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Evangile de Jean - Traduction et Notes - Claude Tresmontant - Chapitre 13

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13.  1 et avant la fête de pesah
il a connu ieschoua qu'il est venu son temps
de passer du monde de la durée présente
pour aller vers son père
 
il a aimé ceux qui lui appartiennent
qui sont dans le monde de la durée présente
et il les a aimés jusqu'à la plénitude
 

Avant la fête de pesah... Il est très possible que notre Évangile insiste intentionnellement sur le fait que ce dernier repas n'est pas un repas de pesah, mais qu'il a eu lieu avant la fête de pesah. Il y a divergence, comme on sait, entre ce que nous disent Matthieu, Marc et Luc, d'une part, et Jean d'autre part, sur ce point. Pour Jean, la fête de pesah commençait le lendemain soir. Nous sommes donc en présence de deux calendriers. On sait que les Sadducéens — l'ensemble des Sadducéens recouvrait en partie, mais non totalement ni exclusivement, l'ensemble des prêtres — avaient un calendrier qui n'était pas celui de la confrérie des perouschim.

Il les a aimés jusqu'à la plénitude, jusqu'à la perfection, grec eis telos, qui traduit l'expression hébraïque ad toummam, Deutéronome 31, 24 : Et il advint qu'il a achevé, le verbe kalah, grec sunetelesen, Môscheh, d'écrire les paroles de cette torah, sur un rouleau de livre, jusqu'à l'achèvement, jusqu'à la perfection, la plénitude, ad toummam, grec heôs eis telos; Josué 3, 16. — Josué 8, 24 : Et il advint que, lorsqu'il eût achevé, le verbe hébreu kalah, Israël, de tuer tous les habitants de Aï, dans la campagne, dans le désert... et qu'ils sont tombés tous à la bouche de l'épée, le-pi hereb, jusqu'à la totalité, ad toummam, grec eis telos ... Josué 10, 20. — 2 Chroniques 31,1: Et lorsqu'ils ont achevé, terminé, kalah, tout cela, ils sont sortis, tout Israël... et ils ont brisé les stèles, ils ont abattu les Aschérah, ils ont démoli les hauts lieux et les autels de tout le pays de Juda... jusqu'à l'achèvement, ad le-kalleh, grec heôs eis telos. La question est de savoir si cet amour extrême porte sur ce qui va être exposé, à savoir le lavement des pieds des disciples, ou bien si cet amour extrême portait, dans le document hébreu sous-jacent, sur autre chose qui n'est pas rapporté ici, dans la traduction grecque. Autrement dit, la question est de savoir s'il ne manque pas, dans notre traduction grecque, un passage du document hébreu, qui relatait le repas de pesah et les paroles que le Seigneur a prononcées lors de ce repas sur l'une des matzôt et sur l'une des coupes. Et si l'amour extrême du Seigneur ne portait pas sur ce don ultime : ceci, c'est ma chair ; ceci, c'est mon sang...

 
13.  2 et il y a eu un repas
 
c'est l'adversaire qui déjà
avait jeté dans son cœur de le livrer
à iehoudah fils de schiméôn l'homme de qeriôt
 

Il y a eu un repas... On peut lire aussi : pendant la durée du repas... si, avec certains manuscrits, on lit genomenou au lieu de ginomenou. Notre Évangile ne dit pas, et ne veut pas dire qu'il s'agit de ce même repas dont nous parlent les Évangiles de Matthieu, de Luc et de Marc, repas durant lequel le Seigneur a mangé l'agneau de la fête de pesah, et prononcé les paroles sur l'une des matzôt et sur l'une des coupes de bénédiction. Pour quelles raisons ? Nous en sommes réduits aux conjectures.

