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Evangile de Jean - Traduction et Notes - Claude Tresmontant - Chapitre 8

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8.  1 quant à ieschoua il s'en est allé
sur la montagne des oliviers
 
8.  2 et dès le lever du jour de nouveau
il est venu dans l'enceinte du temple et tout le peuple venait vers lui alors il s'est assis et il les a enseignés
 

L’enceinte du Temple... En grec le hieron, l'ensemble des bâtiments, avec les enceintes, et non pas le naos, le Temple proprement dit.

A partir de maintenant les variantes sont très nombreuses dans nos manuscrits.

Et tout le peuple... Hébreu we-kôlha-am...

 
8.  3 et ils lui ont amené
les hommes du livre et les perouschim
une femme surprise en faute d'adultère
ils lui commandent
de se tenir debout au milieu
et ils lui disent les prêtres
 

Ils lui amènent, les hommes du Livre et les perouschim... Les hommes du Livre, traduction de l'hébreu sopherim, qui a été traduit en grec par grammateus, et que l'on traduit habituellement en français par les scribes. Les hommes du Livre sont les hommes qui, sachant lire et écrire, étudient les saintes Écritures. Mutatis mutandis ils sont, chez les Hébreux de ce temps-là, ce qu'ont été les lettrés dans la Chine des anciens temps, et un peu ce que furent les gens instruits dans les siècles passés en France, avec cette nuance importante qu'en l'occurrence, chez les Hébreux, les hommes du Livre sont en fait des théologiens, puisqu'ils ont accès à la source de la connaissance, à savoir l'Écriture sainte. Le comportement du Christ par rapport aux hommes du Livre, aux lettrés hébreux, n'est pas sans ressemblance ni sans analogie avec son comportement par rapport aux séparés. De même que le Christ s'est mis délibérément dans le camp de ce qu'en Inde on appelle les tschandala — ce qui rend Nietzsche furieux — il se met aussi délibérément dans le camp de ceux qui ne sont pas des lettrés, dans le camp du petit peuple.

Ils lui commandent de se tenir... Traduction littérale du texte grec : ils la font se tenir... Traduction de l'hébreu wa-iaamidouha, du verbe amad, se tenir debout, hiphil inaccompli iaamid, faire se tenir debout.

Au milieu de... Au milieu du groupe des gens qui écoutent le rabbi galiléen. Ce qui explique que le grec ait en mesô, au datif. Le texte ne dit pas qu'on a apporté cette femme du dehors au milieu du groupe de ceux qui écoutaient le Christ, comme une poupée, mais qu'on lui a ordonné de se tenir debout, au milieu du groupe. Le datif est donc normal. Hébreu be-tôk, au milieu de...

Une femme surprise en adultère et ils la font se tenir debout... Nombres 5, 13 : Et il a couché, un homme, avec elle, coucher de semence, schikebat zera, et elle s'est dissimulée loin des yeux de son homme, et elle s'est cachée, et elle s'est souillée, et il n'y avait pas de témoin, et elle n'a pas été surprise, hébreu lô nitepasah, grec kai autè mè è suneilèmmenè — c'est le verbe utilisé par le traducteur de Jean 8, 3. — Est passé sur lui (sur le mari) un esprit de jalousie... Alors il conduira, l'homme, sa femme vers le qôhen et il apportera son offrande, qôrebana... Et il la fera approcher, le kôhen, et il la fera se tenir debout, we-heemidah, grec stèsei, devant la face de YHWH...

Et il prendra, le kôhen, des eaux consacrées dans un vase d'argile et de la poussière qui sera sur le sol de la Tente, il prendra le kôhen, et il en mettra dans l'eau. Et il fera se tenir debout, le kôhen, la femme, hébreu we-heemid, grec stèsei, — le même verbe que Jean 8, 3 — devant la face de YHWH... Et il écrira ces malédictions, le kôhen, sur un rouleau, ba-sepher, et il effacera avec les eaux de l'amertume. Et il fera boire à la femme les eaux de l'amertume et de la malédiction...

 
8.  4 maître
cette femme a été prise en flagrant délit d'adultère
 

Ils lui disent : Maître... En hébreu rabbi...

 
8.  5 dans la tôrah
môscheh nous a commandé de tuer à coups de pierres
les femmes qui font cela
et toi qu'est‑ce que tu dis
 

Dans la Torah... Lévitique 20, 10 : Et un homme qui commet l'adultère avec la femme de son compagnon, mourir, il mourra, l'homme et la femme. Deuteronome 22, 22 : Que si l'on trouve un homme couché avec une femme qui a un mari, alors ils mourront tous les deux, l'homme qui a couché avec la femme, et la femme... Il n'est pas question ici de mise à mort à coups de pierres. Par contre, Deuteronome 22, 23, il est question de mise à mort à coups de pierres pour une vierge fiancée.

 
8.  6 cela ils le lui disaient pour le mettre à l'épreuve
afin d'avoir de quoi l'accuser
 
alors il s'est mis à genoux ieschoua
et avec son doigt il s'est mis à écrire sur la terre
 

Cela ils le disaient pour le mettre à l'épreuve... Le verbe grec peirazein, ici utilisé, traduit constamment l'hébreu nissah, faire une expérience qui constitue une épreuve. Genèse 22, 1 : Et il advint après cela, et Dieu mit à l'épreuve Abraham... Hébreu nissah, grec epeirazen. Exode 15, 25 ; 16, 4 ; 17, 2 ; 17, 7 ; etc.

Ieschoua s'est mis à genoux... Genèse 43, 28 : Et ils se sont mis à genoux et ils se sont prosternés... Le verbe hébreu qadad ici utilisé signifie : se mettre à genoux. Il est toujours associé au verbe hischetahawah, se prosterner. Les traducteurs en langue grecque ont, comme c'est leur coutume, transformé le premier verbe en un participe : kai kupsantes prosekunèsan auto. Exode 4, 31 : Et il a été certain que c'était vrai, le peuple, et ils ont entendu (ils ont compris) qu'il a visité, YHWH, les fils d'Israël et qu'il a vu leur peine. Et ils se sont mis à genoux et ils se sont prosternés, hébreu wa-iqedou wa-ischetahawou, grec kupsas ho laos prosekunèsen. De nouveau les traducteurs du texte hébreu en langue grecque ont transformé le premier verbe en participe dans leur traduction. Exode 12, 27 : Et il s'est mis à genoux, le peuple, et il s'est prosterné, grec kai kupsas ho laos prosekunèsen. Exode 34, 8 : Et il se hâta, Môscheh, et il se mit à genoux à terre, et il se prosterna. Grec : kupsas epi tèn gèn prosekunèsen. Nombres 22, 31 : Et il a dévoilé, YHWH, les yeux de Bileam et il a vu le messager de YHWH qui se tenait debout sur la route et son épée dégainée dans sa main. Alors il s'est mis à genoux et il s'est prosterné le nez à terre. Grec : kai kupsas prosekunèsen. 1 Samuel 24, 9 : Et il s'est mis à genoux, David, le nez à terre et il s'est prosterné. Grec : kai ekupsen dauid epiprosôpon autou. 1 Samuel 28, 14 : Et il a connu, Schaoul, que c'était Shemouel, lui, et il s'est mis à genoux le nez à terre et il s'est prosterné... Grec : kai ekupsen epiprosôpon autou. Dans notre texte grec de Jean 8, 6 et 8, 8 nous lisons : katô kupsas, et katakupsas. Nous pouvons donc légitimement nous demander si nous n'avions pas le verbe hébreu qadad dans le document hébreu primitif, et si en cette occurrence le Seigneur ne s'est pas mis à genoux pour écrire par terre.

