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Evangile de Jean - Traduction et Notes - Claude Tresmontant - Chapitre 4

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4.  1 lorsqu'il a connu ieschoua
qu'ils ont entendu les perouschim
que ieschoua fait plus de disciples
et il plonge davantage [dans l'eau]
que iôhanan
 
4.  2 mais en réalité ce n'est pas ieschoua lui‑même
qui plongeait [les gens] dans l'eau
ce sont ses disciples
 
4.  3 alors il a quitté la judée
et il s'en est allé de nouveau dans la galilée
 
4.  4 il lui a fallu passer à travers la samarie
 

La Samarie. Le roi Salomon est mort vers 930 avant notre ère. Après sa mort, le royaume constitué par David et par Salomon se divise en deux parts inégales : le royaume du Nord, dix tribus ralliées à Jéroboam ; le royaume du Sud, deux tribus, Juda et Benjamin, qui restaient fidèles au fils de Salomon, Roboam, 1 Rois 12. Jéroboam est donc le premier roi d'Israël au sens restreint du terme. Il s'installe à Sichem. Vers 884 avant notre ère, tout Israël fit roi Omri qui était un chef d'armée, 1 Rois 16, 16. Omri a acheté la montagne de schômerôn, il l'a achetée à Schemer, pour deux talents d'argent. Et il a construit la montagne (il a fait des constructions sur la montagne) et il a appelé le nom de la ville qu'il a bâtie, sur le nom de Schemer, le seigneur de la montagne : Schômerôn. La traduction grecque en cet endroit transcrit : la montagne de semerôn, acquise de la main de semer, le seigneur de la montagne saemèron. 1 Rois 13, 32, l'hébreu schômerôn est transcrit en caractères grecs samareia. Abel, Géographie de la Palestine, II, 443, pense que la vocalisation schômerôn, que nous lisons dans nos éditions hébraïques modernes, n'est pas primitive. L'assyrien donne samerina et les traducteurs en langue grecque ont entendu et transcrit samareia. C'est la transcription que nous avons dans Jean 4, 4 ; Luc 17, 11 ; Actes 1,8; etc. La vocalisation hébraïque schômerôn rapproche le nom de la ville, du verbe schamar, garder. Schômerôn, c'est le poste de garde. Les Samaritains, les descendants de l'antique royaume de Samarie, interprètent eux-mêmes leur nom à partir du verbe hébreu schamar, garder. Ils se considèrent comme les authentiques gardiens de la Torah, de l'Instruction et de la Norme donnée par Môscheh au peuple hébreu au xiiie siècle avant notre ère. Au viiie siècle avant notre ère, sous le règne de Jéroboam II (786-746) le prophète — Amos 7, 11 — annonce, en pleine prospérité politique et économique, que le roi va mourir par l'épée et qu'Israël va être déporté de dessus sa propre terre. En 721 la capitale du royaume d'Israël est prise par Sargon, le roi d'Assur, le frère et le successeur de Salmanasar. Les Annales du roi nous relatent la prise de Samerina. Le roi d'Assur déporte près de 30 000 prisonniers en Assyrie. Le Second livre des Rois ajoute, 2 Rois 17, 24, que le roi d'Assyrie a fait venir des gens de Babel, de Coutah, etc., et qu'il les a installés dans les villes de la Samarie à la place, hébreu tahat, grec anti, des fils d'Israël. Et ils ont pris possession de la Samarie et ils ont habité dans ses villes. Au viie siècle avant notre ère, le roi du royaume de Juda, Josias (640-609), fait démolir l'autel des sacrifices de Béthel, 2 Rois 23,15. Il fait disparaître toutes les maisons de hauts lieux qui se trouvaient dans les villes de Samarie, 2 Rois 23, 19. Au ive siècle avant notre ère, les habitants de la Samarie construisent sur le mont Garizim un sanctuaire semblable au Temple de Jérusalem. Le livre saint, c'est la Torah, ce que nous, au xxe siècle, nous appelons le Pentateuque, les cinq livres de Moïse. Der Hebraïsche Pentateuch des Samaritaner, éd. Gall, Giessen, 1918. Texte extrêmement précieux puisqu'il nous permet de comparer le texte hébreu conservé avec un soin infini par la communauté issue de Samarie, avec le texte hébreu conservé par la communauté issue de Jérusalem, celui que nous lisons dans nos éditions modernes, qui sont établies à partir de manuscrits transmis par la communauté issue de Jérusalem. Vers 108 avant notre ère, le Temple du mont Garizim est détruit et l'ancienne capitale de la Samarie est détruite elle aussi par Jean Hircan (Abel, Histoire de la Palestine, I, 211). En 63 avant notre ère, Pompée rattache la Samarie à la province romaine de Syrie. Vers 26 avant notre ère, Hérode dit le Grand, roi de la Palestine, par décision de l'empereur Auguste, reconstruit la capitale et il l'appelle Sébastè (André Parrot, Samarie, capitale du royaume d'Israël, Cahiers d'Archéologie biblique).