Si, comme nous le pensons, le quatrième Évangile a été composé en hébreu aussitôt après les événements et traduit en langue grecque peu de temps après, pour les frères et les sœurs de la Diaspora qui ne lisaient plus suffisamment l'hébreu, une conjecture possible, c'est que l'auteur du quatrième Évangile et son traducteur ont estimé qu'il n'était pas opportun de relater tout ce qui s'est passé lors de ce repas, en particulier les paroles prononcées sur l'une des matzôt et sur l'une des coupes. Pour quelle raison ? Là encore nous en sommes réduits aux conjectures, mais une conjecture qui tient debout, c'est que ces extraordinaires paroles pouvaient être comprises de travers, et l'auteur du quatrième Évangile, ainsi que son traducteur, n'ont pas jugé bon de mettre par écrit ces paroles, dans un document désormais diffusé en langue grecque, et que même les païens pouvaient lire. Matthieu 26, 17 : Le premier jour des pains sans levain, ils se sont avancés vers lui les disciples de Ieschoua et ils lui ont dit : Où veux-tu que nous préparions pour toi le lieu où manger le pesah ? On observe que le traducteur en langue grecque de Matthieu ne traduit pas, lui non plus, le mot hébreu pesah. Il le transcrit en caractères grecs. Lui il dit : Allez dans la Ville (Jérusalem) chez Untel... Celui qui a composé Matthieu savait de qui il s'agit, il n'a pas voulu le dire. Et vous lui direz : Voici ce que dit le rabbi : Mon temps est proche. C'est chez toi que je ferai pesah avec mes disciples. Et ils firent, les disciples, comme il le leur avait commandé, Ieschoua, et ils préparèrent le pesah... Luc 22, 7 : Elle était proche la fête des pains sans levain qui est appelée pesah... Arriva le jour des pains sans levain, jour dans lequel on allait sacrifier le pesah (l'agneau). Et il envoya Pierre et Iohanan en disant : Allez et préparez pour nous le pesah afin que nous le mangions. Et alors eux, ils lui ont dit : Où veux-tu que nous préparions ? Et lui, il leur dit : Voici, lorsque vous entrerez dans la Ville (Jérusalem), un homme viendra à votre rencontre. Il porte une cruche d'eau. Suivez-le jusque dans la maison où il va entrer. Et vous direz au maître de maison : Voici ce que dit le rabbi : Où est-elle la chambre dans laquelle je vais manger pesah avec mes disciples ? Et lui, il vous montrera une grande salle garnie. C'est là que vous ferez les préparatifs... Marc 14, 12 : Et le premier jour des pains sans levain, le jour où l'on sacrifie (l'agneau de) pesah, ils lui ont dit, ses disciples : Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu puisses manger pesah ? Et il envoya deux de ses disciples (Marc ne les nomme pas, nous les connaissons par Luc) et il leur dit : Allez dans la Ville. Viendra à votre rencontre un homme qui porte une cruche d'eau. Suivez-le... La conjecture que nous soumettons à l'examen critique de notre lecteur, c'est que l'inconnu chez qui le Seigneur a voulu manger l'agneau de pesah, c'est Iohanan, l'auteur de notre Évangile, qui avait une maison à Jérusalem. Cette hypothèse a déjà été proposée et défendue par J. Colson, l'Énigme du disciple que Jésus aimait, Paris, 1968.

L'adversaire avait déjà jeté dans le cœur... L'adversaire, hébreu ha-satan, traduction grecque ho diabolos. Jeter dans le cœur, Néhémie 2, 12 : Je me suis levé la nuit, moi et les hommes en petit nombre qui étaient avec moi, et je n'ai pas annoncé à un homme, le-adam, ce que Dieu avait donné à mon cœur de faire pour Jérusalem. Néhémie 7, 5 : Il a donné, Dieu, à mon cœur, et j'ai rassemblé les notables... Iehouda, fils de Schiméon, homme de Qeriôt... De nouveau de nombreuses variantes qui attestent la difficulté de l'interprétation. Parmi les variantes, apo Karuôtou, qui venait de Qeriôt.

 
13.  3 et il a connu ieschoua que toutes choses
il les lui a données son père dans ses propres mains
que de dieu il est venu
et qu'à dieu il retourne
 
13.  4 il s'est levé du repas
il a posé ses vêtements
il a pris un tablier il l'a attaché autour de lui
 
13.  5 ensuite il a jeté de l'eau dans la cuvette
et il a commencé à laver les pieds des disciples
et à les essuyer avec le tablier
qu'il avait attaché autour de lui
 
13.  6 il arrive donc à schiméôn pierre
il lui dit
 
seigneur c'est toi qui me laves les pieds
 
13.  7 alors il a répondu ieschoua et il lui a dit
 
ce que moi je fais
toi tu ne le connais pas pour l'instant
mais tu le connaîtras plus tard
 

Tu ne le connais pas... Hébreu iada, connaître. Tu ne connais pas la signification de ce que je fais.