 
8.  7 et comme ils restaient là à l'interroger
il s'est redressé et il leur a dit
 
celui qui est sans faute parmi vous
lui le premier sur elle qu'il jette une pierre
 
8.  8 et de nouveau il s'est mis à genoux
et il écrivait sur la terre
 
8.  9 lorsqu'ils ont entendu cela
ils se sont retiré un par un
en commençant par les plus vieux
 
et il est resté seul
et la femme était là au milieu
 
8.  10 alors il s'est relevé ieschoua
et il a vu qu'il n'y avait plus personne
si ce n'est la femme
 
alors il lui a dit
 
femme
où sont‑ils donc tes accusateurs
personne ne t'a condamnée
 

Où sont-ils donc, tes accusateurs ? En grec hoi katègoroi, en hébreu soit le participe du verbe satan, accuser, attaquer par des accusations, qui a donné ha-satan, l'accusateur, l'ennemi, l'adversaire ; soit la simple transcription en caractères hébreux du grec katègoros, transcription que l'on trouve par exemple Pirqe Abot 4,11 : Rabbi Eliezer fils de Iaaqôb disait : Celui qui fait un commandement, un seul, acquiert pour lui-même un avocat de la défense, hébreu peraqelith, décalqué sur le grec paraklètos ; et celui qui transgresse une seule transgression, il acquiert pour lui-même un accusateur, hébreu qathegôr, transcription du grec katègoros, l'accusateur, du verbe katègoreô, parler contre quelqu'un, blâmer, décrier, accuser en justice...

A propos de cette page, la perle parmi les perles, Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, III, XXXIX, 16 et 17, nous a conservé ce qu'écrivait le vieux Papias, évêque de Hiérapolis en Asie Mineure, qui avait entendu Jean, autour de 130 : « Au sujet de Matthieu, voici ce qu'il dit : Matthieu, en langue hébraïque, hebraïdi dialektô, a réuni les actes et les paroles, grec ta logia, qui traduit l'hébreu debarim, qui signifie à la fois les paroles et les actes. Et chacun les a traduits, grec hèrmèneusen, comme il pouvait. » Cela permet donc de supposer légitimement qu'il y a eu plusieurs traductions de l'hébreu en grec de l'Évangile de Matthieu. Ce qui fortifie notre hypothèse que plusieurs parmi les variantes, que nous lisons au bas de nos éditions savantes de nos Évangiles, ne sont pas des erreurs de copie ni des fautes de copistes, mais les reliques précieuses de plusieurs traductions. Eusèbe poursuit, toujours en citant Papias : « Et il rapporte une autre histoire, au sujet d'une femme qui a été accusée de graves fautes, epi pollais hamartiais, en présence du Seigneur. Cette histoire que renferme l'Évangile selon les Hébreux, hèn to kath' hebraious euaggelion periechei. » Le fait est que la page que nous venons de traduire en français est bourrée, comme les autres, d'expressions typiquement hébraïques. La page que nous venons de traduire se trouve dans certains manuscrits de l'Evangile de Luc, après le chapitre 21, verset 38.

 
8.  11 et elle
elle lui a dit
 
personne seigneur
 
alors il a dit ieschoua
 
moi non plus je ne te condamne pas
va [en paix]
et à partir de maintenant ne commets plus de faute
 
8.  12 et de nouveau il leur a parlé ieschoua
et il leur a dit
 
c'est moi la lumière du monde de la durée présente
tout homme qui marche derrière moi
ne marchera pas dans la ténèbre
car à lui sera la lumière de la vie
 

C’est moi la lumière... En hébreu le verbe être est inutile dans ce cas, et nous avions donc probablement ani ôr ha-olam... Isaïe 49, 5 : Et maintenant, il a dit YHWH, lui qui m'a formé depuis le ventre (de ma mère) pour [être] un serviteur pour lui... Et il a dit : C'est peu de choses que tu sois pour moi un serviteur, pour relever les tribus de Iaaqôb... Je t'ai donné [d'être] lumière des nations [païennes], afin qu'il soit, mon salut, hébreu ieschouati, jusqu'au bout de la terre... On voit apparaître dans ce texte, et dans beaucoup d'autres du prophète inconnu du temps de la déportation, dont les oracles ont été inscrits à la suite des oracles du prophète Isaïe du viiie siècle avant notre ère, la perspective de l'ouverture universelle : les nations païennes vont recevoir elles aussi la lumière de Dieu qui a été communiquée tout d'abord dans cette zone particulière qui est le peuple hébreu. Isaïe 2, 2 : Et cela sera dans l'après des jours (dans l'avenir) : instaurée sera la montagne de la maison de YHWH sur la tête des montagnes, et elle sera élevée au-dessus des collines. Et elles s'écouleront, comme des fleuves, hébreu naharou, vers elle toutes les nations [païennes]. Et viendront des peuples nombreux et ils diront : Allons ! Et montons vers la montagne de YHWH, vers la maison du Dieu de Jacob ! Instruisons-nous de ses voies, et marchons dans ses sentiers ! Car de Sion sortira l'Instruction (hébreu : Torah) et la parole de YHWH, de Jérusalem. Prophétie qui date du viiie siècle avant notre ère, et qui se retrouve dans Michée 4, 1. Prophétie réalisée sous nos yeux au xxe siècle de notre ère.

Car à lui sera la lumière de la vie : En grec : il aura la lumière de la vie. Nous restaurons l'expression hébraïque qui ne comporte pas le verbe avoir. La lumière de la vie, Jean 1 : En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes.

 
8.  13 alors ils lui ont dit les perouschim
 
toi tu attestes en ta faveur
par conséquent
ton attestation n'est pas certainement vraie
 

Ton attestation n'est pas certainement vraie : Sans valeur probante, hébreu probable : edoutka einenah neemanah, ton attestation n'est pas telle qu'elle puisse emporter la conviction, conduire à la certitude de la vérité, émounah.

 
8.  14 il a répondu ieschoua et il leur a dit
 
même si moi j'atteste en ma faveur
elle est cependant certainement vraie mon attestation
parce que je sais d'où je suis venu et [je sais] où je vais
vous
vous ne savez pas d'où je viens ni où je vais
 
8.  15 vous
vous jugez selon l'homme de chair
et moi je ne juge personne
 
8.  16 et même si je juge moi
mon jugement est certainement vrai
parce que je ne suis pas seul
mais [il y a] moi et puis celui qui m'a envoyé
mon père
 
8.  17 et dans votre loi il est écrit
que de deux hommes
l'attestation est certainement vraie
 

Et dans votre Torah il est écrit que... Certains se sont imaginés qu'à partir de ce texte ils pouvaient justifier leur hypothèse d'une datation tardive de l'Évangile de Jean. Exode 32, 7 : Et il a dit, YHWH, à Môscheh : Va ! Descends ! Car il s'est corrompu ton peuple que toi tu as fais monter du pays d'Egypte... C'est une manière hébraïque de s'exprimer, dans certains cas, particulièrement graves.

