Evangile de Jean - Traduction et Notes - Claude Tresmontant - Chapitre 18
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| 18. | 1 |
lorsqu'il a eu fini ieschoua de dire toutes ces paroles alors il est sorti dehors avec ses disciples [et il est allé] de l'autre côté du torrent du qiderôn et là il y avait un jardin et il y est entré lui et ses disciples |
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Il sortit dehors : hébreu wa-ietze hahouzah. Ce qui pour nous est un pléonasme est constant en hébreu. De l'autre côté du torrent du Qiderôn... 2 Samuel 15, 23 : Et toute la terre, ils pleuraient, une grande voix, et tout le peuple était en train de passer, et le roi était en train de passer, de traverser dans le torrent du Qiderôn, be-nahal qiderôn, grec en tô cheimarrô kedrôn... 1 Rois 2, 36 : Construis une maison à Jérusalem. Tu resteras là et tu ne sortiras pas de là pour aller ça et là. Et il arrivera, le jour où tu sortiras et où tu traverseras le torrent du Qiderôn, we-abareta et-nahal qiderôn, grec cheimarroun kedrôn, pour ce qui est de savoir, sache-le, que pour ce qui est de mourir, tu mourras. Ton sang sera sur ta tête... 2 Rois 23, 4 : Et il a ordonné, le roi, à Hileqiiahou, le grand prêtre, ha-kôhen ha-gadôl, et aux prêtres du second rang, we-et kôhanei ha-mischeneh, et aux gardiens du seuil, de faire sortir du Temple — hébreu keikal, grec naos — de YHWH tous les instruments et outils qui ont été faits pour le baal et pour Yascherah et pour toute l'armée des cieux et il les a fait brûler hors de Jérusalem dans les berges (?) du Qiderôn... Le mot que nous avons fait suivre d'un (?), hébreu schademôt, n'a pas été compris par les traducteurs en langue grecque, qui l'ont simplement transcrit en caractères grecs. 2 Rois 23, 23, 6 : Il a fait sortir Yascherah de la Maison de YHWH, hors de Jérusalem, vers, dans la direction du torrent du Qiderôn, el-nahal qiderôn, grec eis ton cheimarroun kedrôn, et la fit brûler dans le torrent du Qiderôn, be-nahal qiderôn... Le torrent du Qiderôn sépare Jérusalem du Mont des Oliviers. Qadar, être sale, être trouble, être boueux. Évidemment, ce n'est pas depuis Éphèse, ni depuis Antioche, ni depuis Athènes, ni depuis Rome ou Alexandrie que l'on peut dire ou écrire : Il sortit et il alla de l'autre côté du Qiderôn. De même ce n'est pas depuis New York ou Berlin ou Pékin que l'on peut écrire : Je vais au musée du Louvre, qui est de l'autre côté de la Seine. Et là il y avait un jardin... On ne peut pas inférer de cet imparfait du verbe être en grec, que le jardin n'existe plus lorsque le rédacteur écrit ce texte, parce que dans l'hébreu qui est traduit ici, pour dire qu'il y a un jardin, il n'est pas besoin du verbe être. C'est donc le traducteur en langue grecque qui a ajouté le verbe être, et il l'a mis à l'imparfait comme il le fait d'habitude lorsqu'il raconte un fait ou un événement passé, ce qui est le cas ici. Il entra, lui et ses disciples : construction hébraïque. Exode 18, 5 : Et il vint, Itérô, beau-père de Môscheh, et ses fils et sa femme, vers Môscheh... Juges 11, 38 : Et elle s'en alla, elle et ses compagnes, et elle pleura sur sa virginité... 1 Rois 20, 12 : Et lui il était en train de boire, lui et les rois, dans les tentes... |
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| 18. | 2 |
et il le connaissait aussi iehoudah celui qui était en train de le livrer cet endroit car de nombreuses fois il s'était réuni là ieschoua avec ses disciples |
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et alors iehoudah il a pris la troupe et aussi venant [de la part] des prêtres et des perouschim des hommes à ses ordres et il est venu en cet endroit avec des torches et avec des lampes et avec des armes |
