Partage d'évangile quotidien
<

Evangile de Jean - Traduction et Notes - Claude Tresmontant - Chapitre 2

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21
 
 
2.  1 et le troisième jour
il y a eu un festin [de mariage]
à qanah de la galilée
et elle était la mère de ieschoua là
 

II y eut un festin : le grec gamos est l'une des traductions possibles de l'hébreu mischeteh, le festin dans lequel on boit beaucoup, Genèse 29, 22. Ce n'est pas forcément un festin de noces. Cf. Esther 2,18 ;9,22.

Qanah de la Galilée : pour distinguer cette Qanah de celle de la Phénicie, cf. Abel, Géographie de la Palestine, II, 412.

 
2.  2 et il a été appelé aussi ieschoua et ses disciples
au festin [de mariage]
 

Et il fut appelé aussi Ieschoua et ses disciples : construction hébraïque fréquente, irrégulière en grec comme en français. Verbe au singulier, plusieurs sujets.

 
2.  3 et il a manqué le vin
et elle a dit la mère de ieschoua
en s'adressant à lui
 
ils n’ont plus de vin
 

Ils n'ont pas de vin : en hébreu le verbe avoir n'existe pas. Il faudrait donc traduire littéralement : il n'est plus de vin à eux, sans le verbe être inutile en hébreu.

 

 
2.  4 et il lui a dit ieschoua
 
qu'y a‑t‑il [entre] moi et toi femme
il n'est pas encore venu mon temps
 

Qu'y a-t-il entre moi et toi femme ?... Littéralement : quoi à moi et à toi femme ? Le texte grec est la traduction littérale de l'expression hébraïque classique ma li wa-lak, Juges 11, 12 ; 2 Samuel 16, 10 ; 2 Samuel 19, 23 ; 1 Rois 17, 18 ; 2 Rois 3, 13 ; 2 Chroniques 35, 21... Il est évident que personne ne pouvait se permettre d'imaginer une telle réponse du Seigneur à sa mère. Il est donc tout à fait naturel de supposer que nous avons ici la reportation d'un souvenir communiqué par Marie elle-même au disciple qui l'a recueillie chez lui. Elle seule pouvait se permettre de rapporter un propos aussi dur, et nous pouvons être sûrs qu'il n'a été inventé par personne.

Il n'est pas encore venu, mon temps : le grec ôra ici utilisé traduit l'hébreu et qui signifie : le temps, la période, le moment. Ora en grec ancien signifiait : période de temps, durée, puis plus précisément une période déterminée du temps, année, mois, partie du jour ou de la nuit. Le mot grec ora, dans la majorité des cas, traduit l'hébreu et qui signifie la période de temps, le moment étalé dans la durée. Le mot grec ora traduit l'hébreu schaah, qui correspond à ce que nous appelons l'heure, lorsqu'il s'agit d'une heure déterminée, d'une des parties du jour, d'un moment précis.

 
2.  5 et elle a dit sa mère à ceux qui servaient
 
ce qu'il vous dira faites‑le
 

Ce qu'il vous dira, faites-le : hébreu ascher iômar lakem taasou, Genèse 41, 55.

 
2.  6 et voici qu'il y avait là six cruches de pierre
pour les purifications rituelles des judéens
elles étaient disposées là
et elles contenaient chacune
deux ou trois mesures
 

La purification des Judéens... Le mot grec katharismos peut traduire l'hébreu kipourim, l'expiation, Exode 29, 36.

 

 

 
2.  7 et il leur a dit ieschoua
 
remplissez les cruches avec de l'eau
et ils les remplirent jusqu'en haut
 
2.  8 et il leur a dit
 
puisez maintenant
et portez à celui qui préside le banquet
et eux ils ont apporté
 
2.  9 et il a goûté le président du banquet
l'eau qui avait été changée en vin
et il ne savait pas d'où cela venait
mais ils le savaient les serviteurs
eux qui avaient puisé l'eau
et il a appelé le jeune marié
le chef du banquet
 

Le jeune marié : en grec numphios, en hébreu hatar

 
2.  10 et il lui a dit
 
tout homme d'abord
c'est le bon et beau vin qu'il met [à table]
et lorsqu'ils sont ivres
le moins bon
mais toi tu as gardé le beau et bon vin
jusqu'à maintenant
 