 
8.  18 c'est moi qui atteste en ma faveur
et il atteste aussi en ma faveur
celui qui m'a envoyé
mon père
 
8.  19 alors ils lui ont dit
 
où est‑il ton père
 
et il a répondu ieschoua
 
moi vous ne m'avez pas connu
et vous n'avez pas connu mon père
si vous m'aviez connu
alors vous connaîtriez aussi mon père
 
8.  20 ces paroles il les a dites dans la salle
[où] il enseignait dans l'enceinte du temple
et personne ne l'a arrêté
parce qu'il n'était pas encore venu son temps
 

Dans la salle : en grec gazophulakion, hébreu lischekah, une des nombreuses cellules, chambres ou salles du Temple, 2 Rois 23, 11 ; Esdras 10, 6 ; Néhémie, 3, 30 ; 10, 38 ; etc. Dans le Temple : toujours le hieron, c'est-à-dire l'ensemble des constructions qui comportaient portes, portiques, salles ou cellules, et le naos proprement dit. Hugues Vincent, Jérusalem de l'Ancien Testament, chap. xv, Le Temple d'Hérode.

 
8.  21 et il leur a parlé de nouveau et il leur a dit
 
moi je m'en vais d'ici
et vous
vous me chercherez
et dans vos crimes vous mourrez
et là où moi je m'en vais
vous
vous ne pouvez pas venir
 

Et dans vos crimes... Nous avons ici traduit le grec hamartia, qui traduit le plus souvent l'hébreu hathaah, par le français crimes, parce que, comme nous l'avons noté précédemment, le mot français péché, s'est usé à travers les siècles ; il est devenu confus, et a pris de l'odeur. Nos contemporains comprennent par contre fort bien ce que sont les crimes. Le xxe siècle est expert en la matière.

 
8.  22 alors ils ont dit les judéens
 
est‑ce qu'il va se tuer lui‑même
puisqu'il dit
là ou moi je m’en vais
vous
vous ne pouvez pas venir
 
8.  23 et il leur a dit
 
vous
vous êtes d'en bas et moi je viens d'en haut
vous
vous êtes de ce monde de la durée présente
moi je ne suis pas de ce monde de la durée présente
 

Vous, vous êtes d'en bas, et moi je suis d'en haut... En hébreu, le verbe être est ici inutile, il a été ajouté dans le texte grec par le traducteur. Nous sommes quasi obligés de faire comme lui en français.

Vous, vous êtes de ce monde de la durée présente... Ici comme dans les propositions précédentes, le verbe être est inutile en hébreu. Le monde de la durée présente : hébreu ha-olam ha-zeh, qui s'oppose à ha-olam ha-bah, le monde de la durée qui vient. Étant donné qu'en hébreu olam signifie la durée et le monde, la durée du monde, nous utilisons deux mots français pour traduire l'unique mot hébreu olam, exactement comme l'a fait saint Paul, ou son traducteur, Éphésiens 2, 2 : Et quant à vous, vous étiez morts par vos transgressions et par vos crimes, dans lesquels jadis vous marchiez, conformément à la durée du monde présent, kata ton aiôna tou kosmou toutou. Aiôn et kosmos sont les deux traductions en langue grecque du mot hébreu olam. Paul emploie constamment cette expression typiquement rabbinique, Romains 12, 2 : Ne vous conformez pas [aux mœurs] de la durée présente, de la durée du monde présent, ou du monde de la durée présente, tô aiôni toutô. 1 Corinthiens 1, 20 : Où est le sage ? Où est-il donc le lettré ? Où est-il celui qui fait des recherches — le philosophe — de la durée du monde présent ? Éphésiens 1, 21 : Bien au-dessus de toute puissance, de toute autorité, de toute domination et de toute seigneurie, et de tout nom, qui est nommé non seulement dans le monde de la durée présente, en tô aiôni toutô, hébreu be-olam ha-zeh, mais aussi dans le monde de la durée qui vient, hébreu be-olam ha-bah.

 
8.  24 c'est pourquoi je vous ai dit
vous mourrez dans vos crimes
car si vous n'êtes pas certains
qu'il est vrai que c'est moi vous mourrez dans vos crimes
 

Si vous n'êtes pas certains qu'il est vrai que, [à savoir que] c'est moi... Grec hoti egô eimi, qui traduit constamment l'expression hébraïque ki ani hou, que c'est moi ! Traduction littérale : que moi lui ! Sans le verbe être inutile. La traduction : que moi je suis ! est donc un gros, très gros contresens. Isaïe 43, 10 : Vous, [vous êtes] mes témoins ! Oracle de YHWH ! Et mes serviteurs, que j'ai choisis ! Afin que vous connaissiez, et que vous soyez certains de la vérité en moi, et afin que vous compreniez que c'est moi ! Ki ani hou, traduction grecque : hoti egô eimi. Le grec ajoute le verbe être là où il n'existe pas dans le texte hébreu. Nous allons retrouver plusieurs fois cette expression dans les pages qui suivent, toujours avec le même sens. Que signifie ici cette expression ? De quoi ou de qui s'agit-il ? Pour comprendre cette expression, il faut se replacer dans la perspective et l'attente qui était celle du peuple hébreu, autour de l'année 30 de notre ère. Depuis des siècles, les prophètes annonçaient la venue du prophète par excellence, de celui qui a reçu l'onction royale, sacerdotale et prophétique, de celui qui vient, du bien-aimé qui frappe à la porte, comme le dit le Cantique des Cantiques 2, 8. Lorsque le Seigneur dit, en hébreu : c'est moi ! tout le monde, dans son entourage, comprend de quoi et de qui il s'agit, et principalement les théologiens à qui il s'adresse.

 
8.  25 alors ils lui ont dit
 
toi qui es‑tu
 
et il leur a dit ieschoua
 
ce que je vous dis
depuis le commencement que je vous parle
 

Ce que je vous dis depuis le commencement que je vous parle... Si l'on traduit littéralement et mot à mot la phrase grecque que nous avons sous les yeux, sans tenir compte de l'hébreu, on obtient le galimatias suivant : le commencement que aussi je dis à vous ! Si l'on consulte l'hébreu de la Bible hébraïque, on s'aperçoit que le grec tèn archèn traduit l'hébreu ba-rischônah, au commencement, Genèse 13, 4, ou ba-tehilah, au commencement aussi, Genèse 41, 21 ; 43, 18 ; 43, 20. Daniel 8,1 : Dans la troisième année du règne de Balthasar le roi, une vision m'a été donnée à voir, à moi Daniel, après celle qui m'avait été donnée à voir au commencement, hébreu ba-tehilah, traduction grecque de Théodotion : tèn archèn. Dans notre texte grec de Jean 8,25, et sous notre texte grec, il faut donc restituer l'hébreu ba-tehilah ou ba-rischônah, au commencement.