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et il a connu ieschoua tout ce qui arrivait contre lui et il est sorti et il leur a dit qui cherchez-vous |
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Et il a connu Ieschoua tout ce qui arrivait : hébreu wa-ieda et kôl ascher iabô... |
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| 18. | 5 |
et ils lui ont répondu ieschoua ha-nôtzeri et il leur a dit c'est moi et il se tenait là lui aussi iehoudah celui qui était en train de le livrer avec eux |
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Ieschoua ha-nôtzeri. Dans le texte grec : ièsoun ton nazôraion. Il est totalement illusoire de rendre, dans une traduction française, par nazaréen ou
nazoréen, puisque ce ne sont pas là des traductions, mais des transcriptions d'un mot grec qui est lui-même la transcription d'un mot hébreu. La question est de savoir de quel
mot hébreu il s'agit. Deux hypothèses sont possibles. De l'ensemble des textes de la Bibliothèque hébraïque, il semble se dégager que le verbe natzar est à peu près synonyme de schamar, garder, mais dans nombre de textes natzar signifie : garder une parole, un enseignement, une doctrine. Ha-nôtzeri pourrait donc bien signifier : L'Observant, et aussi : Celui qui détient et qui garde une doctrine, qu'il ne communique qu'à des disciples choisis. Il est aussi fort possible que les deux mots hébreux, nazir et ha-nôtzeri soient entrés en communication et qu'un phénomène d'osmose se soit produit, entre le sens de l'un et le sens de l'autre. La transcription, en caractères grecs, nazarènos, se trouve dans l'Évangile de Marc 1, 24 ; 10, 47 ; 14, 67 ; 16, 6 et chez Luc 4, 34 ; 24, 19. Matthieu et Jean ne l'utilisent pas. La transcription nazôraios se lit dans Matthieu 23 ; 26, 69 et 71 ; Jean 18, 5 et 7 ; 19,19 ; Luc 18, 37 ; Actes 2, 22 ; 3, 6 ; 4, 10 ; 6, 14 ; 22, 8 ; 24, 5 ; 26, 9. Elle ne se lit pas dans la traduction grecque de l'Évangile de Marc. Nous avons déjà noté qu'Épiphane de Salamine, Adversus Haereses. XXIX, observe que les chrétiens étaient appelés autrefois nazôraioi. C'est moi, en grec : ego eimi. En hébreu : ani hou, sans le verbe être inutile. |
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| 18. | 6 |
et il advint dès qu'il leur a dit c'est moi ils sont allés en arrière et ils sont tombés par terre |
| 18. | 7 |
de nouveau il leur a demandé qui cherchez-vous et eux ils ont dit ieschoua ha-nôtzeri |
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et il leur a répondu ieschoua je vous l'ai dit c'est moi si donc c'est moi que vous recherchez laissez aller ceux-ci |
| 18. | 9 |
c'est afin que soit remplie la parole qu'il avait dite ceux que tu m'as donnés je n'ai perdu aucun d'entre eux |
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à schiméôn pierre [était] une épée et il l'a sortie et il a frappé le serviteur du chef des prêtres et il lui a enlevé l'oreille droite et le nom de ce serviteur c'est malkos |
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Malkos : racine hébraïque melek, le roi. |
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| 18. | 11 |
alors il a dit ieschoua à pierre jette l'épée dans le fourreau la coupe qu'il m'a donnée mon père est-ce que je ne la boirai pas |