 
13.  8

alors il lui a dit pierre
 
tu ne me laveras pas les pieds
jamais dans toute la durée qui vient
 
il lui a répondu ieschoua
 
si je ne te lave pas
alors il n'y a pas de part pour toi avec moi

 

Tu ne me laveras pas les pieds, jamais dans toute la durée qui vient, grec eis ton aiôna, hébreu le-ôlam.

Il n'y a pas de part pour toi avec moi... Vieille expression hébraïque. Genèse 31, 14 : Et elle répondit, Rachel et Léah (le verbe au singulier, accordé avec le premier des deux sujets), et elles dirent : Est-ce qu'il y a encore pour nous une part, hébreu heleq, grec meris, et un héritage dans la maison de notre père ? Nombres 18, 20 : Et il dit, YHWH, à Aharôn : Dans leurs pays tu n'auras pas d'héritage, et de part il n'y en aura pas pour toi au milieu d'eux. C'est moi qui suis ta part et ton héritage au milieu des fils d'Israël... Part, hébreu heleq, grec meris. Deutéronome 10, 9 : C'est pourquoi, il n'y aura pas pour Lévi de part et d'héritage avec ses frères. C'est YHWH son héritage... Deutéronome 18, 1 : Il n'y aura pas pour les prêtres, hébreu kôhanim, les lévites, toute la tribu de Lévi, de part ni d'héritage avec Israël... Josué 18, 7 : Car il n'y a pas de part pour les Lévites au milieu de vous, car le sacerdoce de YHWH, c'est leur héritage... Josué 22, 25 : Il n'est pas pour vous de part dans YHWH... Josué 22, 27, idem. 2 Samuel 20, 1 : Il n'y a pas pour nous de part dans David, et il n'y a pas d'héritage pour nous dans le fils d'Isaïe. Chacun à sa tente, Israël ! 1 Rois 12, 16 : Quelle part pour nous dans David, ma lanou heleq be-dawid, et il n'y a pas d'héritage dans le fils d'Isaïe. A tes tentes, Israël ! etc. Le texte grec de Jean 13, 8 donne : tu n'auras pas de part avec moi... Nous restaurons comme d'habitude la construction hébraïque sous-jacente : ne sera pas de part à toi... Avec moi : il faut reconstituer probablement l'expression hébraïque : en moi.

 
13.  9 alors il lui dit schiméôn pierre
 
seigneur non pas seulement mes pieds
mais aussi mes mains et ma tête
 
13.  10 alors il lui dit ieschoua
 
celui qui s'est déjà baigné
il n'a plus besoin que de se laver les pieds
mais il est propre tout entier
et vous aussi vous êtes propres
mais non pas tous
 

Celui qui s'est déjà baigné... Le Seigneur comme c'est son habitude utilise les deux sens du verbe hébreu rahatz, laver, traduit ici en grec par le verbe niptein. Le même verbe hébreu rahatz est traduit par leverbe grec louein, Exode 2, 5 : Et elle est descendue, la fille de Pharaon, pour se laver, pour prendre un bain, sur le bord du fleuve... Exode 29,4 : Aharôn et ses fils, tu les feras approcher à la porte de la tente du rendez-vous et tu les laveras dans l'eau... Exode 40,12 : Et tu feras approcher Aharôn et ses fils à l'entrée de la tente du rendez-vous, et tu les laveras dans l'eau... Lévitique 8, 6 : Alors il fit approcher, Môscheh, Aharôn et ses fils et il les lava dans l'eau..., etc. 2 Samuel 11, 2 : Et il arriva, au temps du soir, qu'il se leva, David, de dessus sa couche, et il alla marcher sur la terrasse de la maison du roi et il vit une femme qui était en train de se laver, du haut de sa terrasse... 2 Samuel 12, 20 : Et il se leva, David, de terre, et il se lava... 2 Rois 5, 10 : Et il lui envoya, Elischa, un messager pour lui dire : Va et baigne-toi sept fois dans le Jourdain et elle te reviendra, ta chair, et tu seras pur... En hébreu le verbe taher être pur, tahôr, pur, grec katharizein, katharos. C'est précisément le mot qui est utilisé ici, Jean 13, 10. Les deux sens du verbe rahatz, laver, baigner, sont donc évidemment le sens empirique, le sens immédiat, et puis le sens que nous en Occident nous avons pris l'habitude d'appeler spirituel. De même tahôr signifie propre, au sens physique du terme, et pur au sens spirituel.

