èn pros ton theon.

Le mot grec pros traduit plusieurs mots hébreux, ou plusieurs particules : be qui signifie dans : Genèse 2, 24 ; el qui signifie vers et comporte un mouvement : Genèse 3, 16 ; 4, 7 ; 4, 8 ; 4, 9 ; 6, 4 ; etc. ; le qui signifie à : Genèse 6, 13 ; 7, 2 ; 8, 11 ; etc ; et qui signifie avec : Genèse 6, 18 ; 9, 11 ; 17, 19 ; etc. ; al qui signifie sur, auprès de : Genèse 18, 5 ; 18, 19 ; etc. ; im qui signifie avec : Genèse 31,2; etc.

Le théologien qui a conçu et rédigé ce texte que nous appelons le prologue du quatrième Évangile, est un théologien monothéiste. Il n'est donc pas question de traduire : le logos de Dieu était auprès de Dieu, ni avec Dieu, ni, et encore moins, dirigé vers Dieu... Parce que le logos de Dieu, qui est l'acte même de dire, le dire ou le parler de Dieu, n'est pas un être autre que Dieu. C'est Dieu lui-même, qui est unique, absolument unique. Dieu et son propre logos ne constituent pas deux êtres. L'hypothèse vraisemblable c'est donc, qu'ici et dans ce texte, le mot grec pros traduit l'hébreu le qui signifie à. Étant donné qu'en hébreu il n'y a pas de verbe avoir, pour dire ce que nous exprimons avec notre verbe avoir, l'hébreu utilise la construction suivante : Ceci est à untel... L'hébreu utilise le verbe être suivi de le, qui signifie à, signe de l'appartenance.

Dans notre traduction, chaque fois que nous rencontrons dans le texte grec une proposition avec le verbe avoir, nous restaurons ou rétablissons la construction hébraïque : être à...

Pour dire que le logos de Dieu est à Dieu, que l'acte de dire ou de parler appartient à Dieu, notre document hébreu a sans doute utilisé la construction : le verbe être + la particule le. C'est vraisemblablement cette construction qui a été traduite en grec : kai ho logos en pros ton theon, ce que nous pourrions donc aussi bien traduire par : Dieu avait son propre parler. L'acte de parler appartenait à Dieu, était l'acte de Dieu. Exode 32, 26 : Et il se tint debout, Môscheh, à la porte du camp et il dit : Qui [est] à YHWH ? ou : Celui qui [est] à YHWH, à moi ! L'expression : Qui [est] à YHWH, en hébreu : Mi la-YHWH. Traduction grecque : Tis pros kurion. Le pros grec traduit le lamed hébreu, signe de l'appartenance.

 

Et Dieu était l'acte de parler... Le plus souvent sinon toujours, notre Évangile grec de Jean respecte l'ordre hébreu des mots, qui n'est pas l'ordre grec. C'est l'un des signes nombreux que notre Évangile grec de Jean est évidemment une traduction dictée à partir d'un original hébreu écrit. Si dans cette proposition, nous traduisons en respectant l'ordre des mots qui est celui de l'hébreu, nous devons traduire : Dieu était l'acte même de parler... Hébreu : we-elohim haïah ha-dabar. Si l'on estime qu'il n'y a pas lieu de tenir compte de l'ordre des mots, on peut traduire : et le logos de Dieu était Dieu, ce qui renverse le sens de la proposition. La Vulgate latine a traduit : et deus erat verbum, ce qui peut s'interpréter des deux manières puisqu'en latin l'ordre des mots n'est pas décisif.

 
1.  2 lui il était au commencement à dieu
 

Il était lui au commencement à Dieu... Même remarque que précédemment en ce qui concerne le sens du mot grec pros qui traduit vraisemblablement ici la particule hébraïque le, signe de l'appartenance.

 
1.  3 tout par lui a été créé
et sans lui rien n'a été créé
de ce qui a été créé
 

Tout par lui a été créé : nous avons traduit le verbe grec egeneto par : a été créé, parce que précisément dans Genèse 2, 4 : Voici les générations des cieux et de la terre, lorsqu'ils furent créés, le verbe hébreu bara, créer, est traduit en grec par egeneto.

De même Isaïe 48, 7 : C'est maintenant qu'elles sont créées, hébreu nibereou — du verbe bara — traduction grecque : nun ginetai. Exode 34, 10 : Je vais faire des merveilles telles qu'elles n'ont pas encore été créées, hébreu nibereou, grec ha ou gegonen, sur toute la terre... Psaume 148, 5 : Qu'ils louent le nom de YHWH, car lui il a commandé, et ils furent créés, hébreu we-nibereou, grec deux traductions successives : 1. hoti autos eipen kai egenèthèsan. 2. autos eneteilato kai ektisthèsan. Les traducteurs en langue grecque de la sainte Bible hébraïque ont eu du mal à trouver des mots grecs pour traduire l'hébreu bara, créer. Ils ont pris ktizô, poiein, et puis gignomai, pour traduire le verbe bara à la forme passive. Le plus souvent, dans des centaines de cas, le grec egeneto traduit le verbe être hébreu.

 

Dans le Targum palestinien édité par Alejandro Diez Macho, Neophyti 1, Madrid-Barcelone 1968, nous lisons ceci :

« Mileqadmin, dès le commencement, ou depuis le commencement, be-hôkema, dans la sagesse, bara, il a créé, (ici il manque semble-t-il un mot) [...] de YHWH, (ici un waw a été gratté dans le manuscrit) [...] acheva les cieux et la terre... »

Dans la suite de ce Targum palestinien, et dès le verset 3, là où il y avait dans le texte hébreu : Et il dit, Dieu..., le Targum araméen remplace le mot Dieu, elohim en hébreu, par l'araméen memra di-YHWH, la parole de YHWH. Au lieu du texte hébreu : Et il dit, Dieu : soit lumière ! nous avons donc dans le Targum : Et elle dit, la Parole de YHWH...

Genèse 1, 5, hébreu : Et il vit, Dieu, la lumière, que belle et bonne (sous-entendu : elle était)... et il sépara, Dieu, entre la lumière et entre la ténèbre... Targum palestinien : Et elle sépara, la Parole de YHWH, entre la lumière et la ténèbre...

Genèse 1,5, hébreu : Et il cria, Dieu, à la lumière : Jour ! et à la ténèbre il cria : Nuit !... Targum : Et elle appela, la Parole de YHWH, la lumière jour, etc.

Genèse 1, 6, hébreu : Et il dit, Dieu : Soit une surface solide au milieu des eaux... Targum : Et elle dit, la Parole de YHWH...

Genèse 1, 8, hébreu : Et il appela, Dieu, l'étendue solide : Cieux ! Targum : Et elle appela, la Parole de YHWH...

Et ainsi de suite, Genèse 1, 9 ; 1, 10 ; 1, 11 ; 1, 16 ; 1, 20 ; 1,22 ; 1,24 ; 1,25 ; 1,27 ; 1,28 ; 2, 2.

 

Par conséquent, dans cette traduction araméenne de Genèse 1 et 2, l'expression : la Parole de YHWH se substitue au mot hébreu Dieu. C'est dire que pour les inconnus qui ont élaboré cette traduction araméenne de la Genèse, et pour le milieu qui admettait cette traduction, l'expression Parole de YHWH est un substitut pour Dieu lui-même. Lorsque donc l'auteur du prologue de Jean établit une identité entre Dieu et sa Parole, ou son acte de parler, il pense comme pensaient les théologiens hébreux inconnus qui ont traduit Genèse 1 de l'hébreu en araméen. La parole de Dieu, l'acte de dire de Dieu, c'est Dieu lui-même. Ce n'est pas un autre dieu que Dieu, puisque Dieu est absolument unique et absolument simple. Ce n'est surtout pas un dieu second, deuteros theos, l'expression est de Numénius d'Apamée, l'un des maîtres en métaphysique d'Origène d'Alexandrie et de Plotin, fragment II (édition E. des Places, p. 53). L'arianisme est une entreprise métaphysique et théologique qui consiste à lire le prologue de Jean à travers un prisme, à travers un système optique, qui est celui du néoplatonisme. C'est la raison pour laquelle il importe souverainement de souligner que le logos de Dieu n'est pas un être autre que Dieu. C'est bien ainsi qu'ont pensé les grands docteurs scolastiques, par exemple saint Thomas d'Aquin et le bienheureux Jean Duns Scot.

 
1.  4 en lui était la vie
et la vie était la lumière des hommes
 

En lui était la vie... Plusieurs manuscrits grecs donnent : en lui est la vie... Ce qui permet de se poser la question de savoir si ces variantes ou variations que nous lisons dans les manuscrits anciens, ne dériveraient pas de plusieurs traductions en langue grecque de l'original hébreu primitif. Nous aurons l'occasion de rappeler très souvent dans ces notes que la vieille langue hébraïque fait l'économie du verbe être. Elle n'emploie le verbe être qu'à bon escient, lorsqu'il s'agit de signifier l'acte d'être, l'acte d'exister. Elle se passe du verbe être lorsqu'il s'agit de rattacher un prédicat à son sujet. Le vieil hébreu fait fort peu usage des adjectifs. Il préfère les substantifs. Dans le texte grec que nous lisons ici, en auto zôè en, ou, selon nombre de manuscrits, estin, il est fort possible que le traducteur, ou les traducteurs, ait, ou aient, ajouté ou introduit un verbe être qui n'existait pas dans le texte hébreu. Les uns ont préféré mettre un verbe être à l'imparfait, les autres au présent de l'indicatif.

 
1.  5 et la lumière dans la ténèbre a resplendi
et la ténèbre ne l'a pas reçue
 

Et la ténèbre ne l'a pas reçue... Le théologien qui a composé ce texte, que nous avons l'habitude d'appeler le prologue de l'Évangile de Jean, enseigne que la parole créatrice de Dieu, celle par laquelle l'Univers entier est créé, rencontre une résistance lorsqu'elle s'adresse à l'humanité, qui est comme une ténèbre par rapport à la lumière. C'est en effet l'expérience séculaire du prophétisme hébreu que cette résistance à la parole de Dieu, de la part de l'humanité.