 
4.  5 il est donc arrivé dans une ville de la samarie
appelée sychar 
[c'était] près du champ qu'il a donné iaaqôb
à iôseph son fils
 

Près du champ qu'il a donné, Iaaqôb, à Iôseph son fils... Genèse 33, 18 : Et il arriva, Iaaqôb, à Schalem, une ville de Sichem qui [est] au pays de Kanaan, lorsqu'on arrive à Paddan-Aram et il a campé en face de la ville. Et il a acheté une partie du champ, hébreu heleqat ha-sadeh, grec tèn merida tou agrou, là où il avait planté sa tente, de la main des fils de Hamor (les fils de l'Ane...), le père de Sichem... Genèse 48, 22 : Et moi je t'ai donné schekem ehad, une épaule, grec sikima, la ville de Sichem...

 
4.  6 c'est là qu'était la source de iaaqôb
 
ieschoua était fatigué du voyage
et il s'est assis comme cela près de la source
l'heure c'était environ la sixième
 

II y avait là la source de Jacob... L'article déterminatif manque en hébreu dans ce cas. Le traducteur a traduit littéralement ce qu'il voyait ou entendait.

C'était environ la sixième heure : ce que les Hébreux appelaient la sixième heure correspond au milieu de la journée.

 
4.  7 est arrivée une femme
[qui était] de la samarie
pour puiser de l'eau
et il lui a dit ieschoua
 
donne‑moi à boire
 

Donne-moi à boire : Exode 17, 2 : tenou-lanou maïm we-nischeteh. Genèse 47,15 : Donne-nous du pain, habah lanou lehem.

 
4.  8 car ses disciples étaient partis à la ville
pour acheter à manger
 
4.  9 alors elle lui a dit la femme de samarie
 
comment se fait‑il que toi qui es un judéen
à moi tu me demandes à boire
moi qui suis une femme de la samarie
 
car ils ne se fréquentent pas
les judéens et les samaritains
 

Comment (est-il possible que) toi qui es Judéen, tu me demandes à boire à moi qui suis une femme de Samarie. En français moderne, on demande quelque chose à quelqu'un... En hébreu ancien, on demande quelque chose de quelqu'un, quelque chose qui va venir de celui qui va donner ce qui lui est demandé, schaal min... Exode 3, 22 ; 11, 2 ; 12, 35 ; 22, 13 ; etc. C'est cette expression hébraïque schaal min qui est régulièrement traduite en grec, depuis Exode 3, 22, par l'expression grecque aitein (demander) quelque chose, para venant de... quelqu'un. C'est cette expression grecque barbare — grec de traduction — que nous trouvons ici dans Jean 4, 9.

Car ils ne se fréquentent pas les Judéens et les Samaritains : c'est une remarque fort utile et même nécessaire pour les lecteurs de notre traduction grecque de l'Évangile de Jean, qui sont dispersés sur tout le pourtour du bassin de la Méditerranée et qui ne sont pas forcés de savoir que les Judéens et les Samaritains sont brouillés depuis des générations. On remarque une fois de plus à propos de ce texte que les Ioudaioi, ce sont les Judéens, c'est-à-dire les habitants de ce pays ou de ce territoire qui s'appelait la Judée, l'ancien royaume de Juda. Les Samaritains sont les habitants du pays qui s'appelait la Samarie, l'ancien royaume d'Israël, capitale Samarie, hébreu schômeron, cf. 1 Rois 16, 24 ; Amos 4, 1 ; etc. La capitale a donné son nom à tout le pays, Osée 14,1.

 
4.  10 alors il a répondu ieschoua et il lui a dit
 
si tu connaissais le don de dieu
et qui est celui qui te dit
donne‑moi à boire
c'est toi qui lui demanderais
et il te donnerait de l'eau vivante
 

L'eau vivante : hébreu maïm haiim, au pluriel, des eaux vivantes. Genèse 26,19 : Et ils trouvèrent là un puits d'eaux vivantes.

