Partage d'évangile quotidien
<

Evangile de Jean - Traduction et Notes - Claude Tresmontant - Chapitre 3

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21
 
 
3.  1 il y avait un homme
qui faisait partie
de la [confrérie] des perouschim
naqdimôn [c'est] son nom
[c'était] un personnage dominant
parmi les judéens
 

Personnage dominant : le grec archôn traduit plusieurs termes hébreux : sar, Genèse 47, 6 ; Nombres 21, 18 ; Juges 7, 25 ; etc. ; nasi, Genèse 25, 16 ; Exode 14, 22 ; etc. ; rôsch, Nombres 1,4; 1 Chroniques 5, 7 ; etc. Le sens est : prince, chef, gouverneur, capitaine, commandant, caïd, etc. C'est ce que nous appelons en français aujourd'hui un haut personnage.

 
3.  2 c'est celui‑ci
qui est venu vers lui durant la nuit
et il lui a dit
 
rabbi
nous savons que c'est de la part de dieu
que tu es venu pour enseigner
car personne ne peut faire ces signes que toi tu fais
si dieu n'est pas avec lui
 

Il vint vers lui de nuit : Pourquoi de nuit ? Vraisemblablement par peur, comme cela est souligné en plusieurs passages de notre document. L'auteur même de notre document ne veut pas être nommé, et le traducteur en langue grecque de notre document ne le nomme pas. Peur de qui ? Des hautes autorités de Jérusalem évidemment, comme notre document le dit expressément, ainsi que le livre des Actes, plusieurs passages des Lettres de Paul, et le livre de l'Apocalypse.

 
3.  3 alors il a répondu ieschoua et il lui a dit
 
amèn amèn je te [le] dis
si quelqu'un ne naît pas d'en haut
il ne peut pas voir le royaume de dieu
 

D'en haut : c'est-à-dire de Dieu. Probablement hébreu mi-le-maalah. Pour voir le royaume de Dieu, hébreu malekout ha-elohim, il faut naître de nouveau et de Dieu, devenir nouvelle création ou nouvelle créature, kainè ktisis, Galates 6, 15, hébreu beriiahhadaschah. 2 Corinthiens 5, 17 : En sorte que si quelqu'un [est] dans le Christ, [il est] nouvelle création, grec kainè ktisis. Ce qui est vieux est passé, voici que [tout] est devenu nouveau.

 
3.  4 il lui a dit naqdimôn
 
comment est‑il possible qu'un homme naisse
s'il est vieux
est‑ce qu'il peut entrer dans le ventre de sa mère
une deuxième fois
et naître de nouveau
 
3.  5 et il a répondu ieschoua
 
amèn amèn je te [le] dis
si quelqu'un ne naît pas de l'eau et de l'esprit
il ne peut pas entrer dans le royaume de dieu
 

Amèn amèn : constamment cité en hébreu original dans la traduction grecque de notre Évangile. Les lecteurs de la traduction grecque devaient connaître et comprendre le sens de ce mot.

 
3.  6 ce qui est né de la chair est chair
et ce qui est né de l'esprit est esprit
 

Ce qui est né de la chair est chair... Compte tenu du sens du mot basar en hébreu, cela signifie : ce qui est né de l'homme, c'est de l'homme, de l'humain. Ce qui est né de l'esprit, bien entendu de l'esprit de Dieu, l'esprit saint, qui est Dieu lui-même. 1 Corinthiens, 15, 45 s. Le premier Homme a été fait âme vivante. L'Homme qui vient après sera un esprit vivifiant. Mais ce n'est pas le spirituel qui est premier, mais d'abord le psychobiologique (ce que notre Évangile appelle la chair), et puis ensuite le spirituel. Le premier Homme est issu de la terre, il est terrestre. Le deuxième Homme — la seconde Humanité — est issu du ciel, c'est-à-dire de Dieu. On constate de nouveau l'identité des vues entre la théologie du quatrième Évangile et la théologie de saint Paul.