 
1.  6 il y a eu un homme
il était envoyé de la part de
dieu son nom [c'est] iôhanan
 

Il y a eu un homme : le mot grec egeneto ici et dans nombre de cas traduit l'hébreu waiehi, et il fut... De la part de : grec para, qui traduit l'hébreu min, venant de, lorsque para gouverne le génitif. Et son nom Iohanan : sans le verbe être dans le texte grec, hébreu ou-schemô iôhanan.

 
1.  7 lui il est venu pour l'attestation
afin d'attester en faveur de la lumière
afin que tous soient certains de la vérité
par sa main
 

Celui-là il est venu pour l'attestation, afin d'attester en faveur de la lumière... Le grec marturia, le verbe marturein, le substantif grec martus, traduisent les mots hébreux de la famille he-id, attester la vérité de... ; ed, le témoin, celui qui peut attester la vérité de... ; edout, l'attestation, le témoignage solennel. Genèse 43, 3 : Il a attesté, en nous l'affirmant à nous, l'homme, en disant : Vous ne verrez pas ma face, sauf si votre frère est avec vous... Deutéronome 4, 26 : J'ai attesté solennellement la vérité, en vous l'affirmant, aujourd'hui, (et j'ai pris à témoin) les cieux et la terre, que disparaître, vous disparaîtrez de cette terre, vous qui allez passer le Jourdain (pour y entrer)... Il s'agit donc de l'affirmation solennelle de la vérité, affirmation qui conduit celui qui écoute à la certitude. C'est ce même emploi que nous retrouvons en traduction grecque dans Luc 16, 28 ; Actes 10, 42 ; Actes 18, 5 ; Actes 20, 23 ; etc.

L'expression grecque eis marturian que nous trouvons ici dans notre Évangile de Jean, traduit Genèse 31, 44 : être témoin entre moi et toi... La traduction française témoin, témoignage, témoigner est trop faible, compte tenu de l'usure des mots et des abus dans l'utilisation. L'hébreu a le sens fort de l'attestation objective et certaine de la vérité, attestation qui conduit celui qui l'entend à la certitude.

Afin que tous soient certains de la vérité... Grec pisteusôsin. Le verbe grec pisteuein traduit le verbe hébreu aman à la forme hiphil, heemin. Heemin signifie : être certain de la vérité de... Nous traduirons donc toujours le verbe pisteuein par la périphrase : être certain de la vérité de... C'est lourd, c'est même très lourd, mais nous avons pensé qu'il vaut mieux traduire lourdement que de fausser le sens du texte.

 
1.  8 il n'était pas lui-même la lumière
mais [c'est] pour attester en faveur de la lumière
 
1.  9 c'était la lumière de vérité
qui illumine tout homme
elle est venue dans le monde
de la durée présente
 

 

C'était la lumière de vérité... En grec tophôs to alèthinon, hébreu ôr émet. L'hébreu utilise fort peu les adjectifs. L'adjectif grec alèthinos traduit le substantif hébreu émet, 2 Samuel 7, 28 ; 1 Rois 10, 6 ; 17,24 ;etc.

 

Qui vient dans le monde de la durée présente : le mot grec kosmos traduit l'hébreu olam, qui signifie la durée indéfinie dans le passé, ou la durée indéfinie dans l'avenir et qui, dans l'hébreu tardif, en est venu à signifier la durée du monde. Olam ha-zeh : la durée du monde présent. Olam ha-bah : la durée du monde à venir. Nous traduirons donc constamment le grec kosmos par : la durée du monde présent, ou le monde de la durée présente, lorsque le grec kosmos recouvre olam ha-zeh.

Il ne faut jamais oublier, lorsqu'on lit le quatrième Évangile, que le grec kosmos ne signifie pas ce que signifie en français le monde. En français le monde signifie la même chose que l'Univers physique. Dans le quatrième Évangile kosmos correspond à l'expression rabbinique olam ha-zeh, la durée présente de ce monde, ou la durée présente de l'histoire. Il ne s'agit pas de l'univers physique. Il s'agit de la durée de l'histoire humaine, de l'humanité en tant qu'elle vit et pense dans cette durée de l'histoire humaine présente.

 
1.  10 dans le monde de la durée présente elle était
et le monde par sa main a été créé
et le monde ne l'a pas connue
 
1.  11 chez ceux qui sont à elle elle est venue
et ceux qui sont à elle ne l'ont pas reçue
 
1.  12 mais tous ceux qui l'ont reçue
elle leur a donné la puissance
de devenir des enfants de dieu
à ceux qui sont certains de la vérité
[qui est] en son nom
 
1.  13 ceux-là
ni des sangs ni de la volonté
d'un être de chair
ni de la volonté de l'homme
mais de dieu ils sont nés
 

Les sangs : grec aimatôn, hébreu damin, très fréquent ; Exode 4, 25 ; 1 Samuel 25, 26 ; 25, 33 ; 2 Samuel 16, 7 ; etc. Évidemment impossible en grec naturel.

 
1.  14 et le parler
un homme de chair il a été
et il a campé au milieu de nous
et nous avons contemplé sa gloire
gloire [qui est] comme celle d'un fils
unique et chéri
qui vient du père
plein de grâce et de vérité
 

Et le parler [de Dieu] a été un être de chair : le grec sarx recouvre et traduit l'hébreu basar, qui a en gros deux sens dans la Bibliothèque hébraïque :

1. Dans nombre d'expressions telles que kôl-basar — Joël 3, 1 — il signifie : tous les êtres vivants, et plus particulièrement tous les hommes. Il est alors synonyme de adam. Psaume 56, 5 : Que fera un être de chair, basar. Psaume 56, 12 : Que fera l'homme, adam.

2. Dans une série de textes, par exemple Genèse 9, 4 ; Exode 12, 8 ; Nombres 11, 13 ; etc., basar signifie ce que nous appelons en français la viande. Il est alors traduit en grec par kreas, et non plus par sarx.

Le verbe grec egeneto, nous l'avons déjà noté, traduit dans des centaines de cas le verbe être hébreu. En particulier lorsqu'il s'agit d'indiquer un certain devenir, l'hébreu utilise le verbe être avec, en plus, la particule le, qui signifie la direction, l'intention, et que nous pourrions symboliser par une flèche. Genèse 2, 7 : Et il fut — ou il devint — l'Homme, une âme vivante : Hébreu : waiehi ha-adam le-nephesch haiiah. Traduction grecque kai egeneto ho anthrôpos eis psuchèn zôsan. Ici, dans notre Évangile de Jean, nous n'avons pas le mot eis qui indique la direction et qui traduit l'hébreu le.

Du point de vue théologique il faut se souvenir que, bien entendu, il n'y a de la part du logos de Dieu aucune modification, aucune transformation et aucun devenir. Sur ce point et très vite l'orthodoxie a formulé sa pensée avec la dernière énergie. Et les grands théologiens scolastiques, comme par exemple saint Thomas d'Aquin et le bienheureux Jean Duns Scot, soulignent à leur tour que de la part de la Parole de Dieu, en latin verbum, qui est Dieu lui-même, il n'y a aucune modification, aucune transformation, aucune genèse, aucun devenir, encore moins aucune aliénation.

 

Et il a campé au milieu de nous... Grec eskènôsen, hébreu schakan. 1 Rois 8, 10 : Et il advint que, lorsqu'ils sont sortis les kôhanim du [lieu] saint, la nuée a rempli la Maison de YHWH. Et ils n'ont pas pu, les kôhanim, rester là debout pour faire le service, à cause de (hébreu : mi-penei, devant la face de) la nuée, parce qu'elle remplissait, la gloire de YHWH, la Maison de YHWH. Alors il a dit, Salomon : YHWH a dit habiter, li-schekôn, dans la nuée, grec skènôsai. Le mot grec skènè traduit l'hébreu ôhel, la tente, Genèse 4, 20 ; 12, 8 ; 13, 3 ; etc., ou bien l'hébreu mischekan, Exode 26, 1 ; 26, 6 ; 26, 7 ; etc. La skènopègia, dans la traduction grecque, c'est la fête des tentes, des huttes de branchages, soukkoth, Deutéronome 16, 16 ; 31, 10 ; etc. Lévitique 26, 11 : Et je mettrai ma tente, mischekani, au milieu de vous... 1 Rois 6, 13 : Et j'habiterai, schakaneti, grec kataskènôsô, au milieu des enfants d'Israël. Psaume 74, 2 : La montagne de Sion, c'est là où tu as habité, zeh schakaneta bô, grec kateskènôsas en auto. Psaume 74, 7 : Ils ont jeté dans le feu ton sanctuaire, à terre ils ont profané la demeure de ton nom, mischekan schemeka, grec to skènôma tou onomatos sou. Épître aux Hébreux 1, 1 : Un grand nombre de fois et de multiples manières autrefois Dieu a parlé à nos pères dans les prophètes. Mais voici que, dans l'après des jours [qu'ils avaient annoncés] — et ce sont ces jours-ci, c'est maintenant — Dieu a parlé dans son fils, qu'il a établi l'héritier de toute la création, et pour qui, en faveur de qui, il a créé les durées du monde. Il est, ce fils, la splendeur de la gloire de Dieu... Nous aurons constamment l'occasion de vérifier que la pensée de l'Évangile de Jean coïncide avec la pensée théologique développée dans cette Lettre aux Hébreux dont l'auteur n'est toujours pas déterminé, mais qui écrivait cette lettre alors que la liturgie du Temple de Jérusalem était encore en pleine activité.

 

La gloire comme celle d'un fils unique et chéri venant du père : le grec monogenès traduit l'hébreu iahid qui signifie à la fois : fils — ou fille — unique, et chéri, ou chérie : Juges 11, 34 ; Psaume 22, 21 ; Psaume 26, 16 ; Psaume 35, 17. Le même mot hébreu iahid est traduit par le grec agapètos, chéri, Genèse 22, 2 ; 22, 12 ; 22, 16. Les expressions fils chéri : Matthieu 3, 17 ; Marc 1,11; Luc 3, 22 ; Matthieu 17, 5 ; Marc 9, 7 ; deuxième lettre de Pierre 1, 17, et monogenès que nous lisons ici dans Jean, sont donc au fond synonymes. Elles désignent le fils unième de Dieu, qui est le fils chéri de Dieu.

Venant du père : grec para qui recouvre toujours, lorsqu'il est suivi du génitif, l'hébreu min, venant de...

