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Evangile de Jean - Traduction et Notes - Claude Tresmontant - Chapitre 5

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5.  1 et après cela il y a eu la fête des judéens
il est monté ieschoua à ierouschalaïm
 

Et après cela... Grec meta tauta, hébreu we-aharei-ken, Genèse 23,19 ; Exode 11,1 ; etc.

La fête des Judéens... Certains manuscrits donnent une fête, sans l'article grec. Mais de toute manière en hébreu il n'y a pas dans ce cas l'article déterminatif, ce qui explique les variantes.

Et il est monté Ieschoua à Ierouschalaïm : ici en grec Hierosoluma.

 
5.  2 il est à ierouschalaïm
près de la [porte] du troupeau de petit bétail
une piscine qui est appelée en hébreu beit zathah
elle a cinq portiques
 

Il est à Ierouschalaïm... Ici en grec en tois Hierosolumois, dans les Jérusalem...

Près de la [porte] du Troupeau de petit bétail... Néhémie 3, 1 : Et il se leva, Eliaschib, le grand prêtre, et ses frères, les prêtres, et ils construisirent la Porte du Troupeau de petit bétail, hébreu schaar ha-tzôn. Nous avons déjà noté que l'hébreu tzôn, collectif, qui désigne le troupeau de petit bétail, moutons, brebis, chèvres et boucs, est régulièrement traduit en grec par le pluriel neutre ta probata. Ce qui explique que les traducteurs en langue française rendent par : les brebis. En réalité, l'hébreu tzôn désigne le troupeau de petit bétail, lequel comporte aussi bien des béliers que des brebis, des boucs que des chèvres... L'expression hébraïque schaar ha-tzôn de Néhémie 3, 1 est traduite en grec : tèn pulèn tèn probatikèn. Néhémie 3, 32 : Schaar ha-tzôn traduction grecque tes pulès tes probatikès. Néhémie 12, 39 : schaar ha-tzôn, traduction grecque : pulès tes probatikès. Cette Porte du Troupeau de petit bétail se trouvait au nord du Temple, dans la muraille nord.

Notre texte grec de Jean se contente de nous dire : epi tè probatikè, littéralement : à la [...] du Troupeau de petit bétail. C'est donc une expression abrégée, comme nous Parisiens nous disons : la Concorde, ou la Bastille, sans estimer devoir préciser qu'il s'agit d'une place. Notre texte grec de Jean suppose donc que le lecteur à qui il s'adresse sait que la [...] du Troupeau de petit bétail, c'est une porte de l'une des murailles de Jérusalem, la Porte dite du Troupeau de petit bétail. Pour supposer cela, il faut s'adresser à des gens qui connaissent suffisamment Jérusalem et ses portes. Il faut que Jérusalem et ses portes soient encore debout. Il faut que le lecteur comprenne à demi-mot, c'est le cas de le dire, que la [...] du Troupeau de petit bétail, c'est une porte, la porte bien connue. Notre texte grec s'adresse donc, en premier lieu, à des gens de Jérusalem, qui connaissent l'expression, et qui sont capables de comprendre cette expression sous sa forme abrégée, comme nous à Paris en 1984 nous comprenons immédiatement que la Bastille et la Concorde sont des places. Mais un étranger ne peut pas le savoir, s'il n'est pas venu à Paris. Le texte hébreu ici traduit comportait l'expression originelle schaar-ha-tzôn. Le traducteur en langue grecque de cette expression a estimé que, auprès de la probatikè, cela suffit pour se faire comprendre. Or l'expression n'était intelligible que pour des gens qui connaissaient suffisamment Jérusalem, qui connaissaient la porte en question, le nom de la porte, et qui étaient capables de saisir immédiatement que la probatikè ne peut être que la Porte du Troupeau de petit bétail bien connue. Qui était capable de comprendre immédiatement tout cela : les habitants de Jérusalem, lorsque Jérusalem était encore debout, lorsqu'il y avait encore des habitants à Jérusalem.

Une piscine appelée en hébreu beit-zathah, ou beit-zaïta, la maison des oliviers. D'autres manuscrits donnent : beit heseda, la maison de la grâce ; beit isethaio, maison aux colonnes (staio — grec stoa  !) C'est l'hypothèse proposée par F. Delitzsch, qui s'arrange bien avec la suite du texte.