 
8.  26 il y a beaucoup de choses
que j'ai à dire à votre sujet et aussi à juger
mais celui qui m'envoie est véridique
et moi ce que j'ai entendu qui vient de lui
c'est cela que je dis
en m'adressant au monde de la durée présente
 

Il y a beaucoup de choses que j'ai à vous dire... Grec, littéralement : j'ai beaucoup de choses... Hébreu : beaucoup de choses sont à moi à vous dire...

Celui qui m'envoie est véridique, grec alèthès, hébreu probable neeman hou. 1 Samuel 2, 35 : kohen neeman, un prêtre de la vérité, duquel on puisse être absolument certain, traduction grecque hierea piston. 1 Samuel 25, 28 : beit neeman, une maison solide, durable, à cause de sa vérité, traduction grecque oikon piston. 1 Rois 11, 38 : beit neeman, même sens, même traduction grecque. 1 Samuel 22, 14 : David est appelé neeman, on peut être certain de lui, parce qu'il est vrai et véridique, grec pistos. Nombres 12, 7 : Môscheh est neeman, grec pistos. Isaïe 8, 2 : des témoins de la vérité desquels on peut être certains, edim neemanim, grec marturas pistous. Isaïe 1, 21 : la cité dont on peut être certain, parce que la vérité est en elle, qireiah neemenah, grec polis pistè. Jérémie 42, 5 : Qu'il soit, YHWH, au milieu de nous, un témoin de la vérité duquel on peut être certain, le-ed net, grec eis martura dikaion kai piston. Deutéronome 7, 9 : Dieu, il est le Dieu véridique, de la vérité de qui on peut être certain, ha-el ha-neeman, grec theos pistos. Paul dit de Dieu qu'il est pistos, 1 Corinthien 1, 9 ; 10, 13 : On peut être absolument certain de la vérité de Dieu, de la vérité de la parole de Dieu. C'est la traduction de el ha-neeman de Deutéronome 7, 9. La traduction française : Dieu est fidèle, est beaucoup trop faible. 1 Thessaloniciens 1, 24 : Il est neeman, grec pistos — nous pouvons être certains de sa vérité — celui qui nous a appelés, lui qui fera aussi ce qu'il a promis. 2 Thessa­loniciens 3,3: Pistos estin ho kurios, nous pouvons être certains de la vérité du Seigneur, qui nous fortifiera... Première lettre de Jean 1,9: Pistos estin... Il est vrai et véridique en sorte que nous pouvons être certains de sa véracité... Apocalypse 3, 14 : Voici ce que dit le amèn, le témoin dont nous pouvons être certains parce qu'il est véridique, ho martus ho pistos kai alèthinos. Le traducteur du texte hébreu de l'Apocalypse utilise les deux mots grecs, pistos et alèthinos, pour tra­duire l'unique racine aman, être certain de la vérité de... Pistos et alè­thinos traduisent l'unique mot hébreu neeman. De même Apocalypse 19, 11 : Celui qui était assis sur lui est appelé pistos et alèthinos. Comme on le voit en comparant la Bibliothèque hébraïque à sa tra­duction grecque, il existait de fait deux mots grecs pour traduire les mots dérivés de la racine hébraïque aman : pistis ou pistos, et alètheia ou alèthès. Paul, ou son traducteur, utilisent plutôt les mots de la famille pistis. Le traducteur de Jean utilise plutôt le mot grec alètheia et alèthès, que nous lisons ici dans Jean 8, 26. On remarque qu'au verset 24 nous avions le verbe grec pisteusète, être certain de la vérité de, traduction du verbe hébreu heemin, toujours la racine aman, et au verset 26 le mot grec alèthès, hébreu neeman, même racine. Les propos ont été tenus en hébreu, les paroles ont été pronon­cées en hébreu, le texte original rédigé en hébreu, et la traduction grecque ne laisse plus percevoir ce jeu des mots sur une même racine hébraïque. Nous essayons, autant que faire se peut, de montrer au lecteur de langue française cette communauté de la racine.

Ce que j'ai entendu qui vient de lui, grec para, hébreu min.

C'est cela que je dis en m'adressant au monde de la durée pré­sente, grec eis ton kosmon, hébreu el ha-olam.

 
8.  27 mais eux ils n'ont pas connu
que c'est de son père qu'il leur parlait
 

Ils n'ont pas connu... Commentaire soit du rédacteur, soit du traducteur du quatrième Évangile.

 
8.  28 alors il leur a dit ieschoua
 
lorsque vous élèverez le fils de l'homme
alors vous connaîtrez que c'est moi
et de mon propre coeur je ne fais rien
mais comme il m'a enseigné le père
c'est cela que je dis
 

Alors vous saurez que c'est moi, grec, hoti egô eimi, comme précédemment, hébreu ki ani hou.

De mon propre cœur, hébreu mi-libbi comme précédemment. Mais comme il m'a enseigné, le père, c'est cela que je dis : texte capital du point de vue métaphysique et du point de vue théologique. Le Christ enseigne ici ce qu'il a déjà enseigné précédemment, que l'information créatrice vient de Dieu, l'unique. Le Christ, l'homme véritable uni à Dieu véritable, reçoit l'information créatrice, et il la communique aux disciples, aux envoyés, pour que ceux-ci la communiquent à leur tour. Nous sommes très exactement aux antipodes d'une christologie du type de celle de Noêtos de Smyrne. Nous sommes au fondement de la christologie orthodoxe, celle des papes Damase, Léon, du Concile de Chalcédoine et des grands conciles christologiques orthodoxes. Le Christ lui-même souligne, à plusieurs reprises, qu'il reçoit l'information créatrice, venant de celui qui est la source unique et première, l'origine radicale de l'information. Comment a-t-on pu imaginer que des textes pareils aient pu être inventés par un inconnu au deuxième siècle de notre ère ?

 
8.  29 et celui qui m'a envoyé
il est avec moi
il ne m'a pas laissé seul
car moi
ce qui est bon à ses yeux je le fais toujours
 
8.  30 et il advint que lorsqu'il eût dit ces paroles
nombreux furent certains
de la vérité [qui est] en lui
 

Et il advint, lorsqu'il eut dit ces paroles, nombreux furent ceux qui furent certains de la vérité qui est en lui : en effet, ces paroles sont humbles. Le Christ ne dit pas qu'il est lui-même la source de l'information. Il dit au contraire qu'il reçoit l'information de Dieu, qu'il appelle son propre père. L'imposteur, c'est celui qui veut se faire passer pour la source ou l'origine première de l'information. En écoutant le Seigneur, nombreux sont ceux qui ont compris que cet homme — l'homme véritable uni à Dieu véritable — disait vrai.

