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Evangile de Jean - Traduction et Notes - Claude Tresmontant - Chapitre 15

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15.  1 c'est moi qui suis la vigne
la véritable
et mon père
c'est lui le paysan qui cultive [sa vigne]
 

C'est moi la vigne... Hébreu anôki ha-gephen ou : ha-kerem, sans le verbe être inutile. L'adjectif grec alèthinos traduit régulièrement le substantif hébreu émet, la vérité, Exode 34, 6 ; 2 Samuel 7, 28 ; 1 Rois 10, 6 ; etc. Le thème de la vigne est très ancien dans la tradition hébraïque. Isaïe (viiie siècle avant notre ère) 5,1 : Je vais donc chanter pour mon chéri le chant de mon chéri pour sa vigne, hébreu kerem, grec ampelôn. Une vigne, kerem, grec ampelôn, était à mon chéri... L'hébreu n'a pas le verbe avoirIl a bâti une tour au milieu d'elle... Il espérait qu'elle allait faire des grappes de bon raisin. Mais elle a produit de la pourriture infecte... Et maintenant, vous les habitants de Jérusalem, et vous l'homme de Juda (le Judéen !), soyez donc juges entre moi et ma vigne ! Qu'est-ce qu'il y avait à faire encore et de plus pour ma vigne, que je n'aie pas fait pour elle ? Pourquoi donc ai-je espéré qu'elle allait faire des grappes de bons raisins, alors qu’en réalité elle a fait de la pourriture infecte ? Et maintenant, je vais vous faire connaître ce que je vais faire à ma vigne ! Je vais arracher la haie et elle sera bonne à mettre au feu ! Je vais faire une brèche dans sa clôture et elle sera bonne à être piétinée ! J'en ferai une ruine... Car la vigne de YHWH des armées c'est la maison d'Israël ! Et l'homme de Juda, c'est lui le plant exquis ! Il attendait après la justice et voici la clameur ! Après le droit, et voici le cri (des innocents massacrés) ! Malheur à ceux qui ajoutent maison à maison, qui accumulent champ sur champ jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de place... Isaïe 27, 2 : En ce jour-là, la vigne de délice... C'est moi YHWH qui la garde (le verbe hébreu natzar)... Je l'arrose... La nuit et le jour je la garde... Jérémie 2,21 : Et c'est moi qui t'avais plantée... Tout entière semence de vérité, zera émet... Grec : ego de ephuteusa se ampelôn morpophoron pasan alèthinèn. La vigne étrangère, hébreu ha-gephen keriiah, grec hè ampelos hè allôtria... Jérémie 12, 10 : Des bergers nombreux ont détruit ma vigne, ils ont piétiné ce qui est ma part, ils ont fait de mon domaine de délices un désert, une dévastation... Ézéchiel 17, 6 : Elle a germé et elle est devenue une vigne, hébreu aphen, grec ampelos... Elle est devenue une vigne et elle a fait des anneaux et elle a lancé ses sarments... Psaume 80, 9 : Une vigne d’Égypte tu as arraché, tu as chassé des nations, et tu l'as plantée. Tu l’as déblayée devant sa face, elle a enraciné ses racines et elle a rempli la terre. Elles furent couvertes, les montagnes, de son ombre... Elle envoyait ses branches jusqu'à la mer et jusqu'au fleuve (l'Euphrate) ses pousses. Pourquoi as-tu fait une brèche dans ses clôtures en sorte qu’ils viennent y vendanger tous ceux qui passent sur la route... Dieu des armées, reviens ! Regarde du haut des cieux et vois, visite-la, cette vigne !... Elle que ta droite a plantée... Cantiques des Cantiques 1,5: je suis noire mais je suis belle, filles de Jérusalem !... Ma vigne à moi, je ne l'ai pas gardée... Lorsque le rabbi s'écriait : anôki ha-gephen et, c'est moi qui suis la vigne de vérité, ceux qui l'écoutaient entendent monter dans leur mémoire tous ces textes et d'autres, une polyphonie de textes hébreux anciens, dans lesquels le peuple hébreu était comparé à une vigne plantée par Dieu lui-même dans l'attente des bons fruits.