Elle a cinq portiques : hébreu : à elle [sont] cinq portiques.

 
5.  3 sous ces portiques était couchée
une foule de malades
aveugles boiteux desséchés
ils attendaient le mouvement des eaux
 
5.  4 car un messager de yhwh de temps en temps
descendait dans la piscine
et les eaux en étaient agitées
le premier qui descendait
après l'agitation des eaux
était guéri
quel que soit le mal qui le tenait
 

Un messager de YHWH... En grec : aggelos kuriou... Verset proposé par un certain nombre de manuscrits, absent d'une autre série de manuscrits.

Descendait dans, en grec katebainen en... suivi du datif : très dur à supporter pour un helléniste grammairien. Nombre de variantes. Verset très tumultueux du point de vue de la tradition manuscrite.

 
5.  5 il y avait un homme là
qui depuis trente‑huit ans était dans son infirmité
 
5.  6 et il l'a vu ieschoua
[cet homme] qui était couché
et il a connu qu'il était là depuis longtemps
et il lui a dit
 
est‑ce que tu veux être guéri
 
5.  7 et il lui a répondu l'infirme
 
seigneur il n'y a personne avec moi
lorsque les eaux s'agitent
pour me pousser dans la piscine
pendant que je m'approche pour y aller moi
c'est un autre qui descend avant moi
 
5.  8 alors il lui a dit ieschoua
 
lève‑toi prends ta couche et marche
 
5.  9 et voici qu'il a été guéri l'homme
et il a pris sa couche et il a marché
 
c'était schabbat ce jour‑là
 

C'était schabbat ce jour-là : notre texte grec ne traduit pas le mot hébreu schabbat. Il se contente de le transcrire en caractères grecs, sans prendre la peine de le traduire, d'en donner le sens. C'est donc que l'auteur de notre texte grec, ou, selon nous, le traducteur en langue grecque du document hébreu sous-jacent, sait qu'il sera compris de ses lecteurs. Il n'a pas besoin de traduire ce mot-là. Il suffit de le transcrire en caractères grecs.

C'était schabbat ce jour-là... Exode 20, 8 : Souviens-toi du jour du schabbat, grec ton sabbatôn, pour le sanctifier, pour le consacrer, hébreu le-qadeschô, grec hagiazein. Six jours tu travailleras et tu feras tous tes travaux, et le jour septième [c'est] schabbat, grec sabbata, pour YHWH ton Dieu. Tu ne feras pas tout ouvrage (en français : tu ne feras aucun ouvrage...), toi et ton fils et ta fille, ton esclave et ta servante et ton bétail et ton étranger, hébreu ger, grec prosèlutos, qui [est] dans tes portes. Parce que [durant] six jours, il a fait, YHWH, les cieux et la terre et la mer et tout ce qui [est] en eux, et il s'est reposé le septième jour. C'est la raison pour laquelle il a béni, YHWH, le jour du schabbat et il l'a consacré, wa-iqadeschehou, grec hègiasen. Exode 31, 13 : Mes schabbats, grec ta sabbata, vous les garderez, car [c'est] un signe, cela, entre moi et entre vous, pour vos générations, pour connaître que moi [je suis] YHWH qui vous sanctifie, qui vous consacre, hébreu meqadischekem, grec hagiazôn. Et vous garderez le schabbat, car [c'est] saint, sacré, hébreu qôdesch, grec hagion, cela pour vous. Celui qui le profanera, mourir il mourra. Car tout homme qui fera en lui [en ce jour-là] un travail, elle sera retranchée, cette âme-là, du milieu de son peuple. Durant six jours on fera son travail et au septième jour, [c'est] schabbat schabbatôn, grec sabbata ana-pausis, hagia, saint, sacré, qôdesch, pour YHWH. Tout homme qui fera du travail dans le jour du schabbat, mourir il mourra. Et ils garderont, les fils d'Israël, le schabbat, pour faire le schabbat, dans les générations [à venir]. [C'est] une alliance qui s'étend sur la durée éternelle à venir, hébreu berit ôlam, grec diathèkè aiônios. Entre moi et entre les fils d'Israël [c'est] un signe, hébreu ôt, grec sèmeion, cela pour la durée indéfinie à venir, hébreu le-ôlam, grec sèmeion estin aiônion. Car [durant] six jours il a fait, YHWH, les cieux et la terre, et au jour septième il s'est reposé, hébreu schabbat, grec epausato et il a repris haleine, il a soufflé, hébreu wa-inaphasch, grec katepausen.

