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Evangile de Jean - Traduction et Notes - Claude Tresmontant - Chapitre 19

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19.  1 alors il a fait prendre pilatus
ieschoua
et il l'a fait battre avec des fouets
 
19.  2 et les soldats ont tressé une couronne
avec des chardons
et ils l'ont posée sur sa tête
et un manteau de pourpre ils ont jeté sur lui
 
19.  3 et ils se sont approchés de lui et ils ont dit
 
salut à toi le roi des judéens
 
et ils lui ont donné des gifles
 

Salut à toi le roi des Judéens : schalôm leka hamelek ha-iehoudim.

 
19.  4 et il est sorti de nouveau dehors pilatus
et il leur a dit
 
voici que je vous l'amène dehors
pour que vous sachiez bien
qu'aucune cause [de condamnation]
je n'ai trouvée en lui
 
19.  5 et alors il est sorti dehors ieschoua
il portait la couronne d'épines
et le manteau de pourpre
 
et il leur a dit [pilatus]
 
voici l'homme
 

Et il leur a dit... Il n'est pas absolument certain que le sujet de la proposition, ce soit Pilate. Il n'est pas absolument exclu que ce soit le Seigneur lui-même.

 
19.  6 lorsqu'ils l'ont vu
les prêtres et les serviteurs [du temple]
ils se sont mis à crier et ils ont dit
 
pends-le [sur une croix]
pends-le [sur une croix]
 
alors il leur a dit pilatus
 
prenez-le vous-mêmes
et pendez-le [sur une croix]
parce que moi je n'ai pas trouvé dans cet homme
une cause [de condamnation]
 
19.  7 alors ils lui ont répondu les judéens
 
il est à nous une loi
et aux termes de cette loi il doit mourir
parce que fils de dieu lui-même il s'est fait
 
19.  8 lorsqu'il a entendu pilatus cette parole-là
encore davantage il a eu peur
 
19.  9 et il est entré dans le prétoire de nouveau
et il a dit à ieschoua
 
d'où es-tu toi
 
mais ieschoua ne lui a pas donné de réponse
 

D'où es-tu toi ? Hébreu possible : me-ain attah ou ei mi-zeh attah. Le sens n'est pas seulement : d'où viens-tu, géographiquement parlant ? De quel pays ? Mais sans doute plus profondément : quelle est ton origine ? Quelle est ta filiation réelle ?

 
19.  10 alors il lui a dit pilatus
 
à moi tu ne parles pas
tu ne sais pas qu'à moi
appartient la puissance de te relâcher
et la puissance de te faire pendre [sur la croix]
 
19.  11 alors il lui a répondu ieschoua
 
tu n'aurais aucun pouvoir contre moi
s'il ne t'avait pas été donné d'en haut
et c'est pourquoi celui qui m'a livré à toi
son crime est plus grand
 
19.  12 à partir de ce moment-là
pilatus cherchait à le faire relâcher
mais les judéens se sont mis à crier et ils ont dit
 
si celui-ci tu le relâches
alors tu n'es pas l'ami de caesar
car tout homme qui se fait roi lui-même
est en révolte contre caesar
 
19.  13 lorsqu'il a entendu pilatus ces paroles-là
alors il a fait sortir ieschoua dehors
et il s'est assis sur une tribune
au lieu qui est appelé dallage de pierres
et en hébreu gabbatha
 

Alors il a fait sortir Ieschoua dehors... C'est de nouveau l'expression hébraïque classique, qui pour nous Français est pléonastique.

Au lieu qui est appelé dallage de pierres... eis topon legomenon lithostrôton. Lettre d'Aristée à Philocrate, 88 : La Maison (la Maison de Dieu, le Temple) regarde vers l'Orient (sa face est tournée vers l'Orient), son arrière vers le couchant. Tout le sol est pavé de pierres, to de pan edaphos lithostrôton... Cette cour pavée de dalles (L. H. Vincent, Jérusalem de l'Ancien Testament, 217). appelée en grec lithostrôtos, était appelée d'autre part, et par d'autres, gabbatha. Gabbatha n'est pas une traduction de lithostrôton. Il est possible que ce mot hébreu gabbatha se rattache au verbe hébreu gabah, être haut, être élevé, Ezéchiel 40, 2 : une montagne très élevée, el-har gabôah meôd.