2.  11 voilà le commencement des signes
qu'il a faits ieschoua
à qanah de la galilée
et il a manifesté sa gloire
et ils ont été certains de la vérité [qui est] en lui
ses disciples
 

Voilà le commencement des signes... La théorie des signes est très importante dans la tradition hébraïque. Ce sont les signes objectifs et intelligibles qui permettent à l'intelligence humaine d'accéder à la certitude de la vérité qui en hébreu s'appelle émounah, traduction grecque pistis. Exode 3, 12, hébreu ôt, grec sèmeion ; Exode 4, 8 : et il adviendra que, s'ils ne sont pas certains de la vérité qui est en toi, et s'ils n'écoutent pas la voix du signe premier, alors ils seront certains de la vérité de la voix du signe qui viendra après ; et il adviendra que s'ils ne sont pas certains de la vérité même des deux premiers signes, et s'ils ne t'écoutent pas... Exode, 4,17 ; 4, 30 ; 7, 3 ; etc. Un signe, c'est un fait objectif intelligible qui prouve quelque chose et qui conduit donc à la certitude de l'intelligence.

 
2.  12 et après cela
il est descendu à kephar‑nahoum
lui et sa mère et ses frères et ses disciples
et là ils sont restés peu de jours
 

Et après cela... Hébreu : waiehi aharei-ken... Le grec meta touto traduit constamment l'hébreu aharei-ken, Genèse 23, 19 ; Exode 11,1 ; etc.

Lui et sa mère et ses frères... Construction hébraïque fréquente, Juges 11, 38 : Et elle s'en alla, elle et ses compagnes... 1 Rois 20, 12 : lui il était en train de boire, lui et les rois... Construction irrégulière en grec comme en français.

Et ses frères : pour le sens du mot hébreu que nous traduisons par « frère », cf. Genèse 14, 14 ; 14, 15 ; 29, 12 ; 29, 15 ; 31, 23 ; etc. pour dire en hébreu ce que nous, en français au xxe siècle, nous appelons des frères, l'hébreu utilise l'expression : frères, fils de ma mère, Juges 8, 19. Ton frère, fils de ta mère, Deutéronome 13, 7 ; etc.

 
2.  13 et ils étaient proches
les jours de la fête de pesah des judéens
et il est monté à ierouschalaïm
ieschoua
 

Et ils étaient proches les jours de la fête de pesah des Judéens : notre texte grec utilise la simple transcription en caractères grecs pascha. Cette simple transcription en caractères grecs, pascha, était déjà utilisée par les traducteurs en langue grecque de la Bible hébraïque, pour transcrire le mot hébreu pesah, à partir d'Exode 12, 11.

Le théologien inconnu qui a rédigé Exode 12, 11 et suivants explique l'hébreu pesah par le verbe pasah qui signifie sauter, Exode 12, 13 : Et je sauterai, hébreu pasaheti, par-dessus vous. De même Exode 12, 23 : Et il sautera, pasah par-dessus ou au-dessus de la porte... Exode 12, 27 : C'est le sacrifice de pesah pour YHWH, qui a sauté, pasah, par-dessus les maisons des enfants d'Israël. Puisque la transcription en caractères grecs n'est aucunement une traduction, nous n'avions aucune raison d'adopter la transcription française pâques, et nous sommes donc revenu au mot hébreu initial, qui n'est pas traduit dans notre Évangile de Jean, pas plus qu'il n'est traduit dans la traduction en langue grecque de la Bibliothèque hébraïque.

... des Judéens : il est très possible qu'ici le traducteur en langue grecque du document hébreu original distingue la date de la fête de pesah chez les Judéens, c'est-à-dire principalement les hommes de Jérusalem, de la date de la fête de pesah chez les Galiléens, ou même chez les frères et les sœurs des communautés de la Diaspora. On sait qu'avant la destruction du Temple, il existait plusieurs calendriers pour les fêtes de pesah. Nous retrouverons cette question plus loin.

Et il monta à Ierouschalaïm, Ieschoua : ici la transcription grecque hierosoluma est au singulier, et non au pluriel comme c'est le cas dans d'autres passages du quatrième Évangile.