 
4.  11 et elle lui a dit la femme
 
seigneur tu n'as même pas de quoi puiser
et le puits est profond
d'où tirerais‑tu l'eau vivante
 
4.  12 est‑ce que toi tu es plus grand
que notre père iaaqôb qui nous a donné le puits
et lui‑même il en a bu
et ses fils et ses troupeaux
 
4.  13 et il a répondu ieschoua et il lui a dit
 
tout homme qui boit de cette eau‑là
il aura soif de nouveau
 
4.  14 mais celui qui boira de l'eau
que moi je lui donnerai
il n'aura jamais plus soif
dans la durée à venir
 
mais l'eau que je lui donnerai
deviendra en lui une source d'eau
qui jaillira jusque dans la vie de la durée éternelle à venir
 

Il n'aura plus soif dans la durée à venir, grec eis ton aiôna, hébreu le-ôlam, Genèse 3, 22 ; 6, 3 ; ad-ôlam, Genèse 13,15 ; 12, 24 ; Exode 14, 13 ; traduction grecque eis ton aiôna chronon ; le-ôlam, Exode 15, 18 ; Juges 2, 1 ; etc. C'est une expression typiquement hébraïque, très fréquente dans la Bibliothèque hébraïque, et la traduction grecque habituelle, eis ton aiôna relève de ce que Richard Simon appelait, à juste titre, du grec de synagogue, c'est-à-dire du grec qui est composé pour traduire la Bible hébraïque. Aiôn, en grec ancien, par exemple chez Homère, signifie le temps, la durée de la vie, la vie.

Qui jaillira dans la vie de la durée éternelle à venir : le grec aiônios traduit l'hébreu olam, la durée indéfinie du passé, ou la durée indéfinie de l'avenir ; Genèse 9, 12 : les générations de la durée à venir ; Genèse 9, 16 : une alliance pour la durée indéfinie à venir ; Genèse 17, 7 : une alliance pour la durée indéfinie à venir, berit olam ; 17, 13, idem. Genèse 48, 4, une possession valable pour la durée à venir indéfinie, ôlam, etc.

 
4.  15 et elle lui a dit la femme
 
seigneur donne‑moi de cette eau
afin que je n'aie plus soif
et que je ne vienne plus ici pour puiser
 
4.  16 et il lui a dit [ieschoua]
 
va et appelle ton homme et reviens ici
 

Ton homme : hébreu probable isch. Genèse 2, 23 : Et il dit, l'homme (hébreu ha-adam) : celle-ci, cette fois, [c'est] de l'os [tiré] de mon os, et de la chair [tirée] de ma chair. A celle-ci il sera crié : ischah, femme, parce que de l'homme, isch, elle a été prise, celle-ci.

 
4.  17 et elle a répondu la femme et elle lui a dit
 
je n'ai pas d'homme
 
et il lui a dit ieschoua
 
tu fais bien de dire
je n'ai pas d'homme
 

Je n'ai pas d'homme. Restaurer l'hébreu : il n'y a pas d'homme à moi, ein li isch.

 
4.  18 car cinq hommes ont été à toi
et maintenant celui qui est à toi
ce n'est pas ton homme
en cela tu as dit vrai
 

Grec : Car cinq hommes tu as eus. Hébreu : cinq hommes ont été à toi.

Et maintenant celui que tu as. Hébreu : et celui qui maintenant est à toi...

 
4.  19 et elle lui a dit la femme
 
seigneur je vois que prophète tu es toi
 

Je vois que prophète tu es toi. En hébreu, il n'y a pas le verbe être : ki nabi atah, que prophète toi, le verbe être est sous-entendu. Les traducteurs en langue grecque sont obligés le plus souvent d'ajouter dans le texte grec le verbe être qui n'est pas dans le texte hébreu, mais ils ne le font pas toujours.