 
19.  14 c'était la préparation de pesah
et quant à l'heure
c'était à peu près la sixième
 
et alors il a dit aux judéens
 
le voici votre roi
 

C'était la préparation de pesah... De nouveau notre Évangile souligne le fait que du point de vue du calendrier liturgique du Temple, la fête de pesah allait avoir lieu le soir. Elle n'avait donc pas eu lieu la veille au soir. Le rabbi et ses disciples avaient donc fêté pesah selon un autre calendrier que celui du Temple.

La sixième heure : la première heure était fixée au lever du jour.

 
19.  15 alors ils se sont mis à crier ceux-là
 
enlève-le enlève-le
fais-le pendre [sur une croix]
 
alors il leur a dit pilatus
 
votre roi
est-ce que je vais le faire pendre [sur une croix]
 
et ils ont répondu les prêtres
 
il n'est pas à nous de roi si ce n'est caesar
 

Nous n'avons pas de roi... Traduction littérale d'après l'hébreu : il n'y a pas, il n'est pas de roi à nous, si ce n'est César...

 
19.  16 alors il le leur a livré
afin qu'il soit pendu à une croix
 
alors ils ont pris ieschoua
 
19.  17 et il s'est chargé de la croix
et il est sorti jusqu'au lieu qui est appelé
le lieu du crâne
ce qui se dit en hébreu galgalta
 

Galgalta, vocalisation des massorètes goulgôlet, le crâne, la tête.

 
19.  18 c'est là qu'ils l'ont pendu à la croix
et avec lui deux autres
l'un de ce côté-ci et l'autre de ce côté-là
et au milieu ieschoua
 

L'un de ce côté-ci... Grec enteuthen kai enteuthen, hébreu mi-zeh... mi-zeh. Exode 17, 12 : Et les mains de Môscheh étaient alourdies, et alors ils ont pris une pierre et ils l'ont posée sous lui. Il s'est assis sur la pierre, et Aharôn et Hour tenaient fermes ses mains, de ce côté-ci, l'un, et de ce côté-ci, l'autre, et elles furent, ses mains, certitude, jusqu'à ce qu'il se couche, le soleil... Hébreu mi-zeh ehad wou-mi-zeh ehad, grec enteuthen heis kai enteuthen heis.

 
19.  19 et il a fait écrire une inscription pilatus
et il l'a fait placer sur la croix
et il y avait écrit
 
ieschoua ha-nôtzeri
le roi des judéens
 

Et il a fait écrire,,. Comme précédemment nous restaurons la forme hiphil de l'hébreu : il a fait écrire, et non : il a écrit. De même, 19, 1 : Il a fait prendre... Et non : il a pris. Il a fait battre à coups de fouets... Et non : Il a battu à coups de fouets... etc.

Ieschoua ha nôtzeri... L'inscription en hébreu : ieschoua ha-nôt-zeri melek ha-iehoudim. En grec nous avons le texte sous les yeux : ièsous ho nazôraios ho basileus ton ioudaiôn. En latin : iesus nazarenus rex iudaeorum. La question qui reste ouverte est de savoir ce que signifie ha-nôtzeri (ou ha-nazir...) transcrit en grec par ho nazôraios. Luc 23, 38 : Et il y avait une inscription sur lui : le roi des Judéens celui-ci. Variantes nombreuses dans les manuscrits : Une inscription écrite sur lui avec des lettres grecques et romaines et hébraïques. Jean lit de droite à gauche, Luc de gauche à droite.

 
19.  20 cette inscription
nombreux sont ceux qui l'ont lue parmi les judéens
parce qu'il était proche l'endroit de la ville
là où il avait été pendu à la croix ieschoua
et c'était écrit en hébreu en romain et en grec
 

Parce qu'il était proche, l'endroit de la ville, là où... Nous suivons la construction du texte grec qui suit la construction de l'hébreu sous-jacent, ha-maqôm ascher... Le lieu que, le lieu où...

 
19.  21 alors ils lui ont dit à pilatus
les prêtres des judéens
 
ne fais pas écrire
 
le roi des judéens
 
mais que celui-ci il a dit
 
moi je suis le roi des judéens
 

Mais que celui-ci il a dit : Moi je suis le roi des Judéens. Si Pilate avait consenti à modifier son inscription en ce sens, il mettait sur la tête du rabbi galiléen pendu à la croix une condamnation décisive aux yeux de l'Empire romain, puisque selon cette seconde formulation, le rabbi se serait présenté comme un roi de la Judée au sens politique de ce terme, ce qui aurait fait de lui un révolté politique et militaire, à rencontre de l'autorité de César. C'est précisément cette équivoque que les adversaires du rabbi galiléen veulent entretenir, pour justifier l'exécution du prophète. Or, nous l'avons lu, le rabbi a dissipé cette équivoque dans son entretien avec le gouverneur romain, qui a fort bien compris, semble-t-il, que ce suspect qu'on lui amène n'est pas un meneur au sens politique du terme, et que ses ambitions ne sont pas non plus politiques. Par conséquent la royauté de cet homme qu'on lui amène enchaîné, n'est pas, n'entre pas en conflit avec l'Empire romain, puisqu'elle n'est pas du même ordre. Elle n'est pas sur le même plan. Pilate refuse donc de modifier son inscription dans un sens dont il sait qu'il ne correspond pas à la réalité.