Et mon père, c'est lui qui est le paysan... Genèse 9, 20 : Et il commença, Noah, d'être un homme de la terre, hébreu isch ha-adamah, grec anthrôpos geôrgos gès, et il planta une vigne, hébreu kerem, grec ampelôna. Et il a bu de son vin... Paul, 1 Corinthiens 3, 6 : Moi, j'ai planté. Appolôs, il a arrosé. Mais c'est Dieu qui a fait croître. En sorte que ce n'est pas celui qui plante, qui est quelque chose, ni celui qui arrose, mais Dieu qui fait croître... Nous sommes les collaborateurs de Dieu, theou gar esmen sunergoi. Quant à vous, vous êtes le champ cultivé par Dieu, theou geôrgion, vous êtes la construction de Dieu.

 
15.  2 toute branche [qui est] en moi
et qui ne porte pas de fruit
il l'enlève
et toute branche qui porte du fruit
il l'émonde afin qu'elle porte davantage de fruit
 

Toute branche... Psaume 80, 9 : Une vigne d'Egypte tu as arraché. Tu as chassé des nations et tu l'as plantée. Tu as déblayé devant sa face et elle a enraciné ses racines et elle a rempli la terre. Elles furent couvertes, les montagnes, de son ombre, et de ses rameaux, de ses branches, les cèdres de dieu... Elle a envoyé ses branches, hébreu qatzir, grec klèma, jusqu'à la mer... Ezéchiel 17, 6 : Et elle a germé et elle est devenue une vigne... Ses branches, hébreu daliôtaiô, grec ta klèmata. Et voici que cette vigne... a envoyé ses branches, hébreu daliôtaiô, grec ta klèmata. L'exigence de fructification, Genèse 1, 28 : Et il les bénit, Dieu, et il leur dit, Dieu : Portez fruit et multipliez-vous et remplissez la terre... Matthieu 25, 29 : A celui qui a tout, il sera donné et il surabondera. Celui qui n'a pas, même ce qu'il a lui sera enlevé.

 
15.  3 déjà vous
vous êtes purs à cause de la parole que je vous ai dite
 

Déjà vous, vous êtes purs... Actes 15, 9 : Dieu qui connaît les secrets des cœurs a été témoin en leur faveur (en faveur des païens incirconcis) puisqu'il leur a donné (à eux aussi) l'Esprit saint, tout comme il nous l'a donné. Il n'a fait aucune discrimination entre nous et eux, mais par la certitude de la vérité il a purifié leurs cœurs...

La parole que je vous ai dite, dabar, la parole, et le verbe dabar, piel dibber, parler. Pour rendre la communauté de racine, il faudrait traduire en français : la parole que je vous ai parlée...

 
15.  4 demeurez en moi
et moi [je demeurerai] en vous
 
de même que la branche
elle ne peut pas porter fruit d'elle-même
si elle ne reste pas dans la vigne
ainsi et de même vous non plus
si vous ne demeurez pas en moi
 
15.  5 c'est moi qui suis la vigne
et vous [vous êtes] les branches
celui qui demeure en moi et moi en lui
celui-là il porte beaucoup de fruit
parce que séparés de moi
vous ne pouvez rien faire du tout
 
15.  6 si quelqu'un ne reste pas en moi
il est jeté dehors comme la branche [morte]
et il se dessèche
 
et ils les ramassent [les branches mortes]
et ils les jettent au feu et elles brûlent
 
15.  7 si vous demeurez en moi
et si mes paroles demeurent en vous
ce que vous voulez demandez-le
et cela sera fait pour vous
 
15.  8 c'est en cela qu'il est glorifié mon père
c'est que beaucoup de fruit vous portiez
et que vous deveniez pour moi des disciples
 

C'est en cela qu'il est glorifié, mon père, que... Grec hina ! Peut-être l'hébreu ki.