 
4.  20 nos pères sur cette montagne‑ci
ils se sont prosternés
et vous
vous dites
c'est à ierouschalaïm le lieu où il faut se prosterner
 

Se sont prosternés : verbe grec proskunein, qui signifiait en grec : saluer en se prosternant, ou en portant la main à sa bouche comme pour donner un baiser. La construction proskunein suivi du datif est propre au grec de synagogue, traduction des Septante et du Nouveau Testament. Le verbe grec proskunein traduit l'hébreu hischetahaweh, qui signifie bien se prosterner à terre, le nez à terre : Genèse 18,2 ; 19,1 ; 22, 5 ; 23, 7 : Et il se leva Abraham, et il se prosterna devant, hébreu le, le peuple du pays, traduction grecque, construction avec le datif. Genèse 23, 12 : Et il se prosterna Abraham devant la face du peuple du pays. Genèse 24, 26 : Et il se mit à genoux, l'homme, et il se prosterna devant YHWH, hébreu le-YHWH, traduction grecque, construction avec le datif. Genèse 24, 8, id. Genèse 24, 52, id. Genèse 27, 29 : Et ils te seront asservis, des peuples ; et ils se prosterneront devant toi, des populations ; et ils se prosterneront devant toi, les fils de ton père. Traduction grecque, construction avec le datif. Genèse 37, 7 : Et voici que vos gerbes se prosternent devant ma gerbe. Genèse 37, 9 : Et voici que le soleil et la lune et douze étoiles se prosternent devant moi, hébreu . Ces exemples et bien d'autres montrent que chez les anciens hébreux on pouvait aussi se prosterner devant un homme. Genèse 42, 6 : Et ils arrivèrent les frères de Iôseph et ils se prosternèrent devant lui à terre, hébreu , traduction grecque, construction avec le datif. Genèse 49, 8 : Ils se prosterneront devant toi, hébreu le-ka, les fils de ton père, traduction grecque proskunèsousin soi. Exode 18, 7 : Et il sortit Môscheh à la rencontre de son beau-père et il se prosterna... Exode 20, 5 interdit aux Hébreux de se prosterner devant les dieux des nations païennes ; Exode 23, 24. Exode 32, 8 : Ils se sont fait un veau de métal fondu et ils se sont prosternés devant lui, littéralement : à lui, hébreu , traduction grecque proskekunèkasin auto. Deutéronome 4, 19 : Afin que tu n'élèves pas tes yeux vers les cieux, et que voyant le soleil et la lune et les étoiles, et toute l'armée des cieux, tu ne te prosternes pas devant eux, littéralement : à eux, hébreu lahem, traduction grecque proskunèsès autois. De même Deutéronome 5, 9.

Sur cette montagne-ci, que la femme montre du doigt, le mont Garizim, sur lequel avait été construit autrefois un temple, dans lequel les habitants de Samarie sacrifiaient. Le Temple avait été démoli par Jean Hyrcan en 129 avant notre ère, mais les sacrifices se continuaient sur la montagne, en particulier le sacrifice des agneaux pour la fête de pesah.

 
4.  21 et il lui a dit ieschoua
 
sois certaine de la vérité de ce que je te dis
femme
elle vient l'heure
où ce n'est ni sur cette montagne ni à ierouschalaïm
que vous vous prosternerez devant le père
 

Ni sur cette montagne (le mont Garizim) ni à Jérusalem... Proposition hautement rationaliste. Le temps des cultes locaux et des sanctuaires particuliers est maintenant périmé. Il n'est pas nécessaire d'aller dans un temple particulier ni dans un lieu particulier pour se prosterner devant Dieu, puisque la création entière est sa demeure, et elle est trop petite pour le contenir. Ce que dit ici le Seigneur à la femme de Samarie est conforme à ce qu'il avait dit avant : le temps du Temple physique, matériel, est désormais dépassé ou périmé. Et c'est ce thème qui a été repris et utilisé par ses adversaires, en même temps que déformé, comme nous l'avons noté précédemment.

 
4.  22 vous
vous vous prosternez
devant celui que vous ne connaissez pas
nous
nous nous prosternons
devant celui que nous avons connu
parce que le salut [vient] des judéens
 

Vous, vous vous prosternez devant celui que vous ne connaissez pas, ou : que vous n'avez pas connu. Celui que et non pas ce que, hébreu ascher qui est un pronom relatif masculin, féminin et neutre. Le traducteur en langue grecque a choisi le neutre ho, et non pas le masculin hon, parce que sa connaissance de la grammaire grecque n'était pas sans incertitudes. Dans la tradition hébraïque on se prosterne devant quelqu'un, mais on ne se prosterne pas devant quelque chose...