 
19.  22 et il a répondu pilatus
ce que j'ai écrit
je l'ai écrit
 
19.  23 et les soldats
lorsqu'ils ont pendu ieschoua sur la croix
ils ont pris ses vêtements
et ils en ont fait quatre parts
pour chaque soldat une part
et puis aussi la tunique
 
elle était la tunique sans couture
depuis le haut d'un seul tissage tout entière
 

Elle était, la tunique, sans couture... Le grec chitôn ici employé correspond régulièrement à l'hébreu koutônet, qui est vraisemblablement issu du même mot qui a donné chitôn en grec. Il s'agit en hébreu d'une tunique de lin que l'on portait sur la peau. Genèse 3, 21 : tunique de peau, de cuir ; Genèse 37, 3 et sq. Exode 28, 4 et sq. : la tunique de Aharôn. Exode 28, 39 : la tunique de lin du grand prêtre ; 28, 40 : les tuniques pour les fils d'Aharôn. Exode 29, 8 : les fils d'Aharôn sont revêtus de tuniques. Exode 39, 27 : Ils ont fait des tuniques de lin, œuvre de tisserand, pour Aharôn et pour ses fils... Exode 40, 14 ; Lévitique 8, 13 ; 8, 7 ; 10, 5 ; 16, 4 ; etc. Les habits des prêtres doivent être tissés tout entier d'une seule pièce. Ils ne doivent pas être cousus à partir de plusieurs pièces. Exode 28, 32 : Et tu feras le pardessus (et-meïl)... Et il y aura une bouche (un trou) de sa tête (pour sa tête ?) au milieu de ce pardessus. Une lèvre (un rebord) sera à sa bouche (au trou du manteau) tout autour, travail de tisserand (et non pas de la couture), — comme la bouche (comme le trou) d'une cuirasse ce sera, pour lui (pour le pardessus). Il ne pourra pas se déchirer. D'après les rabbins, les habits dont il est parlé, Exode 31, 10, les vêtements de sainteté d'Aharôn le prêtre et les vêtements de ses fils sont des vêtements tissés tout d'une pièce, et sans couture. Billerbeck, Kommentar zum Neuen Testament aus Talmud und Midrasch, 11, 573. Flavius Josèphe dit la même chose, Antiquités judaïques, III, 7 : La tunique, chitôn, n'était pas faite de deux pièces cousues sur les épaules et le long des flancs, mais c'était une seule pièce très longue tissée... Marc 14, 63 : Le grand prêtre a déchiré ses tuniques, tous chitônas autou... Il est très possible, il est même vraisemblable, que l'auteur du quatrième Évangile a considéré le rabbi galiléen Ieschoua ha-nôtzeri comme le prêtre du temple nouveau, de la nouvelle Jérusalem, de la nouvelle création. C'était la pensée de l'auteur de l'Épître aux Hébreux, qui cite le psaume 110 : Il l'a juré, YHWH, et il ne s'en repentira pas : toi [tu es] kôhen, grec hiereus, pour la durée éternelle à venir, hébreu le-ôlam, grec eis ton aiôna, selon l'ordre de (?) malki-tzedek, mon roi de justice... Épître aux Hébreux 5, 6. Épître aux Hébreux, 7, 1 et sq. 8, 4 : Nous avons un tel prêtre, qui s'est assis à la droite du trône de la grandeur (de Dieu) dans les cieux... 9, 11 : Mais le Christ [...] grand prêtre [...] ce n'est pas avec le sang des boucs ni des taureaux, mais avec son propre sang, qu'il est entré, d'un seul coup, en une seule fois, dans la demeure de sainteté. Il a obtenu une rédemption éternelle. Car si le sang des boucs et des taureaux [...] sanctifie ceux qui sont souillés..., combien plus le sang du Christ, lui qui s'est présenté lui-même (victime) sans tache, à Dieu... 10, 11 : Tout prêtre se tient chaque jour pour faire le service du culte et il apporte un grand nombre de fois les mêmes victimes... Lui, il a présenté pour les péchés une seule victime... Il s'est assis à la droite de Dieu... 10,19 : Nous avons, frères [...] un grand prêtre...