 
8.  31 il a dit alors ieschoua
à ceux qui étaient certains de la vérité [qui est] en lui
parmi les judéens
 
si vous
vous vous tenez fermes dans ma parole
alors en vérité vous êtes mes disciples
 
8.  32 et vous connaîtrez la vérité
et la vérité fera de vous des hommes libres
 
8.  33 et ils lui ont répondu
 
la semence d'abraham nous sommes
et de personne nous n'avons jamais été les esclaves
comment donc peux‑tu dire
vous serez des hommes libres
 

La semence d'Abraham nous sommes... Grec sperma, hébreu zera. Genèse 12, 7 : Et se fit voir, YHWH, à Abram et il dit : à ta semence, hébreu zera, grec sperma, je donnerai ce pays-ci... Genèse 13, 15 : Car tout le pays que toi tu es en train de regarder, à toi je le donnerai et à ta semence, hébreu zera, grec sperma, jusqu'à la durée indéfinie à venir, hébreu ad-ôlam, grec heôs tou aiônos. Et je disposerai ta semence, zera, comme la poussière de la terre, qui est telle que si quelqu'un peut la compter, la poussière de la terre, alors ta semence aussi il comptera... Genèse 15, 18 : A ta semence, hébreu zera, grec sperma, j'ai donné ce pays-ci, depuis le fleuve d'Egypte jusqu'au grand fleuve, l'Euphrate... Genèse 17, 8 : Et j'ai donné à toi et à ta semence le pays dans lequel tu as séjourné en étranger, tout le pays de Kanaan, en propriété pour une durée indéfinie, ôlam... Genèse 22, 18 : Et seront bénies, en ta semence, toutes les nations de la terre... Genèse 24, 7 : A ta semence je donnerai ce pays-ci... Genèse 26, 3 : A toi et à ta semence je donnerai tous ces pays..., etc. L'expression se retrouve Luc 1, 55 : Comme il l'a dit en s'adressant à nos pères, à Abraham et à sa semence, grec sperma qui traduit évidemment l'hébreu zera, pour la durée indéfinie à venir, grec eis ton aiôna, qui traduit évidemment l'hébreu le-ôlam ou ad-ôlam. L'expression se retrouve très fréquemment dans les lettres de Paul, Romains 4, 13 ; 4, 18 ; 9, 7 ; 11,1 ; 2 Corinthiens 11, 22 : Hébreux ils sont ? Moi aussi ! Enfants d'Israël ils sont ? Moi aussi ! Semence d'Abraham ils sont ? Moi aussi ! Galates 3, 16 ; Galates 3, 29 : Si vous, vous êtes du Christ, alors vous êtes aussi semence d'Abraham... C'est Paul qui va traiter dans ses lettres le difficile problème suivant : L'information créatrice a été communiquée à Abraham et à sa semence, le peuple hébreu, pendant des siècles. Maintenant l'information créatrice est communiquée aussi aux nations païennes, aux incirconcis. Par conséquent, puisqu'ils ont reçu l'information créatrice communiquée, confiée tout d'abord à Abraham, les païens qui reçoivent cette information créatrice sont aussi à leur tour semence d'Abraham. C'est-à-dire qu'il existe deux transmissions de l'information : l'une par la voie biologique ou génétique ; l'autre par la pensée, la communication de l'information qui va d'une intelligence à une autre intelligence.

 
8.  34 et il leur a répondu ieschoua
 
amèn amèn je vous dis
tout homme qui fait le crime
est l'esclave du crime
 

Tout homme qui fait le crime, est l'esclave du crime... Le thème est repris et développé, plus tard en 57 ou 58, par Paul, dans la lettre qu'il adresse à la petite communauté chrétienne de Rome, 6, 16 : Vous êtes esclaves de celui à qui vous obéissez, soit du crime, pour la mort, soit de l'obéissance à Dieu, pour la justice. Grâces soient rendues à Dieu, parce que vous étiez esclaves du crime, et vous avez fini par écouter, du fond de votre être... Vous avez été libérés du crime, et vous êtes devenus les esclaves de la justice et vous vous êtes mis au service de la justice... Lorsque vous étiez les esclaves du crime, vous étiez libres par rapport à la justice... La finalité de tout cela, c'est la mort. Mais maintenant, vous avez été libérés du crime, et vous êtes au service de Dieu... Le salaire du crime, c'est la mort... Une fois de plus nous constatons que la pensée de Paul, le docteur pharisien, est en accord profond avec la pensée de Jean.

 
8.  35 et l'esclave ne demeure pas dans la maison
pour toute la durée qui vient
le fils lui demeure pour toute la durée qui vient
 

Et l'esclave ne demeure pas dans la maison pour toute la durée qui vient, grec eis ton aiôna, traduction de l'hébreu le-ôlam, Genèse 3, 22 ; 6, 3 ; Exode 14, 13 ; 15, 18 ; 21, 6 ; etc. Le fils, lui, demeure pour toute la durée qui vient, même expression grecque, même substrat hébreu.

 
8.  36 si donc le fils fait de vous des hommes libres
alors véritablement vous serez libres
 
8.  37 je sais que vous êtes la semence d'abraham
mais pourtant vous cherchez à me tuer
parce que ma parole ne trouve pas de place en vous
 
8.  38 ce que moi j'ai vu et qui vient de mon père
c'est cela que je dis
quant à vous ce que vous avez entendu
et qui vient de votre père
c'est cela que vous faites
 

Ce que moi j'ai vu, et qui vient de mon père... grec para, hébreu min. Certains manuscrits donnent : para tô patri. D'autres manuscrits : apo tou patros. Ce sont deux traductions de l'hébreu min.

Quant à vous, ce que vous avez entendu... Certains manuscrits donnent : ce que vous avez vu...

Et qui vient de votre père : certains manuscrits donnent : para tou patros ; d'autres : para tou patros humôn ; d'autres encore : para tô patri humôn. De toute manière c'est la particule hébraïque min, qui signifie la provenance, qui est sous ce texte diversement traduit.

 
8.  39 ils ont répondu et ils lui ont dit
 
notre père c'est abraham
 
et il leur a dit ieschoua
 
si vous étiez les fils d'abraham
les actions d'abraham vous feriez
 

Si vous étiez les fils d'Abraham, alors vous feriez les actions d'Abraham. Il faudrait traduire, pour rendre en français le jeu sur la racine commune du substantif maaseh, l'action, traduit en grec par ta erga, et le verbe asah, faire, traduit en grec par poiein : si vous agissiez les actions d'Abraham...

 
8.  40 mais maintenant vous cherchez à me tuer
moi un homme qui vous a dit la vérité
[cette vérité] que j'ai entendue venant de dieu
cela abraham ne l'a pas fait
 

Mais maintenant, grec nun de, hébreu we-atah. Atah en hébreu signifie bien : maintenant. Mais dans nombre de texte il a une signification qui n'est pas seulement temporelle, mais comporte une implication logique, par exemple : puisqu'il en est ainsi... Genèse 20, 7 : Et maintenant, puisqu'il en est ainsi, rends-lui sa femme, à cet homme, puisqu'il est prophète, lui... Genèse 27, 8 : Et maintenant, puisqu'il en est ainsi, mon fils, écoute ma voix... Genèse 45, 8 : Et maintenant — c'est-à-dire : mais en réalité — ce n'est pas vous qui m'avez envoyé ici. Mais c'est Dieu, et il a fait de moi un père pour Pharaon, et un seigneur sur toute sa maison... C'est en ce sens que l'expression hébraïque we-atah est employée ici, dans le texte hébreu traduit en grec par nun de : Vous prétendez être les fils d'Abraham. Mais en réalité, et quoique vous en disiez, bien loin d'agir les actions d'Abraham, vous cherchez à me mettre à mort...