 
3.  7 ne t'étonne pas de ce que je t'ai dit
il vous faut naître d'en haut
 
3.  8 l'esprit là où il veut il souffle
et tu entends sa voix
mais tu ne sais pas d'où il vient ni où il va
ainsi en est‑il de tout homme
qui est né de l'esprit
 

L'esprit souffle où il veut... Le mot grec pneuma traduit l'hébreu ruah qui signifie à la fois le vent et l'esprit. Il est très possible, et même probable, que le texte joue sur ce double sens hébreu du mot ruah. De même que le vent souffle où il veut, de même l'esprit... Ecclésiaste (Qohélet) 1, 6 : Il s'en va vers le sud, puis il tourne vers le nord, il tourne, il tourne, il s'en va, le vent, hébreu ha-ruah, grec to pneuma.

 
3.  9 et il a répondu naqdimôn et il lui a dit
 
comment est‑il possible que cela se réalise
 
3.  10 et il a répondu ieschoua et il lui a dit
 
toi tu es le docteur d'israël
et ces choses‑là tu ne les connais pas
 

Toi tu es le docteur d'Israël... Grec ho didaskalos, hébreu môreh ou rabban. Le môreh c'est celui qui enseigne. En latin doctor, du verbe docere, traduisait exactement le grec didaskalos, mais en français moderne, et pour les enfants des écoles, le docteur c'est avant tout le docteur en médecine, le médecin. La Vulgate a traduit magister.

 
3.  11 amèn amèn je te le dis
ce que nous connaissons nous le disons
et ce que nous avons vu nous l'attestons
et notre attestation vous ne la recevez pas
 
3.  12 si les choses de la terre je vous les ai dites
et vous n'êtes pas certains de leur vérité
lorsque je vous dis les choses des cieux
comment serez‑vous certains de leur vérité
 
3.  13 et personne n'est monté aux cieux
si ce n'est celui qui est descendu des cieux
le fils de l'homme
 

Et personne n'est monté aux cieux... Il n'est pas absolument certain que les propos qui suivent soient du Seigneur lui-même. Ils peuvent être un commentaire théologique de l'auteur du document hébreu que nous appelons le quatrième Évangile.

 
3.  14 et de même que môscheh
a élevé le serpent dans le désert
ainsi il sera élevé le fils de l'homme
 

Et de même que Môscheh a élevé le serpent... Nombres, chapitre 21. Il est possible et même vraisemblable que cette remarque est de l'auteur du quatrième Évangile.

 
3.  15 afin que tout homme
qui est certain de la vérité [qui est] en lui
à lui soit la vie éternelle
 

Afin que tout homme qui est certain de la vérité qui est en lui ait la vie éternelle : C'est la doctrine constante du Seigneur communiquée directement par le quatrième Évangile. Celui qui est certain de la vérité qui est dans le Seigneur a déjà, aujourd'hui, en lui, la vie éternelle, c'est-à-dire la vie de Dieu, qui est lui-même vie. En hébreu le verbe avoir n'existe pas. La tournure hébraïque de la phrase était donc : la vie éternelle est à lui. Il n'y a pas à attendre la fin des temps pour avoir la vie éternelle. Elle est communiquée par Dieu dès maintenant, par et dans celui qui est son propre fils, le fils de l'homme qui est le fils de Dieu.