 
19.  24 alors ils se sont dit
chacun à son compagnon
 
ne la déchirons pas
mais jetons les dés pour savoir à qui elle sera
 
et cela c'est pour qu'elle soit accomplie
l'écriture qui dit
 
ils se sont fait des parts avec mes vêtements
pour eux
et sur mon vêtement ils ont jeté le dé
 
ce sont les soldats qui ont fait cela
 

Pour qu'elle soit accomplie l'Écriture... Comme précédemment : pour qu'elle soit remplie... Citation du psaume 22, 19. C'est le psaume que le Seigneur a dit sur la croix, Matthieu 27, 46 ; Marc 15, 34.

 
19.  25 et elles se tenaient debout
près de la croix de ieschoua
sa mère et la sœur de sa mère
maria la [femme] de klôpha et maria de magdala
 
19.  26 et il a vu ieschoua sa mère
et le disciple qui se tenait là debout
à côté de lui
celui qu'il aimait
et il a dit à sa mère
 
femme voici ton fils
 

Et le disciple qui se tenait là debout à côté de lui, celui qu'il aimait... On peut fort bien supposer que cette dernière notation — celui qu'il aimait — est due au traducteur grec du document hébreu. La maison est sans doute celle dans laquelle le Seigneur avait voulu manger la dernière pâque.

 
19.  27 et ensuite il a dit au disciple
 
voici ta mère
 
et à partir de ce moment-là
il l'a prise le disciple dans sa maison
 
19.  28 et après cela il a connu ieschoua
que désormais tout est achevé
et pour qu'elle soit accomplie l'écriture il a dit
j'ai soif
 

Et après cela, il a connu Ieschoua que désormais tout est achevé. Pour qu'elle soit accomplie l'Écriture, il a dit... On peut aussi construire : Il a connu que désormais tout est achevé, de ce qui est requis pour qu'elle soit accomplie, l'Écriture... Sous le hina grec, il pourrait y avoir de nouveau le ascher hébreu. Peut-être allusion au psaume 69 : Sauve-moi, Dieu, car elles sont venues, les eaux, jusqu'à la gorge, jusqu'à l'âme, ad-naphesch. Je m'enfonce dans la boue du gouffre et il n'y a rien qui tienne (pour me raccrocher). Je suis entré dans les profondeurs des eaux et le flot me submerge... Ils sont nombreux, plus que les cheveux de ma tête, ceux qui me haïssent sans raison valable... Et moi, ma prière [est] pour toi, YHWH... Délivre-moi de la boue et que je ne m'y enfonce pas... Réponds-moi YHWH car elle est bonne, ta grâce. Selon la multitude de tes compassions, tourne ta face vers moi. Et ne cache pas ta face loin de ton serviteur. Car l'angoisse est sur moi. Hâte-toi de me répondre. Approche-toi de mon âme. Rachète-la. A cause de mes ennemis, délivre-moi... Et pour ma soif, ils m'ont donné à boire du vinaigre...

 
19.  29 il y avait là par terre un récipient plein de vinaigre
alors une éponge pleine de vinaigre
ils l'ont attachée autour d'une tige d'hysope
et ils l'ont approchée de sa bouche
 
19.  30 lorsqu'il a pris le vinaigre ieschoua
alors il a dit
 
c'est achevé
 
et il a penché la tête et il a rendu l'esprit
 
19.  31 quant aux judéens
parce que c'était la préparation [de la fête de pesah]
et pour qu'ils ne restent pas sur la croix les corps
pendant le schabbat
car il était grand le jour de ce schabbat
ils ont demandé à pilatus
que [les soldats] brisent les jambes [des condamnés]
et qu'ils les enlèvent
 

Les Judéens : les habitants de Jérusalem qui avaient compétence et autorité pour demander cela à Pilate, le procurateur romain.

Puisque c'était la préparation : nous avons ajouté entre crochets : de la fête de pesah, pour que le lecteur de langue française, qui n'appartient pas de naissance au judaïsme, comprenne de quoi il s'agit. Un lecteur issu du paganisme, au iie siècle de notre ère, ou à la fin du premier, ne pouvait pas non plus comprendre de quoi il s'agit. Le traducteur en langue grecque du document hébreu ne prend pas la peine d'expliquer quelle est cette préparation, ni préparation de quoi, parce qu'à ses yeux c'est évident, et c'était aussi évident pour les lecteurs à qui sa traduction était tout d'abord destinée, à savoir les frères et les sœurs des synagogues du pourtour de la Méditerranée.

