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Evangile de Jean - Traduction et Notes - Claude Tresmontant - Chapitre 16

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16.  1 toutes ces paroles je vous les ai dites
afin que vous ne butiez pas sur un obstacle
[qui pourrait vous faire tomber]
 

Afin que vous ne butiez pas sur un obstacle... Le verbe grec skandalizô qui en réalité n'existait pas en grec, a été forgé à partir du substantif skandalon qui n'existait pas non plus ! C'est du grec de traduction, ce que Richard Simon appelait du grec de synagogue. Le skandalon, c'est l'obstacle que l'on met devant les pieds de l'aveugle pour le faire trébucher et tomber, Lévitique 19, 14 : Devant la face de l'aveugle tu ne mettras pas d'obstacle pour le faire buter et tomber, hébreu mikeschôl, grec skandalon. Le mot grec forgé pour cet usage de traduction, skandalon, traduit aussi l'hébreu môqesch, Josué 23, 13 ; Juges 2, 3 ; 1 Samuel 18, 21. Skandalon traduit mikeschôl leb, l'obstacle qui fait buter le cœur, au sens hébreu du terme, c'est-à-dire l'intelligence, 1 Samuel 25, 31. Notre traduction est donc lourde, elle est même très lourde, mais nous avons pensé qu'il valait mieux traduire lourdement, que de ne pas traduire du tout. Car si la traduction de l'hébreu mikeschôl par le grec forgé à cet effet skandalon est, selon l'expression de Richard Simon, du grec de synagogue, la traduction du grec skandalon et skandalizein par scandale et scandaliser, est du français de sacristie. Le verbe grec skandalizein est utilisé par le traducteur de Matthieu 5, 29 ; 11, 6 ; 13, 21 ; 15, 12 ; 17, 27 ; 18, 6 ; 24, 10 ; Luc 7, 23 ; 17, 12 ; Marc 9, 43 ; 4, 17 ; 9, 42 ; 14, 27. Il est utilisé par Paul 1 Corinthiens 8, 13 : Si une nourriture constitue un obstacle qui peut faire buter et tomber mon frère, je ne mangerai plus de viande pour la durée à venir, eis ton aiôna, afin de ne pas susciter un obstacle à mon frère. Romains 14, 13, Paul — ou son traducteur — traduit l'hébreu mikeschôl par les deux mots grecs proskomma et skandalon. Le verbe hébreu kaschal signifie : buter avec le pied, parce qu'on ne voit pas. Isaïe 59, 10 : Nous marchons à tâtons comme des aveugles qui tâtent un mur. Comme des hommes qui n'ont plus d'yeux nous marchons à tâtons, nous trébuchons en plein midi...

 
16.  2 ils vont vous exclure de la communauté
et même elle arrive l'heure
où tout homme qui vous mettra à mort
pensera rendre un culte à dieu
 

Ils vont vous exclure de la communauté... Le grec sunagôgè traduit deux mots hébreux, adah et qahal, qui signifient : la communauté, l'ensemble. Genèse 28, 3 : tu deviendras une assemblée de peuples, we-haiita li-qehal ammim, grec kai esè eis sunagôgas ethnôn. Genèse 35, 11 : Un ensemble de peuples, qehal goïm, sera à partir de toi, grec sunagôgai ethnôn. Genèse 48, 4 : Je te donnerai d'être un ensemble de peuples, li-qehal ammim, grec kai poièsô se eis sunagôgas ethnôn. Exode 12, 3 : Parlez à toute l'assemblée d'Israël... adat israel, grec pros pasan sunagôgèn huiôn israèl. Exode 12, 6 : Et ils le sacrifieront [l'agneau], toute l'assemblée de la communauté d'Israël, kôl qehal adat israel..., grec pan to plèthos sunagôgès huiôn israèl... Exode 12, 19 : Durant sept jours, du levain on n'en trouvera pas dans vos maisons, car tout homme qui mangera du pain levé au levain, elle sera retranchée cette âme de la communauté d'Israël, me-adat israel, grec ek sunagôgès israèl.