 
5.  10 alors ils ont dit les judéens
à celui qui avait été guéri
 
c'est schabbat
et il ne t'est pas permis de transporter ta couche
 

Les Judéens : ici les habitants de Jérusalem. Notre traducteur destine sa traduction à des gens qui ne savent pas l'hébreu, et qui donc ne sont pas Judéens de naissance. Ce sont des enfants d'Abraham dispersés sur le pourtour de la Méditerranée et qui ne savent plus suffisamment la langue hébraïque pour lire le document que notre traducteur met à leur portée.

 
5.  11 et alors lui il leur a répondu
 
celui qui m'a guéri
c'est lui qui m'a dit
porte ta couche et marche
 
5.  12 ils lui ont demandé
 
qui est‑il donc l'homme qui t'a dit
porte et marche
 
5.  13 celui qui avait été guéri ne savait pas qui c'était
car ieschoua était disparu
car il y avait beaucoup de monde en cet endroit
 
5.  14 et après cela il l'a trouvé ieschoua
dans l'enceinte du temple
et il lui a dit
 
voici que maintenant tu es guéri
ne fais plus le mal
afin qu'il ne t'arrive pas quelque chose de pire
 
5.  15 il s'en est allé l'homme
et il a annoncé aux judéens
que c'est ieschoua qui l'a guéri
 
5.  16 et à cause de cela
ils poursuivaient les judéens ieschoua
parce que ces choses-là
il les faisait [un jour] de schabbat
 
5.  17 quant à ieschoua il leur a répondu
 
mon père jusqu'à présent est à l'œuvre
et moi aussi je suis à l'œuvre
 

Mon père jusqu'à maintenant est à l'œuvre... Dans ce texte le Seigneur enseigne que la création n'était pas achevée à l'origine des temps, mais qu'elle se continue. Dieu le créateur est à l'œuvre aujourd'hui, en cet instant même, jusqu'à présent. La création se continue, elle n'est pas achevée. Et le fils de l'homme ajoute : moi aussi je suis à l'œuvre. Le fils de l'homme coopère activement à la création qui est l'œuvre de Dieu, qu'il appelle son propre père. La logique de la discussion semble donc être la suivante. Les théoriciens du schabbat fondaient l'obligation du schabbat sur le fait qu'au septième jour, Dieu s'est reposé de toute son œuvre qu'il avait faite, il a terminé sa création, il a cessé de créer. Genèse 2, 1 : Et ils furent terminés les cieux et la terre et toute leur armée. Et il a terminé, Dieu, au septième jour, son ouvrage qu'il avait fait. Et il se reposa, il cessa, au septième jour, [de faire] tout son ouvrage qu'il a fait. Le rabbi galiléen Ieschoua ose donc enseigner, contre ce texte, qu'en réalité la création se continue. Dieu le Créateur unique est toujours à l'œuvre, il est encore à l'œuvre aujourd'hui, en cet instant même. Et cela explique et justifie que le fils de l'homme opère lui aussi, le jour du schabbat, qu'il guérisse un enfant de l'homme, prisonnier de sa maladie depuis si longtemps.

 
5.  18 et c'est la raison pour laquelle encore davantage
ils cherchaient les judéens à le mettre à mort
parce que non seulement il déliait
[l'obligation] du schabbat
mais parce que de plus
il l'appelait son propre père
dieu
et ainsi il se faisait lui‑même égal à dieu
 

Mais parce qu'il l'appelait son propre père, Dieu : notre Évangile souligne donc ce qu'avait d'original cette manière de parler de Dieu qui était celle du Seigneur, qui de fait appelait Dieu « mon père », ou « votre père », mais jamais « notre père ». Le Seigneur ne se met jamais dans le même ensemble que ceux à qui il s'adresse, lorsqu'il envisage la relation qui existe entre Dieu et lui, entre Dieu et les autres hommes.