Afin qu'ils ne restent pas sur la croix, les corps, dans le schabbat... Deuteronome 21, 22 : Que s'il y a chez quelqu'un un crime qui le condamne à mort, il sera mis à mort et tu le pendras sur un arbre. Il ne passera pas la nuit, son cadavre, sur l'arbre, car, pour ce qui est de le mettre au tombeau, tu le mettras au tombeau ce jour même. Car malédiction de Dieu, le pendu ! Et tu ne souilleras ta terre que YHWH ton Dieu te donne en héritage. Galates 3, 13. Dans le schabbat : le traducteur en langue grecque n'a pas pris la peine de traduire l'hébreu schabbat, il l'a simplement transcrit en caractères grecs. Ses lecteurs, ceux à qui il destinait sa traduction, savaient de quoi il s'agissait.

Car il était grand le jour de ce schabbat... Ce schabbat était en même temps le premier jour de la fête de pesah, cette année-là. Là encore notre texte grec s'adresse à des lecteurs qui savent et comprennent de quoi il s'agit, ce qui n'est pas le cas des païens de la fin du ier siècle de notre ère, ni de ceux du début du iie siècle, si l'on se place par hypothèse dans l'antique doctrine selon laquelle le quatrième Évangile serait tardif.

Qu'ils brisent les jambes : le sujet sous-entendu, c'est, bien entendu, les soldats.

 
19.  32 ils sont donc venus les soldats
et du premier ils ont cassé les jambes
et puis de l'autre
qui avait été pendu à la croix avec lui
 
19.  33 et puis ils sont venus à ieschoua
et ils ont vu qu'il était déjà mort
alors ils ne lui ont pas cassé les jambes
 
19.  34 mais l'un des soldats
avec sa lance
lui a percé le côté
et voici qu'il est sorti de l'eau et du sang
 

Et voici qu'il est sorti de l'eau et du sang... Grec euthus, hébreu we-hinneh.

 
19.  35 et c'est celui qui a vu
c'est lui qui atteste que cela est vrai
et elle est vraie son attestation
et lui il sait qu'il dit la vérité
afin que vous aussi vous soyez certains de la vérité
 

Et c'est celui qui a vu, c'est lui qui a attesté... Et elle est vraie son attestation, hébreu émet ou neemanah, et lui il sait qu'il dit la vérité, hébreu émet, afin que vous aussi vous soyez certains de la vérité, ou : que cela est vrai, hébreu taaminou. C'est seulement dans le texte hébreu reconstitué que l'on aperçoit que les différents termes, vraie, vérité, être certain de la vérité de..., dérivent de la même racine aman, être certain de la vérité de... Dans la traduction grecque, cette communauté de la racine, qui dans la logique hébraïque est un argument, puisqu'elle atteste une communauté de significations, n'apparaît pas. On ne voit pas la relation en grec, entre le verbe pisteuein, qui traduit l'hébreu he-emin, et l'adjectif alèthinè, qui traduit le plus souvent l'hébreu émet. C'est une preuve de plus, la millième, que notre texte grec de Jean est une traduction faite à partir d'un document hébreu antérieur.

 
19.  36 car tout cela est arrivé
afin qu'elle soit accomplie l'écriture
 
aucun de ses os ne sera brisé
 

Car tout cela est arrivé, afin qu'elle soit accomplie l'Écriture... Hébreu : afin qu'elle soit remplie... Psaume 34, 19 : Il est proche, YHWH, de ceux dont le cœur est brisé... Nombreux sont les maux du juste, mais de tous il les délivre, YHWH. Il garde tous ses os, un seul d'entre eux ne sera pas brisé (aucun d'entre eux ne sera brisé). Exode 12, 43 : Voici l'ordonnance de pesah... Dans une maison unique il sera mangé. Tu ne feras pas sortir de la maison (un morceau pris) de la chair, dehors. Et aucun os vous ne briserez, en lui (dans l'agneau) Nombres 9, 12 : Ils n'en laisseront pas jusqu'au matin, et aucun os ils ne briseront en lui...