Parce que le salut vient des Judéens : hébreu ha-ieschoua min-ha-iehoudim hi. Le verbe être n'est pas nécessaire ici non plus en hébreu. Le verbe être a été ajouté en grec parce que c'est quasi indispensable en grec à peu près correct. Il se pourrait qu'il y ait dans cette proposition un jeu de mots, ou du moins une allusion au nom du Seigneur, Ieschoua, de la même racine iascha que le mot ieschoua, le salut, qui est traduit en grec par sôtèria. Ieschoua, lui qui est le salut, il vient de Judée... Le fond de la pensée paraît être celui-ci : Dieu a communiqué sa pensée créatrice à l'intérieur de cette zone germinale qui est le peuple hébreu. C'est là, dans cette zone toute particulière de l'humanité, qu'il s'est fait connaître et qu'il a fait connaître son dessein créateur. Le prophétisme hébreu est un fait hébreu. Par conséquent le Seigneur explique à la femme de Samarie qu'objectivement le salut vient des prophètes hébreux, et du dernier d'entre eux, celui qui lui parle et qu'elle-même vient de reconnaître comme prophète. La femme de Samarie aurait pu objecter au Seigneur — et peut-être l'a-t-elle fait — que le royaume d'Israël, capitale Samarie, a eu aussi ses prophètes dans les temps anciens. Amos a été porter la parole de Dieu à la cour royale du royaume d'Israël, sous le règne de Jéroboam II. Il va dénoncer violemment les crimes des hommes et des femmes de Samarie. Samarie a donc eu aussi ses prophètes. Cela est vrai. Mais depuis la séparation entre la Samarie et la Judée, la Samarie n'est plus une zone dans laquelle Dieu communique sa pensée créatrice. Il la communique en Judée et en Galilée. C'est de là que vient le salut de Dieu. Il est connu, il s'est fait connaître, en Juda, Dieu, Psaume 76, 2, et en Israël grand est son nom.

 
4.  23 mais elle vient l'heure
et c'est maintenant
où ceux qui se prosternent en vérité
ils se prosterneront devant le père
dans l'esprit et dans la vérité
car le père recherche ceux qui se prosternent
de cette manière devant lui
 
4.  24 il est] esprit
dieu
et ceux qui se prosternent devant lui
c'est dans l'esprit et dans la vérité
qu'il faut se prosterner
 

II est esprit, Dieu : traduction incertaine, car on pourrait aussi bien interpréter : l'Esprit, c'est Dieu ; c'est Dieu, l'Esprit. Cette seconde traduction est peut-être plus vraisemblable que la première. Si le traducteur en langue grecque a respecté l'ordre des mots de l'hébreu, on a d'abord ruah, puis elohim, sans le verbe être en hébreu ; le traducteur en langue grecque ne l'a pas mis non plus. Dans ce cas-là il faudrait entendre : l'Esprit dont je vous parle, c'est Dieu. Le lieu dans lequel on se prosterne pour adorer Dieu, le père, c'est l'Esprit, l'Esprit saint, qui est Dieu. L'Esprit saint remplace le Temple matériel, désormais périmé.

 
4.  25 et elle lui a dit la femme
je sais que le maschiah va venir
ce qui signifie [en traduction]
celui qui a reçu l'onction [de l'huile]
 
lorsqu'il viendra celui‑là
il nous annoncera toutes choses
 

Je sais que le meschiah vient... Certains manuscrits donnent : nous savons que... Il vient, c'est-à-dire : il va venir, il doit venir... Psaume 40, 8 : Et alors j'ai dit : Voici que je viens. Dans le rouleau du Livre il est écrit à mon sujet... Cantique des Cantiques 2, 8 : La voix de mon chéri ! Voici qu'il vient... Jean le baptiseur dans sa prison envoie des messagers à Ieschoua et lui demande : Est-ce que toi tu es celui qui vient, celui qui doit venir, celui qui va venir, ou bien est-ce que nous devons en attendre un autre ? Matthieu 11,2. Celui qui vient est donc un titre messianique.

Dans notre texte grec, nous avons tout d'abord la transcription en caractères grecs du mot hébreu meschiah, du verbe maschah, oindre. Puis nous avons l'interprétation ou la traduction en langue grecque de ce mot hébreu, ce qui signifie christos. Nous avons nous-mêmes traduit le grec christos en français, et cela donne : oint, ou, sous forme développée : celui qui a reçu l'onction de l'huile.