 
3.  16 car ainsi il a tant aimé
dieu
le monde de la durée présente
que le fils l'unique et le chéri
il l'a donné
afin que tout homme qui est certain de la vérité [qui est] en lui
ne périsse pas
mais qu'à lui soit la vie de la durée à venir
 
3.  17 car il n'a pas envoyé
dieu
le fils dans le monde de la durée présente
pour qu'il juge le monde de la durée présente
mais pour qu'il soit sauvé
le monde de la durée présente
par sa main
 
3.  18 celui qui est certain de la vérité [qui est] en lui
il n'est pas jugé
celui qui n'est pas certain de la vérité est déjà jugé
parce qu'il n'a pas été certain de la vérité
qui est dans le nom
du fils unique et chéri de dieu
 
3.  19 et voici quel est le jugement
la lumière est venue dans le monde
de la durée présente
et ils ont aimé les hommes
davantage la ténèbre que la lumière
car elles étaient mauvaises leurs actions
 
3.  20 car tout homme qui fait ce qui est pourri
il hait la lumière
et il ne vient pas vers la lumière
afin qu'elles ne soient pas mises en accusation
ses actions
 

Afin qu'elles ne soient pas mises en accusation ses actions : Le grec elegchein traduit le verbe hébreu iakah (h dur à la fin, comme l'allemand Buch), qui signifie accuser, adresser des reproches, Genèse 21, 25 ; juger et condamner ce qui est condamnable, ou celui qui est condamnable, Genèse 31, 37 ; 31, 42 ; reprendre et corriger, Lévitique 19, 17 ; châtier, 2 Samuel 7,14.

 
3.  21 mais celui qui fait la vérité
il vient vers la lumière
afin qu'elles soient manifestées ses actions
parce qu'en dieu elles ont été agies
 

Mais celui qui fait la vérité... Expression hébraïque, faire la grâce et la vérité, Genèse 24, 49 ; 32, 11 ; 2 Samuel 15, 20 ; etc.

Afin qu'elles soient manifestées ses actions, que en Dieu elles ont été faites : tournure incorrecte en français comme en grec, traduction littérale de l'hébreu ki ou même ascher be-elohim naasou.

 
3.  22 et après cela il est venu ieschoua
et ses disciples
dans le pays de la judée
et là il a séjourné avec eux
et il plongeait [les gens dans l'eau]
 

Après cela il est venu Ieschoua et ses disciples dans le pays de Judée : construction incorrecte en français comme en grec. Traduction littérale de l'hébreu wa-iehi aharei ken wa-iiabô ieschoua we-talmidaiô... On remarque que le grec est une traduction mot à mot de l'hébreu et respecte l'ordre hébreu de la phrase.

 
3.  23 il y avait aussi iôhanan
qui était en train de plonger [les gens]
dans les sources [qui sont] près de salim
parce que des eaux abondantes il y avait
en cet endroit
et les gens venaient
et ils étaient plongés [dans l'eau]
 

II y avait aussi Iohanan qui était en train de plonger les gens dans les sources... Il est vraisemblable que le mot grec ainôn, que nous lisons ici, est un simple décalque de l'hébreu aianôt, pluriel de ain, la source.

 
3.  24 car il n'avait pas encore été jeté en prison
iôhanan
 
3.  25 il y a donc eu une discussion
de quelques‑uns des disciples de iôhanan
avec des judéens
au sujet de la purification
 

II y eut donc une discussion de [quelques-uns] d'entre les disciples de Iohanan avec des Judéens... Construction incorrecte en français comme en grec. Traduction littérale de l'hébreu. Il faut reconstituer : Il y eut une discussion entre certains pris parmi les disciples de Iohanan, et (ou avec) des Judéens... Certains pris parmi : hébreu min. Exode 16, 27 : Et il advint, au septième jour, que sortirent certains pris parmi le peuple, pour ramasser, et ils ne trouvèrent rien. Hébreu : iatzeou min -ha-am. C'est min-ha-am, certains pris parmi le peuple, qui est le sujet de la proposition. Ici, dans notre texte, la discussion s'élève entre certains pris (hébreu min, grec ek) parmi les disciples de Iohanan, et, ou avec, grec meta, hébreu peut-être bein...bein... entre et entre.

Avec des Judéens : certains manuscrits donnent : avec un Judéen.

Au sujet de la purification... Le mot grec katharismos, nous l'avons déjà noté 2, 6 peut traduire l'hébreu kipourim, l'expiation du péché, Exode 29, 36.