 
13.  11 car il connaissait celui qui était en train de le livrer
et c'est pourquoi il a dit
 
mais tous vous n'êtes pas propres
 
13.  12 lorsque donc il a eu fini de laver leurs pieds
alors il a repris ses vêtements
et il s'est allongé de nouveau
et il leur a dit
 
est-ce que vous connaissez ce que j'ai fait pour vous
 

Lorsque donc il a eu fini de laver leurs pieds, alors... De nouveau la construction hébraïque avec le we, traduit littéralement par le grec kai, puis supprimé par les copistes qui ne savaient pas quoi faire avec ce kai...

Est-ce que vous connaissez... Hébreu iada : Est-ce que vous avez connu la signification de ce que j'ai fait pour vous, la signification du geste ? Connaître, c'est connaître le sens ; ce n'est pas simplement constater le fait empirique.

 
13.  13 vous
vous m'appelez maître et seigneur
et vous faites bien de parler ainsi
car je le suis
 

Vous, vous m'appelez maître et seigneur... Hébreu rab et mar ou adôn. Rabbi wou-mari, mon maître et mon seigneur. Rabban wou-maran, notre maître et notre seigneur.

Car je le suis, hébreu probable : ki ani hou.

 
13.  14 si donc moi je vous ai lavé les pieds
[moi qui suis] votre seigneur et votre maître
alors vous aussi vous devez laver les pieds
chacun de son compagnon
 
13.  15 car c'est un modèle que je vous ai donné
afin que comme moi j'ai fait pour vous
ainsi vous aussi vous fassiez
 
13.  16 amèn amèn je vous [le] dis
il n'est pas l'esclave plus grand que son maître
et l'envoyé n'est pas plus grand
que celui qui l'envoie
 
13.  17 si ces paroles vous les avez connues
heureux êtes-vous si vous les faites
 

Si vous avez la connaissance de ces paroles... Hébreu probable ha-debarim ha-elleh qui signifie aussi, dans nombre de cas, ce que nous traduisons par l'expression vague : ces choses.

 
13.  18 ce n'est pas au sujet de vous tous que j'ai dit cela
moi je connais ceux que j'ai choisis
mais c'est afin que l'écriture soit accomplie
 
celui qui mange mon pain
il a levé contre moi son talon
 

Ce n'est pas au sujet de vous tous que j'ai dit cela : A quel propos du Seigneur cette remarque se rapporte-t-elle ? Tous vous n'êtes pas propres ?

Afin que l'Écriture soit accomplie, traduction littérale : remplie, le verbe hébreu maie, comme précédemment. Celui qui mange mon pain... Psaume 41, 9 : Mes ennemis disent du mal de moi : Quand mourra-t-il ? Et quand sera-t-il perdu son nom ?... Ensemble contre moi ils complotent tous ceux qui me haïssent, contre moi ils méditent le mal... Et même l'homme de ma paix, isch schelômi, en qui j'avais confiance, celui qui mange mon pain, il a élevé contre moi le talon... Le traducteur de Jean a traduit cette citation du psaume sur l'hébreu, il n'a pas repris la traduction grecque des Septante.

 
13.  19 dès maintenant je vous l'ai dit
avant que cela n'arrive
afin que vous soyez certains
lorsque cela arrivera
que c'est moi
 

Dès maintenant je vous l'ai dit, avant que cela n'arrive, afin que vous soyez certains, lorsque cela arrivera, que c'est moi... Isaïe 43, 9 : Qui parmi eux a annoncé cela et nous a fait entendre les premiers événements ? Qu'ils donnent donc leurs témoins et qu'ils soient justifiés ! On écoutera et on dira : c'est vrai ! C'est vous, mes témoins, oracle de YHWH ! Et mes serviteurs que j'ai choisis ! Afin que vous connaissiez et que vous soyez certains de la vérité qui est en moi, et afin que vous compreniez que c'est moi, ki ani hou ! Grec : hoti ego eimi.