Et même elle vient l'heure... Le grec latreia traduit l'hébreu abôdah, Exode 12, 25 ; 12, 26 ; 13, 5. Le verbe grec latreuein traduit l'hébreu abad, servir, qui a donné ebed, le serviteur, l'esclave. Exode 3, 12 : Vous servirez — vous rendrez un culte à — Dieu sur cette montagne-ci, grec latreusete. Vers l'année 36 sans doute, un jeune rabbin appartenant à l'école des perouschim, disciple de Gamaliel, persécutait la petite communauté et pensait rendre ainsi un culte à Dieu, Actes 8,1 et sq. Les persécutions ici annoncées sont les persécutions qui vont venir de la part des hautes autorités de Jérusalem. Le livre des Actes et l'Apocalypse sont baignés du sang de ces persécutions. On remarque qu'il n'est pas question des persécutions qui vont venir de la part des empereurs romains, avec Néron, à partir de 64 ou 65. Si Jean avait été composé à la fin du ie siècle ou au commencement du iie, nous trouverions ici l'annonce des persécutions et des massacres venant de la part de l'Empire romain.

 
16.  3 et cela ils le feront contre vous
parce qu'ils n'ont pas connu le père
et moi non plus ils ne m'ont pas connu
 

Parce qu'ils n'ont pas connu le père... Ou : mon père. Et moi non plus... Toujours le verbe hébreu iada, connaître. Connaître, ce n'est pas simplement constater le fait empirique, ce n'est pas seulement expérimenter, c'est accéder par l'intelligence au contenu et à la signification du fait. Vous ne m'avez pas connu : vous avez constaté mon existence empirique, mais vous n'avez pas connu, avec votre intelligence, qui je suis, ce que je suis, que c'est moi, ki ani hou !

 
16.  4 mais tout cela je vous l'ai dit
afin que lorsqu'il viendra
le temps [des événements dont je vous parle]
vous vous souveniez de tout cela
[et] que je vous l'ai dit
 
tout cela depuis le commencement
je ne vous l'ai pas dit
parce qu'avec vous j'étais
 
16.  5 mais maintenant
je m'en vais vers celui qui m'a envoyé
et personne d'entre vous ne me demande
 
où vas-tu
 
16.  6 mais parce que tout cela je vous l'ai dit
c'est le chagrin qui a rempli votre cœur
 
16.  7 mais moi je vous dis la vérité
c'est un avantage pour vous que moi je m'en aille
car si je ne m'en vais pas
l'avocat de la défense il ne viendra pas à vous
mais si je m'en vais
je vous l'enverrai
 
16.  8 et lorsqu'il viendra lui
il mettra en accusation le monde de la durée présente
à cause de la faute et de la justice et du jugement
 
16.  9 à cause de la faute
parce qu'ils n'ont pas été certains
de la vérité [qui est] en moi
 
16.  10 à cause de la justice
parce que vers mon père je m'en vais
et vous ne me verrez plus
 
16.  11 à cause du jugement
parce que le prince du monde
de la durée présente est jugé
 
16.  12 il y a encore beaucoup de choses
que j'ai à vous dire
mais vous ne pouvez pas les porter pour l'instant
 

Il y a encore beaucoup de choses que j'ai à vous dire... Construction hébraïque : beaucoup de choses sont encore à moi à vous dire...

Mais vous ne pouvez pas les porter, grec bastazein, hébreu nasa, porter une charge. L'enseignement est comparé à une charge, Matthieu 23, 4 : Ils lient des fardeaux qui sont lourds et ils les mettent sur les épaules des gens...

 
16.  13 lorsqu'il viendra celui-là
l'esprit de la vérité
il vous conduira dans la vérité tout entière
 
car il ne parlera pas de son propre cœur
mais ce qu'il entendra c'est cela qu'il dira
et les choses à venir
il vous les annoncera
 

L'esprit de la vérité, hébreu ruah ha-emet.

