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Evangile de Jean - Traduction et Notes - Claude Tresmontant - Chapitre 18

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18.  1 lorsqu'il a eu fini ieschoua de dire toutes ces paroles
alors il est sorti dehors avec ses disciples
[et il est allé] de l'autre côté du torrent du qiderôn
et là il y avait un jardin
et il y est entré lui et ses disciples
 

Il sortit dehors : hébreu wa-ietze hahouzah. Ce qui pour nous est un pléonasme est constant en hébreu.

De l'autre côté du torrent du Qiderôn... 2 Samuel 15, 23 : Et toute la terre, ils pleuraient, une grande voix, et tout le peuple était en train de passer, et le roi était en train de passer, de traverser dans le torrent du Qiderôn, be-nahal qiderôn, grec en tô cheimarrô kedrôn... 1 Rois 2, 36 : Construis une maison à Jérusalem. Tu resteras là et tu ne sortiras pas de là pour aller ça et là. Et il arrivera, le jour où tu sortiras et où tu traverseras le torrent du Qiderôn, we-abareta et-nahal qiderôn, grec cheimarroun kedrôn, pour ce qui est de savoir, sache-le, que pour ce qui est de mourir, tu mourras. Ton sang sera sur ta tête... 2 Rois 23, 4 : Et il a ordonné, le roi, à Hileqiiahou, le grand prêtre, ha-kôhen ha-gadôl, et aux prêtres du second rang, we-et kôhanei ha-mischeneh, et aux gardiens du seuil, de faire sortir du Temple — hébreu keikal, grec naos — de YHWH tous les instruments et outils qui ont été faits pour le baal et pour Yascherah et pour toute l'armée des cieux et il les a fait brûler hors de Jérusalem dans les berges (?) du Qiderôn... Le mot que nous avons fait suivre d'un (?), hébreu schademôt, n'a pas été compris par les traducteurs en langue grecque, qui l'ont simplement transcrit en caractères grecs. 2 Rois 23, 23, 6 : Il a fait sortir Yascherah de la Maison de YHWH, hors de Jérusalem, vers, dans la direction du torrent du Qiderôn, el-nahal qiderôn, grec eis ton cheimarroun kedrôn, et la fit brûler dans le torrent du Qiderôn, be-nahal qiderôn... Le torrent du Qiderôn sépare Jérusalem du Mont des Oliviers. Qadar, être sale, être trouble, être boueux. Évidemment, ce n'est pas depuis Éphèse, ni depuis Antioche, ni depuis Athènes, ni depuis Rome ou Alexandrie que l'on peut dire ou écrire : Il sortit et il alla de l'autre côté du Qiderôn. De même ce n'est pas depuis New York ou Berlin ou Pékin que l'on peut écrire : Je vais au musée du Louvre, qui est de l'autre côté de la Seine.

Et là il y avait un jardin... On ne peut pas inférer de cet imparfait du verbe être en grec, que le jardin n'existe plus lorsque le rédacteur écrit ce texte, parce que dans l'hébreu qui est traduit ici, pour dire qu'il y a un jardin, il n'est pas besoin du verbe être. C'est donc le traducteur en langue grecque qui a ajouté le verbe être, et il l'a mis à l'imparfait comme il le fait d'habitude lorsqu'il raconte un fait ou un événement passé, ce qui est le cas ici.

Il entra, lui et ses disciples : construction hébraïque. Exode 18, 5 : Et il vint, Itérô, beau-père de Môscheh, et ses fils et sa femme, vers Môscheh... Juges 11, 38 : Et elle s'en alla, elle et ses compagnes, et elle pleura sur sa virginité... 1 Rois 20, 12 : Et lui il était en train de boire, lui et les rois, dans les tentes...

 
18.  2 et il le connaissait aussi iehoudah
celui qui était en train de le livrer
cet endroit
car de nombreuses fois
il s'était réuni là ieschoua
avec ses disciples
 
18.  3 et alors iehoudah il a pris la troupe
et aussi
venant [de la part] des prêtres et des perouschim
des hommes à ses ordres
et il est venu en cet endroit avec des torches
et avec des lampes et avec des armes
 
18.  4 et il a connu ieschoua tout ce qui arrivait contre lui
et il est sorti et il leur a dit
 
qui cherchez-vous
 

Et il a connu Ieschoua tout ce qui arrivait : hébreu wa-ieda et kôl ascher iabô...