Que c'est moi, hébreu ki ani hou.

 
13.  20 amèn amèn je vous [le] dis
celui qui reçoit celui que j'envoie
c'est moi qu'il reçoit
et celui qui me reçoit
il reçoit celui qui m'a envoyé
 

Celui qui reçoit celui que j'envoie... Le Seigneur commence ici à enseigner les conditions ontologiques de la transmission de l'information, l'ontologie de la communication de l'information. La source ou origine première de l'information créatrice, c'est Dieu, l'unique. Le fils de l'homme reçoit de Dieu, qu'il appelle son propre père, l'information créatrice, et il la communique à son tour à ceux qui vont être envoyés — hébreu schalah — pour communiquer l'information créatrice à l'humanité entière. Celui qui reçoit l'envoyé, reçoit le Christ. Celui qui reçoit le Christ, reçoit Dieu qui a envoyé le Christ. Même doctrine, Matthieu 10, 40 : Celui qui vous reçoit, me reçoit, et celui qui me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé... Le verbe hébreu ici utilisé c'est qabal, piel qibbel, recevoir, accueillir l'information et le message. C'est de l'hébreu tardif, Chroniques, Esther, Esdras, Job. C'est avec ce verbe qabal qu'a été formé plus tard le mot qabbalah, l'acte de recevoir l'information transmise par une tradition. Le traducteur de Jean traduit le verbe hébreu qabal, qibbel par le verbe grec lambanein, ici comme Jean 1, 12. Le traducteur de Matthieu a traduit le même verbe hébreu par le grec dechesthai. Le traducteur de Jean a choisi le verbe grec lambanein, qui traduit aussi le verbe hébreu laqah, prendre, saisir, mais qui traduisait aussi le verbe hébreu qabal, qui se retrouve à peu près sous la même forme dans l’araméen de Daniel 2, 6 : Si vous me faites connaître le rêve et son interprétation, pescher, — des dons, des présents et de grands honneurs vous recevrez, qabal, grec lambanein. Luc 9, 48 : Celui qui reçoit cet enfant en mon nom, c'est moi qu'il reçoit, et celui qui me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé. Luc 10,16 : Celui qui vous écoute, c'est moi qu'il écoute, et celui qui vous rejette, c'est moi qu'il rejette. Celui qui me rejette, rejette celui qui m'a envoyé. Marc 9, 37 : Celui qui reçoit l'un de ces enfants, en mon nom, c'est moi qu'il reçoit. Celui qui me reçoit, ce n'est pas moi qu'il reçoit, mais celui qui m'a envoyé... Il y a communication de l'information créatrice qui va de Dieu au Christ, du Christ aux envoyés, des envoyés à l'humanité entière. Présence réelle du Christ dans celui qui est envoyé par lui, et présence réelle de Dieu dans le Christ.

 
13.  21 lorsqu'il a eu fini ieschoua de dire ces paroles
alors il s'est affligé en son esprit
et il l'a attesté et il l'a dit
 