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Remets l'épée au fourreau... En réalité il faudrait traduire courageusement : jette, ou rejette, l'épée dans sa boîte ! Le grec ballein traduit probablement ici l'hébreu schalak, hiphil hischelik, impératif haschelek, jeter, rejeter. Matthieu 10, 34 : Ne pensez pas que je suis venu jeter la paix sur la terre. Je ne suis pas venu jeter la paix mais l'épée... Matthieu 26, 52 : Fais retourner ton épée dans son lieu, car tous ceux qui prendront l'épée, dans l'épée (hébreu ba-hereb, par l'épée) ils périront. La coupe... Grec potèrion, hébreu kôs, Genèse 40, 11 ; etc. 2 Samuel 12, 3 ; Psaume 11,6; Psaume 16, 5 : YHWH [est] la part de... ma coupe... Psaume 23, 5 : Tu as dressé devant ma face une table en présence de ceux qui me persécutent, tu as oint dans l'huile ma tête et ma coupe est débordante... Psaume 75, 9 : Car une coupe dans la main de YHWH... ils boivent, tous les méchants de la terre... Psaume 116, 13 : La coupe des délivrances, je relèverai... Jérémie 16, 7 : On ne leur donnera pas à boire la coupe des consolations... Jérémie 25, 15 : Prends cette coupe du vin de la fureur, de ma main, et tu la feras boire à toutes les nations, vers lesquelles (ascher !) je t'envoie... J'ai pris la coupe de la main de YHWH et je l'ai fait boire à toutes les nations vers lesquelles (ascher) il m'a envoyé, YHWH... Jérémie 25, 28 : Et s'il advient qu'ils refusent de prendre la coupe de ta main pour boire, alors tu leur diras : Ainsi a parlé YHWH des armées : Boire, vous boirez ! Jérémie 49, 12 : Voici que ceux qui (ascher !), ce n'est pas leur jugement de boire la coupe, boire ils la boiront ! Jérémie 51, 7 : Une coupe d'or, Babel, dans la main de YHWH ! Elle enivre toute la terre ! De son vin elles ont bu, les nations... Ézéchiel 23, 31 : Sur la route, sur la voie de ta sœur, tu as marché et j'ai donné sa coupe dans ta main. Ainsi a parlé le Seigneur YHWH : La coupe de ta sœur tu boiras, elle est profonde et large... C'est une coupe de dévastation et de désolation, la coupe de ta sœur, Samarie ! Lorsque le Seigneur a parlé de la coupe, ceux qui l'ont entendu savaient ce que signifie la coupe dans la tradition hébraïque. Matthieu 20, 22 : Est-ce que vous pouvez boire la coupe que moi je vais boire ? Matthieu 26, 27 : Il a pris la coupe, il a dit la bénédiction, et il la leur a donnée en disant : Buvez de cette coupe, tous... Matthieu 26, 39 : Mon père, si cela est possible, qu'elle passe loin de moi, cette coupe... 1 Corinthiens 10, 16 : La coupe de la bénédiction, que nous bénissons, est-ce qu'elle n'est pas communication du sang du Christ ? 1 Corinthiens 11, 26 : Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne... |
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| 18. | 12 |
et alors la troupe [des soldats] et le chef de mille et les serviteurs des judéens ils ont arrêté ieschoua et ils l'ont attaché |
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Les serviteurs des Judéens... Le mot grec ioudaios ici au pluriel traduit, ou plutôt transcrit, l'hébreu ha-iehoudim, 2 Rois 16, 6. Les Judéens sont les habitants de la Judée. Zacharie 8, 23 : Dans ces jours-là que — ascher — ils saisiront, dix hommes pris de toutes les langues des nations, et ils saisiront (sic, répété) le pan du vêtement d'un homme judéen, en hébreu isch iehoudi, grec andros ioudaiou, en disant : allons avec vous ! Car nous avons appris [que] Dieu [est] avec vous, ki schamaenou elohim immaken. Néhémie 2, 16 : Et aux Judéens, hébreu we-la-iehoudim, grec kai tois ioudaiois, et aux prêtres [...] je ne l'ai pas annoncé. Néhémie 4, 6 : Et il advint, comme ils venaient les Judéens, ha-iehoudim, grec oi ioudaioi, qui habitaient à côté d'eux... Néhémie 5, 1 : Et alors il y eut une clameur du peuple et de leurs femmes, une grande, dirigée vers leurs frères les Judéens, ha-iehoudim, grec tous ioudaious... Néhémie 5, 8 : Nous, nous avons acquis (acheté ?) nos frères les Judéens, ha-iehoudim, grec tous ioudaious, qui avaient été vendus aux nations païennes... Et vous, vous vendez vos frères... Néhémie 5, 17 : Et les Judéens, ha-iehoudim, grec oi ioudaioi, et les magistrats... Néhémie 13, 23 : Même dans ces jours-là j'ai vu les Judéens, ha-iehoudim, grec tous ioudaious : ils avaient fait venir des femmes... Et leurs fils, la moitié parlait la langue asdodienne, et ils ne se souvenaient plus de parler le judéen, iehoudit, grec ioudaïsti... L'auteur ou le traducteur du quatrième Évangile ne parle pas des Judéens autrement que Néhémie. |
