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Evangile de Jean - Traduction et Notes - Claude Tresmontant - Chapitre 20

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20.  1 Le premier [jour qui suit le] schabbatôn
maria de magdala est venue tôt le matin
il faisait encore nuit
jusqu'au tombeau
et elle voit la pierre qui a été enlevée du tombeau
 

Le premier [jour qui suit le jour] du schabbatôn... Hébreu be-ehad ba-schabbat, ici le terme hébreu solennel schabbatôn, Exode 16, 23, transcrit en grec par le pluriel sabbata. Lévitique 23, 24, traduit en grec anapausis, repos ; Lévitique 23, 39, idem. Le mot hébreu schabbatôn est pris, par le traducteur grec, comme un pluriel grec, puisqu'il avait été transcrit par sabbata, qui est un pluriel. Et par conséquent il le fait précéder de l'article pluriel génitif ton. Inintelligible pour un païen. La semaine se terminait à la fin du schabbat. Le lendemain, le premier jour qui suit le schabbat, c'est le premier jour de la nouvelle semaine.

 
20.  2 alors elle court et elle va voir schiméôn pierre
et l'autre disciple
celui qu'il aimait ieschoua
et elle leur dit
 
ils ont enlevé le seigneur du tombeau
et nous ne savons pas où ils l'ont posé
 
20.  3 alors il est sorti pierre et l'autre disciple
et ils sont venus au tombeau
 
20.  4 ils couraient tous les deux ensemble
et l'autre disciple courait plus vite
il est passé devant pierre
et il est arrivé le premier au tombeau
 
20.  5 et il s'est penché et il a vu
qu'elle se tenait [debout] la tunique de lin
mais cependant il n'est pas entré
 

Il s'est penché, il a vu le sadin couché, mais cependant il n'est pas entré... Pourquoi n'est-il pas entré ? Lévitique 21, 1 : Pour un mort de sa parenté, que le prêtre ne se rende pas impur... Lévitique 21, 11 : De toutes les âmes des morts il ne s'approchera pas, pour son père et pour sa mère il ne se rendra pas impur... Ezéchiel 44, 15 : Et les prêtres (hébreu ha-kôhanim), les lévites fils de Tzadok... 44, 25 : Et vers un mort, vers un homme mort, hébreu el-met adam, il n'ira pas pour se souiller, pour devenir impur, si ce n'est pour un père, et pour une mère, et pour un fils et pour une fille ; pour un frère et pour une sœur qui n'a pas été à un homme, ils pourront se rendre impurs...

 
20.  6 alors est arrivé aussi schiméôn pierre qui le suivait
et il est entré dans le tombeau
et il a regardé la tunique de lin
qui se tenait [debout]
 
20.  7 et aussi le linge pour s'essuyer la sueur
qui était sur sa tête
il ne se tenait pas [debout] avec la tunique de lin
mais à part il était enroulé
dans le lieu unique [le tombeau]
 

Et le linge pour essuyer la sueur, grec soudarion, Luc, 19, 20 : Seigneur, voici la pièce de monnaie que j'avais cachée dans mon soudarion. Actes 19, 12 : Sur les malades on posait des soudaria qui avaient touché la peau de Paul... Jean 11, 44 : Son visage était entouré d'un soudarion.

Le soudarion, qui était sur la tête... Faut-il comprendre : sur la tête ? Ou : enroulé autour de la tête ? Ou : Sur son visage ? Mais à part enroulée... Faut-il comprendre qu'il était resté enroulé, comme il l'était lorsqu'il serrait la tête du Seigneur ? Ou bien qu'il a été enroulé ?

Dans un seul lieu... Nous conjecturons l'hébreu el maqôm ehad, Qohélet 3, 20 ; 6, 6. Dans les deux cas, il s'agit en réalité du tombeau. L'expression el maqôm ehad pourrait donc avoir été une expression consacrée, une expression pudique, pour désigner le tombeau. Il y a dans la Bible hébraïque beaucoup de lieux. L'un de ces lieux, c'est celui où nous allons tous aller, selon Qohélet, à savoir le tombeau.