Et ainsi il se faisait lui-même égal à Dieu : le rédacteur de notre Évangile rapporte ici le point de vue ou la manière de comprendre des Judéens, qui estimaient que, si le rabbi appelait Dieu son propre père, c'est qu'il se faisait lui-même égal à Dieu. Or, c'est le même Évangile de Jean 14, 28 qui rapporte ce propos du Seigneur : le père est plus grand que moi. On ne peut donc pas supposer que l'auteur de notre Évangile prenait à son compte l'opinion de ceux qui pensaient que si le rabbi appelle Dieu son propre père, alors il se fait lui-même l'égal de Dieu.

 
5.  19 et alors il a répondu ieschoua et il leur a dit
 
amèn amèn je vous [le] dis
il ne peut pas le fils faire quelque chose
de son propre cœur
s'il ne voit pas le père en train de le faire
 
car ce que celui‑ci fait
cela le fils le fait lui aussi pareillement
 

Alors il a répondu Ieschoua et il leur a dit... : Nous n'avons aucune raison de supposer que la page qui suit se rattache directement à la précédente. L'expression : Et il a répondu Ieschoua et il leur a dit..., c'est l'expression hébraïque classique et bien connue : waiiaan... waiômer... que l'on trouve des centaines de fois dans la Bible hébraïque, et qui ne présuppose nullement qu'un dialogue était ébauché ou commencé auparavant. Les propos du Seigneur qui suivent peuvent donc fort bien avoir été prononcés dans une tout autre circonstance. Ils se trouvent rattachés à la scène que nous venons de lire simplement parce que, sur le rouleau hébreu, ils étaient écrits à la suite de la scène précédente.

Il ne peut pas le fils... Le fils ici, dans l'Évangile de Jean, comme dans les quatre Évangiles, comme dans tous les écrits du Nouveau Testament, c'est l'homme Jésus le Christ, ho anthropos ièsous christos comme dit Paul, 1 Timothée 2, 5 : Car il est unique, Dieu, et il est unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, l'homme Christ Jésus. Le fils, c'est, selon la formule du pape Léon (Lettre à Julien, évêque de Cos, 13 juin 449), l'homme véritable uni à Dieu véritable, verus homo vero unitus est Deo. Le père, c'est Dieu lui-même. L'homme véritable uni à Dieu véritable ne fait rien de lui-même, il fait ce qu'il voit le père en train de faire, le père, c'est-à-dire Dieu. On le voit, il s'agit ici d'un enseignement de haute théologie, et, on peut le dire, de haute métaphysique. Le Seigneur enseigne ici les secrets de la relation qui existe entre Dieu et lui.

Il ne peut pas le fils faire quelque chose... hébreu dabar.

De son propre cœur : hébreu mi-libbô. Nombres 16, 28 : En cela vous connaîtrez que c'est YHWH qui m'a envoyé pour faire toutes ces actions, et que ce n'est pas de mon propre cœur, hébreu ki lô mi-libbi, grec hoti ouk apiem autou... 1 Rois 12, 23, de son propre cœur, hébreu mi-libbô, grec apo kardias autou. Ezéchiel 13, 2 : Et je parlerai aux prophètes (qui sont prophètes) de leur propre cœur, hébreu mi-libbam. Hôï, malheur aux prophètes qui vont après leur propre esprit... Lamentations 3, 33. Le prophète qui est prophète de son propre cœur, ou à partir de son propre cœur, c'est celui qui a pris de lui-même l'initiative de prophétiser, alors que Dieu ne lui avait rien demandé du tout. Le faux prophète est celui qui prophétise ainsi de sa propre initiative et qui tire de lui-même ce qu'il prétend avoir reçu de Dieu. L'authentique prophète est celui qui ne dit rien de son propre cru, mais qui dit ce qu'il a reçu de Dieu, qui transmet ou communique ce qu'il a reçu. Le Seigneur dans ce texte, Jean 5, 19, et dans les suivants, Jean 5, 30 ; 8, 28 ; distingue donc ce qui vient de lui, le fils de l'homme, celui que le pape Léon, Lettre à Julien, évêque de Cos, 13 juin 449, appelle le verus homo vero unitus Deo, et ce qui provient de Dieu, qu'il appelle son propre père. Le concile œcuménique de Chalcédoine, octobre 451, le Concile romain de mars 680, et le troisième concile de Constantinople, session XIII, mars 681, ont défini solennellement que dans cet ensemble relationnel constitué par Dieu qui s'unit l'Homme, et l’homo verus uni à Dieu, il convient de distinguer ce qui revient à Dieu, ou ce qui provient de Dieu, et ce qui provient de l'Homme véritable uni à Dieu véritable. Il convient donc de distinguer, dans cet ensemble relationnel, deux libertés, deux volontés et deux opérations. Les définitions des grands conciles christologiques ont leur fondement dans ces textes de Jean et dans d'autres textes des synoptiques.