 
3.  26 et ils sont venus vers iôhanan et ils lui ont dit
 
rabbi
celui qui était avec toi
de l'autre côté du iarden
celui en faveur de qui toi tu as attesté
voici que celui‑ci
il plonge [les gens dans l'eau]
et tous viennent vers lui
 

Celui qui était avec toi de l'autre côté du Jourdain : même expression que précédemment : (1, 28). Tout cela a eu lieu à Beit-Ananiah, de l'autre côté du Jourdain, là où Iohanan était en train de plonger [les gens] dans les eaux du Jourdain. Par conséquent ceux qui parlent maintenant sont en deçà du Jourdain par rapport à Beit-Ananiah.

Avec toi : il est loin d'être sûr qu'il faille traduire le grec meta sou par le français : avec toi. Car le mot grec meta peut en effet traduire l'hébreu et qui signifie avec, Genèse 21, 20 ; 21, 22. Mais le mot grec meta traduit aussi l'hébreu ahar, après dans le temps. Après toi, dans le temps, se dit ahareika, traduction grecque meta se, Genèse 35, 12. De plus en hébreu le verbe être n'est pas nécessaire dans ce cas. Le sens de la proposition pourrait donc fort bien être : Rabbi, celui qui venait après toi de l'autre côté du Jourdain...

 
3.  27 alors il a répondu iôhanan et il a dit
 
il ne peut l'homme prendre
pas même une seule chose
si cela ne lui a pas été donné des cieux
 

II ne peut pas l'homme recevoir quelque chose — ou prendre quelque chose — si cela ne lui est pas donné du ciel (littéralement : venant du ciel, hébreu min ha-schamaim) : expression hébraïque traduite littéralement en grec. Pour le début de la phrase, Ecclésiaste 8, 17 : Kilo ioukalhaadam... Si ce n'est que cela lui a été donné : grec ean mè, traduction de l'hébreu ki im.

Il ne peut pas l'homme prendre quelque chose si cela ne lui a pas été donné du ciel : c'est-à-dire de Dieu. 1 Corinthiens 4, 6 : Qu'as-tu (en hébreu : qu'est-ce qui est à toi ?) que n'aies pas reçu ? Tout ce qui est à nous, tout ce que nous avons, nous l'avons reçu de Dieu, du Créateur unique. Et même tout ce que nous sommes, nous l'avons reçu. Et même l'acte d'exister, actus essendi, est pour nous, les êtres créés, quelque chose de reçu.

 
3.  28 vous‑mêmes vous m'êtes témoins que j'ai dit
 
moi je ne suis pas celui qui a reçu l'onction
mais j'ai été envoyé devant sa face
 
3.  29 celui à qui appartient la jeune mariée
c’est lui le mari
mais l'ami du mari
celui qui se tient debout et qui l'entend
il se réjouit de joie à cause de la voix du mari
et donc cette joie qui est la mienne
elle est achevée
 

Celui qui possède la jeune mariée : En hébreu : celui à qui est la jeune mariée... Pour comprendre ce passage, cette réponse de Iohanan à ses disciples, il faut se référer au Cantique des Cantiques, qui constitue lui-même la synthèse et le développement de la théologie hébraïque antérieure. Depuis les anciens prophètes hébreux du viiie siècle avant notre ère au moins, le peuple hébreu tout entier était comparé à une jeune femme qui est épousée par Dieu. L'épousée, en hébreu, c'est la kalah, traduction grecque numphè, ici utilisé. Celui qui épouse, en hébreu, c'est le hatan, traduction grecque numphios, ici utilisé. Le Seigneur YHWH a épousé la vierge d'Israël et il l'aime d'un amour éternel, Jérémie 31, 3. La vierge d'Israël s'est prostituée, Osée 1 et suivants ; 9,1 ; Isaïe 1, 21 ; Jérémie 3, 1 ; 2, 20 ; 3, 2 ; 3, 6 ; etc. Ezéchiel 16, 15 sq.