Notre conjecture se trouve fortifiée par Pirqé Abot 3,1 : Aqabia fils de Mahalaleel disait : Considère trois choses et tu ne tomberas pas dans la main de la transgression. Connais d'où tu viens, et où tu vas, et devant la face de qui tu auras à rendre compte... Où tu vas : au lieu de la poussière, li-meqôm aphar, du ver et de la vermine... Le maqôm aphar de Pirqé Abot, c'est le maqôm ehad de Qohélet. Il faut se souvenir, pour comprendre ce point, de l'extrême pudeur des Hébreux et de leur extrême délicatesse, pour tout ce qui concerne l'amour et la mort. Ils en parlent simplement, naturellement, sans contorsion, mais avec une extrême discrétion. C'est juste le contraire des païens d'autrefois et d'aujourd'hui. Si l'auteur du document hébreu qui est ici traduit en grec est un kohen, non seulement il n'a pas le droit, sans se souiller, d'entrer dans un tombeau, mais il parle du tombeau par allusions, en termes voilés, en termes chiffrés, afin de ne pas souiller sa bouche.

 
20.  8 alors il est entré lui aussi l'autre disciple
celui qui était arrivé le premier au tombeau
il a vu et il a été certain que c'était vrai
 

Alors il est entré lui aussi, l'autre disciple... Pourquoi entre-t-il maintenant ? Parce qu'il sait qu'il n'y a pas de mort dans ce tombeau neuf, puisque le Seigneur s'est relevé d'entre les morts. Il peut donc entrer sans se souiller. Il a vu et il a été certain que c'était vrai... Exode 14, 31 : Et il a vu, Israël, la main grande qu'il a faite, YHWH, sur (contre) les Égyptiens, et ils ont craint, les hommes appartenant au peuple, YHWH, et ils ont été certains de la vérité qui est dans YHWH et dans Môscheh son serviteur...

La question est de savoir ce qu'il a vu, qui l'a conduit à cette certitude. Est-ce que c'est le sadin couché là, et le soudarion qui était resté enroulé à part dans le tombeau ? Est-ce que quelque chose dans la disposition de ces deux pièces fournissait une preuve certaine et irréfutable, que le Seigneur était relevé d'entre les morts ?

En effet, si on avait enlevé le Seigneur, on aurait enlevé le mort avec la tunique de lin dans laquelle il était enserré.

Si même on avait arraché la tunique de lin, sadin, dans laquelle il était enserré, et si on avait enlevé le cadavre nu, on aurait jeté en tas la tunique de lin. On aurait arraché le soudarion qui était sur la tête du Seigneur (ou sur sa figure) et on l'aurait aussi jeté à terre. Il ne serait pas resté enroulé, noué.

Or le sadin était dans une disposition telle — et le soudarion était resté enroulé comme il l'était peut-être autour de la tête du Seigneur — que cette disposition des deux pièces a conduit l'autre disciple à la certitude que le Seigneur était relevé d'entre les morts.

Est-ce tout ? Est-ce que dans notre texte grec du quatrième Évangile, le traducteur de notre texte nous a donné tous les éléments qui nous permettent de comprendre ce qu'a vu l'autre disciple et ce qui l'a conduit à la certitude qu'il est vrai que le Seigneur est relevé d'entre les morts ? Nous ne pouvons pas l'affirmer. Nous n'en savons rien. Peut-être l'autre disciple et Schiméon Pierre ont-ils vu quelque chose d'autre, en examinant de plus près le sadin, la tunique de lin, et le soudarion, la pièce d'étoffe qui était sur sa tête ou autour de sa tête, quelque chose qui les a conduits à la certitude de la vérité de la résurrection. Pourquoi le traducteur en langue grecque du quatrième Évangile ne nous l'aurait pas dit ? Pourquoi ne nous aurait-il pas communiqué ces éléments d'information qui nous échappent ? Peut-être parce que cette traduction grecque qu'il est en train de terminer, va éventuellement tomber entre les mains d'adversaires du Seigneur, ou même de païens, et qu'il ne veut pas dire ce qui est trop précieux, trop important et qui doit rester secret dans la communauté. Ainsi le traducteur en langue grecque du quatrième Évangile ne nous a pas rapporté les paroles du Seigneur sur l'une des matzôt et sur l'une des coupes de vin lors du dernier repas auquel pourtant l'auteur du document original assistait, puisqu'il est probablement celui qui a reçu le Seigneur dans sa propre maison, à Jérusalem, cette nuit-là, et puisqu'il rapporte longuement, lui seul, l'enseignement du Seigneur donné cette nuit-là. Pourquoi ne rapporte-t-il pas les paroles du Seigneur sur l'une des matzôt et sur l'une des coupes ? Peut-être pour le même motif. Ce qui est le plus précieux et le plus important ne doit pas être mis à la portée de n'importe qui et livré à un document écrit qui peut tomber entre les mains de n'importe qui.