Dans tous les livres du Nouveau Testament, dans tous les textes de tous les livres du Nouveau Testament, sans exception, le terme ou l'expression fils de Dieu vise et désigne directement Jésus le Christ, l'homme Jésus le Christ, ho anthrôpos ièsous christos comme dit Paul, Romains 5, 15. Unique est le médiateur de Dieu et des hommes, l'homme Christ Jésus, anthrôpos christos ièsous, 1 Timothée 2, 5. Dans aucun texte du Nouveau Testament, le propre logos de Dieu, envisagé avant l'incarnation ou indépendamment de l'incarnation, n'est appelé fils de Dieu.

Cette proposition affirmative est aisément vérifiable, ou falsifiable, puisqu'il suffit de lire tout le Nouveau Testament depuis la première ligne jusqu'à la dernière, pour voir s'il se trouve un texte, un seul, qui appelle fils de Dieu le logos de Dieu envisagé avant l'incarnation ou indépendamment de l'incarnation.

L'idée d'appeler fils de Dieu le logos de Dieu avant l'incarnation ou indépendamment de l'incarnation, remonte à des sources qui sont étrangères aux livres canoniques du Nouveau Testament. On trouve cette manière de voir ou de penser exprimée par Philon d'Alexandrie, par Origène d'Alexandrie, par l'auteur quel qu'il soit de l’Elenchos contre toutes les hérésies, (les manuscrits du livre 1 de l’Elenchos désignent Origène comme auteur... !), par Tertullien de Carthage (certains érudits au siècle dernier ont attribué à Tertullien la paternité de l’Elenchos !), puis par les Pères grecs et latins qui dépendent d'Origène et de Tertullien.

Les symboles baptismaux des églises des premiers siècles ont gardé la manière concrète de penser du Nouveau Testament, A. Hahn, Bibliothek der Symbole und Glaubensregeln der Alten Kirche, Breslau, 1897.

On a donc à travers les siècles et jusqu'aujourd'hui deux systèmes : 1. Le système concret du Nouveau Testament, le terme ou l'expression fils de Dieu désigne Jésus le Christ considéré concrètement. 2. Le système qui dérive d'Origène d'Alexandrie, et qui appelle fils de Dieu le logos de Dieu envisagé en son éternité, avant et indépendamment de l'incarnation.

La liturgie romaine a gardé le langage simple et concret du Nouveau Testament et des antiques symboles baptismaux.

Le mot grec charis, que nous avons traduit par le français grâce, traduit dans l'immense majorité des cas l'hébreu hen. Genèse 6, 8 : Et Noah trouva grâce, hébreu hen, grec charin, aux yeux de YHWH. Genèse 18, 3 : Si donc j'ai trouvé grâce, hébreu hen, grec charin, à tes yeux... Genèse 30, 27 : même expression hébraïque, même traduction grecque. Genèse 32, 6 ; Genèse 39, 4 : Et il a trouvé, Joseph, grâce, hébreu hen, grec charin, devant ses yeux... Genèse 47, 25 ; Genèse 47, 29 : Si donc j'ai trouvé grâce, hébreu hen, grec charin, à tes yeux... Genèse 50, 4 : idem. Exode 3,31 : Et je donnerai la grâce, hébreu et-hen, grec charin, de ce peuple aux yeux des Égyptiens... Ce qui signifie sans doute en français : Je donnerai à ce peuple de trouver grâce... Exode 12, 36 : Et c'est YHWH qui a donné la grâce, hébreu hen, grec charin, aux yeux des Égyptiens... c'est-à-dire : Qui a donné à ce peuple de trouver grâce aux yeux de... Exode 33, 12 : Tu as trouvé grâce à mes yeux, hébreu hen, grec charin... Exode 33, 13 : Si j'ai trouvé grâce à tes yeux, hébreu hen, grec charin... Fais-moi connaître ta route, ton chemin, hébreu derek, et je te connaîtrai afin de trouver grâce, hébreu hen, grec charin, à tes yeux... Exode 33, 16 : Et dans quoi (par quoi) saura-t-on ici que j'ai trouvé grâce, hébreu hen, grec charin, à tes yeux... Exode 33, 17 : Tu as trouvé grâce, hébreu hen, grec charin, à mes yeux... Le mot grec éléos peut aussi traduire l'hébreu hen, comme on le voit à la double traduction de Juges 6, 17. Un traducteur a traduit l’hébreu hen par le grec charis. Un autre traducteur a traduit l'hébreu hen par le grec éléos. Mais le plus souvent, le grec éléos traduit l'hébreu hesed, que nous traduisons en français par : la grâce, la bienveillance, la bonté, le don gracieux... A nos oreilles, en cette fin du xxe siècle, le terme de grâce est troublé à cause des grandes querelles concernant la grâce, la prédestination et la liberté humaine du xvie siècle. Donc, dans l'immense majorité des cas, le mot grec charis traduit le mot hébreu hen. Mais il arrive que le mot grec charis traduise lui aussi le mot hébreu hesed, Esther 2, 9 : Et elle fut belle et bonne, la jeune fille, à ses yeux, et elle releva la grâce, la bienveillance, la bonté, hébreu hesed, grec charin, devant sa face... L'expression : relever la grâce, que nous lisons ici, est parente de l'expression élever la face d'un suppliant, afin de lui accorder ce qu'il demande. Exode 34, 6 : Et alors il est passé, YHWH, devant sa face et il a crié : YHWH YHWH Dieu qui a pitié et qui fait grâce, hébreu el rahoum we-hanoun, lent à fureur (long quant aux narines...) et abondant en grâce et vérité, hébreu hesed we-emet. C'est cette expression hébraïque qui est traduite en grec (Jean 1, 14) par les deux termes grecs charis et alètheia. Exode 34, 7 : Lui qui garde — hébreu nôtzer que nous allons retrouver souvent — la grâce, la bienveillance, la bonté, hébreu hesed, ici traduit en grec par dikaiôsunè ! C'est le terme que Paul va utiliser abondamment, et que nous traduisons par : justice ! Lui qui porte — hébreu nôse du verbe nasa que nous allons aussi retrouver — lui qui porte, qui supporte, qui pardonne, la faute, hébreu awôn, le péché, hébreu pescha et le crime, hébreu hathaah... Le mot grec charis que nous lisons ici n'est pas utilisé par le traducteur en langue grecque de Matthieu, ni par le traducteur en langue grecque de l'Evangile de Marc. Par contre on le trouve dans l'Évangile de Luc 1, 30 : Tu as trouvé grâce aux yeux de Dieu... C'est notre vieille expression hébraïque ici traduite en grec. Très fréquent dans le livre des Actes des Apôtres, surabondant dans les lettres de Paul.

Le mot grec alètheia traduit le plus souvent l'hébreu émet, la vérité. Genèse 24, 27 : Béni [soit] YHWH Dieu de mon seigneur Abraham, qui n'a pas abandonné sa grâce, sa bienveillance, hébreu hesed, traduction grecque : dikaiosunèn ! et sa vérité, hébreu amitô, grec alètheian, en les éloignant de, hébreu me-im, grec apo, mon seigneur... Genèse 24, 48 : Et je me suis mis à genoux et je me suis prosterné devant YHWH et j'ai béni YHWH, Dieu de mon seigneur Abraham, qui m'a conduit sur une route, sur un chemin de vérité, hébreu be-derek émet, grec en odô alètheias. Genèse 47, 29 : Et ils s'étaient approchés les jours d'Israël, où il lui fallait mourir, et il fit appeler son fils, Joseph et il lui dit : si donc j'ai trouvé grâce à tes yeux, hébreu hen, grec charin, mets donc ta main sous ma cuisse et tu feras avec moi grâce et vérité, hesed we-emet, grec eleèmosunèn kai alètheian... Deutéronome 22, 20 : Mais si [elle est] vérité, cette parole [qui a été rapportée] et si l'on ne trouve pas les signes de la virginité chez la jeune fille, hébreu we-im émet haiah ha-dabar, grec ean de ep alètheias genètai ho logos. Josué 2,14 : Et il adviendra, lorsqu'il donnera, YHWH, à nous le pays, alors nous ferons avec toi grâce et vérité, hébreu hesed we-emet, grec éléos kai alètheian. 2 Samuel 2, 6 : Et maintenant, qu'il fasse, YHWH, avec vous grâce et vérité, hébreu hesed we-emet, grec éléos kai alètheian. Psaume 25, 10 : Tous les chemins de YHWH [sont] grâce et vérité, hébreu hesed we-emet, grec éléos kai alètheia. Mais dans plusieurs cas le mot grec alètheia traduit l'hébreu émounah, qui se rattache à la racine hébraïque aman, être certain, être sûr. La émounah, c'est la certitude objective de la vérité, et c'est la vérité dont on peut être certain. Psaume 36, 6 : YHWH, dans les cieux [se trouve] ta grâce, hébreu hesed, grec éléos. Ta vérité, hébreu émounateka, grec hè alètheia sou, jusqu'aux nuées. Psaume 89, 1 : Les grâces de YHWH, hébreu hasedei YHWH, dans la durée indéfinie qui vient, hébreu ôlam, grec eis ton aiôna, je chanterai. A une génération et à une (autre) génération je ferai connaître ta vérité, hébreu émounateka, grec tèn alètheian sou, dans ma bouche... Car j'ai dit : Pour une durée éternelle, hébreu ôlam, grec eis ton aiôna, la grâce, hébreu hesed, grec éléos, est construite. Dans les cieux elle est prête ta vérité, hébreu émounateka, grec hè alètheia sou. Psaume 89, 6 : Et ils célèbrent, les cieux, ta merveille, YHWH, et même ta vérité, hébreu émounateka, grec tèn alètheian sou, dans l'assemblée des saints... Psaume 89, 15 : Justice et jugement [sont] le fondement de ton trône. Grâce et vérité, ici de nouveau l'hébreu hesed we-emet, grec éléos kai alètheia, marchent devant ta face... Psaume 89, 21 : J'ai trouvé David mon serviteur. Dans mon huile sainte je l'ai oint... Ma vérité, et ma grâce, hébreu émounati we-hasedi, grec hè alètheia mou kai to éléos mou, [seront] avec lui... Lui il m'appellera : Mon père [tu es] toi ! Mon Dieu et le rocher de mon salut ! Et c'est pourquoi moi, je ferai de lui le premier-né, hébreu bekôr, grec prôtotokos...