 
18.  5 et ils lui ont répondu
 
ieschoua ha-nôtzeri
 
et il leur a dit
 
c'est moi
 
et il se tenait là lui aussi iehoudah
celui qui était en train de le livrer
avec eux
 

Ieschoua ha-nôtzeri. Dans le texte grec : ièsoun ton nazôraion. Il est totalement illusoire de rendre, dans une traduction française, par nazaréen ou nazoréen, puisque ce ne sont pas là des traductions, mais des transcriptions d'un mot grec qui est lui-même la transcription d'un mot hébreu. La question est de savoir de quel mot hébreu il s'agit. Deux hypothèses sont possibles.
1. Nazir, Nombres, chapitre 6 ; Juges 13, 2 et sq. Le mot hébreu nazir est parfois traduit en grec par hègiasmenon, sanctifié, consacré, par hagion, même sens, Juges 13, 7 ; parfois simplement transcrit en caractères grecs, nazir, 13, 5 version B ; naziraion, 13, 7 version B.
2. Ha-nôtzeri, du verbe hébreu natzar, Exode 34, 5 : YHWH, YHWH, Dieu des compassions et de la grâce, lent dans ses colères et multiple dans le don de la grâce et de la vérité, qui gardes, nôtzer la grâce et la bienveillance pour... Garder l'alliance, Deutéronome 33, 9 ; la tour des gardiens, 2 Rois 17, 9 ; 18, 8 ; Isaïe 27, 2 : C'est moi YHWH qui la garde... Psaume 25,10 : Ceux qui gardent son alliance et son attestation... Psaume 12, 8 : C'est toi YHWH qui les garderas, hébreu schamar, tu nous garderas, le verbe hébreu natzar, de cette génération pour la durée éternelle à venir, le-ôlam, grec eis ton aiôna. Psaume 34, 14 : Garde ta langue du mal... Psaume 40, 12 : Toi YHWH ne refuse pas tes entrailles de compassion, rahamim, en les écartant de moi. Que ta grâce, hesed, et ta vérité continuellement me gardent... Psaume 78, 7 : Et ses commandements ils les gardent... Psaume 105, 45 : Afin qu'ils gardent, le verbe hébreu schamar, ses commandements et que, ses instructions, ils les gardent, le verbe natzar. Psaume 119, 2 : Heureux ceux qui gardent ses attestations... 119, 22 : Car tes attestations, je les ai gardées... 119, 33 : Enseigne-moi YHWH la route, la voie de ton commandement, et que je la garde... 119, 34 : Donne-moi l'intelligence et je garderai ton instruction (Torah)... 119, 56 : Tes ordonnances je les ai gardées... 119, 69 : Moi de tout mon cœur (de toute mon intelligence) je garderai tes ordonnances... 119, 100 : Plus que les vieillards j'ai acquis l'intelligence, car tes ordonnances je les garde... Psaume 119, 115 : Éloignez-vous de moi, vous qui faites le mal, et je garderai les commandements de mon Dieu... 119, 129 : Elles sont merveilleuses tes attestations, c'est pourquoi elle les a gardées, mon âme... Psaume 141, 3 : Place YHWH une garde à ma bouche et une garde, nitzerah, à la porte de mes lèvres... Le verbe natzar est très fréquent dans le livre des Proverbes. Proverbes 2, 8 : Pour garder les voies du jugement.... 2, 11 : L'intelligence te gardera... 3, 1 : Mon fils, mon enseignement ne l'oublie pas, et mes commandements, qu'il les garde, ton cœur ! 4, 13 : Attache-toi à l'instruction, ne la lâche pas, garde-la, natzar, car c'est elle qui est ta vie ! 4, 23 : Plus que toute autre garde, mischemar, garde, natzar, ton cœur... 5, 2 : Et la connaissance, que tes lèvres la gardent... 13, 3 : Celui qui garde, natzar, participe nôtzer, sa bouche, garde (le verbe schamar) son âme... 16, 17 : Il garde son âme, schômer napheschô, celui qui garde sa voie, nôtzer darekô. 22, 12 : Les yeux de YHWH gardent la connaissance... 20, 28 : La grâce et la vérité, hesed we-émet, gardent le roi... — A moins qu'il ne faille lire : La grâce et la vérité, le roi les garde... — 23, 26 : Donne-moi, mon fils, ton cœur (c'est-à-dire l'organe de ta pensée et de ton intelligence) et tes yeux, qu’ils gardent mes voies...