Souvenons-nous que le symbole de foi, pendant plusieurs siècles, a été appris par cœur par les païens qui demandaient à entrer dans l'Église, et qu'il était interdit de le mettre par écrit. C'est la raison pour laquelle on l'appelait le sacramentum symboli, c'est-à-dire le secret du symbole.

 
20.  9 car ils n'avaient pas encore connu l'écriture
[qui enseigne] qu'il allait d'entre les morts se relever
 

Car ils n'avaient pas encore connu l'Écriture [qui enseigne] qu'il allait d'entre les morts se relever... Le grec deï recouvre ici la construction hébraïque lamed + l'infinitif. 2 Rois 4, 13 : Meh la-asôt lak, grec ti deï poisèsai soi, qu'y a-t-il à faire pour toi ? 2 Rois 4, 14, Meh la-asôt lah, grec ti deï poièsai autè, qu'est-ce qu'il y a à faire pour elle ? Daniel 2, 28 : Il existe un Dieu dans les cieux, il révèle les secrets, et il fait connaître au roi Nabuchodonosor ce qui va arriver, araméen mah di le-heweh, dans la suite des jours, be-aharit iômaïïa, grec ha deï genesthai ep'eschatôn ton hèmerôn. Daniel 2, 29 ; 2, 45 ; Matthieu 16, 21 ; 24, 6 ; Luc 9, 22 ; Marc 8, 31 ; 1 Corinthiens 11, 19 ; Apocalypse 1, 1 ; 22, 6. Celui qui a écrit l'Évangile de Jean, ou celui qui l'a traduit, souligne donc que les disciples n'avaient pas trouvé dans l'Écriture sainte, dans les prophéties, la certitude que le Seigneur allait se relever d'entre les morts. Ils ont été conduits à cette certitude par ce qu'ils ont vu dans le tombeau tout d'abord, et ensuite par les manifestations personnelles du Seigneur. La question, encore une fois, est de savoir si notre texte nous dit tout ce que Schiméon Pierre et l’autre disciple, Jean, ont vu.

 
20.  10 et ils sont repartis
et ils sont retournés chez eux les disciples
 
20.  11 quant à maria elle se tenait debout
auprès du tombeau dehors
et elle pleurait
 
et pendant qu'elle pleurait
elle s'est penchée [pour regarder]
à l'intérieur du tombeau
 

Quant à Maria elle se tenait debout hors du tombeau... Delitzsch et Zalkinson conjecturent l'hébreu : mihoutz la-qeber, au dehors du tombeau, et dans cette hypothèse le pros grec traduirait de nouveau le lamed hébreu.

Quant à Maria... Elle était naturellement revenue au tombeau après avoir annoncé à Schiméon Pierre et à l'autre disciple qui ne doit pas encore être nommé, que la grosse pierre qui fermait la porte du tombeau avait été roulée. Nous avons noté déjà que les inconnus qui ont traduit la Bibliothèque hébraïque de l'hébreu en grec, ont transcrit l'hébreu, que nous lisons aujourd'hui, dans nos éditions imprimées modernes, miriam, par les caractères grecs mariam. S'ils l'ont transcrit ainsi, c'est que vraisemblablement ils lisaient et prononçaient ainsi, et donc que la vocalisation des massorètes correspond à une prononciation moderne. Exode 15, 20 ; 15, 21 ; Nombres 12, 1 ; etc.