Le mot grec alètheia peut donc traduire deux mots hébreux, qui appartiennent d'ailleurs à la même famille et qui sont issus de la même racine, émet et émounah.

Le traducteur en langue grecque de l'Évangile de Jean se sert très souvent du mot grec alètheia. Mais le mot hébreu émounah, qui est parfois traduit en grec par alètheia, est souvent traduit en grec par pistis, la certitude objective, par l'intelligence, de la vérité. Le traducteur en langue grecque de Jean ne se sert jamais — sauf erreur de ma part — du mot grec pistis. Il se sert fréquemment du verbe grec pisteuein, qui traduit l'hébreu heemin, être certain de la vérité de... Paul, ou son compagnon qui traduisait sous sa dictée, utilise fréquemment le mot grec pistis, pour traduire les mots hébreux émet et émounah. Étant donné que le mot grec pistis ne suffit pas à rendre la plénitude et la richesse du mot hébreu émounah, Paul, ou son compagnon, se servent de deux mots grecs pour rendre cet unique mot hébreu, 2 Thessaloniciens 2, 12 : Tous ceux qui n'ont pas été certains [de la vérité qui est] dans la vérité... 2, 13 : La certitude de la vérité, pistei alètheias.

Plein de grâce et de vérité : expression hébraïque traditionnelle. Genèse 24, 27 : Béni soit YHWH Dieu de mon seigneur Abraham qui n'a pas abandonné sa grâce, hébreu hesed, et sa vérité, hébreu émet, en l'éloignant de (hébreu min) mon seigneur. Genèse 47, 29 : Et ils s'approchèrent les jours d'Israël [où il allait] mourir ; et il appela son fils, Iôseph, et il lui dit : Si j'ai trouvé grâce, hébreu hen, traduction grecque charin, à tes yeux, mets donc ta main sous ma cuisse (euphémisme) et tu feras avec moi grâce et vérité, hébreu hesed we-emet, traduction grecque éleèmosunèn kai alètheian. Josué 2, 14 : Nous ferons avec toi grâce et vérité, hébreu hesed we-emet, traduction grecque éléos kai alètheian, etc.

 
1.  15 iôhanan a attesté à son sujet
et il a crié et il a dit
 
c'est lui dont je vous ai dit
 
celui qui vient derrière moi
il est passé devant moi
car il était premier par rapport à moi
 

Celui qui vient derrière moi... Le mot grec opisô traduit le mot hébreu ahar, ce qui est derrière. Genèse 19, 6 ; 19, 26 ; 32, 19 ; 32, 20 ; 32, 21 ; etc.

Il est passé devant moi... Le mot grec emprosthen traduit l'hébreu lephanim, ce qui est devant la face de... Il signifie : 1. Ce qui est devant moi dans l'espace. 2. Ce qui est avant moi dans le passé. Genèse 24, 7 : Lui il envoie son messager devant ta face, hébreu lephaneika, grec emprosthen sou. Genèse 32, 4 : Et il envoya Iaaqôb des messagers devant sa face, hébreu lephanaiô, grec emprosthen autou, vers Esaii. Genèse 46, 28 : Et Juda il envoya devant sa face, hébreu lephanaiô, grec emprosthen autou, vers Iôseph. Sens temporel, avant dans le passé, Juges 1, 10 : Et le nom de Hébron était autrefois, auparavant, hébreu lephanim, grec emprosthen, dans l'une des versions, toproteron dans l'autre, Quiriath-Arba. Juges 1,11 : Et le nom de Debir autrefois, hébreu lephanim, grec emprosthen, version A et B, c'était Quiriath-Sepher. Juges 1, 13 : Et le nom de la ville était autrefois, hébreu lephanim, grec emprosthen, Louz. 1 Samuel 9, 9 : Autrefois, hébreu lephanim, grec emprosthen, en Israël, on disait ainsi... Car celui que l'on appelle aujourd'hui nabi, on l'appelait autrefois, hébreu lephanim, grec emprosthen, le voyant, etc.

 

Parce qu'il était premier par rapport à moi : il ne faut jamais oublier, lorsqu'on lit le texte grec du quatrième Évangile, qui est, comme les trois autres Évangiles, une traduction faite à partir d'un texte ou de plusieurs textes hébreux, que la langue hébraïque fait l'économie du verbe être, dans de nombreux cas où le grec fait appel au verbe être d'une manière inévitable. Il en résulte que le traducteur inconnu qui a traduit le texte hébreu de Jean, de l'hébreu en grec, a été obligé, à cause des exigences de la langue grecque, d'introduire le verbe être là où il ne se trouvait pas dans le document hébreu qu'il avait sous les yeux ou, ce qui est plus probable, que son compagnon lui dictait en hébreu. Étant donné que ce traducteur n'était pas agrégé de grammaire, il a commis dans sa traduction en langue grecque du document hébreu initial des fautes en ce qui concerne la concordance des temps, qui depuis des siècles font souffrir les puristes en hellénisme. Ainsi dans le texte que nous lisons, le verbe être n'était pas indispensable en hébreu. Il est donc très possible qu'il ait été ajouté dans la traduction grecque d'une manière qui ne doit pas nous troubler, d'autant moins que la correspondance entre la conjugaison grecque et la conjugaison hébraïque est très approximative, puisque l'hébreu pense en termes d'achèvement de l'action, ou d'inachèvement, et que la question de savoir si l'action se situe dans le passé, dans le présent ou dans le futur, est seconde par rapport à la question de savoir si l'action est achevée, terminée, ou bien si elle est en cours.

 
1.  16 parce que de sa plénitude
nous tous nous avons reçu
et une grâce à la place d'une grâce
 

Une grâce à la place d'une grâce. Le mot grec anti traduit régulièrement, des dizaines et des dizaines de fois, le mot hébreu tahat qui signifie : à la place de... Genèse 2, 21 : Et il referma la chair à la place de (ce qu'il avait enlevé), hébreu tahat, grec anti. Genèse 4, 25 : une semence à la place d'Abel, hébreu tahat, grec anti. Genèse 22, 13 : en offrande à la place de son fils, hébreu tahat, grec anti. Genèse 30, 2 : Suis-je à la place de Dieu ? Hébreu tahat, grec anti, etc. Le sens de la proposition est donc simple et clair. Moïse nous a donné la Torah, l'instruction. A la place de cette première grâce, Jésus nous donne la grâce et la vérité.

 
1.  17 parce que l'instruction
par môscheh a été donnée
mais la grâce et la vérité
c'est par ieschoua le maschiah qu'elle est [donnée]
 

Parce que l’Instruction... Nous ne pouvons pas nous résoudre à traduire le grec nomos par le français loi, parce que le grec nomos traduit évidemment l'hébreu Torah, qui signifie beaucoup plus que notre français moderne la loi. La Torah dans la sainte Bibliothèque hébraïque, c'est l'Instruction donnée par Dieu. Elle est lumière pour l'intelligence, elle est vie, et elle est aussi norme, ou normative. Elle est à la fois la communication d'une connaissance et d'une norme ontologique. Pour comprendre ce que signifiait la Torah chez les anciens Hébreux, je ne connais pas de meilleure introduction que les analyses du métaphysicien français Maurice Blondel développées dans toute son œuvre, et tout particulièrement dans l'Être et les êtres : une ontologie génétique comporte et implique forcément une normative, puisque l'être créé est inachevé. Cf. notre Introduction à la métaphysique de Maurice Blondel, chap. x, Ontogenèse et Normative.

 

Parce que la Torah a été donnée par la main de Môscheh, la grâce et la vérité par la main de Ieschoua le oint. C'est la doctrine même que Schaoul-Paul va développer à partir des années 40 et suivantes. Actes 13, 38, à Antioche de Pisidie, dans la synagogue, premier voyage missionnaire de Paul, à partir de 44 : Connaissez donc, frères, que par celui-ci (Ieschoua) le pardon des fautes vous est annoncé et de tous [les crimes] dont vous ne pouviez pas, dans (ou : par) la Torah de Môscheh, être justifiés. Mais c'est en celui-ci (en Ieschoua) que tout homme, qui est certain de la vérité qui est en lui, trouve la justice. Tout ce discours de Schaoul-Paul, dans le livre des Actes, est évidemment une traduction d'un texte hébreu antérieur. Jean parle plutôt le langage de la vie, Schaoul-Paul le rabbin pharisien, disciple du grand rabbin Gamaliel, parle plutôt le langage de la justice. Mais dans deux langages différents, ils disent au fond la même chose. Et Paul parle aussi le langage de la vie, Galates 3, 21 : S'il avait été donnée une Torah, capable de donner la vie, alors réellement c'est de la Torah que proviendrait la justice. Dans la même lettre aux Galates 2, 9, Paul nous raconte qu'en 49 ou 50, il est de nouveau « monté » à Jérusalem, et que Jacob, Kêpha (Pierre) et Iohanan, qui passent pour être les colonnes [de l'Église] lui ont donné la main droite, à lui et à Barnabas : afin que nous, nous allions vers les païens, et quant à eux, vers [ceux de] la circoncision. La question est de savoir quel est ce Jean que Paul a vu en 49 ou 50. Il s'agit très vraisemblablement de l'auteur de notre quatrième Évangile. Mais la question se pose alors de savoir quel est ce Jean, qui est l'auteur du quatrième Évangile ?

Le verbe hébreu maschah signifie : oindre. Maschiah, c'est celui qui a reçu l'onction. A la forme dite construite par les grammairiens, meschiah, le meschiah de yhwh, 1 Samuel 2, 10 ; 12, 3 ; 16, 6 ; 24,7 ; 26, 9 ; etc. Nous utilisons de préférence cette forme meschiah, sous-entendu : de Dieu, qui correspond à la transcription grecque messias, Jean 1, 42.

 
1.  18 dieu personne ne l'a jamais vu
le fils unique et chéri de dieu
celui qui est dans la profondeur du père
c'est lui qui l'a fait connaître
 

Le fils unique de Dieu... Une série de manuscrits grecs donne : monogenès theos, ce qui se traduirait littéralement en langue française : un unique engendré dieu. Une autre série de manuscrits grecs donne : ho monogenès theos, l'unique engendré dieu. Une troisième série de manuscrits donne : ho monogenès huios, le fils unique. On trouve aussi attesté par Irénée et Origène, monogenès huios theou, le fils unique de Dieu.