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et ils l'ont conduit à hanan tout d'abord car il était le beau-père de qaïapha qui était le grand prêtre de cette année-là |
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Hanan, transcrit en grec ananos dans la traduction grecque de Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, XVIII, II, 2 et XX, IX, 1. Hanan, fils de Sethi, grand prêtre de 6 à 15. Emil Schürer, Geschichte des Jùdischen Volkes im zeitalter Jesu Christi, II, p.270. Qaïapha, qui s'appelait Joseph, et qui était surnommé Qaïapha ou Qaïaph, a été grand prêtre à peu près entre 18 et 36. Schürer, p. 271. Sur le grand prêtre, et la hiérarchie des prêtres, cf. exposé simple et clair, Joachim Jeremias, Jérusalem au temps de Jésus, traduction française, Paris, 1967, p. 210 et sq. Le grand prêtre au sens propre du terme, hébreu kôhen gadôl. |
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c'était lui qaïapha qui avait donné ce conseil aux judéens il est bon pour nous qu'un seul homme meure pour le peuple |
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et il suivait ieschoua schiméôn pierre et un autre disciple ce disciple était connu du grand prêtre et il est entré avec ieschoua dans la cour [de la maison] du grand prêtre pierre se tenait à la porte dehors |
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Et il suivait Ieschoua, Schiméon Pierre, et un autre disciple... Construction hébraïque, le verbe en tête, accordé au sujet prochain, alors qu'un autre sujet suit. Et un autre disciple... Qui ne veut pas être nommé, ou que le traducteur en langue grecque, du document hébreu que nous traduisons en langue française, ne veut pas nommer. Nous avons déjà noté, 1, 35 : Le lendemain, de nouveau, il se trouvait là, Iohanan, et du groupe de ses disciples, deux... Et ils l'ont entendu, les deux disciples, lorsqu'il disait... C'était Andréas, le frère de Schiméon Pierre, qui était l'un des deux qui avaient entendu la parole dite par Iohanan... L'autre disciple de Iohanan n'est pas nommé. Ce disciple a donc été tout d'abord disciple de Iohanan, avant de devenir disciple de Ieschoua. Il a une maison à Jérusalem. C'est chez lui que le Seigneur a passé la dernière nuit, et nous apprenons maintenant qu'il est connu du grand prêtre. Ce disciple est connu du grand prêtre en exercice et il peut se permettre librement d'entrer dans la cour du palais du grand prêtre, tandis que Schiméon Pierre est obligé de rester dehors. |
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alors il est sorti l'autre disciple celui qui était connu du grand prêtre et il a parlé à la femme qui était la gardienne de la porte et elle a fait entrer pierre |
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L'autre disciple ressort, il dit un mot à la gardienne, et celle-ci fait entrer Pierre. Non seulement la gardienne de la porte du palais du grand prêtre ne chasse pas l'autre disciple, qui était entré librement à l'intérieur du palais, dans la cour, et qui en sort non moins librement. Mais elle obéit lorsque l'autre disciple lui donne l'ordre de faire entrer Schiméon le galiléen. L'autre disciple n'est donc pas n'importe qui. C'est quelqu'un qui est connu dans la maison et qui a une autorité suffisante dans une telle circonstance, pour donner un ordre à la servante et en être obéi. |
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alors elle a dit à pierre la servante qui était la gardienne de la porte est-ce que toi aussi tu ne ferais pas partie des disciples de cet homme et il a dit lui je n'en suis pas |