 
20.  12 et elle a vu deux messagers vêtus de blanc
qui étaient assis
l'un à la tête et l'autre aux pieds
là où avait été posé le corps de ieschoua
 

Elle a vu deux messagers... Le quatrième Évangile parle peu des messagers de Dieu.

Là où avait été posé le corps de leschoua ; plus exactement encore : là où il avait été posé, étendu, couché...

 
20.  13 et ils lui ont dit
 
femme pourquoi pleures-tu
 
et elle leur a dit
 
ils ont enlevé mon seigneur
et je ne sais pas où ils l'ont déposé
 
20.  14 elle a dit cela
et puis elle s'est retournée en arrière
et elle a vu ieschoua qui se tenait debout
mais elle ne savait pas que c'était ieschoua
 

Elle s'est retournée en arrière... Grec eis ta opisô, hébreu me-aharit, Genèse 19, 26 ; 2 Rois 9,18 ; 9,19 ; 2 Rois 20,10 ; hébreu ahôranit, grec eis ta opisô ; 20, 11 ; idem ; Matthieu 4, 19 ; Marc 1, 17.

Et elle ne savait pas que c'était Ieschoua... Fait qui a été noté plusieurs fois, Luc 24, 15 : Ieschoua lui-même s'est approché et il a marché avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Si ces récits avaient été composés, comme on nous le raconte, d'une manière tardive, et si ç'avaient été des inventions, les inventeurs de ces récits n'auraient pas inventé ce détail qui faisait difficulté. Ils n'auraient pas inventé de toute pièce cette difficulté.

 
20.  15 alors il lui a dit ieschoua
 
femme pourquoi pleures-tu
qui cherches-tu
 
et elle
elle a pensé que c'était le jardinier
et elle lui a dit
 
monsieur
si c'est toi qui l'as enlevé
dis-moi où tu l'as déposé
et moi j'irai le prendre
 

Monsieur, en grec kurie, en hébreu adôni. Nous n'avons pas voulu traduire : seigneur ! adressé au jardinier ; « Monsieur » correspond assez bien. L'ennui, c'est, pour nous lecteurs de langue française, le tutoiement qui suit...

 
20.  16 alors il lui a dit ieschoua
 
mariam
 
et elle s'est retournée
et elle lui a dit en hébreu
 
rabbouni
 
ce qui veut dire en traduction
maître
 

Mariam, selon certains manuscrits, maria selon d'autres.

Mariam est la prononciation ancienne.

 
20.  17 et il lui a dit ieschoua
 
ne me touche pas
car je ne suis pas encore remonté vers mon père
mais va voir mes frères et dis-leur
je remonte vers mon père et votre père
vers mon dieu et votre dieu
 

Va voir mes frères... Désormais le Seigneur appelle les disciples ses propres frères. Je remonte vers mon père et vers votre père... Le Seigneur maintient la distinction qui existe entre la relation qui va de Dieu, qu'il appelle son propre père, à lui-même, qui est l'Homme véritable uni à Dieu véritable, et la relation qui va de Dieu aux autres hommes créés, qui sont appelés à l'adoption filiale, par grâce, après la nouvelle naissance. Il ne dit pas : Je remonte vers notre père, à nous tous... Il ne se met pas dans le même ensemble que ceux à qui il s'adresse. Distinction métaphysique capitale en christologie. Hadrien, Lettre aux évêques d'Espagne, Si tamen licet, 793-794, à propos de ce texte. Distincte enim dixit « meum » et «vestrum», eius videlicet non per gratiam, sed per naturam ; noster vero per gratiam adoptionis... Semper eum et ubique distincte patrem suum appellat... Non ait «noster» quasi nobiscum adoptatus per gratiam... Cur non dixit « noster» ? Quia aliter noster et aliter suus... Scimus enim quod non est traditus secundum divinitatem, sed secundum id quod homo verus erat.