amèn amèn je vous [le] dis
l'un d'entre vous va me livrer
 

Il s’affligea en son esprit... Traduction approximative et probablement trop faible. Peut-être faut-il traduire : il fut dans l'effroi, il fut dans l'angoisse, il fut tourmenté en son esprit... Le verbe grec tarassein ici utilisé recouvre un très grand nombre de verbes hébreux possibles. Genèse 41, 8 : Et il advint, au matin, il fut tourmenté en son esprit... Genèse 40, 6 : Et il vint vers eux, Iôseph, au matin, et il les vit, et voici qu'ils étaient inquiets... Genèse 42, 28 : Alors il sortit, leur cœur (expression hébraïque qui correspond un peu, et de loin, à notre vieille expression : être hors de soi-même) et ils s'effrayèrent, chacun disant à son frère : qu'est-ce qu'il nous a fait, Dieu ? Genèse 45, 3 : Alors il dit, Iôseph, à ses frères : C'est moi, Iôseph ! Est-ce que mon père vit encore ? Et ils ne pouvaient pas, ses frères, lui répondre car ils étaient terrorisés devant sa face... Deutéronome 2, 25 : Aujourd'hui je commence à poser ta terreur (la terreur que tu provoques) et ta peur (la peur que tu inspires) sur la face des peuples sous tous les cieux, les peuples qui entendront ce qu'on entend dire de toi et ils trembleront et ils seront terrorisés devant ta face... Juges 11, 34 : Et il arriva, Jephté, à Mispah, à sa maison et voici que sa fille sortait à sa rencontre avec des tambourins et des chœurs, et il n'avait qu'elle, elle était sa fille unique, il n'avait pas, à part elle, ni de fils ni de fille. Et alors, dès qu'il la vit, il déchira ses vêtements et il dit : Ah ! Ah ! Ma fille ! Pour ce qui est de me mettre à genoux, tu me mets à genoux, tu fais partie de ceux qui me mettent à genoux ! Trois fois le verbe hébreu kara, s'incliner, se plier ; hiphil, mettre quelqu'un à genoux, faire plier... 1 Samuel 14, 15 : Et ce fut la terreur dans le camp, dans la campagne et dans tout le peuple... Et ils ont vu les guetteurs... et voici que la foule était terrorisée... 2 Samuel 19, 1 : Alors il frémit de douleur, le roi, et il monta à la chambre haute de la porte, et il se mit à pleurer et il disait ainsi en marchant : Mon fils Abschalôm ! Mon fils ! Mon fils Abschalôm ! Qui fera que je sois mort à ta place ! Abschalôm mon fils, mon fils ! 2 Samuel 22, 8 : Et elle a été secouée et elle a tremblé, la terre ! Les fondements des cieux ont été secoués... Psaume 6, 3 : Aie pitié de moi YHWH, car je suis accablé, moi ! Guéris-moi, YHWH, car ils sont ravagés, mes os ! Et mon âme, elle est accablée à l'excès, et toi, YHWH, jusqu'à quand ? Qu'ils aient honte et qu'ils soient bouleversés à l'extrême tous mes ennemis... Psaume 38, 11 : Mon cœur sursaute, elle m'abandonne, ma force et la lumière de mes yeux, elle-même n'est plus avec moi... Psaume 42, 6 : Pourquoi es-tu si triste, mon âme ? Et pourquoi gémis-tu sur moi ? Psaume 55, 5 : Mon cœur frémit d'horreur en moi et les horreurs de la mort sont tombées sur moi ! Crainte et tremblement sont venus en moi et elle m'enveloppe. La terreur... Psaume 143, 3 : Car il a persécuté, l'ennemi, mon âme ; il a mis à terre ma vivante ! Il m'a fait habiter dans les ténèbres comme les morts de la durée passée ! Il défaille en moi mon esprit ! En moi il est bouleversé mon cœur ! Nombreux autres exemples. Dans tous les cas, les verbes hébreux que recouvre le verbe grec tarassein ont un sens très fort. « Troubler » est trop faible.

Et il l'attesta... Il attesta qu'il était vrai qu'il était bouleversé, saisi d'horreur...

 
13.  22 ils se sont regardés chacun son compagnon
les disciples
et ils se demandaient de qui il parlait
 
13.  23 il était étendu l'un de ses disciples
penché dans le creux du côté de ieschoua
celui qu'il aimait ieschoua
 

Était étendu l'un de ses disciples... Nous avons noté déjà, Jean 12, 2 ; 13, 12, que dans ce temps-là et dans ce pays-là, on mangeait étendu, sur des nattes ou des tapis, et non pas assis, comme nous, à table sur des chaises. On s'appuyait sur le bras gauche, on gardait la main droite libre pour prendre le pain. Celui qui a invité et reçu le Seigneur cette nuit-là, celui qui possède une maison à Jérusalem, celui chez qui le Seigneur a voulu manger le repas de pesah, c'est lui qui est à la droite du Seigneur. Il est donc incliné sur le côté, sur le flanc du Seigneur. A sa droite, se trouve Kêpha, Pierre, qui est penché sur le côté ou le flanc du maître de maison, en grec oikodes-potès, Marc 14,14. Colson, L'Énigme du disciple que Jésus aimait.

Sur le côté de Ieschoua... Hébreu probable : al-heiq. C'est le même mot, la même expression, qui est utilisée Jean 1,18 pour dire que le fils unique et chéri de Dieu est penché, ou incliné, dans le côté, dans le sein du père et qu'il a fait connaître Dieu.