 
2.  14 et il a trouvé dans l'enceinte du temple
des hommes qui vendaient
du troupeau de gros bétail
et du troupeau de petit bétail et des colombes
et des changeurs de monnaie qui étaient installés
 

Et il a trouvé dans l'enceinte du Temple... En grec hieron, qui désigne l'ensemble des édifices, parvis et portiques groupés dans l'enceinte générale. Le naos, au contraire, s'applique de manière exclusive à l'habitation divine ou sanctuaire proprement dit, cf. L. H. Vincent, Jérusalem de l'Ancien Testament, p. 466.

Du troupeau de gros bétail et du troupeau de petit bétail : le grec boas recouvre constamment l'hébreu baqar, le troupeau de gros bétail, taureaux, vaches, etc., et probata l'hébreu tzôn, collectif comme baqar, mais qui désigne le troupeau de petit bétail, moutons, brebis, chèvres, boucs, etc.

2.  15 et alors il a fait un fouet avec des cordes
et tous il les a chassés
hors de l'enceinte du temple
les troupeaux de petit bétail
et les troupeaux de gros bétail
et des banquiers il a répandu la monnaie
et les tables il les a renversées
 

Alors il a fait un fouet... De nouveau la construction commandée par un participe dans la traduction grecque, qui recouvre un verbe à l'indicatif en hébreu. Nous restaurons la construction hébraïque initiale.

 
2.  16 et à ceux qui vendaient des colombes il a dit
 
enlevez tout cela d'ici
ne faites pas de la maison de mon père
une maison de commerce
 
2.  17 et ils se sont souvenus ses disciples qu'il est écrit
 
parce que l'amour jaloux pour ta maison m'a dévoré
 

L'amour jaloux : grec zèlos, hébreu qineah, l'amour jaloux : Cantique des Cantiques 8, 6.

 
2.  18 et alors ils ont répondu les judéens
et ils lui ont dit
 
quel signe nous montres‑tu
pour faire des choses pareilles
 

Et ils ont répondu les Judéens et ils lui ont dit : c'est la vieille expression hébraïque wa-iiaan wa-iiômer que l'on retrouve des centaines de fois dans la Bibliothèque hébraïque avant même qu'un dialogue ne s'instaure, avant que quelqu'un ait dit quoi que ce soit. Genèse 18, 27 : Et il répondit Abraham et il dit... Genèse 24, 50 : Et il répondit Laban et Betouel, et ils dirent... Genèse 27, 37 : Et il répondit Itzehak et il dit... Josué 24, 16 : Et il répondit le peuple et il dit... Dans tous les cas les traducteurs en langue grecque ont transformé le premier verbe et il a répondu, en un participe, selon leur habitude constante.

Quel signe nous montres-tu... Les Judéens, les hommes de Jérusalem, demandent au rabbi galiléen des signes pour justifier l'autorité qu'il s'arroge en vidant l'enceinte du hieron du marché qui l'encombre. Moïse avait accompli des signes, Exode, chapitre 3 et suivants. Les théologiens de Jérusalem demandent donc des signes pour attester et pour garantir la légitimité du rabbi. 1 Corinthiens 1, 22 : Les Judéens réclament des signes...

 
2.  19 et il a répondu ieschoua et il leur a dit
 
détruisez ce temple
et en trois jours je le relève
 

Détruisez ce Temple... Ici il s'agit du naos, hébreu heikal, le Temple proprement dit, reconstruit par Hérode à partir de l'année 20-19 précédant notre ère. Le plus gros était terminé dix ans plus tard, en 9 après notre ère, mais les constructions se sont poursuivies jusqu'en 64. La révolte générale contre Rome commence en 66.