 
20.  18 alors elle est venue maria de magdala
et elle a annoncé aux disciples
 
j'ai vu le seigneur
 
et voilà ce qu'il lui a dit
 

Et voilà ce qu'il lui a dit... Et il lui a parlé comme cela, hébreu we-kazôt dibber eleiha.

 
20.  19 et il advint qu'au soir de ce jour
qui est le premier qui suit le schabbatôn
toutes les portes étaient fermées
dans la maison où étaient les disciples
par peur des judéens
il est venu ieschoua
et il s'est tenu là au milieu d'eux
et il leur a dit
 
la paix sur vous
 

Schabbatôn, de nouveau ce mot hébreu étrange pour les païens d'autrefois comme pour les païens (et les chrétiens) d'aujourd'hui, simplement transcrit en caractères grecs.

La paix sur vous : schalôm lakem, littéralement : à vous !

 
20.  20 il a dit cela
et il a montré ses mains et son côté
 
alors ils se sont réjouis les disciples
parce qu'ils ont vu le seigneur
 
20.  21 et alors il leur a dit de nouveau
 
la paix sur vous
de même qu'il m'a envoyé
mon père
de même moi aussi je vous envoie
 

De même qu'il m'a envoyé, mon père... Geste fondamental dans la grande tradition hébraïque : envoyer un messager qui porte un message afin de transmettre l'information, hébreu schalah. Genèse 24, 7 : YHWH, Dieu des cieux, lui qui m'a pris de la maison de mon père et du pays de ma naissance et qui m'a parlé et qui m'a juré en disant : à ta semence je donnerai ce pays-ci, c'est lui qui enverra son messager devant ta face... Genèse 32, 4 : Et il a envoyé, Iaaqôb, des messagers devant sa face... Genèse 45, 5 : Car c'est pour une [œuvre de] vie qu'il m'a envoyé, Dieu, devant vos faces... Il m'a envoyé, Dieu, devant vos faces, pour vous disposer un reste dans le pays et pour vous donner la vie... Et maintenant ce n'est pas vous qui m'avez envoyé ici, mais c'est Dieu... Exode 3, 10 : Et maintenant va, et je t'envoie vers Pharaon... 3, 12 : Et voici pour toi le signe que c'est moi qui t'ai envoyé... 3, 13 : Le Dieu de vos pères m'a envoyé vers vous... 3, 14 : Ainsi tu parleras aux fils d'Israël : je suis m'a envoyé vers vous..., etc. Traduction grecque apostellein. Celui qui est envoyé, traduction grecque, apostolos. Le messager, hébreu maleak, grec aggelos, latin angélus. Ce qui est nouveau ici, c'est que celui qui est envoyé, le fils de l'homme qui est fils de Dieu, envoie à son tour. L'information créatrice est transmise, communiquée. Elle part de l'unique source ou origine radicale de toute information créatrice, à savoir Dieu. Elle est communiquée tout entière à l'Homme véritable uni à Dieu véritable, le fils de l'homme, le fils de Dieu. Celui-ci la communique aux envoyés, pluriel grec apostoloi, qui la communiquent à l'humanité entière. Le verbe correspondant au verbe schalah envoyer, c'est le verbe qibbel, recevoir. Matthieu 10, 40 : Celui qui vous reçoit, me reçoit. Et celui qui me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé.

 
20.  22 il a dit cela
et il a soufflé sur eux
et il leur a dit
 
recevez l'esprit saint
 

Et il a soufflé sur eux... Grec enephysèsen, du verbe emphusan. Genèse 2, 7 : Et il a formé, YHWH Dieu, l'Homme, poussière tirée de la terre, et il a soufflé dans sa narine un souffle de vie, et il a été, l'Homme, une âme vivante. Grec : kai enephusèsen. C'est le geste de la création qui recommence, le geste de la nouvelle création. Ezéchiel 37, 9 : Prophétise en direction de, hébreu el, l'esprit ! Prophétise, fils de l'homme ! Et tu diras en t'adressant à l'esprit : Ainsi a parlé le Seigneur YHWH : Depuis les quatre vents (en hébreu, c'est le même mot ruah qui signifie le vent, et l'esprit), viens, l'esprit ! Et souffle sur ces tués, et qu'ils vivent ! Traduction grecque emphusèson. — Recevez — l'Esprit saint : l'Esprit saint, c'est l'esprit de Dieu, c'est Dieu lui-même qui est esprit. En grec labete pneuma hagion, sans article, ce qui s'explique par l'hébreu : qehou lakem et-ruah ha-qôdesch.