La voix de celui qui épouse : Cantique 2, 8 : La voix de mon chéri ! Le voici qui vient... 5, 2 : La voix de mon chéri, il frappe à la porte.

Le Seigneur lui-même a repris ce thème, Matthieu 9, 15 ; Luc 5, 34 ; Marc 2, 19. Paul reprendra aussi ce thème, Éphésiens 5, 32, et Jean, l'auteur de l'Apocalypse, 21,2 ; 22,17.

 
3.  30 lui il va croître
et moi je vais diminuer
 

Lui il va croître et moi je vais diminuer : Le dei grec correspond à une construction hébraïque, 2 Rois 4, 13 : Quoi à faire à toi, traduction grecque : ti deipoièsai soi'. 2 Rois, 4,14 ; Daniel 2,28 : Ce qui va arriver, grec ha deïgenesthai. Daniel 2,29 ; 2,45.

 
3.  31 celui qui vient d'en haut est au‑dessus de tous
celui qui [vient] de la terre est de la terre
et il parle à partir de la terre
 

Celui qui vient d'en haut... Il est vraisemblable ou au moins possible que le développement qui suit est l'expression de la pensée de celui qui a composé en hébreu le quatrième Évangile, l'Évangile que nous appelons quatrième à cause de sa place dans notre recueil, dans nombre de manuscrits, mais non dans tous.

Celui qui est de la terre est de la terre : l'hébreu ici comme le plus souvent fait l'économie du verbe être. Nous avons donc : wa-ascher me-eretz me-eretz hou. Le traducteur en langue grecque a été obligé d'ajouter le verbe être. 1 Corinthiens 15, 45 : C'est ainsi qu'il est écrit (Genèse 2, 7) et il fut le premier homme — en hébreu adam — une âme vivante. L'homme — hébreu adam — qui vient après, plus tard, sera un esprit vivifiant. Mais il n'est pas premier, le spirituel. Mais c'est (l'homme) animal qui est premier. Et puis ensuite (vient) le spirituel. Le premier homme est de la terre. Il est terrestre. Le deuxième homme (vient) du ciel. Tel est (l'homme) terrestre, tels sont aussi (les hommes) terrestres (qui en descendent). Tel est l'homme qui vient du ciel, et tels sont aussi les hommes (qui viennent) du ciel (c'est-à-dire : de Dieu).

De nouveau on constate l'identité de vues entre Paul et le quatrième Évangile. La première lettre de Paul adressée à la jeune communauté chrétienne de Corinthe a peut-être été écrite autour de l'année 55, et peut-être aussi dans la ville d'Éphèse, dans laquelle Jean s'est retiré, et où il a été enseveli, selon ce qu'assure Polycrate évêque d'Éphèse, dans sa lettre au pape de Rome, Victor (Eusèbe, Histoire ecclésiastique, III, 31). Non seulement entre Paul et Jean il y a identité de vues du point de vue théologique, ici du point de vue du plan de la création, mais de plus il y a quasiment identité dans l'expression. On peut donc légitimement supposer que Paul a eu connaissance de l'Évangile de Jean, soit à Jérusalem, dans le texte hébreu, soit à Éphèse, en traduction grecque. Et lorsque Paul écrit dans sa seconde Lettre à Timothée 4, 13 : Le manteau que j'ai laissé à Troas, chez Karpos, lorsque tu viendras, apporte-le-moi, et aussi les rouleaux, surtout les parchemins, on peut légitimement se demander si les rouleaux dont il est question ne sont pas des rouleaux de la sainte Écriture hébraïque, et si les parchemins ne sont pas un ou plusieurs Évangiles. Le fait est qu'il distingue dans ce texte les rouleaux, et les parchemins, et qu'il semble, d'après ce qu'il dit, attacher un prix particulier à ces parchemins. Si les rouleaux sont ceux de la Torah et des prophètes, quels sont donc ces parchemins qui aux yeux de Paul semblent encore plus importants que les rouleaux ?