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Est-ce que toi aussi tu ne ferais pas partie des disciples de cet homme ? De cet homme qui vient d'être arrêté, évidemment, le rabbi galiléen Ieschoua. Je n'en suis pas ! Grec ouk eimi, traduction littérale du grec : Je ne suis pas ! Hébreu probable : einenni. |
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ils se tenaient là les esclaves et les employés ils avaient fait un feu de braise parce qu'il faisait froid et ils se chauffaient et pierre aussi était avec eux il se tenait là debout et il se chauffait |
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c'est donc le grand prêtre qui a interrogé ieschoua au sujet de ses disciples et au sujet de son enseignement |
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Au sujet de ses disciples et au sujet de sa doctrine : au sujet de ceux qui reçoivent l'enseignement et au sujet de cet enseignement. |
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alors il lui a répondu ieschoua moi c'est ouvertement que j'ai parlé au monde de la durée présente moi toujours j'ai enseigné dans la maison de réunion et dans l'enceinte du temple là où tous les judéens se réunissent et dans le secret je n'ai rien dit du tout |
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Au monde de la durée présente : grec to kosmô, hébreu probable el-ha-ôlam. Moi c'est ouvertement... et dans le secret je n'ai dit rien : exclusion formelle par le rabbi lui-même d'un enseignement ésotérique qui aurait été réservé à un groupe d'initiés, comme c'est le cas dans les sociétés initiatiques depuis les anciennes communautés orphiques et pythagoriciennes, jusqu'aux communautés gnostiques et aux sociétés initiatiques des temps modernes. C'est l'une des différences entre le christianisme orthodoxe, celui de la source, et les christianismes de type gnostique, ésotérique ou initiatique, ou encore théosophique. Les autres différences, plus importantes, portent sur le contenu, la métaphysique et la théologie. Moi c'est ouvertement... Moi toujours j'ai enseigné... On reconnaît sous le texte grec l'hébreu anôki, moi je... Dans la maison de réunion... Grec en sunagôgè, comme dans Jean 6, 59. Hébreu probable be-beit ha-keneset. Avant le mot grec sunagôgè, il n'y a pas d'article. Avant beit dans l'expression be-beit-ha-keneset, il n'y a pas non plus d'article. Ceci explique cela. Et dans l'enceinte du Temple, en grec le hieron, et non pas le naos. |
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pourquoi donc m'interroges-tu interroge plutôt ceux qui ont écouté ce que je leur ai dit voici que ceux-là ils savent ce que j'ai dit moi |
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lorsqu'il a dit ces paroles l'un de ceux qui se trouvaient là parmi les employés a donné une gifle à ieschoua et il lui a dit est-ce ainsi que tu réponds au grand prêtre |
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alors il lui a répondu ieschoua si j'ai dit quelque chose de mal sois le témoin à charge de ce mal mais si j'ai bien parlé pourquoi me frappes-tu |
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Si j'ai dit quelque chose de mal, si j'ai mal parlé... En réalité, l'hébreu qui est sous l'expression grecque kakôs lalein, est beaucoup plus puissant. Exode 22, 27 : Dieu, tu ne le maudiras pas, et le prince, hébreu nasi, dans ton peuple, tu ne le maudiras pas, verbe hébreu arar, qui a donné arour, participe passif, maudit ! Traduction grecque : ou kakôs ereis. Lévitique 20, 9 : L'homme qui maudit, hébreu qalal, son père et sa mère, mourir il mourra ! Son père et sa mère il a maudit ! Grec : hos an kakôs eipè. Lévitique 19, 14 : Tu ne maudiras pas le sourd ! Grec : ou kakôs ereis. Isaïe 8, 21 : Et il maudira son roi et son Dieu ! Grec : kakôs ereite. Il est donc vraisemblable que dans notre texte Jean 18, 23, il faut lire : Si j'ai maudit, ou insulté, le grand prêtre... |