Celui qu'il aimait, Ieschoua. Le sens probable est celui-ci : Ce disciple qui ne veut pas dire son nom, ce disciple dont le traducteur en langue grecque de notre Évangile ne veut pas dire le nom, il est de très loin le meilleur étudiant du Seigneur, celui qui a le mieux compris sa pensée, sa doctrine. Il est à ce titre le disciple préféré ou le disciple par excellence. Il ne fait pas partie des Douze. Il est constamment dans le Temple. Il a noté les propos, les entretiens, les discussions, les controverses qui ont eu lieu dans l'enceinte du Temple. Il possède une maison à Jérusalem.

 
13.  24 il lui a fait signe à celui-là schiméôn pierre
pour savoir qui c'est celui dont il parle
et il lui a dit
 
qui est-ce celui dont il parle
 
13.  25 alors il s'est penché celui-là comme ça
sur la poitrine de ieschoua
et il lui a dit
 
seigneur qui est-ce
 

Alors il s'est penché, celui-là, comme cela, sur la poitrine de Ieschoua... Hébreu : sur le cœur. Exode 28, 29 : Et il portera, Aharôn, les noms des fils d'Israël dans le pectoral du jugement, sur son cœur, hébreu al leb, grec epi tou stèthous, lorsqu'il entrera dans le Saint, en mémorial, devant la face de YHWH, continuellement. Et tu disposeras sur le pectoral du jugement les Lumières et les Perfections et elles seront sur le cœur, hébreu al leb, grec epi tou stèthous, d'Ahâron lorsqu'il entrera devant la face de YHWH et il portera, kharôn, le jugement des fils d'Israël sur son cœur, al libbô, grec epi tou stèthous, devant la face de YHWH, continuellement.

Il se penche alors, celui-là, comme ça... Il est très possible, il est même probable, que celui qui a dicté le texte hébreu, lors de la traduction en langue grecque, a mimé le geste de se pencher comme ça, en grec houtôs, sur la poitrine de Ieschoua.

Qui est-ce ? En hébreu mi hou, sans le verbe être.

 
13.  26 et il a répondu ieschoua
 
c'est celui pour qui je vais tremper
le morceau [de pain]
et à qui je vais le donner
 
il a donc trempé le morceau [de pain]
et il l'a donné à iehoudah fils de schiméôn
l'homme de qeriôt
 

C'est celui à qui je vais tremper... Construction hébraïque, traduction littérale d'après l'hébreu reconstitué : C'est celui que, hébreu ascher, je vais plonger pour lui le morceau de pain, et je vais le donner à lui... Le verbe hébreu tabal, plonger, tremper, ici utilisé, et traduit par le verbe grec baptein, est le même qui est utilisé pour dire que lohanan plongeait les pénitents dans les eaux du Jourdain : Jean 1, 25 ; 1, 28 ; Matthieu 3, 6 ; Marc 1, 5 ; Luc 3, 16 ; etc.

A Iehouda, fils de Schiméon, l'homme de Qeriôt, si la conjecture isch qeriôt est la bonne, ce qui est loin d'être sûr. Nombreuses variantes comme d'habitude lorsqu'il s'agit de cette expression qui semble avoir été obscure pour ceux qui ont recopié les premiers manuscrits grecs. Une série de manuscrits donne : venant de Qeriôt...

 
13.  27 et après la bouchée [de pain]
c'est alors qu'il est entré en lui l'adversaire
 
alors il lui a dit ieschoua
 
ce que tu es en train de faire
hâte-toi de le faire
 
13.  28 et cela personne ne l'a connu
parmi ceux qui étaient étendus
pourquoi il lui avait dit cela
 

Et cela personne ne l'a connu... Toujours le verbe hébreu iada, connaître, c'est-à-dire connaître le sens de, la raison d'être de...

 
13.  29 il y en a qui ont pensé
puisqu'il tenait la caisse iehoudah
qu'il lui disait ieschoua
 
va acheter ce dont nous avons besoin
pour la fête
ou bien pour les pauvres
afin de leur donner quelque chose
 
13.  30 il a donc pris la bouchée [de pain] lui
et il est sorti aussitôt
 
c'était la nuit
 
13.  31 lorsque donc il fut sorti
il a dit ieschoua
 
maintenant il est glorifié le fils de l'homme
et dieu est glorifié en lui
 

Maintenant il est glorifié le fils de l'homme, et Dieu est glorifié en lui — dans le fils de l'homme. Si Dieu est glorifié en lui — dans le fils de l'homme, — alors Dieu le glorifiera — le fils de l'homme — en lui-même, c'est-à-dire en Dieu, — et voici qu'il le glorifie...