 
4.  26 et il lui a dit ieschoua
 
je le suis moi qui te parle
 

Je le suis — ou : c'est moi, hébreu ani hou. Traduction littérale : moi = lui. Nous allons retrouver cette expression hébraïque plusieurs fois dans la suite de notre texte, traduite en grec egô eimi. Le traducteur en langue grecque ajoute ici le verbe être, parce qu'il ne peut pas faire autrement. Nous-mêmes nous avons ajouté le verbe être en français, soit que nous traduisions : je le suis — ou bien : c'est moi !

 
4.  27 et là‑dessus sont arrivés ses disciples
et ils s'étonnaient
parce qu'il parlait avec une femme
personne cependant n'a dit
que cherches‑tu
ou bien
pourquoi parles‑tu avec elle
 

Que cherches-tu ? Ou : Qu'est-ce que tu cherches ? En hébreu ma-zeh tischeal. Pourquoi parles-tu avec elle ? De nouveau l'hébreu ma, traduction littérale quoi ? Traduction grecque dans les deux cas : ti.

 
4.  28 elle a donc laissé sa cruche la femme
et elle s'en est allée à la ville
et elle a dit aux gens
 
4.  29 venez et voyez un homme qui m'a dit
tout ce que j'ai fait
est‑ce que ce n'est pas celui‑là
celui qui a reçu l'onction
 

Celui qui a reçu l'onction : grec christos, qui est la traduction de l'hébreu meschiah.

 
4.  30 et ils sont sortis de la ville et ils sont venus vers lui
 
4.  31 entre‑temps ils lui demandaient les disciples
et ils lui disaient
 
rabbi mange
 

Entre-temps... c'est-à-dire : Avant que n'arrivent les gens qui venaient de la ville de Samarie.

Rabbi : les disciples appellent leur maître en utilisant ce terme hébreu conservé dans le texte grec.

 
4.  32 et lui il leur a dit
 
il est pour moi une nourriture à manger
que vous vous ne connaissez pas
 

Moi j'ai une nourriture à manger : Hébreu : il est à moi une nourriture à manger...

Quant à moi, il est à moi une nourriture à manger que vous, vous ne connaissez pas... En hébreu iesch li le-ékôl ôkel... Comme c'est très fréquemment le cas en hébreu, le verbe est doublé. Traduction littérale : Il est à moi du manger à manger... Genèse 2, 16 : Mikôletz ha-gan akôl tôkel, de tout arbre du jardin, manger, tu mangeras, grec brôsei phagè. — 2 Samuel 19, 43 : Est-ce que, manger, nous avons mangé (de quelque chose qui vient) du roi ? Hébreu : heakôl akalenou, grec mè brôsei ephagamen. — En grec, le substantif brôsis, la nourriture, et le verbe phagein, manger, ne sont pas de la même racine, et donc on n'aperçoit pas, dans la traduction grecque, que les deux mots grecs traduisent deux mots hébreux qui sont, eux, de la même racine akal manger. Le substantif hébreu ôkel, c'est ce qui se mange, le manger, la nourriture, traduction grecque brôsis. Nous avons donc dans ce texte de Jean 4, 32 une preuve de plus que ce texte grec est une traduction faite à partir d'un texte hébreu antérieur, puisque la construction « manger du manger » est hébraïque, et que l'identité de la racine hébraïque du verbe et du substantif n'est plus perceptible dans la traduction grecque.

 
4.  33 ils se sont dit alors les disciples
chacun a son compagnon
 
est‑ce que quelqu'un lui a apporté à manger
 

Ils se dirent donc les disciples chacun à son compagnon : l'expression grecque pros allèlous traduit régulièrement l'expression hébraïque : chacun à son frère, ou : chacun à son compagnon, Genèse 42, 28 ; Exode 18, 7 ; etc. Nous restaurons donc la vieille expression hébraïque qui se trouve sous notre traduction grecque, beaucoup plus abstraite.

 
4.  34 et il leur a dit ieschoua
 
ma nourriture à moi
c'est de faire la volonté
de celui qui m'a envoyé
et que j'achève son œuvre
 
4.  35 n'est‑ce pas vous qui dites
encore quatre mois
et voici la moisson qui vient
voici je vous le dis
levez vos yeux et regardez les champs
ils sont clairs pour la moisson
 

Et regardez les champs, ils sont clairs pour la moisson : construction hébraïque, commençant par ki. Clairs pour la moisson ; clairs, c'est-à-dire mûrs, et donc prêts à être moissonnés.