De l'ensemble des textes de la Bibliothèque hébraïque, il semble se dégager que le verbe natzar est à peu près synonyme de schamar, garder, mais dans nombre de textes natzar signifie : garder une parole, un enseignement, une doctrine. Ha-nôtzeri pourrait donc bien signifier : L'Observant, et aussi : Celui qui détient et qui garde une doctrine, qu'il ne communique qu'à des disciples choisis. Il est aussi fort possible que les deux mots hébreux, nazir et ha-nôtzeri soient entrés en communication et qu'un phénomène d'osmose se soit produit, entre le sens de l'un et le sens de l'autre. La transcription, en caractères grecs, nazarènos, se trouve dans l'Évangile de Marc 1, 24 ; 10, 47 ; 14, 67 ; 16, 6 et chez Luc 4, 34 ; 24, 19. Matthieu et Jean ne l'utilisent pas. La transcription nazôraios se lit dans Matthieu 23 ; 26, 69 et 71 ; Jean 18, 5 et 7 ; 19,19 ; Luc 18, 37 ; Actes 2, 22 ; 3, 6 ; 4, 10 ; 6, 14 ; 22, 8 ; 24, 5 ; 26, 9. Elle ne se lit pas dans la traduction grecque de l'Évangile de Marc. Nous avons déjà noté qu'Épiphane de Salamine, Adversus Haereses. XXIX, observe que les chrétiens étaient appelés autrefois nazôraioi.

C'est moi, en grec : ego eimi. En hébreu : ani hou, sans le verbe être inutile.

 
18.  6 et il advint
dès qu'il leur a dit
 
c'est moi
 
ils sont allés en arrière
et ils sont tombés par terre
 
18.  7 de nouveau il leur a demandé
 
qui cherchez-vous
 
et eux ils ont dit
 
ieschoua ha-nôtzeri
 
18.  8 et il leur a répondu ieschoua
 
je vous l'ai dit c'est moi
si donc c'est moi que vous recherchez
laissez aller ceux-ci
 
18.  9 c'est afin que soit remplie
la parole qu'il avait dite
 
ceux que tu m'as donnés
je n'ai perdu aucun d'entre eux
 
18.  10 à schiméôn pierre [était] une épée et il l'a sortie
et il a frappé le serviteur du chef des prêtres
et il lui a enlevé l'oreille droite
et le nom de ce serviteur c'est malkos
 

Malkos : racine hébraïque melek, le roi.

 
18.  11 alors il a dit ieschoua à pierre
 
jette l'épée dans le fourreau
la coupe qu'il m'a donnée mon père
est-ce que je ne la boirai pas
 

Remets l'épée au fourreau... En réalité il faudrait traduire courageusement : jette, ou rejette, l'épée dans sa boîte ! Le grec ballein traduit probablement ici l'hébreu schalak, hiphil hischelik, impératif haschelek, jeter, rejeter. Matthieu 10, 34 : Ne pensez pas que je suis venu jeter la paix sur la terre. Je ne suis pas venu jeter la paix mais l'épée... Matthieu 26, 52 : Fais retourner ton épée dans son lieu, car tous ceux qui prendront l'épée, dans l'épée (hébreu ba-hereb, par l'épée) ils périront.