 
15.  9 de même qu'il m'a aimé mon père
de même moi aussi je vous ai aimés
 
demeurez dans l'amour qui est le mien
 

Dans l'amour qui est le mien : c'est-à-dire l'amour que je vous porte.

 
15.  10 si mes commandements vous les gardez
alors vous resterez dans l'amour qui est le mien
de même que moi
les commandements de mon père je les ai gardés
et je demeure dans l'amour qui est le sien
 

Si vous gardez... J'ai gardé : en hébreu, schamar ou schatzar. L'amour qui est le sien : l'amour qu'il me porte.

L'amour qui est le mien : l'amour que je vous porte.

 
15.  11 ces paroles je vous les ai dites
afin que ma joie soit en vous
et afin que votre joie soit accomplie
 
15.  12 et le voici mon commandement
c'est que vous vous aimiez
chacun son compagnon
comme je vous ai aimés
 

Le voici mon commandement, c'est que... Grec hina  ! Hébreu possible ki ou ascher.

 
15.  13 il n'y a pas pour un homme d'amour plus grand
que s'il met son âme [dans la paume de sa main]
pour ceux qu'il aime
 

Il n'est pas pour un homme d'amour plus grand que si... Grec hina ! Hébreu possible : me-ascher. Nous rétablissons la construction hébraïque sans le verbe avoir.

Que s'il met son âme dans la paume de sa main... De nouveau la vieille expression hébraïque traduite ici en grec sous forme abrégée aisément intelligible pour ceux qui connaissaient la vieille expression hébraïque en son entier, inintelligible pour des païens qui ne la connaissaient pas.

 
15.  14 et vous
vous êtes ceux que j'aime
et qui m'aiment
si vous faites ce que moi je vous commande
 

Et vous, vous êtes ceux que j'aime si vous faites... On observe la relation constante entre aimer et faire. Aimer n'est pas une passion mais une action, ce n'est pas un sentiment mais un agir.

 
15.  15 et je ne vous appelle plus serviteurs
car le serviteur ne connaît pas ce qu'il fait son maître
mais vous je vous ai appelés ceux que j'aime
parce que tout ce que j'ai entendu
et qui venait de mon père
je vous l'ai fait connaître
 
15.  16 ce n'est pas vous qui m'avez choisi
mais c'est moi qui vous ai choisis
et je vous ai donné [ce qu'il vous faut]
pour que vous
vous alliez et que vous portiez du fruit
et que votre fruit demeure
afin que tout ce que vous demanderez
à mon père en mon nom
il vous le donne
 

Ce n'est pas vous qui m'avez choisi... Nous lisons de nouveau ici une série ou un ensemble de propos enseignés par le Seigneur et notés par celui qui l'écoutait, sans qu'il soit évident ni certain que ces propos se touchaient dans la réalité comme les notes se touchent dans nos manuscrits. Il est vraisemblable au contraire qu'il y avait entre chaque propos des développements, que les notes ne nous ont pas conservés. C'est la raison pour laquelle il nous est souvent si difficile de reconstituer la logique de l'entretien et la logique des relations entre deux propositions qui se suivent.

Et je vous ai donné... Grec ethèka. Jérémie 1, 4 : Et elle fut, la parole de YHWH, à moi pour dire : Avant que je te forme dans le ventre (de ta mère) je t'ai connu ! Et avant que tu sortes de la matrice, je t'ai consacré ! Prophète pour les nations je t'ai établi, hébreu netatika, du verbe hébreu natan, donner. Traduction grecque tetheika, du verbe tithèmi, comme Jean 15,16.

Dans nombre de cas, le verbe grec tithèmi, poser, placer, traduit le verbe hébreu natan, qui signifie donner. Genèse 1, 17 ; 9,13 ; 15,10 ; 17, 2 ; 17, 5 ; etc. Exode 12, 7 ; 26, 33 ; etc. Lévitique 10, 1 ; 26, 11 ; etc.