La solution de la difficulté et de ces variations dans les manuscrits est peut-être la suivante. Ce que nous appelons dans nos langues à déclinaisons — le grec, le latin, l'allemand — le cas génitif se présente souvent en hébreu sous une forme qui, pour nous, est paradoxale, puisque dans ces cas-là, le second terme ne subit aucune modification. Les deux termes se présentent apparemment comme des nominatifs, pour continuer à parler le langage de nos langues à déclinaisons. Exemples : Genèse 42, 11 : Tous [nous sommes] les fils d'un homme unique, hébreu koullanou benei isch ehad, traduction grecque : pantes esmen huioi henos anthrôpou. Le grec bien entendu effectue la déclinaison, et le mot grec anthrôpou est au cas génitif. Il est donc modifié dans sa terminaison. Le mot hébreu isch n'est pas modifié. Il est simplement juxtaposé à benei, les fils. Genèse 43, 17 : Et il fit entrer, l'homme, les hommes (les frères de Joseph) dans la maison de Iôseph, hébreu beitah iôseph, traduction grecque eis ton oikon iôseph. Dans ce cas, le grec ne peut pas décliner, ou du moins lui est-il difficile de décliner Joseph, parce que c'est un nom propre, et de surplus un nom propre d'origine étrangère. Il reste donc invariable. Exode 4, 20 : Et il prit, Môscheh, le bâton de Dieu dans sa main, hébreu et-mateh ha-elohim be-iadô. Ni le mot mateh, qui signifie le bâton, ni le mot elohim, Dieu, ne sont modifiés dans cette association. Ils sont simplement juxtaposés. Dans ce cas le traducteur grec a utilisé une périphrase : le bâton qui venait de Dieu, tèn rabdon tèn para tou theou. Exode 11,5: Depuis le premier-né de Pharaon, jusqu'au premier-né de la servante et tout premier-né de quadrupède. Dans ce cas encore, le mot qui signifie le premier-né, hébreu bekôr, est simplement associé sans modification au mot suivant : le premier-né de Pharaon, le premier-né de la servante, le premier-né du quadrupède, sans que le second terme soit modifié lui non plus, ni décliné. Le traducteur en langue grecque a utilisé le génitif grec chaque fois que cela était possible : apo prôtotokou pharaô (non déclinable, parce que nom propre d'origine étrangère) kai heôs prôtotokou tes therapainès (décliné au génitif) kai heôs prôtotokou pantos ktènous (décliné au génitif)- Ben-melek, le fils du roi, Psaume 72, 1 ; ben iônah, le fils de la colombe, Exode 12, 6 ; ben adam, le fils de l'homme, Ezéchiel 2, 1 ; etc.

Il est donc fort possible, il est même vraisemblable que dans le cas qui nous occupe, Jean 1, 18, un premier traducteur a traduit littéralement, en laissant en grec le mot Dieu non décliné comme il est en hébreu, et cela a donné ho monogenès theos. Un autre traducteur a décliné le mot grec theos, et a donc traduit ho monogenès huios theou, le fils unique de Dieu. C'est la traduction correcte quant au sens. La première traduction est la traduction strictement littérale et mot à mot.

La question qui se pose à nous est donc de savoir comment s'expliquent les variantes que nous lisons au bas de pages de nos éditions savantes du Nouveau Testament. Faut-il y voir des erreurs de copistes, des erreurs de copie ? Ou bien ne faut-il pas plutôt y voir, dans nombre de cas, le reste et le souvenir des efforts effectués au commencement pour traduire les textes évangéliques ? Les différentes variantes seraient, dans cette hypothèse, le signe qu'il y a eu au commencement différentes traductions des Évangiles de l'hébreu en grec.

 

Celui qui est penché dans le sein du père... Difficulté grammaticale célèbre puisque bien évidemment la construction est tout à fait irrégulière en grec. Le verbe être associé avec eis qui signifie vers ou dans, avec mouvement, est une monstruosité du point de vue grammatical. La monstruosité s'explique si l'on se souvient que les traducteurs grecs de la Bible hébraïque ont introduit le verbe être en grec là où il n'existait pas en hébreu. C'est le cas ici. Le verbe être n'est pas nécessaire ici, le relatif ascher suffit. La question est maintenant de savoir ce qui suivait ascher : faut-il supposer ascher be-heiq ha-ab ? Ou bien ascher le-heiq ha-ab ? S'il y avait dans le texte hébreu le et non pas be, on s'explique mieux l'accusatif grec, la traduction eis ton kolpon du traducteur en langue grecque. Et dans ce cas-là, le sens est : Jésus le Christ, qui est le fils unique et chéri de Dieu, il est penché dans le sein du père, c'est-à-dire de Dieu.

 
1.  19 et voici quelle est l'attestation de iôhanan
lorsqu'ils ont envoyé vers lui
les judéens venant de ierouschalaïm
des prêtres et des hommes de la tribu de lévi
afin de l'interroger
 
toi qui es‑tu
 

Et voici l'attestation... Attestation, hébreu edout. C'est l'attestation de la vérité d'un fait.

 

Lorsqu'ils envoyèrent vers lui les Judéens, venant de Ierouschalaïm... Hoi ioudaioi, les Judéens, c'est-à-dire les habitants de la Judée, ou de l'ancien royaume de Juda. Le grec ioudaios, pluriel ioudaioi ou ioudaious ou ioudaiôn, traduit l'hébreu ha-iehoudim, les gens du pays de Juda, les habitants de la Judée, 2 Rois 16, 6 ; Néhémie 2, 16 ; 4, 6 ; 5, 1 ; etc. Les Judéens, ou habitants de la Judée, se distinguent des Galiléens, ou habitants de la Galilée, des Samaritains, ou habitants de la Samarie. On peut faire partie du peuple hébreu depuis des générations, et ne pas être à proprement parler un Judéen, si l'on est né dans la Diaspora, à Athènes, à Rome, à Alexandrie ou ailleurs. Dans ce cas on est un enfant d'Israël, mais on n'est pas Judéen, puisque le terme de Judéen est réservé à ceux qui sont nés en Judée, capitale Jérusalem. En Judée avant la destruction de Jérusalem et du Temple, août et septembre 70, on parle deux langues : l'araméen et l'hébreu. Les gens instruits et cultivés parlent l'hébreu. Le petit peuple parle principalement l'araméen. L'inconnu qui a traduit notre Évangile de Jean, de l'hébreu en grec, l'a traduit pour des frères et des sœurs qui ne savaient pas suffisamment l'hébreu, mais qui lisaient le grec, donc pour des frères et des sœurs de la Diaspora dispersés dans les communautés du pourtour de la Méditerranée. Les Judéens dont il parle constamment dans sa traduction grecque du quatrième Évangile, ce sont les habitants de la Judée, capitale Jérusalem, ce ne sont pas ce que nous, au xxe siècle finissant, nous appelons « les Juifs ». Ceux que nous appelons « les Juifs », ce sont les enfants d'Israël, revenus dans leur patrie, ou dispersés sur la planète entière. Dans le langage du traducteur en langue grecque du quatrième Évangile, les Ioudaioi sont strictement et précisément les habitants de l'ancien royaume de Juda, et donc principalement les hommes de Jérusalem. Le conflit qu'il souligne entre le rabbi galiléen Ieschoua et les Judéens, n'est donc pas un conflit entre le Christ et tous les enfants d'Israël, mais un conflit entre le meschiah et les hommes de Jérusalem. Le traducteur en langue grecque du quatrième Évangile n'est peut-être pas lui-même un Judéen, c'est-à-dire un habitant natif de la Judée. Il est donc parfaitement à l'aise pour souligner que le Christ a rencontré, de la part des habitants de Jérusalem et de la Judée, une résistance particulièrement forte. On trouve la même acception du mot grec ioudaios dans la première lettre de Paul aux frères et aux sœurs de la ville de Thessalonique 2, 14, lettre qui a pu être écrite vers 51 : Vous, vous êtes devenus imitateurs, frères, des églises de Dieu qui sont en Judée dans le Christ Jésus, puisque vous avez subi la même chose vous aussi de la part de vos propres compatriotes, de même que eux (les frères et les sœurs des Eglises de la Judée) ont subi de la part des Judéens, eux qui ont fait tuer le Seigneur Jésus et les prophètes, ils nous ont aussi persécutés... Paul, qui était Hébreu (2 Corinthiens 11, 22), enfant d'Israël (ibid.), semence d'Abraham (ibid.), de la souche d'Israël (Philippiens 3, 5), de la tribu de Benjamin (ibid.), Hébreu issu d'Hébreux (ibid.) et pharisien (ibid.) était aussi Judéen, Actes 21,37; 22, 3 ; quoique né à Tarse en Cilicie, peut-être parce que ses parents étaient Judéens de souche.

 

Ierouschalaïm : se présente en hébreu comme un pluriel, au même titre que ha-schamaïn, les cieux, elohim, Dieu, etc. C'est la raison pour laquelle notre traducteur en langue grecque rend le mot hébreu ierouschalaïm par le pluriel grec hierosolumôn, alors que les Septante, les anciens traducteurs de la Bible hébraïque, avaient toujours transcrit ierouschalaïm par ierousalèm.

 

Des prêtres... La traduction du grec hiereus par le français « prêtre », traduction à laquelle nous sommes habitués, n'est pas satisfaisante, parce que le grec hiereus toujours, plusieurs centaines de fois, traduit l'hébreu kôhen. Genèse 14, 18 ; 41, 45 ; 41, 50 ; 46, 20 ; 47, 22 ; Exode 2, 16 ; 3,1 ; 18,1 ; 19,22 ; 19,24 ; 29, 30 ; etc. Le mot français prêtre provient du latin presbyter qui est une simple transcription du grec presbuteros, qui signifie : celui qui est plus vieux que... Le grec presbuteros traduit l'hébreu zaken, vieux, ancien. Les zikenei israel, traduction grecque hoi presbuteroi israèl, ce sont les Anciens d'Israël. Les hiereis, ce sont les kôhanim. Richard Simon traduisait, et nombre de savants avec lui : les sacrificateurs. Kôhen ha-gadôl, le grand Sacrificateur.