La coupe... Grec potèrion, hébreu kôs, Genèse 40, 11 ; etc. 2 Samuel 12, 3 ; Psaume 11,6; Psaume 16, 5 : YHWH [est] la part de... ma coupe... Psaume 23, 5 : Tu as dressé devant ma face une table en présence de ceux qui me persécutent, tu as oint dans l'huile ma tête et ma coupe est débordante... Psaume 75, 9 : Car une coupe dans la main de YHWH... ils boivent, tous les méchants de la terre... Psaume 116, 13 : La coupe des délivrances, je relèverai... Jérémie 16, 7 : On ne leur donnera pas à boire la coupe des consolations... Jérémie 25, 15 : Prends cette coupe du vin de la fureur, de ma main, et tu la feras boire à toutes les nations, vers lesquelles (ascher !) je t'envoie... J'ai pris la coupe de la main de YHWH et je l'ai fait boire à toutes les nations vers lesquelles (ascher) il m'a envoyé, YHWH... Jérémie 25, 28 : Et s'il advient qu'ils refusent de prendre la coupe de ta main pour boire, alors tu leur diras : Ainsi a parlé YHWH des armées : Boire, vous boirez ! Jérémie 49, 12 : Voici que ceux qui (ascher !), ce n'est pas leur jugement de boire la coupe, boire ils la boiront ! Jérémie 51, 7 : Une coupe d'or, Babel, dans la main de YHWH ! Elle enivre toute la terre ! De son vin elles ont bu, les nations... Ézéchiel 23, 31 : Sur la route, sur la voie de ta sœur, tu as marché et j'ai donné sa coupe dans ta main. Ainsi a parlé le Seigneur YHWH : La coupe de ta sœur tu boiras, elle est profonde et large... C'est une coupe de dévastation et de désolation, la coupe de ta sœur, Samarie ! Lorsque le Seigneur a parlé de la coupe, ceux qui l'ont entendu savaient ce que signifie la coupe dans la tradition hébraïque. Matthieu 20, 22 : Est-ce que vous pouvez boire la coupe que moi je vais boire ? Matthieu 26, 27 : Il a pris la coupe, il a dit la bénédiction, et il la leur a donnée en disant : Buvez de cette coupe, tous... Matthieu 26, 39 : Mon père, si cela est possible, qu'elle passe loin de moi, cette coupe... 1 Corinthiens 10, 16 : La coupe de la bénédiction, que nous bénissons, est-ce qu'elle n'est pas communication du sang du Christ ? 1 Corinthiens 11, 26 : Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne...

 
18.  12 et alors la troupe [des soldats]
et le chef de mille et les serviteurs des judéens
ils ont arrêté ieschoua et ils l'ont attaché
 

Les serviteurs des Judéens... Le mot grec ioudaios ici au pluriel traduit, ou plutôt transcrit, l'hébreu ha-iehoudim, 2 Rois 16, 6. Les Judéens sont les habitants de la Judée. Zacharie 8, 23 : Dans ces jours-là que — ascher — ils saisiront, dix hommes pris de toutes les langues des nations, et ils saisiront (sic, répété) le pan du vêtement d'un homme judéen, en hébreu isch iehoudi, grec andros ioudaiou, en disant : allons avec vous ! Car nous avons appris [que] Dieu [est] avec vous, ki schamaenou elohim immaken. Néhémie 2, 16 : Et aux Judéens, hébreu we-la-iehoudim, grec kai tois ioudaiois, et aux prêtres [...] je ne l'ai pas annoncé. Néhémie 4, 6 : Et il advint, comme ils venaient les Judéens, ha-iehoudim, grec oi ioudaioi, qui habitaient à côté d'eux... Néhémie 5, 1 : Et alors il y eut une clameur du peuple et de leurs femmes, une grande, dirigée vers leurs frères les Judéens, ha-iehoudim, grec tous ioudaious... Néhémie 5, 8 : Nous, nous avons acquis (acheté ?) nos frères les Judéens, ha-iehoudim, grec tous ioudaious, qui avaient été vendus aux nations païennes... Et vous, vous vendez vos frères... Néhémie 5, 17 : Et les Judéens, ha-iehoudim, grec oi ioudaioi, et les magistrats... Néhémie 13, 23 : Même dans ces jours-là j'ai vu les Judéens, ha-iehoudim, grec tous ioudaious : ils avaient fait venir des femmes... Et leurs fils, la moitié parlait la langue asdodienne, et ils ne se souvenaient plus de parler le judéen, iehoudit, grec ioudaïsti... L'auteur ou le traducteur du quatrième Évangile ne parle pas des Judéens autrement que Néhémie.

 
18.  13 et ils l'ont conduit à hanan tout d'abord
car il était le beau-père de qaïapha
qui était le grand prêtre de cette année-là
 

Hanan, transcrit en grec ananos dans la traduction grecque de Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XVIII, II, 2 et XX, IX, 1. Hanan, fils de Sethi, grand prêtre de 6 à 15. Emil Schürer, Geschichte des Jùdischen Volkes im zeitalter Jesu Christi, II, p.270. Qaïapha, qui s'appelait Joseph, et qui était surnommé Qaïapha ou Qaïaph, a été grand prêtre à peu près entre 18 et 36. Schürer, p. 271. Sur le grand prêtre, et la hiérarchie des prêtres, cf. exposé simple et clair, Joachim Jeremias, Jérusalem au temps de Jésus, traduction française, Paris, 1967, p. 210 et sq.

Le grand prêtre au sens propre du terme, hébreu kôhen gadôl.