Cette vérité que j'ai entendue, venant de Dieu : la vérité qui vient de Dieu, grec para, hébreu min, en composition me-im, ou me-et.

 
8.  41 vous
vous faites les actions de votre père
 
alors ils lui ont dit
 
nous
nous ne sommes pas nés de la prostitution
un seul père nous avons c'est dieu
 

Vous, vous faites les actions... Toujours en hébreu la communauté de racine entre le substantif maaseh, l'action, et le verbe asah, agir. Il faudrait donc traduire ici comme précédemment, pour rendre en français cette communauté : vous, vous agissez les actions...

Nous ne sommes pas nés de la prostitution : grec porneia, hébreu zenounim. La prostituée, hébreu zônah, grec pornè. Se prostituer, en hébreu le verbe zanah. Le substantif zônah est le participe actif féminin du verbe zanah. En traduction française, dans le langage populaire, la réponse de Jean 8, 41 correspond à peu près à : nous ne sommes pas des fils de putain. Nous avons en français un mot supposé distingué, prostituée, et un terme populaire, putain. L'hébreu est une langue populaire.

Unique est notre père... En grec : un seul père nous avons... En hébreu : Est à nous un seul père...

 
8.  42 et il leur a dit ieschoua
 
si c'était dieu votre père
vous m’aimeriez
car moi de dieu je suis issu et je viens
car je ne suis pas venu de moi‑même
mais c'est lui qui m'a envoyé
 

Je ne suis pas venu de moi-même, traduction littérale de l'hébreu mi-libbi : de mon propre cœur...

C'est lui qui m'a envoyé. Hébreu schalah, traduction grecque apostollein. Exode 3, 10 : Et maintenant va, et je t'envoie vers Pharaon... 3, 12 : Je suis avec toi, et voici pour toi le signe que c'est bien moi qui t'envoie... 3, 13 : Voici que moi je vais aller vers les fils d'Israël, et je vais leur dire : le Dieu de vos pères m'a envoyé vers vous, et ils me diront : quoi son nom ? Qu'est-ce que je vais leur dire ? 3, 14 : Ainsi tu parleras aux fils d'Israël : je suis m'a envoyé vers vous ! 3, 15 : YHWH le Dieu de vos pères, Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, et Dieu de Jacob, m'a envoyé vers vous..., etc. L'acte d'envoyer, de la part de Dieu, qui envoie son messager, maleak, son serviteur le prophète, nabi, n'implique pas et ne présuppose pas, bien évidemment, de la part de celui qui est envoyé, une existence antérieure, une préexistence au sens orphique, pythagoricien, platonicien ou néo-platonicien du terme (idée reprise par Origène) avant sa propre naissance. Il en va de même pour l’anthrôpos Ièsous christos, pour l'homme Jésus le Christ, qui est envoyé, ce qui ne présuppose nullement une préexistence, avant sa naissance, de l'homme véritable uni à Dieu. Ce mythe a été rejeté par l'Église avec l'origénisme. Lettre de Léon à Julien, évêque de Cos, 13 juin 449.

 
8.  43 pourquoi ma parole
ne la connaissez‑vous pas
parce que vous ne pouvez pas entendre ma parole
 

Pourquoi, ma parole, ne l'avez-vous pas connue ? Grec lalia, qui est la traduction de l'hébreu dabar, la parole. Le verbe grec lalein, parler, dire, traduit, des centaines de fois, le verbe hébreu dabar, piel dibber, parler, dire. On pourrait aussi traduire : Pourquoi, ce que je vous ai dit, ne l'avez-vous pas connu ?

 
8.  44 vous du père [qui est] l'adversaire vous êtes
et les désirs de votre père vous voulez faire
lui il fut tueur d'hommes depuis le commencement
et dans la vérité il ne s'est pas tenu
car il n'y a pas de vérité en lui
lorsqu'il dit le mensonge
alors il parle de son propre fonds
car il est menteur
et il est le père [du mensonge]
 

Vous, du père [qui est] l'adversaire, vous êtes... Le grec diabolos traduit l'hébreu ha-satan, l'adversaire, l'ennemi, l'accusateur. Il est inutile de rendre le grec diabolos, par le français diable, puisque ce n'est pas traduire, mais transcrire un mot grec en caractères français. Le mot grec diabolos avait un sens pour celui qui l'entendait, puisqu'il provient du verbe grec diaballein, jeter entre, jeter à travers, séparer, désunir, attaquer, accuser, calomnier, tromper, etc. Pour l'enfant des écoles, en France, fin du xxe siècle, le mot diable évoque une image, une imagerie, mais non pas un concept. En hébreu, dans cette proposition, le verbe être est inutile.

Parce qu'il est menteur et le père [du mensonge] : traduction littérale du texte grec : parce qu'il est menteur et qu'il en est le père... Évidemment le père du mensonge.

 
8.  45 et quant à moi
alors que je vous dis la vérité certaine
vous n'êtes pas certains de la vérité
de ce que je vous dis
 

Quant à moi, quoique — ou lorsque — je vous dis la vérité qui est certaine, vous n'êtes pas certains de la vérité que je vous dis : Si l'on traduisait littéralement le texte grec sans tenir compte de l’hébreu sous-jacent, on obtiendrait ceci : Quant à moi, parce que je dis la vérité, vous n'êtes pas certains... Évidemment absurde. La solution de la difficulté se trouve comme d'habitude dans l'hébreu sous-jacent. Le mot grec hoti, que nous lisons ici, peut traduire beaucoup de mots hébreux. Ki, que, Genèse 37, 35 ; Ki, parce que, Exode 3, 2 ; 3, 17 ; Ki, que, pour que, Exode 13, 3. Mais aussi ascher, le relatif neutre, qui sert aussi de conjonction, Exode 18, 9 ; 18, 10 ; etc. L’emploi de ascher, en hébreu, est une curiosité. Il peut comporter quantité de significations. Genèse 11, 7 : Allons ! Descendons et brouillons là leurs langues, en sorte que, hébreu ascher, ils n'entendent plus, chacun, la langue de son compagnon ! Genèse 24, 3 : Je te ferai jurer, par (littéralement : dans) YHWH Dieu des cieux et Dieu de la terre, que, hébreu ascher, tu ne prendras pas une femme pour mon fils, prise de parmi les filles du Cananéen, que, hébreu ascher, moi j'habite au milieu de lui... Genèse 30, 18 : Il m'a donné, Dieu, mon salaire, parce que, hébreu ascher, j'ai donné ma servante à mon homme... Genèse 34, 13 : Ils lui parlèrent en usant de tromperie, parce que, hébreu ascher, il avait souillé leur sœur. Traduction grecque hoti. Exode 5, 21 : Qu'il regarde, qu'il voie, YHWH (en posant son regard) sur vous, et qu'il juge ! Puisque, hébreu ascher, vous avez rendu puante notre odeur aux yeux de (sic !) Pharaon... Grec hoti. Exode 11,7 : Afin que vous sachiez que, hébreu ascher, il a fait une distinction, YHWH, entre l'Egypte et entre Israël... Exode 20, 26 : Et tu ne monteras pas sur les marches à l'autel du sacrifice, en sorte que, hébreu ascher, tu ne découvres pas ta nudité... Dans notre texte Jean 8, 45, il y avait très probablement : ka-ascher, lorsque, au sens de : quoique. C'est ce ka-ascher que notre traducteur en langue grecque a rendu par hoti. Toute la phrase est construite non pas sur un jeu de mots, ni un jeu sur les racines, mais sur la communauté de racine, en hébreu, entre le verbe hébreu he-emin, racine aman, être certain de la vérité de, et le mot hébreu émet, la vérité, traduction grecque alètheia. Quoique je dise ce qui est certainement vrai, vous n'êtes pas certains de la vérité de ce que je vous dis. Le texte grec ne rend pas ce jeu sur la racine, n'exprime pas cette communauté de racine, que l'on retrouve dès lors qu'on restaure le texte hébreu. Nous avons donc ici une preuve de plus — ce qui s'appelle une preuve — que notre texte grec est bien une traduction du texte hébreu antérieur. Et lorsque les traducteurs en langue française, qui ne veulent pas entendre parler d'un texte hébreu antérieur, traduisent le mot grec hoti par : parce que..., ils confirment que notre texte est bien une traduction faite sur un texte hébreu. Cela s'appelle une démonstration par l'absurde.