 
5.  20 car le père il aime le fils
et il lui montre tout ce qu'il fait lui‑même
et plus grandes encore que celles‑ci
il lui montrera des actions
afin que vous soyez dans l'admiration
 
5.  21 de même qu'en effet le père relève les morts
et les fait vivre
de même le fils aussi ceux qu'il veut
il les fait vivre
 
5.  22 car le père ne juge personne
mais le jugement tout entier il l'a donné
dans la main du fils
 
5.  23 afin que tous honorent le fils
comme ils honorent le père
 
celui qui n'honore pas le fils
il n'honore pas le père qui l'a envoyé
 

Afin que tous honorent le fils... Le verbe grec timan, que nous avons traduit par honorer, traduit l'hébreu kabad, Exode 20, 12 : Honore ton père et ta mère... Il signifie d'abord : être lourd. Puis : être considéré comme pesant, lourd... d'où : être honoré. A la forme passive, nikebad, il signifie : être estimé d'un grand prix, être honoré. A la forme piel, il signifie : honorer. Kabed signifie : lourd, puis : riche. Kabôd, l'honneur, la gloire, la splendeur, la richesse. Le roi de gloire, melek ha-kadôd, c'est Dieu, Psaume 24, 7.

 
5.  24 amèn amèn je vous le dis
celui qui écoute ma parole
et qui est certain de la vérité
en celui qui m'a envoyé
elle est à lui la vie de la durée éternelle à venir
et il ne vient pas en jugement
mais il est passé de la mort à la vie
 

Elle est à lui la vie... C'est la doctrine constante du Seigneur transmise et communiquée par l'Évangile de Jean : celui qui connaît Dieu et celui que Dieu a envoyé, celui qui est certain de la vérité de Dieu et de la vérité de celui que Dieu a envoyé, est déjà passé de la mort à la vie. La vie de la durée éternelle à venir est déjà à lui, aujourd'hui, dès maintenant. C'est encore la doctrine de Paul, Éphésiens 2,1 : Et vous, vous étiez morts par vos crimes et vos fautes, dans lesquels jadis vous marchiez, selon la durée de ce monde présent, kata ion aiôna tou kosmou toutou ; c'est la traduction complète, développée, en grec, de l'hébreu olam ha-zeh... Et alors que nous étions morts par nos crimes, il (Dieu) à nous a donné la vie avec le Christ. Nous avons restauré, comme d'habitude, la construction hébraïque : être à..., traduite en grec par le verbe avoir, qui n'existe pas en hébreu.

 
5.  25 amèn amèn je vous [le] dis
il vient le temps et c'est maintenant
où ceux qui sont morts
entendront la voix du fils de dieu
et ceux qui l'entendront vivront
 

Il vient le temps... Grec ora, hébreu et.

 
5.  26 de même en effet qu'elle est au père
la vie en lui‑même
de même aussi au fils il a donné
que la vie soit à lui en lui‑même
 
5.  27 et le pouvoir il lui a donné à lui de faire le jugement
parce qu'il est le fils de l'homme
 
5.  28 ne vous étonnez pas de cela
[que je viens de vous dire]
 
il vient le temps où tous ceux
qui sont dans les tombeaux
entendront sa voix
 
5.  29 et ils sortiront [des tombeaux]
ceux qui ont fait ce qui est bon
pour la relevée de la vie
et ceux qui ont fait ce qui est mauvais
pour la relevée du jugement
 
5.  30 je ne peux pas moi faire de mon propre cœur
quelque chose
comme j’entends ainsi je juge
et mon jugement est juste
parce que je ne recherche pas mon vouloir à moi
mais le vouloir de celui qui m'a envoyé
 

Je ne peux pas, moi, faire de mon propre cœur quelque chose... Nous avons dans la page qui précède, et dans les pages qui suivent, une série de propos du Seigneur, qui ont été notés par Jean, et qui sont rapportés ici bout à bout, à la suite les uns des autres. Mais rien ne prouve, encore une fois, que ces propos aient été prononcés à la suite les uns des autres dans un seul entretien.