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alors il l'a envoyé hanan enchaîné à qaïapha le grand prêtre |
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il se tenait là debout schiméôn pierre et il se chauffait alors ils lui ont dit est-ce que toi tu ne fais pas partie toi aussi de ses disciples il l'a nié lui et il a dit je n'en suis pas |
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alors il lui a dit l'un des serviteurs du grand prêtre c'était un parent de celui dont pierre avait coupé l'oreille est-ce que je ne t'ai pas vu dans le jardin avec lui |
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Avec lui : bien évidemment avec le rabbi galiléen qui vient d'être arrêté par la police. |
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| 18. | 27 |
et de nouveau il l'a nié pierre et voici que le coq a crié |
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Et voici que... Ce mot grec eutheôs, tout comme euthus, dans nombre de cas, traduit l'hébreu : we-hinneh, et voici que... Genèse 15, 4 : Et voici que la parole lui fut adressée pour dire, hébreu we-hinneh, grec kai euthus... Genèse 24, 45 : Moi je n'avais pas encore fini de parler en m'adressant à mon propre cœur, et voici Rebecca qui sortait, et une cruche sur son épaule... Hébreu we-hinneh ribeqah, grec euthus... Genèse 38, 29 : Et il advint que lorsqu'il retira sa main, et voici qu'il sortit son frère... Hébreu : we-hinneh, grec kai euthus. Les traducteurs de Matthieu, de Luc et de Marc utilisent volontiers les mots grecs eutheôs et euthus pour traduire cette antique expression des anciens conteurs hébreux. Matthieu 4, 20, eutheôs ; Marc 1,18, euthus ; Matthieu 8, 3, eutheôs, etc. |
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| 18. | 28 |
alors ils ont conduit ieschoua de chez qaïapha au prétoire c'était tôt le matin et eux ils ne sont pas entrés dans le prétoire pour ne pas se souiller et pour pouvoir manger pesah |
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Le prétoire : la résidence du gouverneur romain lorsqu'il venait à Jérusalem, en particulier lors des grandes fêtes. Eux ils ne sont pas entrés dans le prétoire, pour ne pas se souiller, et pour pouvoir manger pesah... Selon notre document, donc, la fête de pesah, transcrite ici comme d'habitude en caractères grecs, mais non traduite, allait avoir lieu le soir, ce soir-là. Ceux qui conduisent le rabbi enchaîné au prétoire, à la résidence du gouverneur romain, ne veulent pas se souiller car ils veulent manger le pesah ce soir. Matthieu, Luc et Marc nous disent que le Seigneur a mangé pesah dans la nuit précédente. Par conséquent il existe une opposition de points de vue, plus précisément de calendriers, entre l'Évangile de Jean, et les Évangiles de Matthieu, de Luc et de Marc. Manger le pesah, c'est manger l'agneau de pesah. L'Évangile de Jean et les Evangiles de Matthieu, de Luc et de Marc ne sont pas pensés à l'intérieur du même calendrier. La confrérie des perouschim, que nous appelons les pharisiens — ce qui n'est ni une traduction ni une transcription fidèle —, suivait un calendrier. Un groupe appartenant au haut sacerdoce suivait un autre calendrier, Paul Billerbeck, Kommentar zum Neuen Testament aus Talmud und Midrasch, II, Exkurs, der Todestag Jesu. C'est une indication de plus concernant celui qui a écrit le document hébreu qui est ici traduit en grec. Son calendrier n'était pas le calendrier de ceux qui ont composé les Évangiles de Matthieu, de Luc et de Marc. C'était le calendrier d'un groupe du haut sacerdoce. C'est peut-être aussi pour cette raison qu'il écrit (Jean 13, 2) : Il y eut un repas... Alors qu'il s'agit manifestement du repas dont Matthieu, Luc et Marc nous disent que ce fut pour le rabbi et ses compagnons un repas de pesah. |