 
19.  37 et puis une autre écriture dit aussi
 
et ils regarderont vers moi
celui qu'ils ont transpercé
 

Et puis une autre écriture dit aussi... C'est l'expression rabbinique classique : we-katôb aher ômar, Billerbeck, II, 583. Zacharie 12,10 : Et je répandrai, et je verserai sur la maison de David et sur l'habitant de Ierouschalaïm un esprit de grâce et de supplications, et ils regarderont vers moi, celui qu'ils ont transpercé. Ils feront sur lui une lamentation, comme sur un fils unique et chéri, hébreu ha-iahid, et ils pleureront amèrement sur lui comme on pleure amèrement sur le premier-né... Difficultés textuelles. Certains critiques lisent : Et ils regarderont vers moi. Quant à celui qu'ils ont transpercé... Le traducteur de notre Évangile de Jean a lu : Ils regarderont vers celui qu'ils ont transpercé. Ces commentaires scripturaires, ces comparaisons entre ce qui est arrivé, et ce que disait l'Écriture sainte, sont-ils le fait du rédacteur hébreu de notre document primitif ? Ou sont-ils l'œuvre du traducteur en langue grecque ? Nous ne le savons pas. Même phénomène dans l'Évangile de Matthieu, contemporain de celui de Jean. Notre texte grec de Matthieu propose constamment des justifications, des comparaisons entre l'événement et la prophétie, qui constituent à ses yeux une démonstration. Sont-elles du traducteur en langue grecque ? Appartiennent-elles au document hébreu primitif ? C'est ce que nous ne pouvons pas dire pour l'instant, tant que nous n'avons pas retrouvé le texte hébreu qu'Épiphane de Salamine et saint Jérôme ont pu encore lire et même traduire. Notons encore que notre traducteur en langue grecque de Jean n'a pas emprunté ici la traduction dite des Septante de Zacharie 12, 10. Il avait un texte hébreu sous les yeux et il a fait sa propre traduction.

 
19.  38 et après cela il a demandé à pilatus
iôseph qui venait de la ville de ramathaïm
c'était un disciple de ieschoua en secret
à cause de la peur des judéens
[il lui a demandé] d'enlever le corps de ieschoua
 
et il l'a accordé pilatus
 
et alors il est venu et il a enlevé son corps
 

Et après cela... Toujours l'expression hébraïque habituelle : wa-iehi aharei-ken... Iôseph qui venait de la. ville de Ramathaïm... Ramathaïm, patrie de Samuel, 1 Samuel 1,1 ; 1, 9 ; 2, 11 ; 7, 17 ; etc. Hébreu ha-ramatha, transcription grecque des Septante : ramathaïm. Hébreu ramath, 1 Samuel 19, 19 ; 20, 1. Nous voyons ainsi, par cette expression, iôseph ho apo arimathaias, comment l'on disait : un homme issu de telle ou telle ville. Pour dire : de Nazareth, on dit : apo nazareth tes galilaias, Matthieu 21, 11. Jean 1, 44 : Philippos apo bèthsaïda... Jean 1, 45 : lèsoun huion tou iôseph ton apo nazareth... Jean 11, 1 : Lazaros apo bèthanias... Actes 10, 38 : lèsoun ton apo nazareth... Le grec apo traduit l'hébreu min...

La peur des Judéens : c'est bien entendu Joseph qui a peur des Judéens.

 
19.  39 il est venu aussi naqdimôn
celui qui était venu le voir de nuit
au commencement
et il a porté un mélange de myrrhe et d'aloès
d'environ cent livres
 

Au commencement : c'est ce qui est raconté au commencement de l'Évangile, Jean 3.

D'environ cent livres. Le mot grec litra ici utilisé désigne une mesure de poids, et une monnaie. La question est donc de savoir si Naqdimôn a apporté cent livres anciennes, environ 32 kg, de ce mélange de myrrhe et d'aloès. Ou bien s'il a apporté un mélange de myrrhe et d'aloès d'un prix de cent livres de monnaie ancienne, de l'époque...

 
19.  40 ils ont pris le corps de ieschoua
et ils l'ont serré dans une tunique de lin
avec les baumes
comme c'est la coutume chez les judéens
lorsqu'ils mettent les morts dans le tombeau
 