Comme j'entends, ainsi je juge et mon jugement est juste : en hébreu : ka-ascher eschema ken eschepôt wou-mischepati mischepat tzedek... On remarque en hébreu les allitérations qui disparaissent forcément dans la traduction grecque et dans la traduction française. Jugement juste, mischepat tzedek, Deutéronome 16, 18 : Des juges et des scribes tu te donneras à toi, dans toutes tes portes que YHWH ton Dieu te donnera pour tes tribus, et ils jugeront le peuple d'un jugement de justice, traduction grecque : krisin dikaian. Ce sont les mêmes mots grecs dont s'est servi notre traducteur de l'Évangile de Jean. On remarquera en passant que l'hébreu dit : mischepat tzedek, un jugement de justice. Les traducteurs de la Bible hébraïque ont rendu en grec krisin dikaian, un jugement juste, c'est-à-dire qu'ils ont remplacé le substantif la justice par l'adjectif juste. Le phénomène est fréquent et même constant dans toute la traduction en grec de la Bible hébraïque. Les traducteurs en langue grecque de nos quatre Évangiles ont procédé de même.

 
5.  31 si moi j'atteste en ma faveur
mon attestation n'est pas certainement vraie
 

Si moi j'atteste à mon propre sujet... C'est une maxime des théologiens hébreux de l'époque : un homme ne peut pas tout seul attester de la vérité de ce qu'il dit.

Mon attestation n'est pas certainement vraie : c'est-à-dire qu'elle n'aboutit pas à une certitude de la part de ceux qui écoutent l'attestation. Ils ne peuvent pas être certains que cela est vrai. L'adjectif grec alèthès traduit souvent le substantif hébreu émet, la vérité. Deutéronome 13, 15 ; Néhémie 7, 2 ; etc.

 
5.  32 mais c'est un autre qui atteste en ma faveur
et je sais qu'elle est certainement vraie
l'attestation qu'il atteste en ma faveur
 

Et je sais... D'autres manuscrits donnent : nous savons. D'autres encore : vous savez...

 
5.  33 vous
vous avez envoyé [des messagers] vers iôhanan
et il a attesté en faveur de la vérité
 

Vous, vous avez envoyé [des messagers] vers Iohanan... Envoyer vers, expression hébraïque classique et fréquente, traduite ici littéralement. Nous, nous devons suppléer le complément d'objet, des messagers, pour que la phrase soit viable en français. Genèse 20, 2 : Et il envoya, Abimelek, roi de Gerar, [sous-entendu : des serviteurs], et il prit Sarah... Genèse 31,4 : Et il envoya, Iaaqôb [sous-entendu : des messagers], et il appela Rachel et Leah qui étaient aux champs... Genèse 32, 6 : Et j'ai envoyé [sous-entendu : des messagers] pour annoncer à mon seigneur, afin de trouver grâce à tes yeux... Genèse 41, 8 : Et il envoya [sous-entendu : des esclaves, des serviteurs] et il appela tous les magiciens de l'Egypte... Genèse 41, 14 : Et il envoya, Pharaon [sous-entendu : des serviteurs, des messagers] et il appela Iôseph... Exode 9, 27 : Et il envoya, Pharaon [sous-entendu : des serviteurs] et il appela Môschêh..., etc.

 
5.  34 moi ce n'est pas de la part de l'homme
que je reçois l'attestation
mais cela je vous le dis afin que vous
vous soyez sauvés
 

Moi ce n'est pas de la part de l'homme... Hébreu : me-adam, venant de l'homme...

 
5.  35 lui il était la lampe qui brûle et qui éclaire
vous
vous avez voulu vous réjouir un temps dans sa lumière
 

Vous, vous avez voulu vous réjouir un temps... Grec pros ôran. Nous avons déjà noté précédemment que le grec ôra traduit l'hébreu et, qui signifie le temps, une certaine durée de temps, ou un temps déterminé, mais non ce que nous, en France, fin du xxe siècle, nous appelons une heure. Cependant le grec pros ôran peut aussi traduire l'hébreu le-schaah, et dans ce cas-là il faudrait traduire : pour une heure.