 
8.  46 qui d'entre vous peut m'accuser
au sujet d'une faute
 
si c'est la vérité certaine que je dis
pourquoi donc vous
n'êtes‑vous pas certains
de la vérité que moi je vous dis
 

Qui d'entre vous peut m'accuser d'une faute ? En grec le verbe elegchein, traduction habituelle de l'hébreu iakah. Genèse 21, 25 : Et il adressa des reproches, des accusations, Abraham, à Abimelek, à propos des puits qu'ils avaient bouchés, les serviteurs d'Abimelek. En hébreu le verbe iakah, traduction grecque elegchein. A propos de, en grec péri, en hébreu al-ôdôt. Genèse 31, 37 : Afin qu'ils jugent entre nous deux et qu'ils condamnent celui qui est dans son tort... Genèse 31, 42 : Il a vu, Dieu, et il a jugé et condamné celui qui est dans son tort... 2 Samuel 7, 14 ; 1 Chroniques 12, 18 ; 16, 21 ; Job 5, 17 ; 9, 33 ; 13,3 ; 13, 6 ; 13, 10 ; 13, 15 ; 15, 3 ; 22, 4 ; 32, 12 ; 33, 19 ; 40, 2 ; Psaumes 6, 2 ; 50, 8 ; 94, 10 ; 105, 14 ; 141, 5 ; Proverbes 3,11 ; 3, 12 ; 15,12 ; cf. Matthieu 18, 15 ;Luc3, 19.

Si je dis la vérité... même jeu sur la racine aman, he-emin, être certain de la vérité de, émet et émounah, la vérité et la certitude de la vérité. Ici encore nous avons dans le texte hébreu reconstitué l'utilisation évidente de cette communauté de la racine dans le verbe heemin et le substantif émet ou émounah pour fortifier l'argument. Cette communauté de la racine n'apparaît pas dans le texte grec. Par conséquent le texte grec que nous lisons est une traduction du texte hébreu antérieur.

 
8.  47 celui qui est issu de dieu
celui‑là il entend les paroles de dieu
et c'est la raison pour laquelle vous
vous n'entendez pas
parce que vous n'êtes pas issus de dieu
 

Celui qui est issu de Dieu... En hébreu ascher me-et elohim... Le verbe être est inutile...

Parce que vous n'êtes pas issus de Dieu : me-et elohim, sans le verbe être.

 
8.  48 et ils ont répondu les judéens et ils lui ont dit
 
n'avons‑nous pas raison de dire
que tu es un samaritain toi
et qu'un esprit mauvais est en toi
 

Que tu es un Samaritain... Sophia Sirac (Ecclésiastique) 50, 25 : Dans deux nations elle trouve de quoi vomir, mon âme, et quant à la troisième, ce n'est même pas une nation : ceux qui sont installés sur la montagne de Samarie, et puis les Philistins, et le peuple imbécile qui habite à Sichem...

Un esprit mauvais, grec daimonion, hébreu peut-être ruah raah.

 
8.  49 et il a répondu ieschoua et il a dit
 
il n'y a pas d'esprit mauvais en moi
mais j'honore mon père
et vous
vous m'outragez
 

J'honore mon père, grec timô, hébreu kabed, être lourd, être estimé d'un grand prix, être honoré. A la forme piel : estimer d'un grand prix, honorer. Exode 20, 12 : Honore ton père et ta mère, hébreu kabed, grec timaô.

 
8.  50 moi je ne recherche pas ma propre gloire
il est quelqu'un qui la recherche et il juge
 

Moi je ne recherche pas ma propre gloire... Nous n'oublions pas que nous avons affaire ici à des notes, prises sur le vif, dans un entretien qui a pu durer longtemps. Celui qui a pris ces notes ne disposait pas de nos appareils modernes, ni sans doute des méthodes sténographiques. Il a donc relevé certains propos, parmi d'autres. Pour reconstituer la logique de l'entretien et de la discussion, il faut donc considérer ces propos qui ont été relevés et notés, comme des pics de montagnes qui sont reliés entre eux par des massifs dont nous n'avons plus la trace. Il faut s'efforcer de reconstituer la logique de la discussion à partir de ces propos qui nous restent, sans s'imaginer que les propos ici notés se suivaient nécessairement immédiatement l'un l'autre, ni qu'ils représentaient ou constituaient la totalité, l'intégralité de l'entretien.

 
8.  51 amèn amèn je vous dis
si quelqu'un garde ma parole
la mort il ne la verra pas dans la durée à venir
 

Il ne verra pas la mort... Psaume 89, 49 : Quel est l'homme qui vivra et qui ne verra pas la mort, qui sauvera son âme de la main du scheôl ? La doctrine du Christ ici est celle qu'il enseigne constamment et qui est constamment rapportée par le quatrième Évangile : celui qui aujourd'hui reçoit et assimile l'information créatrice qui provient de Dieu, et qui est communiquée par le fils de l'homme, celui-là, il est passé de la mort à la vie, il ne verra plus la mort. Il est vivant pour la durée à venir.

Pour la durée à venir, grec eis ton aiôna, hébreu le-ôlam.

 
8.  52 alors ils lui ont dit les judéens
 
maintenant nous avons connu
qu'un esprit mauvais est en toi
abraham est mort et les prophètes aussi
et toi tu dis
si quelqu'un garde ma parole
il ne goûtera pas la mort dans la durée qui vient
 
8.  53 est‑ce que toi tu es plus grand que notre père abraham
il est mort lui
et les prophètes aussi sont morts
qui te fais‑tu toi‑même
 

Qui te fais-tu toi-même ? Correspond un peu à notre expression populaire française : Pour qui te prends-tu ?