 
18.  14 c'était lui qaïapha
qui avait donné ce conseil aux judéens
 
il est bon pour nous
qu'un seul homme meure pour le peuple
 
18.  15 et il suivait ieschoua
schiméôn pierre et un autre disciple
ce disciple était connu du grand prêtre
et il est entré avec ieschoua
dans la cour [de la maison] du grand prêtre
pierre se tenait à la porte dehors
 

Et il suivait Ieschoua, Schiméon Pierre, et un autre disciple... Construction hébraïque, le verbe en tête, accordé au sujet prochain, alors qu'un autre sujet suit.

Et un autre disciple... Qui ne veut pas être nommé, ou que le traducteur en langue grecque, du document hébreu que nous traduisons en langue française, ne veut pas nommer. Nous avons déjà noté, 1, 35 : Le lendemain, de nouveau, il se trouvait là, Iohanan, et du groupe de ses disciples, deux... Et ils l'ont entendu, les deux disciples, lorsqu'il disait... C'était Andréas, le frère de Schiméon Pierre, qui était l'un des deux qui avaient entendu la parole dite par Iohanan... L'autre disciple de Iohanan n'est pas nommé. Ce disciple a donc été tout d'abord disciple de Iohanan, avant de devenir disciple de Ieschoua. Il a une maison à Jérusalem. C'est chez lui que le Seigneur a passé la dernière nuit, et nous apprenons maintenant qu'il est connu du grand prêtre.

Ce disciple est connu du grand prêtre en exercice et il peut se permettre librement d'entrer dans la cour du palais du grand prêtre, tandis que Schiméon Pierre est obligé de rester dehors.

 
18.  16 alors il est sorti l'autre disciple
celui qui était connu du grand prêtre
et il a parlé à la femme
qui était la gardienne de la porte
et elle a fait entrer pierre
 

L'autre disciple ressort, il dit un mot à la gardienne, et celle-ci fait entrer Pierre. Non seulement la gardienne de la porte du palais du grand prêtre ne chasse pas l'autre disciple, qui était entré librement à l'intérieur du palais, dans la cour, et qui en sort non moins librement. Mais elle obéit lorsque l'autre disciple lui donne l'ordre de faire entrer Schiméon le galiléen. L'autre disciple n'est donc pas n'importe qui. C'est quelqu'un qui est connu dans la maison et qui a une autorité suffisante dans une telle circonstance, pour donner un ordre à la servante et en être obéi.

 
18.  17 alors elle a dit à pierre
la servante qui était la gardienne de la porte
 
est-ce que toi aussi tu ne ferais pas partie
des disciples de cet homme
 
et il a dit lui
 
je n'en suis pas
 

Est-ce que toi aussi tu ne ferais pas partie des disciples de cet homme ? De cet homme qui vient d'être arrêté, évidemment, le rabbi galiléen Ieschoua.

Je n'en suis pas ! Grec ouk eimi, traduction littérale du grec : Je ne suis pas ! Hébreu probable : einenni.

 
18.  18 ils se tenaient là les esclaves et les employés
ils avaient fait un feu de braise
parce qu'il faisait froid
et ils se chauffaient
et pierre aussi était avec eux
il se tenait là debout et il se chauffait
 
18.  19 c'est donc le grand prêtre qui a interrogé ieschoua
au sujet de ses disciples
et au sujet de son enseignement
 

Au sujet de ses disciples et au sujet de sa doctrine : au sujet de ceux qui reçoivent l'enseignement et au sujet de cet enseignement.

 
18.  20 alors il lui a répondu ieschoua
 
moi c'est ouvertement que j'ai parlé
au monde de la durée présente
moi toujours j'ai enseigné
dans la maison de réunion
et dans l'enceinte du temple
là où tous les judéens se réunissent
et dans le secret je n'ai rien dit du tout
 

Au monde de la durée présente : grec to kosmô, hébreu probable el-ha-ôlam.

Moi c'est ouvertement... et dans le secret je n'ai dit rien : exclusion formelle par le rabbi lui-même d'un enseignement ésotérique qui aurait été réservé à un groupe d'initiés, comme c'est le cas dans les sociétés initiatiques depuis les anciennes communautés orphiques et pythagoriciennes, jusqu'aux communautés gnostiques et aux sociétés initiatiques des temps modernes. C'est l'une des différences entre le christianisme orthodoxe, celui de la source, et les christianismes de type gnostique, ésotérique ou initiatique, ou encore théosophique. Les autres différences, plus importantes, portent sur le contenu, la métaphysique et la théologie. Moi c'est ouvertement... Moi toujours j'ai enseigné... On reconnaît sous le texte grec l'hébreu anôki, moi je...