 
1.  20 et lui il l'a reconnu et il ne l'a pas nié
et il l'a reconnu
 
moi je ne suis pas celui qui a reçu l'onction
 

Et il l'a reconnu... Le hoti grec, que nous avons éliminé pour alléger la traduction, ou que nous traduisons par [que] entre crochets, correspond à l'hébreu lemôr, pour dire, qui le plus souvent n'est pas suivi d'une conjonction : Genèse 45, 26 ; Exode 2, 22, etc. Parfois le verbe dire hébreu est suivi de ki, traduit en grec par hoti, Exode 3, 12. Le plus souvent nous pourrons faire l'économie du hoti dans notre traduction en langue française. Le hoti correspond à peu près à notre signe ":".

Moi je ne suis pas le oint : en grec christos, qui traduit l'hébreu meschiah. Le verbe grec chriô, oindre avec de l'huile, traduit le verbe hébreu maschah. Le lecteur de langue française, qui désire comprendre le sens de la question posée et le sens de la réponse de Iohanan, que nous appelons Jean, doit se reporter aux textes nombreux et importants de l'Exode, des livres de Samuel, des livres des Rois, et des livres des prophètes hébreux qui traitent de l'onction sacerdotale, royale, prophétique. Celui qui était attendu et qui était éminemment le oint, était éminemment aussi prêtre, roi et prophète.

 
1.  21 alors ils lui ont demandé
 
qu'est-ce que tu es donc toi
est-ce que toi tu es eliiahou
 
et il a dit
 
je ne le suis pas
 
est-ce que tu es le prophète toi
 
et il a répondu non
 

Est-ce que toi tu es Eliiahou ? – Eliiahou, YHWH est mon Dieu, 1 Rois 17, 1 et suivants. On trouve aussi la forme abrégée eliiah, qui est ici transcrite en caractères grecs. — Matthieu 11, 14 : C'est lui Eliiahou qui doit venir... Matthieu 16, 13 : il est venu, Ieschoua, dans la région de Césarée de Philippe et il a interrogé ses disciples et il a dit : Que disent-ils, les gens, qu'il est, le fils de l'homme ? Et eux ils ont dit : Les uns, Iohanan celui qui plongeait (les gens dans les eaux du Jourdain) ; les autres Eliiahou...

 
1.  22 alors ils lui ont dit
 
qui es‑tu
afin que nous donnions une réponse
à ceux qui nous ont envoyés
que dis‑tu de toi‑même
 
1.  23 alors il a dit
 
moi [je suis] la voix qui crie
dans le désert préparez la route de yhwh
comme le dit ieschaiahou le prophète
 

Dans le désert préparez la route de YHWH : Les Septante, lorsqu'ils ont rencontré le tétragramme YHWH dans le texte hébreu, ont mis en grec kurios, sans article le plus souvent. Comme nous l'avons déjà dit, il est vraisemblable que la traduction se faisait de la manière suivante : un compagnon lisait à haute voix le texte hébreu, un autre, bilingue, traduisait l'hébreu en grec, proposition par proposition, mot à mot, et un troisième, peut-être, écrivait le grec sous la dictée du traducteur. Celui qui lit le texte hébreu, lorsqu'il rencontre le tétragramme YHWH, lit adônaï, et donc son compagnon traduit en grec kurios, qui signifie : seigneur. Citation de Isaïe 40, 3.

 
1.  24 et [des hommes] avaient été envoyés
[qui faisaient partie du groupe]
des perouschim
et ils l'ont interrogé et ils lui ont dit
 

Et des hommes avaient été envoyés [du groupe] des perouschim... En grec : ek ton pharisaiôn. Si nous restaurons le nom hébreu qui se trouve sous la transcription en caractères grecs, c'est en vertu du principe que nous avons énoncé dans notre avant-propos. Si nous ne mettons pas comme tout le monde pharisiens, c'est pour ôter au lecteur de langue française l'illusion qu'il comprend ce qu'il lit, puisque pharisiens n'est qu'une transcription en caractères français du latin pharisaeis, qui est une transcription du grec pharisaioi, ici pharisaiôn, qui est une transcription en caractères grecs de l'hébreu perouschim. Mais pourquoi alors ne pas traduire l'hébreu perouschim en langue française ? En vertu du principe que nous avons énoncé dans notre avant-propos : lorsque le texte grec du quatrième Évangile cite un mot hébreu simplement transcrit en caractères grecs, nous faisons comme lui, nous citons le mot hébreu, mais nous le restaurons, et nous donnons la traduction en note. Le verbe hébreu pharasch signifie séparer, distinguer, déterminer, décider. Lévitique 24, 10 : Et il est sorti, un fils d'une femme d'Israël, et lui [il était] fils d'un homme égyptien, au milieu des fils d'Israël... Et il a maudit, le fils de la femme d'Israël, le Nom, et ha-schem (le nom propre de Dieu)... Et ils l'ont conduit à Môscheh... Et ils l'ont mis en prison, pour décider, déterminer, hébreu li-pherôsch, grec diakrinai, pour prendre une décision à son sujet, sur la bouche de YHWH, hébreu al pi YHWH, grec dia prostagmatos kuriou. Nombres 15, 34 : Et ils étaient, les fils d'Israël, dans le désert. Et ils ont trouvé un homme qui ramassait des morceaux de bois dans un jour de schabbat. Ils le conduisirent, ceux qui l'avaient trouvé en train de ramasser des morceaux de bois, à Môscheh et à Aharôn et à toute la communauté. Et ils l'ont mis en prison, car il n'y avait pas encore de décision, de détermination, hébreu phôrasch, personne n'avait encore décidé quoi on lui ferait, hébreu mah ieaseh lô. Grec : Ou gar sunekrinan... ils n'avaient pas encore jugé... La critique, krisis, c'est l'action de distinguer, de séparer, le verbe grec krinô, trier. Néhémie 8, 8 : Et ils se rassemblèrent, tout le peuple, comme un seul homme, sur la place qui est en face de la Porte des Eaux et ils ont dit à Esdras, l'homme du Livre, hébreu ha-sopher, grec grammateus, d'apporter le rouleau de la Torah de Môscheh, qu'il avait ordonnée, YHWH, à Israël. Et il a apporté, Esdras, le prêtre, ha-kôhen, grec ho hiereus, la Torah, en présence de (devant la face de...) l'assemblée, hébreu qahal, grec ekklèsia, depuis l'homme jusqu'à la femme et tous ceux qui sont capables de comprendre ce qu'ils entendent... Et il a lu (tout haut, en criant) dans le Livre, en présence [du peuple] sur la place qui est devant la Porte des Eaux, depuis qu'il a fait jour jusqu'au milieu de la journée, en présence des hommes et des femmes et de ceux qui pouvaient comprendre, et les oreilles de tout le peuple étaient [tendues] vers le rouleau de la Torah. Et il se tenait debout, Esdras, l'homme du Livre, ha-sopher, sur une tour en bois (une estrade) qu'ils avaient faite... Et il a ouvert, Esdras, le rouleau aux yeux de tout le peuple, car au-dessus de tout le peuple il était, et lorsqu'il a ouvert le rouleau, ils se sont mis debout, tout le peuple. Et il a béni, Esdras, YHWH le Dieu grand et ils ont répondu, tout le peuple : Amèn ! Amèn ! tandis qu'ils levaient les mains. Et puis ils se sont mis à genoux et ils se sont prosternés devant YHWH, les faces à terre. Et Ieschoua et Bani... etc., et les Lévites faisaient comprendre au peuple la Torah... Et ils ont lu (tout haut, en criant) dans le rouleau de la Torah de Dieu, en faisant des distinctions, en distinguant, hébreu mephôrasch, et ils faisaient comprendre, et ils ont compris (les gens du peuple) ce qu'on leur lisait. Le grec a interprété : Et il a enseigné, Esdras...

Nombre de savants estiment que perouschim signifie : les séparés. Mais les séparés de quoi ? Les séparés de qui ? On lira sur cette question la savante dissertation de Emil Schùrer, Geschichte des Jüdischen Volkes im Zeitalter Jesu Christi, II, 465. Il est permis de se demander si en réalité perouschim ne signifie pas : ceux qui décident du sens du texte sacré, ceux qui font les déterminations, ceux qui tranchent en ce qui concerne le sens du texte sacré. Notons encore que perascha signifie : l'aiguillon. Ce qui pourrait éventuellement éclairer Actes 26, 14, si ici le grec kentron traduisait précisément le mot perascha. La question est de savoir pour quelle raison les traducteurs en langue grecque de nos documents hébreux, n'ont pas traduit en grec certains mots hébreux, comme par exemple perouschim, pesah, schabbat, schabbata, schabbatôn, le man, etc. Est-ce qu'ils n'ont pas voulu les traduire en grec ? Ou bien est-ce qu'ils n'ont pas su les traduire en grec ? Ils étaient déjà transcrits, de la même manière, en caractères grecs, dans la vieille traduction grecque de la Bible hébraïque, qui datait du ive ou du iiie siècle avant notre ère, pour ce qui est des parties les plus anciennes.

 
1.  25 pourquoi donc plonges‑tu
[les gens dans l'eau]
si toi tu n'es pas celui qui a reçu l'onction
ni eliiahou ni le prophète
 

Pourquoi donc plonges-tu [les gens dans l'eau]... Le verbe grec baptizô signifie : plonger, immerger ou submerger, se plonger soi-même dans la mer, plonger quelqu'un dans la mer, submerger un navire, plonger un vase pour puiser de l'eau. Le verbe baptô signifie lui aussi plonger, immerger et se plonger, s'enfoncer dans l'eau. Le verbe grec baptizô traduit le verbe hébreu thabal, qui signifie : plonger dans... Le verbe grec baptô traduit le même verbe hébreu thabal, par exemple Exode 12, 22 : Vous prendrez une branche d'hysope et vous la plongerez dans le sang. Naaman le général d'armée du roi d'Aram était lépreux. Elisée le prophète lui dit d'aller se baigner sept fois dans le Jourdain. Naaman descendit donc et se plongea sept fois dans le Jourdain, 2 Rois 5, 14, hébreu thabal, traduction grecque baptizein. Jean, que nous appelons le « baptiste »,pratique donc l'immersion dans le Jourdain, il fait se plonger les gens dans le Jourdain, comme le fit Elisée le prophète, et pour le même motif.