 
20.  23 tous ceux à qui vous pardonnerez leurs fautes
elles leur seront pardonnées
et tous ceux à qui vous les retiendrez
elles leur seront retenues
 

Tous ceux à qui... Deux constructions possibles en hébreu : Kôl ascher..., ou bien isch isch ascher... Pardonner les fautes, les crimes, les péchés, plusieurs verbes en hébreu. Genèse 50, 17 : Pardonne-donc le crime de tes frères... Verbe hébreu nasa, porter, soulever, supporter... Traduction grecque le verbe aphièmi, laisser aller, lâcher, abandonner, permettre, renvoyer, congédier, décharger quelqu'un d'une accusation, acquitter, absoudre, remettre, pardonner... Exode 10,17, hébreu nasa ; Exode 23,21 ; 1 Samuel 15, 25 ; 25,28 ; 2 Samuel 24,10 ; le verbe abar, passer par-dessus, passer au-delà, à la forme hiphil, passer par-dessus, pardonner ; 1 Rois 8, 34 ; le verbe saîah ; 1 Rois 8, 30 ; Psaume 25, 11. Le verbe hébreu nasa signifie porter, supporter, élever. Le verbe nascha signifie prêter. Mascha signifie la dette.

 
20.  24 tôma était l'un des douze
son nom veut dire [en traduction] le jumeau
il n'était pas avec eux lorsqu'il est venu ieschoua
 

Tôma était l'un des douze... Les noms des Douze sont donnés par Matthieu, 10, 1 : Et il a appelé ses douze disciples, et il leur a donné puissance sur les esprits impurs, en sorte qu'ils puissent les chasser, et guérir toute maladie et toute infirmité. Des douze envoyés, voici les noms : Le premier, Schiméon, appelé Pierre, et Andréas son frère. Et Iaaqôb le (fils) de Zabedaï et Iohanan son frère. Philippos et Bartholomaios. Tôma et Matthaios le douanier. Iaaqôb le (fils) d'Alphaios et Thaddaios. Schiméon le zélote. Et Iehouda isch Qeriôt, l'homme de Qeriôt ?, celui qui l'a livré. Ces douze, il les a envoyés Ieschoua, et il leur a recommandé : Sur la route de, dans la direction des nations païennes n'allez pas, et dans la province, grec polis, hébreu medinah, de Samarie n'entrez pas. Allez bien plutôt vers le troupeau, grec ta probata, hébreu ha-tzôn, égaré, perdu, de la maison d'Israël... Les apostoloi sont donc ceux qui sont envoyés en mission, afin de communiquer l'information créatrice qui provient du Seigneur. Le quatrième Évangile nous parle une autre fois des Douze, 6, 67. Mais nous ne savons pas si l'auteur du quatrième Évangile fait lui-même partie des Douze. Il ne nous le dit pas. Il suppose l'existence des Douze bien connue. Et elle était connue, cette existence, depuis le début de la communauté formée autour du rabbi galiléen.

Tôma, ce qui veut dire en traduction : le jumeau... Chaque fois qu'il est question de Tôma, ou presque, Jean 11, 16 ; 20, 24 ; ici, et 21, 2, le traducteur en grec de notre document ajoute : cela veut dire « le jumeau ». En hébreu le verbe taam, Cantique des Cantiques 4, 2 ; 6, 6 ; signifie : enfanter des jumeaux. Tôamim, teômim, tômim, Cantique 4, 5 ; 7, 4 ; signifie : jumeaux. Tam et tôm en hébreu, pluriel tamim, signifient la plénitude, la perfection, l'achèvement. On peut être un disciple, et un disciple éminent, du Seigneur, sans faire partie du groupe des Douze. On peut être un disciple sans être envoyé en mission. C'est peut-être le cas de l'auteur du quatrième Évangile, le plus savant des disciples du Seigneur, mais il ne fait pas partie du groupe des Douze, et il n'a pas été envoyé en mission hors de Jérusalem.