 
3.  32 celui qui vient des cieux est au‑dessus de tous
ce qu'il a vu et entendu
c'est cela qu'il atteste
et son attestation personne ne la reçoit
 

C'est cela qu'il atteste : c'est cela dont il atteste la vérité.

 
3.  33 mais celui qui reçoit son attestation
il l'a scellé du sceau
parce que dieu est vérité
 

Celui qui a reçu son attestation, il l'a scellé de son sceau, parce que Dieu est véridique. En grec, la construction est incorrecte et à peine intelligible : Il a scellé que Dieu est véridique, est un monstre du point de vue grammatical. Le hoti grec dans les deux hypothèses traduit le ki hébreu, à moins que ce ne soit ascher...

La théorie du sceau est très importante dans la tradition hébraïque, et corrélativement l'acte de sceller. Sceller de son sceau est un acte solennel, 1 Rois 21, 8. La relation entre l'attestation, ou le témoignage, hébreu teoudah, et l'acte de sceller avec un sceau, hébreu hôtam, est faite : Isaïe 8, 16. Un livre scellé est un livre qu'on ne peut pas lire, puisque le rouleau est fermé et scellé, Isaïe 29, 11. Cantique 8, 6 : Place-moi comme un sceau sur ton cœur... Daniel 8, 26 : Et toi scelle la vision, car (elle est destinée à) des jours lointains... Daniel 12, 4 : Et toi Daniel tiens secrètes les paroles et scelle le rouleau du Livre jusqu'au temps de la fin... Daniel 12, 9 : Car elles sont secrètes et scellées les paroles jusqu'au temps de la fin... Selon Paul, Romains 4, 11, la circoncision est le sceau de la justice. Il écrit aux chrétiens de Corinthe, 1 Corinthiens 9, 2 : Le sceau (qui garantit l'authenticité) de ma mission d'envoyé, c'est vous, dans le Seigneur ! 2 Corinthiens 1, 22 : Il (Dieu) nous a scellés de son sceau et il nous a donné les arrhes de l'Esprit dans nos cœurs. Éphésiens 1, 13 : Vous avez entendu la parole de vérité, l'heureuse annonce de votre salut, vous avez été certains de la vérité qui est dans cette heureuse annonce, et vous avez été scellés par l'Esprit saint de la promesse (qui nous a été promis). Apocalypse 5, 1 : Un livre écrit à l'intérieur et à l'extérieur, scellé de sept sceaux. Apocalypse 7, 2 : Il porte le sceau du Dieu vivant. Apocalypse 9, 4 : Les hommes qui n'ont pas le sceau de Dieu sur leur front... Apocalypse 5, 9 : Tu es digne de prendre le Livre et d'ouvrir ses sceaux... Apocalypse 7, 3 : Ne faites pas de tort à la terre ni à la mer ni aux arbres jusqu'à ce que nous ayons scellé d'un sceau les serviteurs de notre Dieu, sur leurs fronts. Et j'ai entendu le nombre de ceux qui avaient été scellés d'un sceau... Apocalypse 10, 4 : Scelle d'un sceau ce qu'ont dit les sept tonnerres, et ne les écris pas... Deux interprétations possibles. 1. Celui qui a reçu son attestation, a scellé l'attestation — pour qu'elle reste secrète ? — 2. Celui qui a reçu son attestation, Dieu l'a scellé de son sceau.

Nous conjecturons que le sujet du verbe esphragisen, il a scellé de son sceau, c'est Dieu, sous-entendu. Cela donne : Celui qui a reçu son attestation, Dieu l'a scellé de son sceau, parce que Dieu est véridique. C'est Dieu qui met son sceau sur l'homme.