Ni le prophète... Deutéronome 18,15 : Un prophète (hébreu nabi) du milieu de toi d'entre tes frères comme moi, il te suscitera YHWH ton Dieu. Vous l'écouterez...

 
1.  26 alors il leur a répondu iôhanan et il a dit
 
moi je plonge [les gens] dans l'eau
au milieu de vous se tient
celui que vous n'avez pas connu
 
1.  27 lui il est venu derrière moi
et je ne suis pas digne moi
de défaire la courroie de sa sandale
 
1.  28 cela s'est passé à beit ananiah
de l'autre côté du iardin
là où iôhanan était en train de plonger
[les gens dans l'eau du iardin]
 

Tout cela est arrivé à Beit-Ananiah, de l'autre côté du Jourdain... Beit-Ananiah est probablement Ananiah de Néhémie 11, 32 (Abel, Géographie de la Palestine).

L'auteur de ces lignes situe Beit-Ananiah au-delà du Jourdain. C'est donc qu'il écrit ces lignes étant lui-même en deçà du Jourdain, probablement à Jérusalem, et non pas à Ephèse ni ailleurs. Parce que depuis Ephèse ou depuis Alexandrie, on ne dit pas que tel village minuscule se situe au-delà du Jourdain. L'expression au-delà ou de l'autre côté du Jourdain, en hébreu be-eber ha-iarden, fréquente — Genèse 50, 10 ; Genèse 50, 11 ; Deutéronome 1, 1 ; 1, 5 ; 3, 8 ; 4, 46 ; Josué 1, 14 ; 1, 15 ; 5, 1 ; etc. — avait précisément permis aux critiques des siècles passés de découvrir que Moïse ne pouvait pas, au xiiie siècle avant notre ère, avoir écrit ces textes de la Genèse et du Deutéronome, puisque dans ces textes-là, l'au-delà du Jourdain désigne des régions qui sont bien au-delà du Jourdain par rapport à un observateur situé à Jérusalem, mais non pas par rapport à Moïse, dont le point de vue se situe précisément de l'autre côté. Ce qui est au-delà du Jourdain, par rapport à un observateur situé à Jérusalem, était en deçà du Jourdain pour Moïse qui n'a pas pénétré en Terre sainte, dans le pays de la promesse. Cette même expression nous permet à nous, au xxe siècle, de voir que le quatrième Évangile est écrit et traduit, probablement à Jérusalem, et non pas ailleurs.

 
1.  29 et le lendemain il voit ieschoua
qui vient vers lui
et il dit
 
voici l'agneau de dieu
celui qui soulève et qui porte
le crime du monde de la durée présente
c'est lui au sujet de qui moi je vous ai dit
 

Le lendemain... Probablement l'expression hébraïque classique wa-iehimi-maharat... Exode, 18,13 : Et il advint, le lendemain, et il était assis, Môscheh, pour juger le peuple...

 

L'agneau de Dieu qui soulève et qui porte le crime du monde présent. Il est vraisemblable qu'ici il y a un jeu de mots en hébreu : hinneh seh (l'agneau) ha-elohim ha-nôse (qui soulève et qui porte) hathat ha-ôlam. L'expression grecque airein tèn hamartian recouvre et traduit l'expression hébraïque nasa awôn ou nasa hethe. Le mot grec hamartia traduit l'hébreu hethe, hatha, hathaah, qui signifie la faute contre les hommes et contre Dieu. Plutôt que le mot français péché qui dérive du latin peccatum, et qui a pris de l'odeur, qui est même devenu nauséabond, à travers les siècles passés, à cause de l'usage, nous avons préféré utiliser le français crime, ou faute, qui est moins fétide. D'autant que le mot français péché non seulement a pris de l'odeur mais il est de plus imprécis, vague et confus. Les Français d'aujourd'hui comprennent et savent ce que c'est qu'un crime, un massacre, une oppression, mais le mot péché n'est plus clair dans leur conscience. Il est trouble.

Le verbe hébreu nasa, traduit ici en grec par airein, signifie soulever et porter. Nasapanim, c'est relever la face du suppliant pour lui accorder ce qu'il demande. Genèse 18, 24 ; 26 : nasa signifie porter, supporter, et par suite pardonner à... Genèse 50, 17 : le verbe nasa signifie encore pardonner, remettre, supporter pour excuser. Même sens Exode 23, 21. Exode 28, 38 : Aharôn porte, hébreu nasa, la responsabilité et éventuellement la faute, hébreu awôn, des dons consacrés par les enfants d'Israël. Exode 34, 6 : YHWH garde, hébreu nôtzer, sa grâce à des milliers, il porte, et donc il remet, il pardonne, hébreu nôse, le crime, la faute, le mal commis, hébreu awôn, pescha, hathaah. Lévitique 5, 1 : L'âme qui aura commis une faute, et qui portera sa faute, la responsabilité de sa faute, hébreu nasa awôn. Même sens Lévitique 5, 17 ; 7, 18. Lévitique 10, 17 : nasa a de nouveau le sens de pardonner, ici pardonner la faute, awôn, de la communauté. Lévitique 16, 22 : le bouc porte sur lui toutes leurs fautes. Josué 24, 19 : Il ne portera pas, il ne supportera pas, c'est-à-dire il ne pardonnera pas vos crimes — de nouveau le verbe hébreu nasa. 1 Samuel 15, 25 : Porte, pardonne, remets ma faute... 1 Samuel 15, 28 : Porte, supporte, pardonne la faute de ta servante... Osée 1, 6 : Car je ne continuerai pas d'avoir compassion de la maison d'Israël, pour supporter et pardonner, hébreu nasa. Le grand texte prophétique auquel Iohanan qui plonge les repentants dans les eaux du Jourdain fait allusion ici, c'est évidemment Isaïe 53 : Nos maladies, c'est lui qui les a portées, toujours le verbe hébreu nasa... Tous comme un troupeau de petit bétail, hébreu tzôn, nous étions errants, et adônaï, YHWH, a fait retomber sur lui la faute de nous tous... Comme un agneau, seh, conduit à l'abattoir... Isaïe 53, 12 : Parce que (littéralement : à la place de ce qu') il a livré à la mort son âme, et lui, la faute d'un grand nombre, il l'a portée, hethe rabbim nasa.

Iohanan qui plongeait dans les eaux du Jourdain les repentants avait donc au moins deux références lorsqu'il désigne Ieschoua par l'expression : l'agneau de Dieu qui porte et qui supporte la faute du monde présent : 1. L'agneau de la Pâque, Exode 12, 3, agneau en hébreu seh. 2. L'agneau de l'oracle d'Isaïe 53. Dans les deux cas il s'agit d'un agneau qui est victime, qui est offert à Dieu.

Mais il ne faut pas oublier l'autre référence, celle qui se rapporte à Aharôn, Exode 28, 8 : Et il portera, hébreu nasa, Aharôn, la faute, hébreu awôn, des choses saintes, des choses sacrées, ha-qadaschim, qu'ils consacreront les enfants d'Israël... Iohanan qui plonge les pénitents dans les eaux du Jourdain reconnaît dans le rabbi galiléen, Ieschoua ha-nôtzeri, le grand prêtre de la nouvelle alliance. C'est le thème théologique que va développer l'auteur de l'Épître aux Hébreux. Ieschoua est notre grand prêtre, archierea, Hébreux 3, 1. Il est fidèle à Celui qui l'a créé, 3, 2. Il est le grand prêtre qui a traversé les cieux, archierea megan, lui, Ieschoua, le fils de Dieu, 4, 14. Le grand prêtre reçoit des hommes les dons qu'il offre à Dieu après les avoir consacrés, 5, 1. Mais notre grand prêtre n'a plus besoin, comme les grands prêtres du passé, d'offrir chaque jour des victimes pour ses propres fautes, puis pour celles du peuple. Car il a fait cela en une seule fois, d'un seul coup, ephapax, lorsqu'il s'est offert lui-même, 7, 27. Dans la première tente, les prêtres peuvent entrer continuellement pour faire le service. Mais dans la seconde tente, c'est seulement une fois par an que le grand prêtre entre, seul ; et il n'entre pas sans un sacrifice sanglant, qu'il offre pour lui-même et pour les fautes du peuple. Mais le Christ est entré d'un seul coup, en une seule fois, ephapax, dans le Saint des Saints, non pas avec le sang des boucs et des jeunes taureaux, mais avec son propre sang, 9, 6 et sq.

Pour ce qui est de la substitution du sacrifice du Christ aux sacrifices d'animaux qui étaient chaque jour offerts dans le Temple, Hébreux 10, 4 : Car il est impossible que le sang des taureaux enlève les fautes, les crimes, grec aphairein hamartias.

 
1.  30 derrière moi vient un homme
qui est [passé] devant moi
parce qu'il était premier [par rapport à] moi
 
1.  31 et moi je ne le connaissais pas
mais c'est pour qu'il soit manifesté à israël
c'est pour cela que je suis venu moi
et que dans l'eau je plonge [les gens]
 
1.  32 et il a attesté iôhanan et il a dit
 
j'ai vu l'esprit
qui descend comme une colombe
du haut des cieux
et il est demeuré sur lui
 
1.  33 et moi je ne le connaissais pas
mais celui qui m'a envoyé
pour plonger [les gens] dans l'eau
c'est lui qui m'a dit
 
celui sur qui tu verras l'esprit qui descend
et qui demeure sur lui
c'est lui qui plonge [les gens]
dans l'esprit saint
 
1.  34 et moi j'ai vu
et j'ai attesté que c'est celui-là qui est le fils de dieu
 
1.  35 et le lendemain
de nouveau il se tenait debout iôhanan
et [du groupe] de ses disciples
deux [étaient présents]
 

Et de ses disciples, deux... Le terme de disciple que nous avons retenu, comme tout le monde, pour traduire le grec mathètès, est peu satisfaisant, mais nous n'en avons pas trouvé d'autre. Le disciple, dans le milieu ethnique hébreu, c'est celui qui reçoit communication de la science, de la connaissance. A ce titre, il est appelé le fils de celui qui enseigne. Et celui qui enseigne est appelé père. En somme il s'agit d'étudiants. Mais en français d'aujourd'hui, le terme d'étudiant est trop universitaire. Le mot élève nous renvoie trop, en français du moins, aux enfants des écoles. Apprenti est trop manuel. Celui qui reçoit la science, ou l'information... est une périphrase trop longue. Celui qui apprend... est la meilleure traduction. L'information va de celui qui la possède, à celui qui ne la possède pas. Elle va de Dieu, qui est l'origine ou la source première de l'information créatrice, à celui à qui Dieu communique l'information intelligible, le prophète, qui à son tour la communique au peuple hébreu, qui à son tour la communiquera à toutes les nations païennes.