 
20.  25 alors ils lui ont dit les autres disciples
 
nous avons vu le seigneur
 
mais lui il leur a dit
 
si je ne vois pas dans ses mains
la marque des clous
et si je ne mets pas mon doigt
dans la marque des clous
et si je ne mets pas ma main dans son côté
je ne serai pas certain que cela est vrai
 

Si je ne mets pas mon doigt... En réalité il faudrait traduire : si je ne jette pas mon doigt..., grec ballein, hébreu schalah... Si je ne mets pas ma main... Même remarque.

 
20.  26 et au bout de huit jours de nouveau
ils étaient dans la maison ses disciples
et tôma était avec eux
 
il est venu ieschoua
les portes étaient fermées
il s'est tenu là au milieu du groupe et il a dit
 
paix sur vous
 

Au bout de huit jours... Grec : meta hèmeras oktô. Le grec meta traduit l'hébreu miqetz, au bout de... Genèse 7, 6 : Et il arriva au bout de, miqetz, grec meta, quarante jours... Genèse 16, 2 : Au bout de dix ans, hébreu miqetz, grec meta. Genèse 41, 1 : Et il advint au bout de deux années de jours... Hébreu miqetz, grec meta,... Exode 12, 41 : Et il advint au bout de trente ans, hébreu miqetz, grec meta, etc.

Les portes étaient fermées... Notre Évangile souligne de nouveau que le Seigneur se trouve là, tout d'un coup, au milieu du groupe des disciples, alors que les portes étaient fermées. Ce qui signifie que physiquement le Seigneur n'est plus comme il était auparavant et qu'il peut apparaître et disparaître sans être astreint ni soumis aux lois de la vieille physique de la durée du monde présent. Il est entré déjà dans la durée du monde à venir. Et il leur a dit : Paix à vous ! Hébreu : Schalôm lakem.

 
20.  27 et puis ensuite il a dit à tôma
 
porte ton doigt ici
et regarde mes mains
porte ta main ici
et mets-la dans [le trou] de mon côté
ne sois plus privé de certitude
mais sois certain que cela est vrai
 

Porte ta main ici et mets-la dans [le trou] de mon côté : comme précédemment, il faudrait oser traduire : jette-la dans le trou, grec ballein, hébreu schalah ; le geste est plus vif et plus violent.

 
20.  28 alors il a répondu tôma et il lui a dit
 
mon seigneur et mon dieu
 

Mon Seigneur et mon Dieu... En première approximation il semble que cette expression, en grec ho kurios mou kai ho theos mou, n'est pas un vocatif, mais seulement une exclamation. Psaume 25, 17 : Fais revenir mon âme... Je te rendrai grâce dans la grande assemblée, dans un peuple nombreux je te louerai... Tu as vu, YHWH, ne garde pas le silence ! Seigneur, ne restes pas éloigné de moi ! Réveille-toi et lève-toi pour mon jugement mon Dieu et mon seigneur, elohaï wa-adonaï, pour mon procès. Grec : ho theos mou kai ho kurios mou. Ici il s'agit bien en réalité d'un vocatif, qui est traduit en grec par un nominatif. Juge-moi selon ta justice, YHWH mon Dieu, hébreu YHWH elohaï, grec kurie ho theos mou, kurie est au vocatif, ho kurios mou au nominatif.

 
20.  29 alors il lui a dit ieschoua
 
parce que tu m'as vu
tu as été certain que c'est vrai
heureux ceux qui n'ont pas vu
et qui ont cependant été certains que c'est vrai
 
20.  30 et ils sont nombreux les autres signes
qu'il a faits ieschoua
aux yeux de ses disciples
 
ils n'ont pas été écrits dans ce livre-ci
 

Et ils sont nombreux les autres signes... On pourrait traduire aussi, dans un français plus populaire : et il y a bien d'autres signes...