 
15.  17 ce que je vous ai commandé
c'est que vous vous aimiez
chacun son compagnon
 

Ce que je vous ai commandé, c'est que... Grec hina ! Hébreu probable ascher ou ki.

 
15.  18 si le monde de la durée présente vous hait
vous savez qu'il m'a haï le premier et avant vous
 

Vous savez qu'il m'a haï le premier, avant vous... On peut aussi traduire, conformément à l'hébreu probable : Ne savez-vous pas que... Le premier, avant vous : en grec proton suivi d'un génitif comme dans Jean 1,15.

 
15.  19 si vous étiez de ce monde de la durée présente
le monde de la durée présente
aime ce qui lui appartient
mais parce que vous n'êtes pas de ce monde
de la durée présente
mais c'est moi qui vous ai choisis
et tirés de ce monde de la durée présente
c'est la raison pour laquelle il vous hait
le monde de la durée présente
 
15.  20 souvenez-vous de la parole que je vous ai dite
il n'est pas le serviteur
plus grand que son seigneur
si moi ils m'ont persécuté
vous aussi ils vous persécuteront
si ma parole ils l'ont gardée
alors la vôtre aussi ils la garderont
 

Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite... En hébreu, même racine pour le verbe et le substantif dabar. Il faudrait donc traduire : souvenez-vous de la parole que je vous ai parlée... S'ils ont gardé ma parole... On peut aussi comprendre et traduire : S'ils avaient gardé ma parole, alors ils garderaient aussi la vôtre.

 
15.  21 mais tout cela ils le feront contre vous
à cause de mon nom
parce qu'ils n'ont pas connu celui qui m'a envoyé
 

A cause de mon nom, en grec dia, hébreu probable baa-bourschemi.

 
15.  22 si je n'étais pas venu
et si je ne leur avais pas parlé
il n'y aurait pas de faute sur eux
mais maintenant
d'excuse il n'y en a pas pour eux
en ce qui concerne leur faute
 

Mais maintenant... Hébreu we-atah, qui marque fortement l'opposition entre la proposition antérieure et la proposition suivante.

 
15.  23 celui qui me hait
il hait aussi mon père
 
15.  24 si ces actions je ne les avais pas accomplies
au milieu d'eux
qu'aucun autre n'a accomplies
il n'y aurait pas de faute sur eux
mais maintenant ils ont vu
[les actions que j'ai accomplies]
et ils ont haï
et moi et mon père
 

Si ces actions, je ne les avais pas accomplies... En hébreu, comme précédemment, même racine pour le verbe asah, faire, et le substantif maaseh, l'action. Il faudrait donc traduire, pour rendre cette communauté de racine : si ces actions je ne les avais pas agies... La communauté de racine n'apparaît pas dans la traduction grecque.

 
15.  25 mais c'est afin que soit accomplie la parole
qui est écrite dans leur [livre] d'instruction
 
ils m'ont haï sans raison
 

Mais c'est afin que soit accomplie... En hébreu le verbe maie, être plein, remplir ; niphal immale, être rempli ; piel mille, remplir. 1 Rois, 1, 14 : Je remplirai ta parole... 1 Rois 2, 27 : Afin de remplir la parole de YHWH qu'il avait dite au sujet de la maison d'Eli... 2 Chroniques 36, 21 : Afin que soit remplie la parole de YHWH (qui a été dite) dans la bouche de Jérémie...