 
5.  36 quant à moi
elle est en ma faveur l'attestation
plus grande que [celle de] iôhanan
 
car les actions qu'il m'a données le père
afin que je les accomplisse ces actions que j'agis
ce sont elles qui attestent en ma faveur
que c'est le père qui m'a envoyé
 

Mais elle est à moi... Nous rétablissons la construction hébraïque. Grec : moi j'ai l'attestation...

Les actions qu'il m'a données, le père... Grec ta erga, qui traduit souvent l'hébreu maaseh, l'action ; ce que l'on fait, l'acte de faire, Genèse 46, 33 ; 47,3 ; Exode 5, 4 ; etc.

Pour que je les accomplisse... Le grec teleioun traduit le plus souvent l'hébreu maie remplir, mais aussi parfois l'hébreu asah, faire. Il faut rapprocher l'expression que nous trouvons ici; remplir une action, de l'expression hébraïque classique : remplir la parole de Dieu, pour dire : accomplir la parole de Dieu, 1 Rois 2, 27 ; 1 Rois 8, 15 ; etc. Remplir une parole prophétique, c'est la réaliser dans l'histoire.

Car ces actions... Grec ta erga. To ergon est régulièrement la traduction grecque de l'hébreu maaseh, du verbe asah, faire. Maaseh, c'est l'acte de faire, l'action. Ergon traduit aussi dans nombre de cas l'hébreu melakah, qui signifie plutôt l'ouvrage. Ces actions que j'agis : en hébreu l'association du verbe asah et du substantif maaseh. Dans la traduction grecque, on ne peut pas percevoir que le substantif et le verbe sont de même racine, puisque le grec traduit maaseh par ergon, et le verbe asah par le verbe grec poiein. Nous essayons en français de reconstituer cette identité de la racine. Genèse 20, 9 : Qu'est-ce que tu nous as fait ? Des actions qui ne se font pas (qui ne s'agissent pas), tu as fait avec moi, hébreu maasim ascher lô-ieasou asita imadi. Grec : ergon ho oudeis poièsei pepoièkas moi. Exode 18, 20 : Et l'action qu'ils ont agie, hébreu we-et ha-maaseh ascher iaa-soun, grec kai ta erga hapoièsousin. Exode 23,12 : Six jours tu agiras des actions, c'est-à-dire tu feras ce que tu as à faire, hébreu taaseh maaseika, grec poièseis ta erga sou. Exode 23, 24 : Et tu n'agiras pas comme leurs actions, tu ne feras pas comme ils font, hébreu we-lô taaseh ke-maaseihem, grec ou poièseis kata ta erga autôn. Nombres 16, 28 : En ceci vous connaîtrez que c'est YHWH qui m'a envoyé pour faire, pour agir toutes ces actions, hébreu la-asôt et-kôl ha-maasim ha-elleh, grec poièsai panta ta erga tauta. On trouve le même jeu sur une racine identique, dans l'expression agir une action, avec le verbe hébreu paal et le substantif poel, Habaquq, 1,5: Une action j'agirai dans vos jours, ki-poal poël, traduction grecque dioti ergon ego ergazomai... Ici le traducteur en langue grecque a voulu reconstituer l'identité de racine entre le verbe et le substantif. Psaume 44, 2 : Nos pères nous ont raconté, une action tu as agie dans leurs jours, pôal paaleta. Traduction grecque : ergon ho eirgasô en tais hèmerais auton. Là encore le traducteur s'est efforcé de trouver en grec un substantif de la même racine que le verbe. L'expression hébraïque agir une action, soit construite avec le verbe asah, soit avec le verbe paal, est très fréquente chez Jean : 6, 28 ; 7, 3 ; 7, 21 ; 8, 41 ; 9, 5 ; 10, 37 ; 14, 10 ; 14, 12 ; 15, 24. Elle est régulièrement traduite en grec par ergon poïein, en sorte qu'on ne voit plus en grec la communauté de racine de l'expression hébraïque originelle. Exode 34,10 : Je ferai des merveilles qui n'ont pas été créées sur toute la terre et dans toutes les nations, et il verra, tout le peuple au milieu de qui tu es, l'action de YHWH, hébreu et-maaseh YHWH, grec ta erga kuriou, qu'elle est terrible, celle que moi je ferai avec toi, hébreu ascher ani ôseh, grec ha egô poièsô. L'hébreu maaseh, l'action, est un singulier collectif traduit par le pluriel neutre grec ta erga. On ne peut pas apercevoir, dans la traduction grecque, la communauté de racine entre le verbe qui désigne l'agir, et le substantif qui désigne l'action.