Et ils l'ont serré dans une tunique de lin... grec othonia, qui traduit l'hébreu sadin, la tunique de lin. Juges, 14, 12 : Alors il leur a dit, Schimeschôn : Je vais vous proposer une énigme, hébreu hidah, grec problèma. Si l'expliquer vous l'expliquez, (si vous me donnez la solution de l'énigme), durant les sept jours du festin, et si vous la trouvez (la solution de l'énigme), alors je vous donnerai trente tuniques de lin, hébreu sedinim, et trente habits de rechange. Mais si vous n'êtes pas capables de me dire (la solution de l'énigme), alors c'est vous qui me donnerez à moi trente tuniques de lin, sedinim, et trente habits de rechange. Du livre des Juges, il nous reste deux traductions principales, appelées A et B par les éditeurs modernes. Lorsqu'il existe deux traductions grecques d'un texte hébreu, on peut relever les équivalences, en grec, entre deux termes qui traduisent le même mot hébreu. C'est le cas ici. La version A traduit : Je vous donnerai trente tuniques de lin, sindonas, pluriel de sindôn, et trente robes, stolas. Mais si vous ne pouvez pas m'annoncer (la solution de l'énigme), alors c'est vous qui me donnerez trente tuniques de lin, sindonas, et trente robes, stolas himatiôn. La traduction B donne : Je vous donnerai trente tuniques de lin, sindonas, et trente robes, stolas himatiôn. Mais si vous ne pouvez pas m'annoncer (la solution de l'énigme), c'est vous qui me donnerez trente othonia et trente robes de rechange... Othonia et sindonas sont deux traductions du même mot hébreu sedinim, pluriel de sadin. Le mot grec othonia, qui est un pluriel neutre, peut traduire aussi le mot hébreu peschet, qui signifie : le lin, la toile de lin. Osée, 2, 7 : Puisqu'elle s'est prostituée, leur mère... Elle a dit : Je vais aller derrière ceux qui m'aiment. Ils me donnent mon pain et mon eau, ma laine et mon lin, hébreu pischeti, grec ta othonia mou... Osée 2,11 : C'est pourquoi je vais revenir et je vais reprendre mon blé en son temps et mon vin... Je vais arracher ma laine et mon lin, hébreu pischeti, grec ta othonia mou. Le mot hébreu peschet, le lin, se lit Deutéronome 22, 11 : de la laine et du lin, mais ici il est traduit en grec par linon. Le mot grec sindôn traduit toujours l'hébreu sadin, mais, nous venons de le voir, le mot hébreu sadin peut être traduit et il a été traduit de fait par sindôn et par othonion. Le traducteur en langue grecque de l'Évangile de Matthieu a traduit le mot hébreu qu'il avait sous les yeux par le grec sindôn. Matthieu 27, 59 : Il a pris le corps de Ieschoua et il l'a enveloppé dans un sindôn qui était pur, grec katharos, qui désigne ici sans doute la pureté rituelle, et non la propreté, qui va de soi, et il l'a déposé dans son tombeau qui était neuf, qu'il avait fait creuser dans le rocher, et il a roulé une grande pierre devant la porte du tombeau. Et puis il est parti. Il y avait là Maria de Magdala et l'autre Maria. Elles étaient assises en face du tombeau. Luc 23, 53 : Il l'a enveloppé dans un sindôn et il l'a déposé dans un tombeau creusé dans le roc où jamais personne n'avait été déposé... Marc 15, 46 : Il a acheté un sindôn, il l'a descendu [de la croix], et il l'a enveloppé dans le sindôn et il l'a déposé dans un tombeau qui était creusé du rocher, et il a roulé une pierre sur la porte du tombeau. Marc 14, 51 : Et un certain jeune homme le suivait. Il était revêtu d'une simple tunique de lin, grec sindona, sur la peau, grec epi gumnou, littéralement : sur sa nudité. Alors ils l'ont attrapé, ils se sont saisis de lui. Et lui il a abandonné son sindôn et il s'est enfui tout nu...

Il est donc très probable que les deux mots grecs sindôn et othonia recouvrent le même mot hébreu sadin, la tunique de lin. Il faut se souvenir ici que les vêtements de sainteté de Aharôn doivent être en lin, Exode 28, 5 ; 28, 39 ; 39, 27 ; 39, 28 ; Lévitique 13, 47 ; Lévitique 16, 4 : Il revêtira la tunique de lin de sainteté ; 16, 23 ; 16, 32 ; Ezéchiel 9, 2 ; 9, 3 ; 9, 11 ; 16, 10 ; 40, 3. Ezéchiel 44, 15 : Les kôhanim, grec hoi hiereis, les Lévites, fils de Tzadoq... lorsqu'ils viendront aux portes de la cour intérieure, ce sont des vêtements de lin qu'ils revêtiront, et elle ne montera pas sur eux la laine, lorsqu'ils feront le service dans les portes de la cour intérieure et de la Maison. Des turbans de lin seront sur leurs têtes et des pagnes de lin sur leurs reins... Daniel 10, 5 : J'ai levé mes yeux et j'ai regardé et voici un homme vêtu de lin... Daniel 12, 6 ; 12, 7. Il nous reste donc à nous demander, à nous les goïm qui lisons les textes de Jean, de Matthieu, de Luc et de Marc, si c'est au hasard ou sans raison que Joseph et Nikodème ont enveloppé le Seigneur dans une tunique de lin qui était rituellement pure, ou bien s'ils avaient une raison. D'après Hegesippe, cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, 23, Iaaqôb, le frère du Seigneur, a gouverné l'Église (de Jérusalem) après les Envoyés, meta ton apostolôn. Lui il avait été consacré depuis le ventre de sa mère. Il ne buvait ni vin ni boisson enivrante ; il ne mangeait rien d'animé ; le rasoir n'est pas monté sur sa tête... Il ne portait pas de laine, mais sindonas, des habits de lin... Notons enfin qu'il est question des othonia dans la soi-disant Lettre d'Aristée à Philocrate, 320 : Il a envoyé à Eléazar... dix robes (pour hommes !)... et cent pièces de tissu de lin, kai bussinôn othoniôn histous hekaton.