La parole qui est écrite dans leur (livre) d'instruction... En grec nomos, traduction constante de l'hébreu Torah, l'instruction. Ici de nouveau le terme de Torah est pris au sens large d'instruction et de révélation, puisque le texte cité provient du Psaume 35 : Qu'ils aient honte et qu'ils soient confondus ceux qui recherchent mon âme ! Qu'ils reculent en arrière et qu'ils soient confus ceux qui méditent le mal contre moi ! Car sans raison, hébreu hinnam, grec dôréan, ils m’ont tendu un piège, sans raison, hinnam, ils ont creusé une fosse pour mon âme... 35, 19 : Ils me haïssent sans raison, hébreu hinnam, grec hoi misountes me dôrean. Psaume 69 : Sauve-moi, Dieu, car elles sont venues, les eaux, jusqu'à la gorge ! Je m'enfonce dans le bourbier et il n'y a rien qui tienne pour me retenir. Je suis entré dans les profondeurs des eaux... Ils sont nombreux plus que les cheveux de ma tête ceux qui me haïssent sans raison, hébreu hinnam, grec hoi nisountes me dôrean.

 
15.  26 lorsqu'il viendra l'avocat de la défense
que moi je vous enverrai
lui qui vient du père
l'esprit de la vérité qui est issu du père
c'est lui qui attestera de la vérité en ma faveur
 

L'avocat de la défense : le mot hébreu peraqelith adopté par les rabbins à partir du grec paraklètos.

Que moi je vous enverrai, lui qui vient du père : grec para tou patros, hébreu me-et ha-ab.

L'esprit de vérité, hébreu ruah ha-emet. Qui est issu du père : hébreu le verbe iatza, sortir de... Le verbe grec ekporeuesthai traduit constamment le verbe hébreu iatza, Genèse 2,10 ; 24,11 ; 24,13 ; 24, 15 ;24,43 ;etc.