La question est de savoir ce que signifie ce propos du Seigneur. Une hypothèse possible est la suivante. Vous allez provoquer la destruction du Temple de Jérusalem. Moi je vais reconstruire un autre Temple qui n'est pas fait de main d'homme, le Temple qui est l'Église et qui est fait de pierres vivantes, les hommes et les femmes qui sont les éléments de cette construction nouvelle. L'ancien Temple, celui de Salomon et celui d'Hérode, est désormais périmé. — Il voulait parler du Temple de son propre corps. Lorsqu'on se souvient que dans les Lettres de Paul l'Eglise, la Communauté, est le Corps du Christ, et qu'elle est aussi le nouveau Temple, celui dans lequel Dieu demeure pour l'éternité, on voit que les deux interprétations ne sont pas exclusives l'une de l'autre. On sait que le Seigneur a été accusé d'avoir dit, Matthieu 26, 61 : Je peux détruire le Temple de Dieu et au bout de trois jours le reconstruire ; Marc 14, 58 : Moi je vais détruire ce Temple fait de main d'homme et au bout de trois jours j'en reconstruirai un autre qui n'est pas fait de main d'homme. Nous savons d'autre part que Stéphanos a été accusé d'avoir dit, Actes 6, 13 : Jésus le nazaréen, c'est lui qui va détruire ce lieu (le Temple) et il va changer les usages que nous a donnés Moïse.

Lorsque l'on songe au développement de la pensée chrétienne dès la première génération, en ce qui concerne le nouveau Temple, qui est l'Église de Dieu, le Corps du Christ, on peut se demander si la doctrine effectivement enseignée par le Seigneur, et qui se trouve à l'origine de ces accusations, n'est pas celle-ci : le Temple construit par Salomon, n'est pas le Temple définitif dans lequel Dieu habite. Car le Seigneur incréé qui a créé cet Univers et tout ce qui est dans l'Univers, n'habite pas dans les temples construits de main d'homme, Actes 17, 26. En réalité, c'est l'Église qui est le Temple de Dieu, 1 Corinthiens 3, 16 ; Éphésiens 2, 20. Nous sommes comme des pierres vivantes intégrées dans cette construction qui est le nouveau Temple, Première Lettre de Pierre 2, 4. Celui qui vaincra, je ferai de lui une colonne dans le Temple de mon Dieu, Apocalypse 3, 12. Dans la nouvelle Jérusalem il n'y a pas de Temple de pierre, car c'est Dieu lui-même qui est son Temple, ainsi que l'Agneau, Apocalypse 21, 22. On voit que ces différents documents constituent un ensemble cohérent autour de l'idée qu'en réalité c'est l'Église qui est désormais le Temple, et le vieux Temple de pierres, fait de main d'homme, est désormais périmé. Le nouveau Temple, c'est le Corps du Christ, qui est l'Église.

 
2.  20 et alors ils ont dit les judéens
 
voilà quarante‑six ans
que ce temple est en construction
et toi en trois jours tu le relèves
 

Voilà quarante-six ans que ce Temple est en construction... Puisque la construction du Temple a commencé en l'année 20-19 avant notre ère, la parole prononcée ici par les Judéens, c'est-à-dire les habitants de Jérusalem, se situe donc à peu près en l'an 27 de notre ère.

 
2.  21 mais lui il parlait du temple de son corps
 
2.  22 lorsque donc il s'est relevé d'entre les morts
ils se sont souvenus ses disciples
qu'il avait dit cela
et ils ont été certains de la vérité de l'écriture
et de la parole qu'il avait dite ieschoua
 
2.  23 et alors qu'il était à ierouschalaïm
à la fête de pesah
nombreux furent ceux qui ont été certains
de la vérité [qui est] en son nom
parce qu'ils voyaient les signes qu'il faisait
 

A Ierouschalaïm : ici l'hébreu Ierouschalaïm, qui est, nous l'avons noté, une forme au pluriel, est rendu en grec, ou transcrit, par le pluriel en tois hierosolumois, littéralement : dans les Jérusalem !

Qui ont été certains de la vérité qui est en son nom : être certain de la vérité qui est dans le nom de quelqu'un, hébreu be-schem, c'est être certain de la vérité de l'être désigné par ce nom. Parce qu'ils ont vu des signes, alors ils ont été certains que c'est vrai, et que le rabbi est véritablement prophète envoyé par Dieu.

 
2.  24 mais lui ieschoua il n'était pas certain
de la vérité qui est en eux
parce que lui il les connaissait tous
 
2.  25 et parce qu'il n'avait pas besoin
que quelqu'un vienne
lui porter une attestation
au sujet de l'homme
car lui il savait ce qu'il y a dans l'homme
 
 
 
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21