 
8.  54 et il a répondu ieschoua
 
si moi je me glorifie moi‑même
ma gloire n'est rien
c'est mon père qui me glorifie
lui dont vous dites
il est notre dieu
 
8.  55 et vous ne l'avez pas connu
moi je le connais
et si je disais que je ne le connais pas
alors je serais comme vous
un menteur mais [en réalité] je le connais
et sa parole je la garde
 
8.  56 abraham votre père s'est réjoui de voir mon jour
et il l'a vu et il a été dans la joie
 

Abraham votre père s'est réjoui — il a exulté — de voir mon jour... En grec hina, construction évidemment impossible du point de vue de la grammaire grecque naturelle. Le mot grec hina peut traduire plusieurs mots hébreux. Genèse 24, 3 : Je te ferai jurer dans YHWH Dieu des cieux et Dieu de la terre, que, hébreu ascher, grec hina, tu ne prendras pas une femme pour mon fils d'entre les filles du Cananéen... Genèse 42, 2 : Descendez donc là-bas (en Egypte) et achetez pour nous [de quoi manger], et, hébreu we, grec hina, que nous vivions, et que nous ne mourrions pas... Le sens du we hébreu est en effet ici : afin que... De même Genèse 43, 8. Genèse 46, 34 : Vous direz : Des gens du troupeau (des bergers), ils sont, tes serviteurs, depuis leur jeunesse et jusqu'à maintenant, nous aussi, tout comme nos pères, vous direz cela afin que, hébreu ba-abour, grec hina, vous séjourniez au pays de Gôschen... Ici dans Jean 8, 56, il pouvait y avoir, par exemple, ascher : Abraham s'est réjoui, de ce qu'il a vu... Ou bien une construction avec lamed suivi de l'infinitif. Mais bien évidemment il ne faut pas ici traduire le hina grec d'une manière littérale, conformément au grec, par : afin que !

 
8.  57 alors ils lui ont dit les judéens
 
voici que tu n'as pas encore cinquante ans
et tu as vu abraham
 

Voici que tu n'as pas encore cinquante ans... Le Christ n'avait pas dit qu'il avait vu, lui, Abraham. Il avait dit : Abraham s'est réjoui de ce qu'il a vu mon jour, ou de la promesse de voir mon jour.

 
8.  58 et il leur a dit ieschoua
 
amèn amèn je vous [le] dis
avant qu'abraham ne naisse
c'est moi
 

Avant qu'Abraham ne naisse, c'est moi. En grec : egô eimi, hébreu, comme précédemment ; ani hou.

La logique de la controverse est simple.

1. Le Seigneur dit à ses interlocuteurs qu'Abraham s'est réjoui de ce qu'il a vu le jour du Christ. Abraham était prophète, Genèse 20, 7. Il a connu, par la communication libre de la part de Dieu, de cette science, quelle était la finalité de la création, à savoir l'union réelle de l'Homme nouveau créé à Dieu incréé. Verus homo vero unitus est Deo. Il a connu cette finalité, et il s'est réjoui de cette fin qui est celle de la création. Tout le prophétisme hébreu est une connaissance, une intelligence, de la finalité de la création. Et cette connaissance de la finalité de la création, c'est, selon saint Thomas d'Aquin et selon le bienheureux Jean Duns Scot, l'objet même de la théologie.

2. Les interlocuteurs du Christ retournent la proposition, et font comme s'il avait dit que lui, le Christ, a vu Abraham qui vivait au xixe ou xxe siècle avant sa naissance.

3. Le Seigneur explique comment il est possible qu'Abraham ait vu le jour du Christ, en qui se réalise la finalité de la création : parce que cette finalité de la création est voulue par Dieu le créateur incréé de toute éternité, elle est premièrement voulue, et l'Univers entier, l'histoire de l'Univers, de la nature de l'homme, sont une préparation qui vise cet achèvement voulu depuis le commencement : l'union de l'Homme véritable, à Dieu véritable. C'est parce que cette finalité est voulue par Dieu premièrement, et bien avant la naissance d'Abraham, avant la formation du système solaire, avant la formation de notre galaxie, avant la formation de l'Univers, c'est parce que ce dessein, cette finalité sont premiers, c'est pour cela que Dieu a pu communiquer à Abraham la connaissance de cette finalité ultime de la création, qui précède en effet la naissance d'Abraham. A l'objection : comment Abraham pouvait-il voir ton jour, puisque tu n'étais pas né ? le Christ répond : je n'étais pas né, mais la finalité de la création qui se réalise aujourd'hui et maintenant en moi, elle est voulue avant la création du monde, et donc avant Abraham. Nous n'oublions pas que Jean a relevé et noté pour nous seulement quelques moments de la discussion, quelques phrases saillantes, quelques propos décisifs. Il nous faut donc faire un effort pour reconstituer la logique de la discussion. Première lettre de Pierre 1, 20 : le Christ, qui a été connu à l'avance avant la création du monde, proegnôsmenou men pro katabolès kosmou, mais qui vient de se manifester dans la suite des temps, à cause de vous, pour vous, en votre faveur... C'est la pensée développée par Paul dans ses lettres aux Ephésiens et aux Colossiens. Ephésiens 1, 4 : Il nous a choisis en lui, dans le Christ, avant la création du monde... Il a prévu pour nous l'adoption par Jésus le Christ... L'erreur commise par Origène et rejetée avec horreur par l'Église, a été de supposer que cette connaissance, par Dieu, de la finalité ultime de la création, qui se réalise dans le Christ Jésus, implique et présuppose, ou entraîne, la préexistence de l'homme créé Jésus ! On remarque aussi, à propos de cette page, que si le quatrième Évangile avait été composé comme on nous le raconte depuis des générations, à la fin du premier siècle ou au début du second, par un spéculatif de génie, cet inconnu n'aurait pas manqué de nous exposer sa pensée d'une manière moins lacuneuse. Si nous sommes obligés de reconstituer la logique de la discussion, c'est précisément parce que nous sommes en présence de notes partielles, qui ne nous donnent pas l'intégralité de la discussion dont quelques moments seulement sont ici rappelés. On notera enfin que si l'on traduit le grec egô eimi, sans tenir compte de l'hébreu, par : moi je suis ! on insinue que Jésus le Christ, l'homme véritable uni à Dieu véritable, s'identifie à YHWH lui-même, ce qui est l'hérésie de Noêtos de Smyrne, l'une des premières et des pires hérésies christologiques possibles, que l'on a aussi appelée l'hérésie patripassienne, puisque bien évidemment, si Jésus est Dieu purement et simplement — identité ontologique entre l'homme Jésus et Dieu — alors, lorsque Jésus a souffert, c'est Dieu qui a souffert. Il n'est donc pas inutile de se demander, lorsqu'on traduit le texte grec de Jean, si ce texte grec ne serait pas une traduction d'un texte hébreu antérieur.

 
8.  59 alors ils ont ramassé des pierres
afin de les jeter sur lui
ieschoua [quant à lui] s'est caché
et il est sorti de l'enceinte sacrée du temple
 
 
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