Lui il attestera de la vérité en ma faveur : en hébreu ancien, attester, c'est attester de la vérité de... On sait que depuis le patriarche Photios, patriarche de Constantinople en 858, une controverse, qui est loin d'être terminée, sépare les Eglises d'Orient qui sont sous la juridiction spirituelle de Constantinople, de l'Église de Rome, à propos de l'Esprit saint. Le texte que nous venons de lire et de traduire est au cœur de la querelle. Nous avons déjà rappelé que dans le système logique des livres de la nouvelle alliance (Nouveau Testament...), le père désigne Dieu lui-même, le fils désigne l'Homme véritable uni à Dieu véritable, l'Esprit saint, c'est l'esprit de Dieu qui nous est communiqué, c'est Dieu lui-même, qui est esprit, qui nous est communiqué. La sainte triade, dans le système logique des livres du Nouveau Testament, c'est donc extrêmement simple. C'est Dieu, appelé père par le Christ lui-même ; le fils de l'homme, qui est le fils de Dieu ; et l'esprit de Dieu, qui est Dieu lui-même, qui est dans le Christ, de même que le Christ est en Dieu. Nous avons rappelé aussi qu'à partir d'Origène d'Alexandrie, à partir de l'inconnu qui a composé l’Elenchos contre toutes les hérésies, publié sous le nom d'Hippolyte de Rome, et à partir de Tertullien, des théologiens ont appelé «fils» le propre logos de Dieu, avant l'incarnation, indépendamment de l'incarnation. Les deux systèmes logiques sont évidemment différents. Les discussions qui se sont poursuivies jusqu'aujourd'hui au sujet de la procession du Saint Esprit, ne sont pas parvenues à terme, parce qu'on n'a pas fixé dans quel système logique on se situait. On a oscillé entre les deux langages, — celui du Nouveau Testament, concret, — et le langage d'Origène d'Alexandrie adopté par les Pères de langue grecque, puis par les Pères latins et par les grands docteurs du Moyen Âge. Si l'on entend par fils le propre logos de Dieu, alors il est évident que Dieu, son propre logos, ou son propre dire, son propre parler, — et son propre esprit, ne constituent qu'un seul Dieu, una singularis simplex omnino et incommutabilis substantia spiritualis, Concile du Vatican I, 1870. Le terme de procession du Saint Esprit ne doit pas créer d'embarras. Le verbe grec ekporeuesthai que nous lisons Jean 15, 26 a été traduit en latin par le verbe procedere. Nous venons de voir que le verbe grec ekporeuesthai traduit tout simplement le verbe hébreu iatza, sortir de... L'esprit de vérité qui sort de Dieu, qui provient de Dieu, qui est issu de Dieu, pour nous être communiqué par grâce : c'est cela la procession du Saint Esprit. Si l'on adopte le système logique d'Origène d'Alexandrie, selon lequel le terme de « fils » désigne le logos même de Dieu, alors on est obligé de dire que le Saint Esprit procède du père et du fils, car si l'on se refuse à le dire, c'est donc que l'on suppose que Dieu et son propre logos ne sont pas un même être, et que le Saint Esprit pourrait procéder de l'un mais non pas de l'autre ! C'est donc que l'on suppose que Dieu et son propre logos sont deux êtres distincts l'un de l'autre. Les théologiens de l'Église de Rome ont adopté dans les controverses le point de vue et le terrain, le système logique des théologiens de langue grecque, à savoir le système logique des Pères grecs. Ils ont donc défini, Concile de Lyon, 18 mai 1274 : Fatemur, quod spiritus sanctus aeternaliter ex pâtre et fîlio, non tanguant ex duobus principiis, sed tanquam ex uno principio, non duabus spirationibus, sed unica spiratione, procedit. Pour l'Église de Rome, en effet, et depuis le commencement, Dieu, le parler de Dieu, et l'esprit de Dieu, sont un seul et unique principe au sens métaphysique ou ontologique de ce terme, mia arche, traduction latine unum principium. C'est ce que le pape Denys écrivait déjà en 262 à son collègue d'Alexandrie, lorsqu'il protestait, déjà, contre ceux qui cassent l'enseignement de l'Église de Dieu, tèn monarchian, l'unité métaphysique, ontologique, du principe qui est Dieu, en trois puissances, en trois individualités (grec hypostaseis) séparées, en trois divinités. Dieu, le parler de Dieu, l'esprit de Dieu, cela ne fait pas trois dieux. C'est toujours un seul et unique Dieu. Le parler de Dieu, c'est Dieu lui-même. Et l'esprit de Dieu, c'est Dieu lui-même. Le Concile de Florence, le 6 juillet 1439, définit la même doctrine constante de l'Église de Rome. Adoptant toujours le point de vue et le langage de ceux à qui il s'adresse, c'est-à-dire le système des Pères grecs, le concile définit que, dans ces conditions, l'Esprit saint est éternellement issu du père et du fils, ex pâtre et fîlio aeternaliter est, et que de l'un et de l'autre éternellement, comme d'un unique principe, et par une unique spiration, il procède, et ex utroque aeternaliter tamquam ab uno principio et unica spiratione procedit. S'il en était autrement, si le Saint Esprit ne procédait pas éternellement du père et du fils, dans le langage d'Origène d'Alexandrie, c'est-à-dire de Dieu et de son propre logos, s'il procédait de l'un mais non pas de l'autre, alors il faudrait supposer que Dieu et son propre logos ne sont pas absolument le même être ! Ce serait la destruction du monothéisme, comme l'écrivait déjà le pape Denys en 262 à son collègue d'Alexandrie.

Si l'on adopte le système concret des livres du Nouveau Testament et des plus anciennes professions de foi de l'Église, alors le terme de « fils » désigne Jésus le Christ considéré ou envisagé concrètement, celui que le pape Léon appelle l'Homme véritable uni à Dieu véritable, celui qui peut dire de lui-même, selon ce que nous fait savoir notre Évangile de Jean : le Père, c'est-à-dire Dieu, est en moi, et moi je suis en lui. Dans le cas-là, et comme le dit le Seigneur lui-même, il communique l'Esprit de Dieu, l'Esprit saint, qu'il a lui-même reçu, et qui habite en lui. Dans ce deuxième système, il est donc permis aussi de dire que l'Esprit saint provient du Père et du Fils.

 
15.  27 et vous aussi vous attesterez la vérité
parce que depuis le commencement
avec moi vous êtes
 
 
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