La conjecture que nous proposons, sadin sous le grec othonia, avait déjà été adoptée par William Greenfield dans sa traduction en hébreu de l'Évangile de Jean, en 1831. Nouvelle édition par Jean Carmignac, 1982, Brépols. Ce qui donne en hébreu : be-sadin im besamim.

Avec les baumes... Grec meta ton arômatôn. Le pluriel neutre grec ta arômata est la traduction de l'hébreu besamim. Bôsem, besem, basam, pluriel besamim, le baumier, la résine ou l'essence extraite du baumier, le baume, grec balsamon. 2 Rois 20, 13 : En ce temps-là, il envoya, Berodak Baleadan, fils de Baleadan roi de Babel, des lettres et un cadeau à Ezéchias car il avait appris qu'il était malade, Ezéchias. .. Et il leur fit voir toute la maison des réserves, l'argent, l'or et les baumes, we-et ha-besamim, grec ta arômata, et l'huile, la bonne... Isaïe 39, 2 rapporte le même fait. Lui aussi il dit qu'Ezéchias a montré aux envoyés du roi de Babel sa maison aux réserves, son argent, son or et ses baumes, we-et ha-besamim. Mais le traducteur en langue grecque d'Isaïe a traduit : kai ton thumiamatôn kai tou murou. 1 Chroniques 9, 29 : Parmi eux (parmi ces Lévites) il y avait ceux qui étaient préposés aux vases, à tous les objets du culte sacré, à la fleur de farine, au vin, à l'huile, à l'encens et aux baumes, hébreu ha-besamim, grec ta arômata. 1 Chroniques 9, 30 : Et parmi les fils des prêtres se trouvaient ceux qui composaient les parfums pour les baumes, la-besamim, grec eis ta arômata. 2 Chroniques 9, 1 : Et la reine de Scheba a entendu la réputation de Salomon et elle est venue pour éprouver Salomon par des énigmes à Jérusalem, avec une armée somptueuse au plus haut point et puis des chameaux qui portaient des baumes, gemalim nôseïm besamin, grec arômata, et l'or en quantité et de la pierre précieuse... 2 Chroniques 9, 9 : Et elle a donné au roi cent vingt talents d'or et des baumes, besamim, grec arômata en quantité et de la pierre précieuse et il n'y a pas eu comme [il y a eu] de ce baume, ka-bôsem ha-hou, grec kata ta arômata ekeina, qu'elle a donné, la reine de Scheba, au roi Salomon... 2 Chroniques 16, 14 : Et il se coucha, Asa, avec ses pères et il mourut... Et ils le mirent au tombeau dans le tombeau qu'il avait creusé pour lui-même dans la cité de David et ils le couchèrent sur la couche qui avait été remplie de baumes, hébreu ascher mille besamim, grec arômatôn, et de sortes de parfums... et ils ont fait brûler pour lui une fumigation grande jusqu'à un point extrême... Esther 2, 12 : Car ainsi étaient remplis les jours durant lesquels elles étaient parfumées : six mois dans de l'huile de myrrhe be-schemen ha-môr, et six mois dans des baumes, ba-besamim, grec en fois arômasin.

 
19.  41 et il y avait dans le lieu où il a été pendu à une croix
un jardin
et dans le jardin il y avait un tombeau neuf
dans lequel jamais personne n'avait été déposé
 
19.  42 c'est là
à cause de la préparation [de la fête de pesah]
des judéens
parce qu'il était tout proche le tombeau
qu'ils ont déposé ieschoua
 
 
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