Il est hautement vraisemblable, pour ne pas dire certain, que l'un de ces deux disciples de Iohanan qui plongeait les repentants dans les eaux du Jourdain, c'est celui qui a écrit le texte hébreu dont notre Évangile grec est la traduction.

C'est donc une première indication concernant l'auteur du quatrième Évangile : il a été disciple de Jean Baptiste. D'autre part, il ne veut pas se nommer, il ne veut pas être nommé lorsque la traduction en langue grecque du document hébreu primitif a été réalisée. Nous aurons à nous demander pourquoi.

 
1.  36 et il a levé les yeux sur ieschoua qui marchait
et il a dit
 
voici l'agneau de dieu
 

Et il a levé les yeux sur Ieschoua... Et il s'est retourné Ieschoua et il les a regardés...

Nous avons rappelé dans notre avant-propos que dans la Bible hébraïque les propositions se succèdent et se rattachent les unes aux autres, reliées dans l'immense majorité des cas par we, qui signifie : et. Nous avons indiqué aussi que les traducteurs en langue grecque de la Bible hébraïque avaient préféré, dans nombre de cas, transformer la première proposition, commandée en hébreu par un verbe à l'indicatif, en une proposition grecque commandée par un verbe au participe. C'est une loi qui se vérifie des milliers et des milliers de fois. Les traducteurs en langue grecque de Matthieu, Marc, Luc et Jean ont procédé de même. Ils ont remplacé une proposition hébraïque commandée par un verbe à l'indicatif, par une proposition grecque commandée par un participe. C'est le cas ici, et constamment dans la suite de notre Évangile. Comme nous l'avons annoncé, nous restaurons la construction de l'hébreu primitif, et nous remplaçons donc le participe grec par un verbe français à l'indicatif.

 
1.  37 et ils ont entendu les deux disciples
ce qu’il disait
et ils ont suivi ieschoua
 
1.  38 et alors il s'est retourné ieschoua
et il les a regardés
eux qui le suivaient
et il leur a dit
 
qu'est-ce que vous cherchez
 
et eux ils lui ont dit
 
rabbi ce qui veut dire en traduction maître
où demeures-tu
 

Rabbi :c'est de l'hébreu, ce n'est pas de l'araméen.

 
1.  39 et il leur a dit
 
venez et voyez
 
ils sont donc venus
et ils ont vu où il demeurait
et auprès de lui ils sont restés ce jour‑là
l'heure
c'était à peu près la dixième
 

C'était environ la dixième heure : dans le système hébreu ancien, la journée commence le soir, au coucher du soleil. La journée est divisée en deux parts : la moitié nocturne, depuis le coucher du soleil jusqu'au lever du jour, et la moitié diurne, depuis le lever du soleil jusqu'au coucher du soleil. Chaque moitié est divisée en douze heures, schaah, pluriel schaôt. Lors de l'équinoxe, la première heure commence environ à six heures de notre système. Ce système horaire hébreu est celui des Évangiles, des Actes des Apôtres. La dixième heure correspond donc à peu près à ce que nous appelons quatre heures de l'après-midi.

 
1.  40 c'était andréas
le frère de schiméôn le rocher
l'un des deux [disciples]
qui avaient entendu [ce que disait] iôhanan
et qui l'avaient suivi
 

C'était Andréas le frère de Schiméon Pierre, l'un des deux qui ont entendu... L'autre disciple n'est pas nommé, à dessein évidemment.

 
1.  41 et il a trouvé lui
en premier son propre frère schiméôn
et il lui a dit
 
nous avons trouvé le maschiah
ce qui signifie en traduction
celui qui a reçu l'onction
 

Messia : c'est la transcription en caractères grecs de l'hébreu meschiah — de l'hébreu et non de l'araméen — qui signifie en effet : celui qui a reçu l'onction royale, sacerdotale et prophétique.

 
1.  42 et il l'a conduit vers ieschoua
 
et il a levé les yeux vers lui
ieschoua
et il a dit
 
toi tu es schiméôn fils de iôhanan
toi tu t'appelleras keipha
ce qui se traduit pierre
 

II a levé les yeux vers lui, Ieschoua et il a dit : de nouveau une proposition hébraïque qui a été transformée par le traducteur en langue grecque en une proposition gouvernée par un participe. Nous restaurons la construction hébraïque initiale qui ne comportait pas de participe.

Toi tu es Schiméon le fils de Iohanan... D'autres manuscrits donnent : le fils de Iônah, la Colombe... En araméen : bariônah.

Kêpha : c'est de l'araméen. Mais on peut se demander si, dans Matthieu 16, 18 : toi tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église, nous n'avons pas affaire à un jeu de mots. Eben en hébreu signifie la pierre. Je bâtirai se dit : ebeneh.

 
1.  43 et le lendemain
il a voulu sortir [pour aller] en galilée
et il a trouvé philippos
et il lui a dit ieschoua
 
suis‑moi
 

Et le lendemain il voulut sortir [pour aller] en Galilée : construction hébraïque fréquente, par exemple Exode 16, 3 : tu nous as fait sortir (sous-entendu : d'Egypte) [pour aller] vers ce désert...

 
1.  44 il était philippos de beit tzaïda
de la ville d'andréas et de pierre
 
1.  45 et il a trouvé philippos nathanaël
et il lui a dit
 
celui dont il a écrit môscheh dans la tôrah
et [aussi] les prophètes
nous l'avons trouvé
ieschoua fils de iôseph
celui qui est de natzaret
 

Celui dont a écrit Môscheh dans la Torah et aussi les prophètes... Traduction littérale : Celui qu'il a écrit Moïse dans la Torah et (aussi) les prophètes... C'est du grec traduit littéralement de l'hébreu : ascher katab môsche be-sepher ha-tôrah we-ha-nebiim matzanou. Impossible en grec comme en français. C'est de l'hébreu tout cru.

 
1.  46 et alors il lui a dit nathanaël
 
de natzaret peut‑il être quelque chose de bon
 
et il lui a dit philippos
 
viens et vois
 

Viens et vois : hébreu bô wou-reeh.

 
1.  47 et il a vu ieschoua
nathanaël qui venait vers lui
et il a dit à son sujet
 
voici en vérité un fils d'israël
en qui il n'est pas de tromperie
 

Un fils d'Israël en qui il n'y a pas de tromperie : tournure hébraïque ascher ein - bô remiiah, sans le verbe être. Le traducteur en langue grecque est obligé d'introduire le verbe être dans sa traduction. La même tournure hébraïque, Cantique des Cantiques 4, 7 : Tout entière toi [tu es] belle ma compagne, et une tache il n'y a pas en toi... Là encore l'hébreu se passe fort bien du verbe être, qui est inévitablement introduit dans la traduction grecque de ce verset.

 
1.  48 et il lui a dit nathanaël
 
d'où me connais‑tu
 
et il a répondu ieschoua et il lui a dit
 
avant que philippos ne t'appelle
alors que tu étais sous le figuier je t'ai vu
 
1.  49 alors il lui a répondu nathanaël
 
rabbi toi tu es le fils de dieu
toi tu es le roi d'israël
 

Fils de Dieu, roi d'Israël : termes équivalents pour désigner le meschiah, celui qui a reçu de Dieu l'onction sacerdotale, royale et prophétique, le chéri du Cantique des Cantiques.

 
1.  50 et il a répondu ieschoua et il lui a dit
 
parce que j'ai dit
je t'ai vu sous le figuier
tu es certain de la vérité
plus grand que cela tu verras
 

Tu es certain de la vérité : comme nous l'avons déjà indiqué, nous traduirons constamment le verbe grec pisteuein en tenant compte du verbe heemin qu'il traduit lui-même, et qui signifie : être certain de la vérité de...

 
1.  51 et il lui a dit
 
amèn amèn je le dis à vous
vous verrez les cieux ouverts
et les messagers de dieu
qui montent et qui descendent
sur le fils de l'homme
 

Et les messagers de Dieu... Citation de Genèse 28,12 : Et il (Jacob) fit un rêve, et voici qu'une échelle était plantée sur la terre, et sa tête touchait les cieux et voici que des messagers de Dieu étaient en train de monter et de descendre sur elle. Et voici que YHWH était debout sur elle et il dit : moi [je suis] YHWH Dieu d'Abraham ton père et Dieu d'Isaac ! La terre sur laquelle toi tu es couché sur elle, à toi je la donnerai et à ta semence ! Et elle sera, ta semence, comme la poussière de la terre...

Sur le fils de l'homme : hébreu ben ha-adam. Expression très fréquente particulièrement chez le prophète Ezéchiel, et reprise par Daniel 7, 13. Pour comprendre cette expression hébraïque il faut d'abord se souvenir qu'en hébreu ha-adam signifie l'Homme, l'Humanité envisagée dans son ensemble, l'espèce humaine, et d'autre part que l'hébreu n'a pas d'expression pour dire : un individu appartenant à l'espèce de... Pour exprimer l'appartenance d'un individu à une espèce donnée, il emploie précisément l'expression : fils de... Un fils de l'Homme, c'est donc un individu appartenant à l'espèce humaine, c'est donc un homme. Il reste que cette expression utilisée constamment par le Seigneur, ainsi que l'attestent les Évangiles de Matthieu, de Marc, de Luc et de Jean, avait probablement une autre signification, qui se rattachait sans doute à Daniel 7, 13. Le fait est que le Seigneur s'appelait toujours lui-même ainsi et le consensus des quatre Évangiles sur ce fait est saisissant. La question est de savoir ce que le Seigneur entendait par là, la question reste ouverte.

 
 
 
 
 
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