 
4.  36 déjà celui qui moissonne reçoit son salaire
et il recueille les fruits pour la vie
de la durée éternelle à venir
afin que celui qui sème se réjouisse
en même temps que celui qui moissonne
 
4.  37 car c'est bien en ceci
qu'elle est vraie la parole
autre est celui qui sème
et autre celui qui moissonne
 
4.  38 moi je vous ai envoyés moissonner
ce que vous
vous n'avez pas peiné [à faire pousser]
d'autres ont peiné
et vous
vous êtes entrés dans leur ouvrage
 
4.  39 de cette ville‑là
nombreux ont été ceux qui furent certains
de la vérité [qui est] en lui
parmi les samaritains
à cause de la parole de la femme qui attestait
 
il m'a dit tout ce que j'ai fait
 
4.  40 lorsque donc ils sont venus vers lui les samaritains
ils lui ont demandé de rester avec eux
et il est resté là deux jours
 

Ils lui ont demandé de rester auprès d'eux : le verbe grec erôtaô-ô suivi d'un infinitif, très violent en grec. Erôtaô-ô signifie : demander, interroger, poser une question. C'est la traduction littérale de l'hébreu schaal, demander, suivi du lamed.

 
4.  41 et bien plus nombreux ont été ceux
qui ont été certains de la vérité
à cause de sa parole
 
4.  42 et à la femme ils ont dit
 
ce n'est plus à cause de ce que tu nous as dit
que nous sommes certains de la vérité
car nous‑mêmes nous avons entendu
et nous savons que celui‑ci
il est véritablement le sauveur du monde
 
4.  43 et après ces deux jours‑là
il est sorti de là [pour aller] en galilée
 
4.  44 car lui‑même ieschoua il a attesté
qu'un prophète dans sa propre patrie
n'est pas honoré
 

Qu'un prophète dans sa propre patrie n'est pas honoré : En grec : il n'a pas d'honneur. En hébreu, vraisemblablement : il n'y a pas d'honneur pour le prophète dans sa propre patrie.

 
4.  45 lorsque donc il est venu dans la galilée
ils l'ont reçu les galiléens
car ils avaient vu tout ce qu'il a fait
à ierouschalaïm lors de la fête
car eux aussi ils étaient venus à la fête
 
4.  46 il est donc venu de nouveau
à qanah de la galilée
là où il avait changé l'eau en vin
 
et il y avait là un serviteur du roi
son fils était malade à kephar‑nahoum
 

À Kephar-Nahoum : Localité galiléenne située sur le bord du lac de Tibériade, Luc 4, 31 ; Matthieu, 4,13 ; Abel, op. cit., II, 292.

 
4.  47 et lui il a entendu que ieschoua était venu
de la judée dans la galilée
et il est allé vers lui
et il lui a demandé de descendre
et de guérir son fils car il allait mourir
 
4.  48 et alors il a dit ieschoua [en s'adressant] à lui
 
si des signes et des prodiges vous ne voyez pas
vous ne serez pas certains de la vérité
 
4.  49 il lui a dit le serviteur du roi
 
seigneur descends avant qu'il ne meure
mon petit garçon
 
4.  50 il lui a dit ieschoua
 
va
ton fils est vivant
 
et il a été certain l'homme
de la vérité de la parole
que lui avait dite ieschoua
et il s'en alla
 
4.  51 alors qu'il descendait
ses serviteurs sont venus à sa rencontre
et ils lui ont dit
 
ton fils est vivant
 

Que son fils est vivant : une série de manuscrits donne : Que ton fils est vivant. La première série de manuscrits a traduit l'hébreu ben par le grec pais. La seconde série de manuscrits traduit l'hébreu ben par le grec huios. Il ne s'agit donc pas d'un accident, d'une erreur accidentelle de copiste, mais bel et bien d'une divergence délibérée entre deux traductions.

 
4.  52 il leur a donc demandé à quelle heure
il s'était trouvé mieux
et ils lui ont dit
 
hier à la septième heure elle l'a quitté la fièvre
 

Hier à la septième heure : environ ce que nous appelons une heure de l'après-midi dans notre système.

 
4.  53 et il a connu le père
que [c'était] dans cette heure‑là
dans laquelle il lui avait dit ieschoua
ton fils est vivant
 
et il a été certain de la vérité
lui et sa maison tout entière
 
4.  54 voilà le deuxième signe qu'il a fait ieschoua
lorsqu'il est venu de la judée dans la galilée

 

 
 
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