Il vous conduira dans la vérité tout entière... Une série de manuscrits donne : en tè alètheia pasè. Une autre série de manuscrits : eis tèn alètheian pasan ou eis pasan tèn alètheian. Hébreu probable : el, vers, dans la direction de, mais peut-être be, dans Néhémie 9, 19 : Et toi dans tes compassions nombreuses, tu ne les as pas abandonnés dans le désert. La colonne de nuée ne s'est pas écartée d'au-dessus d'eux pendant le jour, pour les conduire sur la route, be-ha-derek. Psaume 5, 9 : YHWH conduis-moi dans ta justice, be-tzidekateka. Psaume 26, 3 : Je marche dans ta vérité... Psaume 25, 5 : Conduis-moi dans ta vérité et instruis-moi... Psaume 27, 11 : Enseigne-moi, YHWH, ta route ! Et conduis-moi dans, hébreu be, un chemin droit... Psaume 73, 24 : Dans ton conseil conduis-moi... Psaume 107, 7 : Et il les a conduits sur une route droite — en hébreu le verbe darak, marcher sur une route, et derek, la route, sont évidemment de la même racine —. Grec : kai ôdègèsen autous eis odon eutheian. Ici donc le be hébreu est traduit par le eis grec. Psaume 119, 35 : Fais-moi marcher sur le sentier de tes commandements... Psaume 139, 24 : Conduis-moi sur la route de la durée éternelle à venir, be-derek olam, grec en odô aiônia.

Il ne parlera pas de son propre cœur, hébreu mi-libbô.

 
16.  14 c'est lui qui me glorifiera
car de ce qui est à moi il recevra
et il vous l'annoncera
 
16.  15 tout ce qui est à mon père est aussi à moi
c'est pour cela que je vous ai dit
 
de ce qui est à moi il recevra
et il vous l'annoncera
 

Tout ce qui est à mon père... Construction hébraïque rétablie. L'Esprit saint, qui est l'esprit de Dieu, qui est Dieu lui-même qui est esprit, est dans le Christ, dans l'Homme véritable uni à Dieu véritable de même que le Christ est en Dieu. Tout ce qui appartient au père, c'est-à-dire à Dieu, appartient désormais à l'Homme véritable uni à Dieu véritable. Et c'est ainsi que le Seigneur peut communiquer l'Esprit saint, qui est l'esprit de Dieu.

 
16.  16 encore un peu [de temps] et vous ne me verrez plus
et puis de nouveau encore un peu [de temps]
et vous me reverrez
 
16.  17 ils se sont dit alors certains de ses disciples
chacun à son compagnon
qu'est-ce que c'est ce qu'il nous dit là
 
encore un peu et vous ne me verrez plus
et puis de nouveau encore un peu
et vous me verrez
 
et puis aussi
 
parce que je m'en vais vers le père
 

Qu'est-ce que c'est... Hébreu : mah-zeh ascher amar aleinou...

 
16.  18 ils disaient donc
 
qu'est-ce donc ce qu'il dit
 
encore un peu [de temps]
 
nous ne savons pas ce qu'il dit
 
16.  19 alors il a connu ieschoua qu'ils voulaient l'interroger
et il leur a dit
 
à ce propos vous vous demandez
chacun avec son compagnon
[ce que cela signifie]
parce que j'ai dit
 
un peu et vous ne me verrez plus
et de nouveau un peu et vous me verrez
 
16.  20 amèn amèn je vous [le] dis
vous
vous allez pleurer et vous lamenter
et le monde de la durée présente va se réjouir
vous
vous serez dans le chagrin
mais votre chagrin en joie se changera
 
16.  21 la femme lorsqu'elle va enfanter
elle est dans la peine parce qu'il est venu son temps
mais lorsqu'il est né l'enfant
alors elle ne se souvient même plus de son angoisse
à cause de la joie [qui est la sienne]
parce qu'est né un fils de l'homme
dans le monde de la durée présente
 
16.  22 et vous aussi maintenant
vous allez avoir du chagrin
mais je reviendrai vous voir
et il se réjouira votre cœur
et votre joie
personne ne vous l'enlèvera
 
16.  23 et en ce jour-là
à moi vous ne demanderez plus rien
 
amèn amèn je vous [le] dis
tout ce que vous demanderez au père
en mon nom
il vous le donnera
 
16.  24 jusqu'à présent
vous n'avez rien demandé en mon nom
demandez et vous recevrez
afin que votre joie soit pleine et entière
 