Dans la maison de réunion... Grec en sunagôgè, comme dans Jean 6, 59. Hébreu probable be-beit ha-keneset. Avant le mot grec sunagôgè, il n'y a pas d'article. Avant beit dans l'expression be-beit-ha-keneset, il n'y a pas non plus d'article. Ceci explique cela.

Et dans l'enceinte du Temple, en grec le hieron, et non pas le naos.

 
18.  21 pourquoi donc m'interroges-tu
interroge plutôt ceux qui ont écouté
ce que je leur ai dit
voici que ceux-là ils savent ce que j'ai dit
moi
 
18.  22 lorsqu'il a dit ces paroles
l'un de ceux qui se trouvaient là
parmi les employés
a donné une gifle à ieschoua
et il lui a dit
 
est-ce ainsi que tu réponds au grand prêtre
 
18.  23 alors il lui a répondu ieschoua
 
si j'ai dit quelque chose de mal
sois le témoin à charge de ce mal
mais si j'ai bien parlé
pourquoi me frappes-tu
 

Si j'ai dit quelque chose de mal, si j'ai mal parlé... En réalité, l'hébreu qui est sous l'expression grecque kakôs lalein, est beaucoup plus puissant. Exode 22, 27 : Dieu, tu ne le maudiras pas, et le prince, hébreu nasi, dans ton peuple, tu ne le maudiras pas, verbe hébreu arar, qui a donné arour, participe passif, maudit ! Traduction grecque : ou kakôs ereis. Lévitique 20, 9 : L'homme qui maudit, hébreu qalal, son père et sa mère, mourir il mourra ! Son père et sa mère il a maudit ! Grec : hos an kakôs eipè. Lévitique 19, 14 : Tu ne maudiras pas le sourd ! Grec : ou kakôs ereis. Isaïe 8, 21 : Et il maudira son roi et son Dieu ! Grec : kakôs ereite. Il est donc vraisemblable que dans notre texte Jean 18, 23, il faut lire : Si j'ai maudit, ou insulté, le grand prêtre...

 
18.  24 alors il l'a envoyé hanan
enchaîné
à qaïapha le grand prêtre
 
18.  25 il se tenait là debout schiméôn pierre
et il se chauffait
 
alors ils lui ont dit
 
est-ce que toi tu ne fais pas partie
toi aussi
de ses disciples
 
il l'a nié
lui
et il a dit
 
je n'en suis pas
 
18.  26 alors il lui a dit l'un des serviteurs du grand prêtre
c'était un parent de celui
dont pierre avait coupé l'oreille
 
est-ce que je ne t'ai pas vu
dans le jardin avec lui
 

Avec lui : bien évidemment avec le rabbi galiléen qui vient d'être arrêté par la police.

 
18.  27 et de nouveau il l'a nié
pierre
 
et voici que le coq a crié
 

Et voici que... Ce mot grec eutheôs, tout comme euthus, dans nombre de cas, traduit l'hébreu : we-hinneh, et voici que... Genèse 15, 4 : Et voici que la parole lui fut adressée pour dire, hébreu we-hinneh, grec kai euthus... Genèse 24, 45 : Moi je n'avais pas encore fini de parler en m'adressant à mon propre cœur, et voici Rebecca qui sortait, et une cruche sur son épaule... Hébreu we-hinneh ribeqah, grec euthus... Genèse 38, 29 : Et il advint que lorsqu'il retira sa main, et voici qu'il sortit son frère... Hébreu : we-hinneh, grec kai euthus. Les traducteurs de Matthieu, de Luc et de Marc utilisent volontiers les mots grecs eutheôs et euthus pour traduire cette antique expression des anciens conteurs hébreux. Matthieu 4, 20, eutheôs ; Marc 1,18, euthus ; Matthieu 8, 3, eutheôs, etc.

 
18.  28 alors ils ont conduit ieschoua
de chez qaïapha au prétoire
 
c'était tôt le matin
 
et eux ils ne sont pas entrés dans le prétoire
pour ne pas se souiller
et pour pouvoir manger pesah
 

Le prétoire : la résidence du gouverneur romain lorsqu'il venait à Jérusalem, en particulier lors des grandes fêtes.