 
5.  37 et le père qui m'a envoyé
c'est lui qui a attesté en ma faveur
 
sa voix jamais vous ne l'avez entendue
et sa figure jamais vous ne l'avez vue
 

Sa voix vous ne l'avez jamais entendue... Allusion probable à Exode 20, 18 : Et tout le peuple, ils voyaient (sic !) les voix et les feux et la voix du schôphar... Le pluriel hébreu ha-qôlôt a été traduit par le singulier grec tèn phônèn. Deutéronome 4,12 : Et il vous a parlé, YHWH, du milieu du feu. La voix des paroles, vous, vous l'avez entendue, mais une figure, une forme, hébreu temounah, grec homoiôma, vous n'en avez pas vu, rien que une voix...

 
5.  38 et sa parole
elle ne demeure pas en vous
 
parce que celui qu'il a envoyé lui
de la vérité [qui est] en celui‑là
vous n'êtes pas certains
 
5.  39 vous scrutez les écritures
parce que vous pensez qu'en elles
se trouve pour vous
la vie de la durée éternelle à venir
or précisément ce sont elles
qui attestent la vérité en ma faveur
 

Vous scrutez les écritures (ou : les livres)... Il s'agit évidemment des Livres saints, de la Torah, des prophètes, des Psaumes, etc. Le verbe grec eraunaô, que nous avons traduit par vous scrutez, est une forme alexandrine du verbe grec ereunaô, qui signifiait en grec : rechercher, chercher ; chercher des traces pas à pas. Il traduit plusieurs verbes hébreux, qui signifient fouiller, rechercher, Genèse 31,35 ; 31, 37 ; 44, 12 ; etc.

Il est très possible qu'ici le verbe grec eraunaô, qui n'existe qu'en grec de traduction — ce que Richard Simon appelait très justement du grec de synagogue — traduise l'hébreu darasch, scruter les écritures, rechercher le sens des saintes écritures, faire l'exégèse, qui a donné midrasch, l'exégèse, l'élucidation, des saintes écritures.

 
5.  40 et vous ne voulez pas venir vers moi
afin qu'elle soit à vous la vie
 
5.  41 la gloire qui vient de l'homme
je ne la reçois pas
 
5.  42 mais je vous ai connus
[et je sais] que l'amour de dieu il n'est pas en vous
 
5.  43 moi je suis venu au nom de mon père
et vous ne m'avez pas reçu
si un autre vient en son nom propre
celui‑là vous le recevrez
 
5.  44 comment pouvez‑vous être certains de la vérité
alors que la gloire qui vient
pour chacun de son compagnon
vous la recevez
et la gloire qui vient du dieu unique
vous ne la recherchez pas
 

La gloire qui vient pour chacun de son compagnon... Grec allèlous, qui traduit l'expression hébraïque : chacun son frère, Genèse 42, 21 ; 42, 28 ; ou : chacun son compagnon, Genèse 43, 33 ; Exode 18,7 ; etc.

 
5.  45 ne pensez pas que moi je vous accuserai
devant la face de mon père
celui qui vous accuse c'est môscheh
en qui vous vous avez mis votre confiance
 

Celui qui vous accuse, grec ho katègorôn. Ce mot grec est passé en hébreu, ou, si l'on préfère, il a été adopté en hébreu au premier siècle de notre ère, comme nous avons adopté nombre de mots anglais, comme les Anglais ont adopté depuis des siècles nombre de mots français, etc. Le mot hébreu calqué sur le grec katègôr se trouve Pirqé Abot 4, 11 : rabbi Eliezer ben Iaaqôb disait : Celui qui fait un commandement, un seul, il se procure un défenseur, perakelith. Et celui qui transgresse une transgression, une seule, il se procure un accusateur, transcription hébraïque qathegôr, évidemment décalqué du grec.

 
5.  46 car si vous aviez été certains de la vérité
de [ce qu'a dit] môscheh
vous seriez aussi certains de la vérité [qui est] en moi
car c'est de moi que lui il a écrit
 
5.  47 mais si de la vérité de ce que lui il a écrit
vous n'êtes pas certains
comment pouvez‑vous être certains
de la vérité des paroles que moi je vous dis
 
 
 
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