 
13.  32 si dieu a été glorifié en lui
alors dieu le glorifiera aussi en lui-même
et voici qu'il va le glorifier
 
13.  33 les enfants
encore un peu [de temps] je suis avec vous
vous me chercherez
et comme je l'ai dit aux judéens
 
là où je vais
vous
vous ne pouvez pas venir
 
à vous aussi je le dis maintenant
 

Les enfants... grec teknia, hébreu banaï.

 
13.  34 un commandement nouveau je vous donne
c'est que vous vous aimiez
chacun son compagnon
de même que je vous ai aimés
afin que vous aussi vous vous aimiez
chacun son compagnon
 

C'est que vous vous aimiez, chacun son compagnon... Remarquez le grec hina, qui n'est pas orthodoxe, du point de vue grammatical, s'entend ! Chacun son compagnon : Nous avons déjà noté que le grec allèlos, allèlous, traduit l'expression hébraïque chacun par rapport à son frère, Genèse 42, 28, ou chacun à son compagnon, Genèse 43, 33. Le mot hébreu rea, qui signifie à peu près ce que nous appelons en français le compagnon, ou en français populaire le copain, ou encore, dans un autre langage le camarade, a été traduit en grec par plèsios, Genèse 11, 3 ; 11, 7 ; Exode 2, 13 ; 11, 2 ; etc. L'adjectif grec plèsios signifie : proche, voisin. Hoi plèsioi, les voisins. L'adverbe plèsion signifie : près, proche. Ho plèsion, le verbe être sous-entendu, celui qui est proche. Hoi plèsion, les proches. Les traducteurs en langue grecque de la Bibliothèque hébraïque ont toujours utilisé l'adverbe, qui est le neutre de l'adjectif. Les traducteurs de Matthieu, de Luc et de Marc ont fait de même. Lévitique 19, 18 : Tu aimeras ton compagnon comme toi-même, moi [je suis] YHWH ! Grec : kai agapèseis ton plèsion sou... Matthieu 5, 43, même traduction ; Matthieu 19, 19, idem ; Matthieu 22, 39, idem. Marc 12, 31 et 33. Luc 10, 27. C'est cet adverbe grec to plèsion qui nous a valu la traduction française reçue : le prochain ! Ce qui crée des difficultés pour l'interprétation des textes, Luc 10, 29 : Qui c'est, mon compagnon ? Qui c'est, mon camarade ? Le traducteur de Jean, sauf omission de ma part, n'utilise pas l'expression greque to plèsion pour traduire l'hébreu rea, le compagnon.

 
13.  35 c’est en cela qu'ils connaîtront tous
que pour moi vous êtes des disciples
s'il est l'amour parmi vous
chacun pour son compagnon
 
13.  36 alors il lui a dit schiméôn pierre
 
seigneur où vas-tu
 
et il lui a répondu ieschoua [et il lui a dit]
 
là où je vais
tu ne peux pas me suivre pour l'instant
mais tu me suivras plus tard
 
13.  37 alors il lui a dit pierre
 
seigneur
pourquoi est-ce que je ne peux pas te suivre
dès maintenant
mon âme pour toi
je la mettrai [dans la paume de ma main]
 

Mon âme pour toi je la mettrai dans la [paume de ma main]... C'est la vieille expression hébraïque que nous avons déjà rencontrée, et qui est traduite ici d'une manière abrégée : Juges 12, 3 ; 1 Samuel 19, 5 ; 28, 21 ; Job 13, 14.

 
13.  38 et il a répondu ieschoua [et il a dit]
 
ton âme pour moi
tu la mettras [dans la paume de ta main]
amèn amèn je te [le] dis
il ne criera pas le coq
jusqu'à ce que tu aies nié trois fois
[me connaître]
 

Il ne chantera pas le coq jusqu'à ce que tu aies nié... Construction hébraïque avec probablement ad-ascher, jusqu'à ce que...

 
 
 
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