Eux ils ne sont pas entrés dans le prétoire, pour ne pas se souiller, et pour pouvoir manger pesah... Selon notre document, donc, la fête de pesah, transcrite ici comme d'habitude en caractères grecs, mais non traduite, allait avoir lieu le soir, ce soir-là. Ceux qui conduisent le rabbi enchaîné au prétoire, à la résidence du gouverneur romain, ne veulent pas se souiller car ils veulent manger le pesah ce soir. Matthieu, Luc et Marc nous disent que le Seigneur a mangé pesah dans la nuit précédente. Par conséquent il existe une opposition de points de vue, plus précisément de calendriers, entre l'Évangile de Jean, et les Évangiles de Matthieu, de Luc et de Marc. Manger le pesah, c'est manger l'agneau de pesah. L'Évangile de Jean et les Evangiles de Matthieu, de Luc et de Marc ne sont pas pensés à l'intérieur du même calendrier. La confrérie des perouschim, que nous appelons les pharisiens — ce qui n'est ni une traduction ni une transcription fidèle —, suivait un calendrier. Un groupe appartenant au haut sacerdoce suivait un autre calendrier, Paul Billerbeck, Kommentar zum Neuen Testament aus Talmud und Midrasch, II, Exkurs, der Todestag Jesu. C'est une indication de plus concernant celui qui a écrit le document hébreu qui est ici traduit en grec. Son calendrier n'était pas le calendrier de ceux qui ont composé les Évangiles de Matthieu, de Luc et de Marc. C'était le calendrier d'un groupe du haut sacerdoce. C'est peut-être aussi pour cette raison qu'il écrit (Jean 13, 2) : Il y eut un repas... Alors qu'il s'agit manifestement du repas dont Matthieu, Luc et Marc nous disent que ce fut pour le rabbi et ses compagnons un repas de pesah.

 
18.  29 il est alors sorti pilatus dehors
il est allé vers eux et il leur a dit
 
quelle est l'accusation
que vous portez contre cet homme
 
alors ils lui ont répondu et ils ont dit
 

Alors il est sorti Pilatus dehors... C'est de l'hébreu : waïetze... hahoutzah. Genèse 15, 5 : Et il le fit sortir dehors, wa-iôtze ôtô hahoutzah, etc. Pour nous c'est un pléonasme. Pour les Hébreux, c'était la manière naturelle de s'exprimer.

 
18.  30 si cet homme n'était pas un malfaiteur
nous ne te l'aurions pas livré
 
18.  31 alors il leur a dit pilatus
 
prenez-le donc vous-mêmes
et conformément à votre propre loi
jugez-le
 
alors ils lui ont dit les judéens
 
à nous il ne nous est pas permis
de mettre à mort qui que ce soit
 
18.  32 cela c'est afin qu'elle soit accomplie
la parole de ieschoua
celle qu'il avait dite lorsqu'il a fait connaître
de quelle mort il allait mourir
 

C'est afin qu'elle soit accomplie... Traduction littérale selon l'hébreu : afin qu'elle soit remplie... Jean 12, 33 : Il leur dit cela pour leur faire connaître de quelle mort il allait mourir. Le raisonnement est simple. A partir du moment où le rabbi galiléen n'était pas mis à mort à coups de pierres, comme le sera bientôt Stephanos, Actes 7, 54 et sq., mais livré au gouverneur romain, la mort qui attendait le condamné était la mort par la croix.

 
18.  33 alors il est rentré de nouveau dans le prétoire
pilatus
et il a appelé ieschoua et il lui a dit
 
c'est toi le roi des judéens
 

C'est toi le roi des Judéens... La proposition d'après le texte grec et d'après l'hébreu sous-jacent peut être une affirmation et elle peut être une interrogation. Nous rappelons ici que les vieux manuscrits ne comportaient pas de signes de ponctuation. Ce peut être aussi une proposition affirmative de type dubitatif : Alors c'est toi le roi des Judéens... C'est aussi peut-être une moquerie. Seul le ton pouvait permettre de déterminer quel était exactement le sens de la proposition. En hébreu : attah hou melek ha-iehoudim. La question est de savoir en quelle langue le gouverneur romain Pilate parlait avec les Judéens, et avec son prisonnier galiléen. Il est permis de supposer qu'il avait appris quelques mots d'hébreu. Disposait-il d'un interprète ? La proposition a pu aussi être affirmative et marquée de peur : Alors c'est toi le roi des Judéens ! Ainsi donc c'est toi le roi des Judéens !