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| 18. | 29 |
il est alors sorti pilatus dehors il est allé vers eux et il leur a dit quelle est l'accusation que vous portez contre cet homme alors ils lui ont répondu et ils ont dit |
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Alors il est sorti Pilatus dehors... C'est de l'hébreu : waïetze... hahoutzah. Genèse 15, 5 : Et il le fit sortir dehors, wa-iôtze ôtô hahoutzah, etc. Pour nous c'est un pléonasme. Pour les Hébreux, c'était la manière naturelle de s'exprimer. |
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| 18. | 30 |
si cet homme n'était pas un malfaiteur nous ne te l'aurions pas livré |
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alors il leur a dit pilatus prenez-le donc vous-mêmes et conformément à votre propre loi jugez-le alors ils lui ont dit les judéens à nous il ne nous est pas permis de mettre à mort qui que ce soit |
| 18. | 32 |
cela c'est afin qu'elle soit accomplie la parole de ieschoua celle qu'il avait dite lorsqu'il a fait connaître de quelle mort il allait mourir |
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C'est afin qu'elle soit accomplie... Traduction littérale selon l'hébreu : afin qu'elle soit remplie... Jean 12, 33 : Il leur dit cela pour leur faire connaître de quelle mort il allait mourir. Le raisonnement est simple. A partir du moment où le rabbi galiléen n'était pas mis à mort à coups de pierres, comme le sera bientôt Stephanos, Actes 7, 54 et sq., mais livré au gouverneur romain, la mort qui attendait le condamné était la mort par la croix. |
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| 18. | 33 |
alors il est rentré de nouveau dans le prétoire pilatus et il a appelé ieschoua et il lui a dit c'est toi le roi des judéens |
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C'est toi le roi des Judéens... La proposition d'après le texte grec et d'après l'hébreu sous-jacent peut être une affirmation et elle peut être une interrogation. Nous rappelons ici que les vieux manuscrits ne comportaient pas de signes de ponctuation. Ce peut être aussi une proposition affirmative de type dubitatif : Alors c'est toi le roi des Judéens... C'est aussi peut-être une moquerie. Seul le ton pouvait permettre de déterminer quel était exactement le sens de la proposition. En hébreu : attah hou melek ha-iehoudim. La question est de savoir en quelle langue le gouverneur romain Pilate parlait avec les Judéens, et avec son prisonnier galiléen. Il est permis de supposer qu'il avait appris quelques mots d'hébreu. Disposait-il d'un interprète ? La proposition a pu aussi être affirmative et marquée de peur : Alors c'est toi le roi des Judéens ! Ainsi donc c'est toi le roi des Judéens ! |
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| 18. | 34 |
il lui a répondu ieschoua est-ce que c'est à partir de ton propre cœur que tu dis cela ou bien est-ce que ce sont les autres qui t'ont dit cela à mon sujet |
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Est-ce que c'est à partir de ton propre cœur... La vieille expression hébraïque mi-leb que nous avons rencontrée plusieurs fois. La réponse du Seigneur à Pilate peut laisser supposer qu'en réalité la proposition de ce dernier n'était pas interrogative mais bien affirmative, avec toutes les intonations de doute, de crainte, que l'on voudra... |
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| 18. | 35 |
et il a répondu pilatus est-ce que moi je suis judéen c'est ton peuple et ce sont tes prêtres qui t'ont livré à moi qu'est-ce que tu as fait |