 
3.  34 car celui qu'il a envoyé
dieu
les paroles de dieu il les dit
car ce n'est pas d'une manière mesurée
qu'il donne, l'esprit
 

Celui qu'il a envoyé, Dieu... Celui qui est envoyé, c'est bien entendu ici Jésus le Christ.

Car ce n'est pas d'une manière mesurée qu'il donne, l'Esprit : ici encore la question est de savoir quel est le sujet de la proposition, et quel est le complément d'objet direct, s'il y en a un. Si l'on suppose que le grec to pneuma est complément d'objet, alors on est obligé de supposer aussi que le sujet sous-entendu de la proposition, c'est Dieu. Si l'on suppose, ce qui est notre cas, que le texte grec suit l'ordre des mots du texte hébreu sous-jacent, alors le sujet de la proposition c'est l'Esprit lui-même, l'Esprit de Dieu, qui est Dieu. L'Esprit de Dieu donne d'une manière surabondante. Il souffle où il veut, et tu ne sais pas d'où il vient ni où il va.

 
3.  35 le père aime le fils
et toutes choses il a donné dans sa main
 

Le père aime le fils : dans tous les textes de tous les livres du Nouveau Testament, le terme de père désigne Dieu, purement et simplement. C'est un synonyme de Dieu. Et le terme de fils désigne Jésus le Christ, pris ou considéré concrètement. Ne faisons donc pas dire à l'auteur du quatrième Évangile que Dieu aime son propre logos ! Le père aime le fils, signifie : Dieu aime Ieschoua le Christ qui est son fils unique et chéri. C'est ainsi que le comprend la sainte liturgie depuis bientôt vingt siècles.

Il a tout donné dans sa main : expression hébraïque fréquente, Josué 22, 9, dans la main de Môscheh ; Nombres 15, 23 ; 1 Samuel 28, 15 : dans la main des prophètes ; 1 Samuel 28, 17, dans ma main. 2 Samuel 3, 18, dans la main de David mon serviteur. 1 Rois 12, 15 : afin de lever (de réaliser) sa parole qu'il a dite, YHWH, dans la main de Ahiiah. 2 Rois 10, 10 : Et c'est YHWH qui a fait ce qu'il avait dit dans la main de son serviteur Eliiahou... 2 Rois 14, 25 : Conformément à la parole de YHWH Dieu d'Israël, parole qu'il avait dite dans la main de son serviteur Iônah... 2 Rois 17, 13 : Et il a attesté, YHWH, dans la main de tous ses prophètes et de tous ses voyants... Ibid. : Que je vous ai envoyé, à vous, dans la main de mes serviteurs les prophètes... 2 Rois 17, 23 : Comme il l'avait dit dans la main de tous ses serviteurs les prophètes... 2 Rois 21, 10 : Et il a parlé, YHWH, dans la main de ses serviteurs les prophètes... 2 Rois 24, 2 ; etc.

 
3.  36 celui qui est certain de la vérité [qui est] dans le fils
à lui est la vie de la durée éternelle à venir
et celui qui n'est pas certain de la vérité du fils
il ne verra pas la vie
mais la colère de dieu demeure sur lui
 

La vie de la durée éternelle à venir est à lui : hébreu haiim olam ou haiim olamim. Dès maintenant, dès aujourd'hui, dès l'instant présent, celui qui est certain, par son intelligence, de la vérité qui est dans le fils, à savoir Jésus le Christ, celui qui atteint donc à la connaissance du secret ontologique du Christ, il est passé de la mort à la vie, et dès maintenant dès aujourd'hui, il entre dans l'ordre de la vie de la durée qui vient, la durée éternelle. C'est exactement la doctrine de Paul, une fois de plus. Jean, ou du moins son traducteur en langue grecque, n'emploie jamais le mot grec pistis, la certitude objective de la vérité, hébreu émounah traduit, nombre de fois, par alètheia, la vérité. Paul traduit complètement l'hébreu émounah par pistis alètheias, la certitude objective de la vérité, 2 Thessaloniciens 2,13.

 
 
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21