Devant les yeux de... Grec enôpion, qui traduit régulièrement l'hébreu le-phanim, Genèse 24, 51 ; 30, 33 ; mi-paneika, Genèse 31, 35 ; lephanaiô 2 Rois 4, 38 ; grec enôpion autou ; 2 Rois 4, 43 ; liphenei, grec enôpion ; 2 Rois 5, 1 ; etc. Enôpion traduit aussi le-einei, aux yeux de, Isaïe 52, 10 ; aux yeux de toutes les nations païennes, traduit par Luc 2, 31 : kata prosôpon pantôn ton laôn ! Matthieu ne se sert pas de ce mot grec enôpion, Marc non plus. Luc par contre s'en sert abondamment ainsi que Paul. Jean une fois ici.

Qui n'ont pas été écrits dans ce livre-ci... Ni l'auteur du document, ni le traducteur en langue grecque, ne nous disent pourquoi les autres signes n'ont pas été rapportés, ou relatés.

 
20.  31 mais ceux-ci ont été écrits
afin que vous soyez certains qu'il est vrai
que c'est ieschoua qui est celui qui a reçu l'onction
le fils de dieu
et afin que vous qui êtes certains de la vérité
la vie soit à vous
en son nom
 

Ces (signes) ont été écrits afin que vous soyez certains... La traduction grecque de notre Évangile était destinée aux frères et aux sœurs des communautés juives du pourtour de la Méditerranée qui ne lisaient plus suffisamment l'hébreu. Il s'agit de convaincre ces frères et ces sœurs que Ieschoua est bien le meschiah, c'est-à-dire le fils de Dieu. C'est ce que va faire Schaoul-Paul à partir du printemps de l'année 44. Il va parcourir les synagogues du pourtour de la Méditerranée pour convaincre par les saintes Écritures les frères et les sœurs des synagogues, que Ieschoua est bien meschiah. Dans notre Évangile de Jean, la démonstration s'effectue par les signes, ce qui est la méthode développée depuis le livre de l'Exode.

Pour l'instant il n'est pas question dans notre Évangile de l'annonce aux païens, aux goïm, aux incirconcis. Cela va venir plus tard, à partir de 36 sans doute, date de la mise à mort de Stephanos. Nous sommes, avec notre Évangile de Jean, et sa traduction, avant cette date.

D'ailleurs la question de savoir si Ieschoua est le meschiah ou non, n'avait aucun sens, et donc aucun intérêt, pour les païens du premier siècle de notre ère, comme pour les païens d'aujourd'hui. C'est une question qui intéresse exactement les frères des communautés juives qui savent ce que signifie et ce qu'est le meschiah. Actes 9, 19 : Et après cela, il fut avec les frères de Damas quelques jours, et voici que (grec eutheôs, hébreu hinneh), dans les assemblées, il proclamait Ieschoua, que c'est lui le fils de Dieu... Actes 9, 22 : Schaoul se fortifiait de plus en plus... Il établissait que c'est lui le meschiah... Nous sommes peu de temps après la mise à mort de Stephanos, donc probablement autour de l'année 36. Ultérieurement on voit Schaoul-Paul enseigner et discuter dans les synagogues, Actes 17,1 : Ils arrivèrent à Thessalonique. Il y avait là une synagogue des Judéens. Selon sa coutume Paul entra chez eux durant trois sabbats et il discutait avec eux en partant des Écritures, il ouvrait (le sens des prophéties) et il établissait que le Christ (d'après les Écritures) allait souffrir et se relever d'entre les morts et que c'est lui le meschiah, Ieschoua, que moi je vous annonce aujourd'hui. Actes 18, 5 : Il attestait aux Judéens qu'il est le meschiah, Ieschoua.

Le but visé par l'Évangile de Jean est exactement le même que celui qui est visé par Paul : convaincre les frères et les sœurs des communautés juives du pourtour de la Méditerranée que Ieschoua est bien le meschiah attendu.

 
 
 
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