 
18.  34 il lui a répondu ieschoua
 
est-ce que c'est à partir de ton propre cœur
que tu dis cela
ou bien est-ce que ce sont les autres
qui t'ont dit cela à mon sujet
 

Est-ce que c'est à partir de ton propre cœur... La vieille expression hébraïque mi-leb que nous avons rencontrée plusieurs fois. La réponse du Seigneur à Pilate peut laisser supposer qu'en réalité la proposition de ce dernier n'était pas interrogative mais bien affirmative, avec toutes les intonations de doute, de crainte, que l'on voudra...

 
18.  35 et il a répondu pilatus
 
est-ce que moi je suis judéen
c'est ton peuple et ce sont tes prêtres
qui t'ont livré à moi
qu'est-ce que tu as fait
 
18.  36 et il a répondu ieschoua [et il a dit]
 
ma royauté n'est pas du monde de la durée présente
si elle était du monde de la durée présente
ma royauté
mes serviteurs auraient combattu pour moi
afin que je ne sois pas livré aux judéens
mais maintenant et en réalité
ma royauté n'est pas d'ici-bas
 

Ma royauté... Le grec basileia peut traduire les différents mots hébreux dérivés de la même racine malak : melpukah, malekout, mamelakah, mamelakout et aussi memeschalah, la domination. Ici nous pouvions donc traduire : la royauté, le royaume, le règne...

Mais maintenant et en réalité... Grec nun de, hébreu we-atah...

 
18.  37 alors il lui a dit pilatus
 
ainsi donc tu es roi
 
et il a répondu ieschoua
 
c'est toi qui l'as dit
que je suis roi
 
moi voici pourquoi je suis né
et voici pourquoi je suis venu
dans le monde de la durée présente
c'est afin d'attester en faveur de la vérité
et tout homme qui est issu de la vérité
écoute ma voix
 

Et ainsi donc tu es roi... Cette proposition, comme 18, 33, peut êtreaffirmative, interrogative, plus ou moins empreinte de doute et de crainte, ou de moquerie, selon le ton.

C'est toi qui l'as dit... Plusieurs interprétations possibles. 1. C'est toi qui l'as dit, moi je n'ai rien dit de tel. 2. Toi tu l'as dit, et c'est vrai. Quoique tu sois païen, tu as donc été capable de voir qu'en réalité je suis roi. Ni le texte grec ni l'hébreu ne permettent de trancher avec certitude. C'est toi qui l'as dit, hébreu : atah amarta. Tu ne t'es pas trompé. Je suis vraiment roi, à ma manière, dans mon ordre.

 
18.  38 il lui a dit pilatus
 
qu'est-ce que c'est
vérité
 
il a dit cela et de nouveau il est sorti
pour aller voir les judéens
et il leur a dit
 
moi je n'ai trouvé dans cet homme
aucune cause [de condamnation]
 

Qu'est-ce que c'est, vérité ? Deux interprétations possibles. 1. Pilate pose une question philosophique, en sceptique dilettante qu'il est. C'est l'interprétation de Nietzsche, der Antichrist, § 46, qui fait les délices des professeurs de philosophie du monde entier. 2. Une interprétation purement philologique, beaucoup moins brillante mais beaucoup plus probable. Le procurateur romain et le rabbi galiléen parlent en hébreu du premier siècle de notre ère. Le rabbi galiléen ne sait pas parler latin. Il lui dit, en hébreu : Je suis venu pour attester en faveur de la vérité, et tout homme qui est issu de la vérité écoute ma voix. La vérité, en hébreu, se dit ha-emet. Pilate, qui sait sans doute quelques mots d'hébreu comme un Gauleiter allemand en France, sous l'Occupation, finissait par connaître quelques mots de français, ne comprend pas le sens de ce mot, et il demande : qu'est-ce que c'est, émet ?

Moi je n'ai trouvé dans cet homme aucune cause de condamnation : il est permis de supposer, sinon dans la bouche du procurateur romain qui jargonne quelques mots d'hébreu, du moins dans sa pensée, le mot latin causa, au sens juridique du terme : il n'y a pas matière à procès.

 
18.  39 mais c'est la coutume chez vous
que je vous en relâche un [prisonnier]
lors de la fête de pesah
est-ce que vous voulez
que je vous relâche le roi des judéens
 

Vous avez l'habitude : traduction littérale : elle est l'habitude à vous...

 
18.  40 alors ils se sont mis de nouveau à crier
et ils ont dit
 
non pas celui-ci
mais bar abba
 
ce bar abba était un terroriste
 
 
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