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et il a répondu ieschoua [et il a dit] ma royauté n'est pas du monde de la durée présente si elle était du monde de la durée présente ma royauté mes serviteurs auraient combattu pour moi afin que je ne sois pas livré aux judéens mais maintenant et en réalité ma royauté n'est pas d'ici-bas |
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Ma royauté... Le grec basileia peut traduire les différents mots hébreux dérivés de la même racine malak : melpukah, malekout, mamelakah, mamelakout et aussi memeschalah, la domination. Ici nous pouvions donc traduire : la royauté, le royaume, le règne... Mais maintenant et en réalité... Grec nun de, hébreu we-atah... |
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| 18. | 37 |
alors il lui a dit pilatus ainsi donc tu es roi et il a répondu ieschoua c'est toi qui l'as dit que je suis roi moi voici pourquoi je suis né et voici pourquoi je suis venu dans le monde de la durée présente c'est afin d'attester en faveur de la vérité et tout homme qui est issu de la vérité écoute ma voix |
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Et ainsi donc tu es roi... Cette proposition, comme 18, 33, peut êtreaffirmative, interrogative, plus ou moins empreinte de doute et de crainte, ou de moquerie, selon le ton. C'est toi qui l'as dit... Plusieurs interprétations possibles. 1. C'est toi qui l'as dit, moi je n'ai rien dit de tel. 2. Toi tu l'as dit, et c'est vrai. Quoique tu sois païen, tu as donc été capable de voir qu'en réalité je suis roi. Ni le texte grec ni l'hébreu ne permettent de trancher avec certitude. C'est toi qui l'as dit, hébreu : atah amarta. Tu ne t'es pas trompé. Je suis vraiment roi, à ma manière, dans mon ordre. |
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| 18. | 38 |
il lui a dit pilatus qu'est-ce que c'est vérité il a dit cela et de nouveau il est sorti pour aller voir les judéens et il leur a dit moi je n'ai trouvé dans cet homme aucune cause [de condamnation] |
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Qu'est-ce que c'est, vérité ? Deux interprétations possibles. 1. Pilate pose une question philosophique, en sceptique dilettante qu'il est. C'est l'interprétation de Nietzsche, der Antichrist, § 46, qui fait les délices des professeurs de philosophie du monde entier. 2. Une interprétation purement philologique, beaucoup moins brillante mais beaucoup plus probable. Le procurateur romain et le rabbi galiléen parlent en hébreu du premier siècle de notre ère. Le rabbi galiléen ne sait pas parler latin. Il lui dit, en hébreu : Je suis venu pour attester en faveur de la vérité, et tout homme qui est issu de la vérité écoute ma voix. La vérité, en hébreu, se dit ha-emet. Pilate, qui sait sans doute quelques mots d'hébreu comme un Gauleiter allemand en France, sous l'Occupation, finissait par connaître quelques mots de français, ne comprend pas le sens de ce mot, et il demande : qu'est-ce que c'est, émet ? Moi je n'ai trouvé dans cet homme aucune cause de condamnation : il est permis de supposer, sinon dans la bouche du procurateur romain qui jargonne quelques mots d'hébreu, du moins dans sa pensée, le mot latin causa, au sens juridique du terme : il n'y a pas matière à procès. |
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mais c'est la coutume chez vous que je vous en relâche un [prisonnier] lors de la fête de pesah est-ce que vous voulez que je vous relâche le roi des judéens |
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Vous avez l'habitude : traduction littérale : elle est l'habitude à vous... |
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alors ils se sont mis de nouveau à crier et ils ont dit non pas celui-ci mais bar abba ce bar abba était un terroriste |
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