16.  25 tout cela c'est dans des comparaisons
que je vous l'ai dit
elle vient l'heure
où ce n'est plus dans des comparaisons
que je vous parlerai
mais c'est d’une manière ouverte
qu'au sujet de mon père
je vous annoncerai
 

Dans des comparaisons, grec paroimia, hébreu mâschâl, Proverbes 1, 1 ; 35, 1. Le mot hébreu mâschâl est traduit par parabole, Nombres 23, 7 ; 23, 18 ; 24, 3 ; etc. Les traducteurs de Matthieu, de Luc et de Marc ont traduit l'hébreu mâschâl par le grec parabolè. Un mâschâl est une réalité physique, empirique, qui contient une signification et qui est utilisée pour enseigner ce qui n'est pas objet d'expérience immédiate. Matthieu 13, 3 ; 15, 15 ; 21, 33 ; 22, 1 ; 24, 32 ; etc. La différence entre le mâschâl et l'allégorie, c'est que le mâschâl est une réalité empirique tangible et concrète, vécue, tandis que l'allégorie peut contenir du fantastique. Le point de départ du mâschâl, c'est l'expérience quotidienne du paysan, du berger, de celui qui cultive sa vigne ou son champ. Ce n'est pas un conte ni un rêve. Comprendre une parabole, la connaître — au sens hébreu du terme — c'est être capable de passer du fait concret et empirique qui est le point de départ, à la signification qui est visée, à l'enseignement qu'elle contient. C'est en somme la déchiffrer. Le traducteur de Jean ne se sert pas du mot grec parabole.

 
16.  26 en ce jour-là
en mon nom vous demanderez
et je ne vous dis pas que moi
je prierai le père pour vous
 
16.  27 car le père lui-même vous aime
parce que vous
vous m'avez aimé
et parce que vous avez été certains
qu'il est vrai que moi je suis venu de dieu
 

Que je suis venu de Dieu... Variantes : que je suis venu du père.

 
16.  28 je suis issu du père
et je suis venu dans le monde de la durée présente
et voici que de nouveau
je quitte le monde de la durée présente
et je m'en vais vers le père
 

Je suis issu du père : Ou : je suis venu du père... Ou encore : je suis sorti du père, hébreu possible iatza, sortir de, provenir de, être issu de. Variantes dans les manuscrits : exèlthon para tou patros, exèlthon ek tou patros. Para suivi du génitif, ek et apo traduisent l'hébreu min, qui indique la provenance. Nous avons donc ici peut-être la trace de plusieurs traductions du même original hébreu.

 
16.  29 alors il [lui] ont dit ses disciples
 
voici que maintenant tu parles ouvertement
et aucune comparaison tu ne dis plus
 
16.  30 maintenant nous avons connu
que tu connais toutes choses
et tu n'as pas besoin que quelqu'un t'interroge
c'est à cause de cela que nous sommes certains
qu'il est vrai que tu es issu de dieu
 
16.  31 alors il leur a répondu ieschoua
[et il leur a dit]
 
maintenant vous êtes certains que cela est vrai
 

Maintenant vous êtes certains que cela est vrai... Le Seigneur reprend sur le mode dubitatif la proposition ou l'affirmation qu'il vient d'entendre, comme cela est fréquent dans les dialogues rapportés par Jean.

 
16.  32 voici qu'elle vient l'heure
et elle est déjà venue
où vous serez dispersés
chacun dans sa maison
et quant à moi
seul vous me laisserez
 
mais je ne suis pas seul
parce que le père est avec moi
 

Voici qu'elle vient l'heure, et elle est venue, vous serez dispersés... Grec hina ! Hébreu probable ascher.

 
16.  33 tout cela je vous l'ai dit
afin qu'en moi
la paix soit avec vous
dans le monde de la durée présente
il y aura contre vous persécution
mais qu'il n'ait pas peur votre cœur
moi j'ai vaincu le monde de la durée présente
 

N'ayez pas peur : grec tharseîn, traduction de l'hébreu ne pas avoir peur, Genèse 35,17 ; Exode 14,13 ; 20,20 ; etc.

 
 
 
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